Titre :

"L'interface Langage/Pensée"

Résumé :

Nous défendons la thèse selon laquelle le système linguistique de notre esprit encode des règles permettant de manipuler directement des représentations mentales dotées d’un contenu sémantique.

Après avoir justifié dans une partie préliminaire d’exclure de notre étude le langage des animaux non humains et établi la pertinence a priori d’une dichotomie système linguistique/système conceptuel, nous procédons en trois étapes.

Nous explorons d’abord la vision des formalistes du début du XXe siècle qui soutenaient que les langues naturelles étaient un masque pour la pensée. Nous y voyons une impasse dont il y a deux échappatoires possibles. La première, empruntée par Montague et Lewis, pose que la réalisation du projet frégéen passe par l’introduction de nouveaux outils logiques. Nous lui reprochons son désintérêt pour la plausibilité cognitive. Avant que d’être des structures mathématiques, les langues naturelles sont des émanations de notre psychologie. Il faut donc intégrer la description logique de nos langues naturelles et celle de notre appareillage cognitif si l’on veut fournir une théorie de l’interface langage/pensée.

La seconde échappatoire est empruntée par Grice et a donné naissance à la pragmatique. Elle ne rejette pas la formalisation mais vise à la compléter avec une logique de la conversation. Cette logique intègre les productions linguistiques dans un cadre conversationnel et montre comment nous nous servons de règles générales de rationalité pour aller au delà des contraintes posées par le sens littéral. Quoique le cadre gricéen ait connecté le langage et la pensée, nous soutenons que cette connexion n’est pas suffisante pour nous donner une caractérisation satisfaisante de l’interface langage/pensée.

Dans la dernière partie de cette thèse, nous nous servons des travaux de Chomsky pour développer une théorie unifiée de l’interface langage/pensée dont nous montrons qu’elle rend compte des données neuropsychologiques concernant le traitement linguistique. Nous mettons à l’épreuve cette théorie en l’appliquant au problème des implicatures enchâssées et terminons en esquissant ses applications possibles en traitement automatique des langues naturelles, à la clarification de l’hypothèse du langage de la pensée et à la distinction sémantique/pragmatique.

La thèse sera défendue devant le jury composé de :

  • M. Alain LECOMTE Professeur de Sciences du Langage à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
  • Mme Gloria ORIGGI Chargée de Recherches au CNRS
  • Mme Anne REBOUL Directrice de Recherches au CNRS Institut des Sciences Cognitives de Lyon
  • M. François RÉCANATI Directeur d’Études à l’EHESS. Directeur de la thèse
  • Mme Isidora STOJANOVIC Chargée de Recherches au CNRS