J'ai exprimé ici et là sur Philotropes mes réticences face à l'histoire de la philosophie telle qu'elle se pratique actuellement en France, mais aussi ailleurs. Pour résumer, je lui reproche 1) de sélectionner avec un critère normatif ses objets ; 2) de ne proposer aucune garantie méthodologique contre les biais institutionnels ou subjectifs ; 3) d'ignorer la plus grande partie de l'histoire réelle de la philosophie ; 4) de se limiter à un champ de questions extrêmement étroit par rapport aux questions qu'on peut légitimement poser quand on adopte une position d'historien. Je soumets à votre critique le brouillon d'un papier qui non seulement comporte un énoncé un peu plus détaillé de ces objections, mais qui propose une manière de résoudre en partie lesdits problèmes en décrivant une méthode d'histoire de la philosophie qui prévienne les biais subjectifs et institutionnels et qui permette de poser d'autres questions que les traditionnelles "Quelle est la thèse de cet auteur ?", "Pourquoi a-t-il cette thèse ?", "Comment en est-il arrivé là ?", "Qui a énoncé cette idée avant cet auteur ?", etc, bref des questions essentiellement centrées sur des auteurs et des concepts.
Je ne suis pas le seul à avancer cette théorie (rendons grâces). C'est plutôt bon signe, n'est-ce pas ? Alors que je cherchais un outil qui me permette de réaliser mes idées, Cédric Eyssette (que je remercie au passage) m'a signalé l'existence de travaux allant dans le même sens que les miens sur le blog Splintered Mind, dans les posts suivants : Discussion arcs, Distribution of Subspecialites among Anglophone Research Philosophers, The Rise of Ethics and Feminism. J'ai utilisé deux fois, sur trois cas pratiques, The Philosopher's Index, comme Eric Schwitzgebel, mais je ne partage pas son enthousiasme pour cet outil. Je crois que Schwitzgebel a un usage un peu naïf d'un outil qui n'est pas complet, très volatil (les retenus varient au cours du temps), sélectif (en fonction de critères que le comité de sélection se garde de partager). Aussi les résultats proposés sont-ils plus indicatifs qu'avérés. Comme vous le verrez dans mon draft, je lance un appel pour qu'un outil plus approprié soit créé, parce qu'on ne peut pas se contenter des outils à disposition.
Assez de suspens. Mon papier se trouve ici : Modéliser l'histoire de la philosophie. Introduction à une méthode quantitative en histoire de la philosophie. À ce travail, doivent être ajoutées deux études complémentaires : la première porte sur le prestige des auteurs et la seconde sur la propagation des théories.
Enjoy !