(Ce texte de Gustave Ruben a été envoyé par ce dernier à Julien Dutant par email le 12/05/2010 pour lecture avant publication. Il a été publié à l'adresse: http://intellectualismetextes.blogspot.com/2010/05/g.html le 14/05/2010. Je (Julien Dutant) le reproduis ici pour archive. G. RUBEN Je souhaitais publier sur mon blog nos quelques lettres échangées, acceptez-vous l’idée ? J. DUTANT Pas tout de suite […]. Je dois rendre ma thèse dans une poignée de jours, et suis en retard. Si mon directeur apprend que j'ai passé du temps à rédiger de longs courriers pour discuter [votre] écrit manifestement amateur et qui n'en valait pas la peine, cela va l'énerver. G. RUBEN Cher Monsieur, Désolé d'apprendre qu'un sombre directeur Contrôle en tout Dutant jusqu'à sa vie privée, Coupe-t-il en fins morceaux la viande de peur, Qu'au petit Julien, elle n'entrave la becquée ? C’est ainsi que je me voyais conforté dans l’idée de proposer aux quelques lecteurs de mon blog la lecture de lettres échangées avec Julien Dutant ces derniers mois. L’on me reprocherait injustement d’être ici et là par trop piquant : je n’avais pas songé donner à notre conversation ce ton, c’est que je n’aime pas qu’on me méprise, encore moins qu’on se plaigne d’être méprisé en retour, mais, peu me chaut, cela m’amuse assez au fond et distrait d’un peu de sel des débats parfois austères. Les textes présentés ici sont rangés en deux groupes : -l’essentiel : la liste des points litigieux présentant le point de vue de mon contradicteur au regard du mien, disponible ci-dessous – j’y aborde, sans tabou, bon nombre de question, y compris celle de mon supposé amateurisme, preuve de ma bonne foi, et j’en profite malicieusement pour lancer l’hypothèse épineuse de l’amateurisme de Julien Dutant ; -l’annexe : composée des lettres en question, permettant au lecteur soupçonneux de vérifier les sources : à cette adresse www.XXX.fr Ici comme en tout, le contradictoire doit primer. Vous trouverez la version que Julien Dutant a souhaité donner à cette distrayante querelle à l’adresse : www.XXX.fr L’adresse web de mon texte en cause est celle-ci : http://intellectualismetextes.blogspot.com/2010/03/manifeste-de-lintellectualisme-i-l.html Celle du texte de Julien Dutant (relatif aux « cas Gettier ») que je commente à certains endroits : http://philosophie-en-ligne.fr/klesis/Dutant-Klesis.pdf Voici, chose promise, l’ensemble des points litigieux : è L’expression « différence de l’identité » est-elle dénuée de sens ? La fin de la discussion entre J. Dutant et moi a essentiellement porté, tout comme lors de mon rapide entretien avec ce très-brave Pierre Jacob, sur la notion de « différence de l’identité ». Voici ce que je défends : Soit deux relations d’identités : -l’Identité 1 : Pierre est identique à Pierre. -l’Identité 2 : Julie est identique à Julie. Je prétends que les deux propositions suivantes sont tout aussi justes, l’observation du réel nous obligeant à en admettre la coexistence : 1/ L’identité 1 est différente de l’identité 2 (formant alors un cas de différence de l’identité) par certains aspects, 2/ Par d’autres aspects, l’identité 1 est identique à l’identité 2 (formant alors un cas d’identité de l’identité). Julien Dutant me rétorque que l’expression « différence de l’identité » est « dénuée de sens » pour être trop « ambiguë ». Je passe sur le fait que le terme « ambiguë » (qui n’est pas de moi, et dont on a affublé mon expression) est bien mal choisi, puisqu’il recouvre, ainsi qu’un dictionnaire l’apprend, non pas une absence de sens, mais au contraire une pluralité. Qu’il y ait une difficulté à interpréter une expression ne peut signifier que l’expression ne possède aucune interprétation. Mais je ne chipote pas, et relève, par humour, que la remarque qui m’est adressée est donc, en tout point, dénuée de sens. Il y a là un peu d’honnêteté, dont mon contradicteur manqua, car quand bien même son expression est maladroite, « je la comprends », et comprends bien ce qu’il souhaite me dire, aussi ai-je souhaité y répondre. Après avoir contesté coûte que coûte mes idées, et notamment que l’expression « différence de l’identité » était, dirais-je par bienveillance, d’une signification douteuse, J. Dutant m’écrit en substance, et ce faisant me donne à moitié raison tout en s’en défendant : -le fait que Pierre soit identique à Pierre est distinct du fait que Julie soit identique à Julie. -la relation d’identité entre Pierre et Pierre est identique à la relation d’identité entre Julie et Julie (Au juste, j’ai simplifié : il déclare « Le fait que Pierre soit identique à Paul est distinct (=n'est pas identique) au fait que Julie soit identique à Josiane, mais la relation d'identité entre Pierre et Paul est identique à la relation d'identité entre Julie et Josiane. ») Il me reproche cette fois, en somme, de confondre le fait d’une relation d’identité et la relation d’identité elle-même. Enfin, puis-je le croire, étant entendu qu’il m’offre en critique un mélange d’insultes et de vagues réfutations, sans toutefois que cette faible rationalité affecte sa certitude. Il est en effet plus commode d’être en désaccord avec quelqu’un sans avoir trop besoin d’expliquer en quoi. J’éprouve, donc, bien de la peine à répondre à ces dernières critiques étant donné qu’elles ne sont que peu construites, l’interprétation que je présente ici est la mienne, et je dois presque les bricoler moi-même pour tenter de comprendre la teneur du désaccord. Je disais qu’il me donne à moitié raison, j’étais là encore bienveillant, en fait il me donne totalement raison, ainsi que cela va être démontré : 1/ Je crois qu’il me reproche de nommer « identité 1 » une relation d’identité (telle que par exemple : « identité 1 : Pierre est identique à Pierre »). Il ne peut me contester l’idée d’appréhender l’identité (ou une relation d’identité) comme un fait puisque lui-même y procède (« le fait que etc. »), c’est-à-dire le fait constatable d’une relation d’identité ponctuelle. Lorsqu’il écrit « le fait que Pierre soit identique à Paul », il dénote le fait 1 d’une relation d’identité x. C’est une identité, un cas d’identité, un fait d’identité ; la précision « fait » est donnée dans le seul but d’échapper au paradoxe, ce qui n’est d’aucune utilité, le paradoxe se recréant, ainsi qu’il sera démontré plus loin. 2/ Qu’il me dise ainsi en quoi diffèrent tant que cela les expressions a et b : a : « le fait 1 d’identité (ou de la relation d’identité, s’il préfère) est distinct du fait 2 d’identité (ou de relation d’identité, s’il préfère) » – proposition qu’il défend après l’avoir combattue et avec laquelle je suis parfaitement d’accord b : « l’identité 1 (ou la relation d’identité 1) est distincte de l’identité 2 en son aspect factuel » 3/ Il me dira que je ne souhaite que mettre en avant l’expression « différence de l’identité » et que je formule mes phrases de telle sorte qu’elle apparaisse. Bien. Ce n’est en rien interdit. Ensuite, cela montre qu’il est possible de le faire et donc que cette expression n’est pas dénuée de sens, et par voie de conséquence qu’il la comprend. Enfin, je peux tout à fait lui reprocher de formuler ses phrases de telle sorte que l’expression n’apparaisse pas. Mais surtout : -ces paradoxes me paraissent parfaitement irréductibles, ainsi, plutôt que simuler leur non-existence, autant les saisir pour ce qu’ils sont et tenter de voir ce qu’il est possible d’en faire. C’est mon opinion, et il me semble bien la défendre. Il faut ajouter à cela qu’ils existent s’agissant de bon nombre de nos abstractions, voire toutes, si l’on définit l’abstraction, entre autre, par ce biais : plaisir de souffrance, souffrance du plaisir, liberté de la tyrannie, tyrannie de la liberté, amour de la haine, etc. L’intérêt n’est pas tant d’une observation généralisée de ces dualités, mais plutôt de ce qu’il est possible d’en déduire, en clair, l’édification d’une théorie des concepts sur cette base nouvelle ; cela étant, la systématisation des dualités reste une condition préalable à la défense d’une telle théorie (et ainsi que je tentais de l’expliquer à ce très-brave Pierre Jacob le fait qu’une hypothèse achoppe à un cas d’échec – la différence de l’identité – dans l’esprit de philosophes passablement sclérosé ne la rendrait de toute manière pas fausse ; « sclérosé » est justifié si, rien que ce principe, est chez eux d’une compréhension impossible, je ne peux pas mieux faire et, en ce cas, souhaiterais que l’on m’offrît d’autres contradicteurs), -ainsi que disait Saussure, je pars des choses pour aller aux mots. Je constate l’existence, dans l’expérience, d’éléments qui agencés sont on ne peut mieux désignables par l’expression « différence de l’identité » ajoutée de sa précision (« par tels aspects etc. »). 4/ Nous sombrons ensuite dans un débat que nous avons déjà eu. Pour éviter le paradoxe que je montre, il distribue les identités vers les relations d’identité (la relation d’identité x est identique à la relation d’identité y) et les différences vers les faits (le fait 1 est différent du fait 2). De cette manière tout est clair et bien organisé et la dualité est évitée. Le problème reste que les dualités renaissent. En employant la quasi-expression, ou pour être plus juste, en dénotant le « fait d’une relation d’identité » (le fait que Pierre soit identique à Pierre), il se rend peu compte qu’il crée un cas dual suivant lequel il met en rapport l’emprise factuelle de ce qui n’est pas ce factualisme. Mince ! Quelle désorganisation ! En détachant preuve en est, la relation d’identité de toute factualisme, il peut dans cette quasi-pureté, la rendre équivalente à toute autre relation d’identité. Ce faisant l’expression « le fait que Pierre soit identique à Pierre » vise le fait (qu’il aimerait détacher de la relation d’identité, afin de bien distinguer fait et relation d’identité), le fait, dis-je, d’une relation d’identité détachée de son emprise factuelle, ou encore, si je veux être plus complexe : le fait (qu’il souhaite détacher de la relation d’identité qu’il intègre) de la relation d’identité (qu’il souhaite détacher de son emprise factuelle), je dis bien : le fait d’une relation d’identité. Il existe même des dualités qui d’apparence n’en serait pas. Poursuivons. Ces faits d’identité sont parfaitement « indétachables » des relations d’identités qu’ils visent ; si cela n’était pas, Pierre, Pierre, Julie et Julie seraient tous les quatre, ou différents ou identiques. Nécessairement. Autre illustration : comment saurions-nous qu’il existe effectivement deux relations d’identités, étant entendu que cette différenciation telle que le fait d’être deux est elle aussi, au moins partiellement factuelle. Ce qui s’apparentait en une droite séparation à la convenance d’une pensée parfaitement organisée s’étiole sitôt que l’observateur y jette un œil. La relation d’identité si magnifiquement non factualisée de telle sorte qu’elle se donne identique à toute autre est une vaste farce. Le langage de Julien Dutant est douteux, sujet à interprétation variée. Reste également qu’il serait tout à fait possible d’envisager l’hypothèse selon laquelle la relation d’identité 1 serait identique à la relation d’identité 2 par son aspect non factuel et différente par son aspect factuel. Là encore, elle n’est pas moins juste. Dernier élément, selon Julien Dutant, le fait 1 de relation d’identité est distinct du fait 2 de relation d’identité. Nous avons donc deux relations d’identité distinctes en raison de leur emprise factuelle. Si, à présent, le fait 1 de relation d’identité est distinct du fait 2 de relation d’identité, que s’offre-t-il à nous, sinon une relation entre deux faits distincts de relations d’identité. Au juste, qu’il se plaise à parler de « relation de faits distincts de relations identiques » m’importe peu. Je ne fais là que reprendre son langage « relation d’identité » et « fait » ; lui paraît-il moins confus, moins ambiguë ? Compliquons encore un peu, et comparons deux séries de deux faits de même trempe. Qu’obtiendrons-nous ? Une relation d’identité de faits distincts de relations d’identité. Il est possible de générer à l’infini des dualités sur la base de ses propres expressions. 5/ Reste le passage de « distinct » à « différent », que Julien Dutant aura, j’en suis certain, vu l’énormité de son comportement, la politesse attendue de m’accorder. Conclusion : Je dis donc qu’elles sont des identités différentes, par certains aspects – « lesquels ? » est une autre question – mais que ces différentes identités existent. L’expression « différence de l’identité » peut heurter ; il y a ce même décalage : -entre ces différentes identités x ou y, et la Différence de l’identité, -qu’entre une identité x ou y, et l’Identité. …et ce n’est, au pire des cas, chose que mon contradicteur ne vit point, que ce que les lettrés nomment oxymore. Enfin, il m’a semblé que Julien Dutant contestait la seule expression « différence de l’identité », peut-être agréera-t-il les formules « différence de la différence », « identité de l’identité » et « identité de la différence » ? Cela en plus à mon profit. è L’inscription Paul est-elle nécessairement identique à elle-même ? Dans son article Sens et dénotation, Frege cherche à comprendre ce en quoi les formules « a=b » ou « étoile du soir = étoile du matin » exposent une identité. Je passe sur la distinction identité/égalité, où là encore les dualités se recréeraient entre identité et égalité (dualité imparfaite) ou tout simplement entre égalité et inégalité (dualité parfaite). Frege, mettant en œuvre sa classification tripartite signe/sens/dénotation, parvient à la conclusion que l’identité existant entre a et b ou entre étoile du soir et étoile du matin porte sur les dénotations que visent les termes « a », « b », « étoile du soir », « étoile du matin ». Ce point de vue est évidemment critiquable, mais ce n’est pas l’objet de cette présente discussion. « L’inscription Paul est-elle nécessairement identique à elle-même ? » ne serait vrai, en application de la thèse de Frege, que compte tenu des dénotations visées par les expressions « l’inscription Paul » et « elle-même ». Il peut donc être dit valablement que l’inscription Paul n’est pas nécessairement identique à elle-même, sauf préjugé (légitime selon Frege) de ce sur quoi doit porter l’identité. Cet auteur reconnaît donc lui-même qu’à l’aune du signe et du sens il n’y aurait plus d’identité. Plutôt qu’envisager ces parcelles de non-identité comme simple scories, mon pari fut au contraire de les rassembler en système. C’est qu’elles ne sont pas de simples non-identités : -non seulement, tout lecteur comprend bien qu’elles coexistent à l’identité voulue, comme éternellement « indétachables », -mais encore qu’elles n’existent qu’au motif d’une identité voulue, constatée, présupposée c’est-à-dire qu’elles ne forment pas des différences entre étoile du soir et étoile du matin (par exemple en raison du signe) à côté de l’identité entre étoile du soir et étoile de matin (en raison de la dénotation), mais qu’elles forment des non-identités de cette identité, et qu’elles forment donc une illustration de la dualité « différence de l’identité ». A démonstration de cette thèse, il faut 1/ revenir plus en amont : à l’expression « l’identité est-elle nécessairement identique à elle-même ?», 2/ comprendre que c’est lors de la vérification de l’identité au regard d’elle-même (l’identité est-elle identique à elle-même ?) que naissent ces « différences de l’identité », 3/ conclure que ce que je nommais différence de l’identité entre étoile du soir et étoile du matin, plutôt que simple non-identité entre étoile du soir et étoile du main, n’est permis d’être ainsi nommée au seul motif que cette différence de l’identité, issue de la vérification de l’identité au regard d’elle-même (étape 2), se reproduit par ricochet à tout ce dont nous vérifions l’identité. Je renvoie sur ce point à mon Manifeste. è Suis-je un amateur ? Ce fut très fréquemment que Julien Dutant se prévalut de ses diplômes au point qu’ils lui donnassent raison de droit. J’expliquais à notre fier agrégé que le principe suivant lequel : -« Selon Monsieur de l’Université Stanford, le fauteuil est bleu » est un énoncé vrai, -« Selon Monsieur Jo le policier, le fauteuil est bleu » est un énoncé faux, car je ne vois pas son agrégation, … est irrecevable. Puis, il s’enticha d’un autre que je pourrais baptiser « argument de grégarité », qui se définirait en substance en un : « tel ou tel de mes amis pensent comme moi donc j’ai raison ». Si c’est à cela qu’aboutissent les années d’études universitaires… mais c’est confondant de bêtise. Le jugement individuel n’a pas encore éclos. Julien Dutant rencontra nombre peine à réfuter mes idées. Celles-ci lui parurent dignes d’un amateurisme tel qu’il n’hésita pourtant pas à les analyser dans son langage. La lettre 14 est une tentative par Julien Dutant de conversion de mes idées en son verbiage logique. J’ai manqué de psychologie. Je n’ai songé qu’après coup, que cette inspiration dutantiste était une réponse à ma proposition de collaboration. Il faut me comprendre : je ne suis guère prompt à déceler un compliment qui n’est qu’implicite et, qui plus est, noyé parmi une vague condescendance et un mépris mal assumé. Ce fut d’autant plus ridicule que l’humeur de Julien Dutant décide, en tout, ses jugements. Il me prédit ainsi l’avenir d’un génie incompris, qualification que j’ai préféré ne point réfuter, ainsi qu’eût dit Boileau, car elle est flatteuse. Mes idées d’amateur qu’il ne parvint toutefois pas à réfuter, et qui, bon an mal an, mettent ici en pièce son petit exposé, sont toutefois celles d’un homme sachant reconnaître ses fautes. Ainsi lorsque je déclarais qu’Aristote formulait le principe d’identité en un A = A… Quelques lettres plus loin, Julien Dutant qualifia cette erreur, de « bourde », et m’engagea au défi impossible de dénicher pareille chez lui. Ce fut à ce point difficile qu’il me fallut deux millièmes de secondes au souvenir de l’une de ses assertions : « aucun philosophe n’a jamais formulé le principe d’identité par un A = A ». J’ajoute que, bien loin de reconnaître cette erreur, il transforma sournoisement cette affirmation en un : « aucun logicien sérieux n’a formulé le principe d’identité en un A = A ». J’ai également admis une autre de mes erreurs : mon manque de rigueur que j’attribuais à ma légèreté. Cependant, en lisant son texte je compris une chose fort simple : les textes d’universitaires ne sont pas nécessairement plus exacts, je dirais même qu’il est assez aisé de mettre en lumière leurs inexactitudes. Un seul exemple : le texte de Julien Dutant assimile constamment « je sais », qui a priori désignerait un savoir, à la « connaissance ». Il ne serait pas très ardu à n’importe quel esprit plein de bon sens de profiter de cette lacune. Et si les universitaires n’y procèdent pas c’est au motif, j’imagine, parce qu’ils apprirent cette identité entre « je sais » et « je connais », ou qu’en sachant ses limites ils y agréent par convention et ne s’y soustraient pas, quoique chacun sait combien cela serait possible, si bien qu’il ne s’agit pas tant d’une rigueur universitaire parfaite que d’une rigueur et ses non-rigueurs corolaires apprises à l’Université. Je ne saurais trop conseiller à notre fier agrégé la lecture (ou relecture) de Sens et dénotation de Frege, l’étude de ce texte en ligne d’Edgar Morin, ainsi qu’un curieux article de Trotsky. Visant mon manque d’érudition, ce très-fier agrégé me conseilla d’être au fait des toutes dernières discussions en Logique, ce cher homme confond la mode et la culture. Et si j’en crois son texte relatif aux « cas Gettier », je déduis qu’il a mal lu Sextus, quelques discussions d’antan valent parfois mieux que d’autres contemporaines. La critique satirique qu’il donna de mon texte, lui fit croire la justesse de ses remontrances. Il oublia qu’un fait quelconque peut toujours n’être vu que par son aspect le plus ridicule, loin d’airain que je mis à profit bien vite à la lecture de son écrit si plat. Bref, que je sois un amateur, pourquoi pas ?, il y a assez de sens, au mot, qu’il y en ait un qui me convienne. Et qu’un mauvais rosse celui qui se prétend bon, je laisse chacun conclure ce qu’il advient du bon. Je lui reconnaitrai un mérite parmi d’autres, outre son érudition et son allant au débat : il m’a épargné la théorie suivant laquelle un principe est faux pour être mal orthographié. è Faut-il se convertir au langage de Julien Dutant ? Je fis face au désir de conversion quasi-religieuse de M. Dutant : une conversion à son langage, à son état d’esprit, à sa formation, à sa pensée dite logique, enfin je ne sais trop à quoi si ce n’est à penser dans son langage. Il m’a ainsi raconté sa vie, passionnante, suivant laquelle d’un excès de foi heideggérienne, il avait été conduit à ce qui s’apparente à un excès de foi analytique, et tel un homme zélé car fraîchement converti, il comprend peu que je ne partage ses excès. Au juste, peu importe ce que je dis, pourvu que je m’exprime dans sa langue, incapable de supporter la coexistence d’autres modes de pensée et de respect réciproque, et si j’en crois ses exigences, qui dans l’Antiquité eût respecté son monstrueux rigorisme ? Peut-être Aristote, un peu Planton, et encore !, puis le reste à la poubelle, car « on ne les comprend pas » : ils ne parlent pas notre langue. è Sur le reproche (assené) que telle expression est « dénuée de sens » La langue que comprend le mieux Julien Dutant (« si p tel que je sais que p tel que bla bla ») est, je le constate, à chaque fois, dans son texte, superflue. Ceci serait un exemple parfait, extrait de son texte relatif aux « cas Gettier » : « Cette position a été notamment défendue par Goldman, selon qui une croyance est justifiée seulement si elle est produite par un processus fiable. Cela permet une analyse entièrement externaliste de la connaissance : Analyse externaliste de la connaissance. Un sujet S sait que p ssi la façon dont sa croyance que p a été produite est fiable, et rend sa croyance sûre. » Autant dire deux fois la même chose, l’un dans une langue littéraire sans style, l’autre dans une langue pseudo-scientifique sans science ni style, où ce qui le précédait suffisait amplement (sachant, bien entendu, qu’il livrait une définition de la connaissance). Je ne veux pas être injuste : cet exemple tombait à point nommé, et là, peut-être, est-ce l’exception plus que la règle. Ce n’en est pas moins amusant. Il attend que je prouve dans son verbiage logique ce que je prouve, sans qu’il parvienne à réfuter, dans un langage normal. Ce qui compte est que j’adhère, et invoquant lui-même cette irrationalité : à son jugement, si mes intuitions s’avère juste, je n’aurai aucun mal à les démontrer dans son verbiage logique, après toutefois l’avoir acquis. « Je ne comprends pas » dit-il, visant mon texte ou mes expressions duales. Il comprend pourtant mes mails, écrits dans cette même langue. « Je ne comprends pas » dit-il, visant mon texte ou mes expressions duales. Il comprend pourtant les posteurs de son blog, l’un d’eux ayant été jusqu’à formuler un problème dual, auquel J. Dutant répondit (ici) en toute compréhension – intermittente, sans doute. Le lui faisant remarquer, il crut y échapper en rétorquant « quelle dialectique !», ma foi, ce n’est pas une réponse ! On n’a pas répondu pas à un argument en s’exclamant « quel argument ! ». Et si l’on n’y répond pas sur le fond tout en feignant d’y répondre sur la forme, c’est au mieux qu’on n’a pas l’intelligence de ce à quoi l’instinct appelle, au pire qu’on a la malhonnêteté de ne pas l’admettre. « Je ne comprends pas » dit-il, visant mon texte ou mes expressions duales. Il écrit d’un même langage tout au long des lettres qu’il rédige. Je constate que son texte relatif aux « cas Gettier » est à 99% écrit dans une langue tout à fait comparable à la mienne et à tout homme, si bien que je la comprends, et j’ose espérer qu’il se comprend ; de telle sorte que je m’étonne qu’il ne se dise pas « je ne me comprends pas ». Au juste, « je ne comprends pas » est plus devenu un gimmick chez certains philosophes, manière d’échapper à tout ce qui dérange. Cela devient extraordinairement stupide si nous en concluons, très justement, que la création de significations est, dans leur système, impossible, puisqu’ils ne les comprendront a priori pas. Il est heureux que ces philosophes n’apparussent pas trop tôt dans l’histoire de l’Homme, de sa philosophie et de son langage, ou bien, au cas survenu, peu de mot, bien peu de significations nouvelles eussent pu éclore, si le « je ne comprends pas » devenant, comme aujourd’hui, pensée automatique, rejet a priori, non admission par principe d’hypothèses plutôt que leur vérification, etc., ne correspond plus à rien. Je m’empresse d’ajouter, lorsque j’ai employé plus haut l’expression « création de signification », certains eussent pu y lire une maladresse en ce qu’une signification ne peut être créée ex nihilo. Mais tout est pire : leur « dénué de sens » vise tout autant, tel qu’ils l’emploient, des significations que des dénotations. Et tout est encore pire : quoique ne comprenant pas telle ou telle expression, je surprends mes contradicteurs à tenter de vérifier la vérité des énoncés en cause. Il est assez surprenant qu’ils puissent vérifier la vérité d’un énoncé qu’ils ne comprennent pas. Enfin, si seul son verbiage logique est apte à la rigueur, je laisse chacun déduire ce que toutes ses réponses (ainsi que son texte), écrites en langue commune, valent à son jugement. Soyons cohérents. è Sur les idées de Julien Dutant (essentiellement répétées d’autres auteurs) – Dutant est-il un amateur ? Reprenant ses leçons bien apprises, Julien Dutant définit, dans ce texte dont il me donna le lien (ici), la connaissance comme une croyance vraie mais aussi justifiée, au sens de bonnes raisons. Il admet alors un certain faillibilisme. Cette admission lui permet de refouler le scepticisme : autrement aucune raison ne serait parfaitement infaillible. Le problème sur lequel il met ensuite l’accent est que cette faillibilité laisse une marge d'erreur. C'est ici que prennent racine ses si beaux cas Gettier. Exemple : J'ai de bonne raisons de croire que Jim a une voiture Toyota car je le vois tous les jours etc. Mais ce n'est pas une connaissance car c’est la voiture de Paul. Le problème essentiel, qui lui échappa par distraction, est qu’il refoule le scepticisme au profit du faillibilisme, et que fort malheureusement ce scepticisme n’est en aucun cas refoulé. Comment sait-t-il que telle croyance est vraie alors même qu’il ne sait pas encore ce qu’est la connaissance ? Comment peut-il tant savoir que telle croyance n’est pas justifiée alors même qu’il n’en est qu’à chercher ce qu’est la connaissance ? Selon sa logique, il sera bien en peine de savoir ce qu’est cette condition supplémentaire de sécurité étant donné que savoir ce qu’est cette condition, suppose d’avoir a priori résolu ce que seule cette définition peut apporter. Vous souhaitiez tout d’abord échapper au scepticisme (je vous invite à relire les textes de référence, Monsieur l’érudit) en vous interdisant l’infaillibilisme. C’est d’ailleurs très rigolo : vous refusez l’infaillibilisme du fait que rien n’est infaillible et qu’il y aurait toujours matière à chipoter façon sceptique. Et, chose monstrueuse, vous en déduisez une ligne plus loin, qu’il faut préférer un faillibilisme… qui ouvre non seulement la voie à toutes les critiques sceptiques, du fait qu’il laisse une marge de sécurité encore plus faible, mais aussi à un contingent de critiques supplémentaires. C’est un peu comme si vous disiez : « j’ai beau vouloir fermer le mieux possible la porte, il passera un peu d’air par en dessous, conclusion, ouvrons la porte en entier, comme ça l’air ne passera plus par en dessous ! » Bien joué ! Mais ce n’est pas le plus rigolo : figurez-vous que votre texte-même est un cas Gettier : de votre point de vue innocent, selon votre logique, vous avez une croyance vraie et justifiée de ce que peut être la connaissance, mais ce n’est pas encore une connaissance, puisque précisément vous cherchez à la définir. C’est presque un sujet d’étude : vous théorisez très-naïvement ce que vous être en train de faire, je dis « naïvement » car vous ne vous en rendez point compte. BROWN pense que la connaissance est une croyance vraie et justifiée par un processus fiable, car il a toujours lu beaucoup d’auteurs (dont ce très-brave Monsieur BARCELONE) le lui expliquer et que ce principe est universellement admis par les théoriciens de la connaissance et que tout concorde à lui faire admettre une telle hypothèse. Ce n’est pourtant pas une connaissance car la connaissance de la croyance, de la vérité, de la justification, de la fiabilité ou de la sécurité n’est pas assurée (pour les raisons expliquées plus haut). Quel amateurisme ! Osera-t-il prétendre qu’il n’y voit aucun problème alors même qu’il consacre un texte entier à ce sujet ? Pouvons-nous conclure que sa méthode de rejet du scepticisme est efficace ? Si j’étais méchant, ce qui n’est pas le cas, je reprendrais sa thèse issue de la Fédération des Amateurs Réunis en lui expliquant que les cas Gettier dont celui-ci sont si importants bla bla bla. Vous ne pouvez pas rejeter le problème d’un revers de la main, ou en l’attribuant au faillibilisme des justifications, étant donné que constituant une théorisation naïve des cas Gettier, cela reviendrait à rejeter cette telle importance des cas Gettier ! Vous me direz, j’imagine, que tout le monde pense comme vous, incapable que vous êtes de penser par vous-même. Je le regrette. Vous aviez l’air si fier de votre texte. Et quand je vois que, par surcroît, il a été publié : le niveau est-il si bas que des textes de cette sorte passe comme des petits pains ? En clair vous ne pouvez pas échapper à ce scepticisme en le reléguant à une sous-condition qui serait celle de la justification. Cela dit je défends une voie médiane si vous m’avez compris, ce qui est peu probable puisque vous ne m’avez pas lu ou presque pas lu, ou peut-être pas compris du tout, je défends l’existence : -d’une non-connaissance de la connaissance -d’une connaissance de la non-connaissance qui est ici et là (exactement tel que je le décris dans le manifeste) admise en pratique, y compris dans votre texte, mais dont la formalisation en dualité (non-connaissance de la connaissance) est refusée. L’exemple merveilleux, dans votre texte, est celui du faillibilisme : vous comprenez qu’il existe un faillibilisme de l’infaillibilisme (lorsque vous dîtes en substance que vous n’atteindrez jamais une infaillibilité parfaite, c’est-à-dire la faillibilité de ce que l’on souhaite infaillible, mais refuserait coûte que coûte, j’imagine, à l’instar de notre discussion sur « la différence de l’identité », la formalisation de ce phénomène en dualité. Il faut également admettre la généralisation de ce que certains appellent pompeusement un métalangage, et qui n’est au juste que la systématisation des dualités. Le fait qu’il croit échapper au scepticisme grâce au faillibilisme de la justification montre quoiqu’il arrive qu’il n’a compris en rien que ce scepticisme ne restreignait pas à cette justification. Ensuite, que ce faillibilisme était totalement inopérant puisqu’il ouvrait alors la voie à un nombre de critiques encore plus grand (pour l’exemple, que la différenciation des perceptions ne se retrouve pas moins dans ce système faillibiliste – l’illustration parfaite, qu’il donne lui-même, peut être celle des jumeaux). Et enfin, sauf, comme à son habitude, à se ranger, prisme de sa grégarité, à toutes solutions que d’autres ont agencées à sa place – il lui en coûterait tant d’être un brin critique, un chouia créatif (il répète ainsi Russel dans l’idée qu’un sceptique n’a jamais tort, et mille et un autres auteurs ici et là) – la solution selon laquelle les meilleures critiques doivent être écartées par principe plutôt que s’échiner à créer les moyens d’en réchapper, est déconcertante tant elle est mi-stupide, mi-stupide. Nous ne verrions pas moins un procureur s’égosiller contre l’innocent : « Parbleu ! est-ce pour me contrarier que tu sollicites un avocat ? », le politicien de se plaindre : « quel rude métier que de débattre avec des contradicteurs », et le philosophe d’opiner : « méfions-nous, comme si ce fût le Diable, des critiques trop justes ». Il y a enfin un nombre incalculable d’autres erreurs (tel que : -« Et si Jean croit que Cousteau est vivant, alors il ne sait pas que Cousteau est vivant, puisque c’est faux – tout au plus croit-il le savoir. » Une croyance fausse n’est pas une connaissance, mais est une connaissance la connaissance de la fausseté de cette croyance ; -l’impossibilité sémantique, disons, de l’expression « connaissance fausse », et le caractère nécessairement pléonastique de l’expression « connaissance vraie » ; -un débat entre internalisme et externalisme exposé de manière très confuse, il faut regretter qu’il ait été l’un des thèmes du texte ; -selon lui, et répétant nombre d’autres, la connaissance est une croyance vraie et justifiée à laquelle s’ajoute une condition de sécurité, bref le peu de portée d’un tel texte ; -le fait qu’il n’assume que très peu ses idées en expliquant qu’il n’ira pas plus loin tout en les affirmant : pratique ! ; et pire, qu’il ne discute pas les points les plus intéressant au final (le rapport entre son Ur-fondamentalisme et l’induction, le caractère vrai d’une croyance, et même la définition d’une croyance, l’exploration de la thèse vraie croyance/vraie connaissance, bref tout ce qu’il me reprochait ; -etc.) J’ai été jusqu’ici plutôt négatif. En plus ou moins positif : -Il écrit de manière assez claire, -La question du rapport entre le déclin de « l’Ur-fondamentalisme » et l’apparition du problème de Gettier était très intéressante, -J’aurais aimé qu’il approfondisse son point de vue selon lequel « l’Ur-fondamentalisme » ne résiste pas au problème de l’induction (est-ce que parce qu’une croyance de base, disons particulière, ne peut valablement déboucher sur un énoncé de portée générale ?), Je pourrais être un peu plus critique, mais je pense l’avoir été suffisamment, un peu plus et il y soupçonnerait une attaque personnelle. Il me saura gré de ne pas trop le qualifier « d’amateur ».