Un petit follow-up sur ma recension du livre de Vanessa Nurock. Au chapitre 2 de son
ouvrage, Nurock propose le principe selon lequel il serait inhumain de vouloir
nous imposer une morale qui irait directement à l'encontre de notre morale
naturelle (c'est-à-dire de nos intuitions morales innées) et présente ce
principe comme relevant du "sens commun". Dans ma critique, j'argue que ce
principe est tout sauf intuitif, et que de nombreux philosophes ont justement
défendu la thèse selon laquelle certains de nos jugements intuitifs doivent
être abandonnées (ou révisés). C'est particulièrement le cas dans la tradition
utilitariste, que ce soit dans cet article de Singer, ou dans le plus colossal Living High and
Letting Die de Unger.
Un autre exemple, que je suggère dans une note, mais dont je ne suis pas sûr
est celui du spécisme. Les défenseurs des droits des animaux / du bien-être
animal reprochent souvent à notre morale ordinaire d'être spéciste. On pourrait
donc encore trouver là un contre-exemple au principe proposé par Nurock. Mais
je me pose justement la question : les pourfendeurs du spécisme ont-ils
une (ou des) théorie(s) sur l'origine psychologique du spécisme ?
Considèrent-ils qu'il s'agit d'une tendance naturelle ? Ou que le spécisme
est lié à un contexte culturel particulier ? Toute réponse et référence
est la bienvenue !
(Notez qu'il ne suffit pas, pour défendre la thèse selon laquelle le
spécisme est d'origine culturelle, de pointer du doigt le fait que certaines
cultures respectent plus les animaux, car on peut aussi respecter les animaux
par spécisme. Par exemple, s'abstenir de manger des animaux parce qu'il
pourrait s'agir d'êtres humaines réincarnés relève évidemment du spécisme.)