Les riches sont (statistiquement significativement plus) des salauds !
Par Florian Cova le vendredi 2 mars 2012, 11:29 - Psychologie - Lien permanent
C'est la dernière étude de psychologie sociale à la mode (on en parle même dans le Monde) : les fameux Proceedings of the National Academy of Sciences viennent de pré-publier un article de Piff et collègues montrant que les individus de niveaux socio-économiques élevés ont tendance à se comporter de façon moins honnêtes dans certains contextes.
Vu comme ça, ça a un air assez louche de pop psychology, mais une fois l'article sous les yeux, la méthodologie parait plus que correcte et surtout on s'aperçoit que les auteurs ne font pas que mesurer des corrélations mais cherchent aussi à trouver un lien causal entre statut socio-économique et comportement malhonnêtes.
Les trois premières études ne font effectivement qu'observer des corrélations :
- Dans les deux premières études, les chercheurs (ou plus probablement de malheureux stagiaires) ont observé le comportement de conducteur en fonction de leur véhicule (le type du véhicule était effectivement utilisé comme indicateur du statut socio-économique). La première étude révèle que les conducteurs au volant de voitures dispensieuses avait plus tendance à griller la priorité à un carrefour. La seconde étude montre une tendance similaire à couper le passage à un piéton à un passage clouté (notez que ledit piéton était un complice des expérimentateurs).
- Dans la troisième étude, des participants en laboratoire (1) remplissait des questionnaires sur leur statut socio-économique et (2) lisait des scénarios décrivant des comportements malhonnêtes avant d'indiquer quelle était selon eux la probabilité pour qu'il s'engage dans des comportements semblables. Corrélation : ceux qui se percevaient comme ayant un SSE plus élevé jugeaient plus plausibles de s'engager dans des comportements malhonnêtes.
Les autres expériences cherchent à mettre en lumiére un lien causal entre SSE et comportements malhonnêtes, et à montrer qu'une partie de ce lien dépend d'une vision positive de l'avidité (greed):
- Dans la quatrième étude, les participants devaient accomplir la même tâche que dans la troisième étude, à deux détails près. (1) Il leur était dans un premier temps demander de comparer leur SSE à celui de personnes ayant un SSE supérieur au leur OU à ceux de personnes ayant un SSE inférieur au leur. (2) Aprés avoir rempli tous les questionnaires, le participant se voyait proposer par l'expérimentateur de prendre quelques bonbons dans un pot de bonbon destiné à des enfants passant une expérience dans un laboratoire proche. Résultats : à SSE égaux, les gens qui s'étaient comparés à des gens de SSE inférieurs avaient plus tendance à répondre qu'il était probable qu'ils commettent des actes malhonnêtes, et prenaient plus de bonbons. Autrement dit : induire le sentiment d'avoir un SSE supérieur à la moyenne semble les rendre plus malhonnêtes et plus avides.
- La cinquième étude demandait aux participants de simuler un entretien d'embauche en prenant le rôle du patron. Seul problème : ils étaient informés que le poste sur lequel portait l'entretien allait être bientôt supprimé. Les chercheurs ont mesuré la fréquence avec laquelle les participants mentionnait ce détail à leur "employé". Ils ont bien entendu trouvé que les participants avec un SSE élevé tendaient à l'omettre plus souvent. Mais surtout, ils ont aussi interrogé les participants sur leur perception de l'avidité (un vice ? une vertu ?). Des analyses statistiques dans le détail desquelles je ne rentrerai pas montrent qu'il est hautement probable que le relation entre SSE et comportements soit en partie médiée par la vision qu'ont les participants de l'avidité.
- La sixième étude montre la même chose que la cinquiéme, mais n'utilise pas la même tâche (simulation d'entretien) pour mesurer les comportements malhonnêtes. Dans cette étude, les participants tiraient un certain nombre de fois un dé informatique, puis devaient rapporter la somme des tirages à l'expérimentateur pour gagner une récompense proportionnelle à cette sonne. En fait, le programme était réglé pour toujours donner la même somme (12) ce qui permettait de mesurer la tendance des participants à gonfler leur somme. Donc : les gens de SSE plus élevé gonflaient plus leur somme et cette corrélation semble être en partie médiée par leur perception de l'avidité.
- La septième étude revient à la mesure de la troisième étude (questionnaires), mais cherche à induire chez la moitié des participants une vision positive de l'avidité en leur demandant de mentionner trois bénéfices de l'avidité. Ce qu'observent les chercheurs, c'est que l'écart entre participants de SSE élevé et de SSE peu élevé se réduit chez les participants si on les a forcé à adopter un point de vue positif sur l'avidité.
Autrement dit, l'étude ne cherche pas qu'à mettre en lumière une corrélation, mais aussi à trouver un lien causal entre SSE et comportement. Outre le fait qu'elle soit amusante, cette étude a un intérêt pour les discussions politiques. Par exemple, sur les questions de mécénat. Faut-il croire ceux qui disent que, si on ne les force pas à payer d'impôts, les plus riches donneront de toute façon (à travers diverses formes de mécénat ?) - pas évident. D'autant plus que l'étude citent d'autres études, y compris une suggérant que les plus riches donnent une moins grande proportion de leur salaire que les moins riches à des oeuvres de charité.
PS:
Là encore, n'hésitez pas à me demander si vous voulez le texte de l'article.
Commentaires
Je doute si ces expériences démontrent un lien causal. Dans l'étude 4, le sentiment de "relative deprivation" (induite) pourrait expliquer le comportement, indépendamment du SSE. Dans l'étude 5, la compétence dans la négociation ("bargaining savvy") pourrait expliquer le résultat, à supposer, plausiblement, que les personnes à SSE supérieur en possèdent davantage. La 6e étude ne semble pas contrôler suffisamment les conditions de départ; je ne vois pas comment on pourrait y voir plus qu'une corrélation. La 7e étude semble mesurer les opinions et la susceptibilité de se laisser persuader à adopter des "self-serving beliefs"; il s'agirait dans ce cas plutôt de la mesure d'une capacité acquise par l'expérience qui pourrait être moins développé chez les personnes au SSE bas.
Ces remarques concernent le résumé ci-dessus. Je devrais naturellement lire l'article pour savoir si mes doutes sont justifiés.
Je ne sais pas non plus si ces expériences démontrent un lien causal : d'autres interprétations sont également possibles. Ce sur quoi je voulais insister, c'est sur le fait que, contrairement à ce qu'on lit dans pas mal de comptes-rendus, les auteurs ne se sont pas contentés d'établir une corrélation - ils ont au moins chercher à établir un certain lien causal.
il te manque beaucoup de prémisses pour arriver de là à la conclusion que "si on ne les force pas à payer d'impôt" les plus riches donneront moins. Il faut supposer en particulier qu'il n'y a aucun lien causal entre les impôts et le fait que les riches soient des salauds (les riches pourraient se dire : puisqu'on nous fait payer des impôts sur la base de l'hypothèse qu'on est des salauds, qu'à cela ne tienne, soyons vraiment des salauds !). ça ne me paraît pas si improbable. et il te manque encore plus de prémisses pour arriver à la conclusion qu'il faut forcer les riches à payer des impôts si c'est là que tu veux en venir. Par exemple:(i) les individus qui ont le pouvoir de forcer les riches à payer ne sont pas des salauds, ne défendent par leur propre intérêt, sont très honnêtes et clairvoyants...(ii) si on redistribue de force l'argent des riches au pauvres, il y aura moins de pauvres à l'arrivée...
@Olivier:
J'ai fortement pensé à toi en écrivant ces dernières lignes. J'étais déçu de ne pas avoir de tes nouvelles ;)
Sinon, je n'ai pas tenté de prouver qu'il fallait forcer les riches à payer des impôts, mais je disais que le papier pouvait être utile pour discuter un argument particulier (déjà entendu) que certains utilisent pour justifier les baisses d'impôts et qui est à peu près le suivant : si on ne les force pas à payer, les riches donneront tout de même à la société (via par exemple des mécénats ou des oeuvres de charité), voire peut-être même plus (car le don sera libre), et donc, quelle que soit ta vue sur la redistribution, il est meilleur de baisser les impôts.
Ta réponse selon laquelle c'est faire payer les riches qui les rend plus "salauds" fait donc partie de l'argument. Il me semble que cet argument perd du poids (ou doit au moins des explications) si les "découvertes" de cette étude sont correctes. En effet, le papier semble montrer que les "riches" sont moins soucieux des autres/moins généreux dans une grande diversité de situations. Difficile d'expliquer tous ces phénomènes par le fait qu'on leur impose des impôts (anaphore !)
NB: Pour tous, notez bien que l'usage de "salauds" est humoristique. Etant donné les critères utilisés dans l'étude, j'ai pas mal de "salauds" dans ma famille.
...n'aurais pas voulu te décevoir ! Je trouve toujours que mon hypothèse (très spéculative) répond à ton idée: si les riches n'étaient pas forcés à payer d'impôts pour les plus pauvres, ils pourraient d'une part se sentir moins offensés par l'accusation implicite d'égoïsme que contiennent ce type d'impôt et d'autre part investi d'une mission sociale que l'Etat ne remplirait plus (enfin, ça n'est pas totalement spéculatif, je ne fais jamais autant le ménage que quand on ne me force pas à le faire ! ).
A mon avis, on ne te force pas vraiment à faire le ménage... d'où des intuitions très aériennes.
Hello,
Intéressant article, et distrayants échanges dans les commentaires! Je rebondis pour le plaisir sur une remarque d'Olivier: "si les riches n'étaient pas forcés à payer d'impôts pour les plus pauvres, ils pourraient d'une part se sentir moins offensés par l'accusation implicite d'égoïsme que contiennent ce type d'impôt". Etrange notion de la fiscalité, qui semble supposer que seuls les riches payent des impôts - au motif, jamais articulé, qu'ils seraient des salauds. Entre les gens très pauvres, exonérés parce qu'ils ne gagnent rien, et les très riches, il y a une vaste éventail de contribuables qui paient aussi leurs impôts. Par quelle étrange circonvolution psychologique les riches devraient-ils se sentir offensés? Et il y a une bonne raison, objectivement mesurable, de demander plus d'impôts aux riches: leur compte en banque est mieux rempli. En outre, l'amusante étude dont il est question permet de prendre avec distance un argument souvent entendu dans les débats sur la taxation des plus riches: "Cela revient à punir la vertu (des gens entreprenants, créatifs, travailleurs)". La vertu? L'étude permet sur ce point de bien rigoler: elle pose peut-être des problèmes, mais elle tempère la "self-righteousness" de celles et ceux qui prennent la taille de leur compte en banque comme un indicateur de leurs mérites. C'est toujours ça de gagné.
es riches pourraient se dire : puisqu'on nous fait payer des impôts sur la base de l'hypothèse qu'on est des salauds, qu'à cela ne tienne, soyons vraiment des salauds !).
Pas du tout sûr que les riches pensent que les non-riches les voit comme des salauds.
Au contraire, je pense qu'ils sont convaincus qu'ils ont suffisamment de courtisans pour être sûrs que les "autres" sont convaincus de leur supériorité à tous égards et souhaitent absolument leur ressembler.
Le sujet appelle un renvoi à l'article suivant, dont je me permets de reproduire quelques extraits ....
EXTRAIT A 75 % les riches partiront ?
http://blog.mondediplo.net/2012-03-...
Jean-Michel Aphatie, par exemple, a même éprouvé le besoin de démentir avoir pris parti pour les riches et n’avoir fait que de l’ironie à propos des 75% de Hollande. Il est vrai que l’époque commence à sentir fort le goudron et les plumes et pour la classe possédante et pour la valetaille médiatique qui jusqu’ici n’avait de cesse de lui servir la soupe avec force justifications économiques et admonestations à l’endroit du peuple envieux. Les temps ont changé et, jusque chez les riches, commence à se former la conscience « d’avoir un peu exagéré »... Pas suffisamment cependant pour désarmer complètement les réflexes incorporés qui font objecter instantanément à la fuite des talents et au bris de l’élan créateur de richesses — et l’on pense irrésistiblement à ce moment là au parti qu’on pourrait tirer de la trouvaille des graphistes du film Les nouveaux chiens de garde 5 où l’on voit chaque éditocrate multicarte accompagné d’un phylactère faisant la liste de ses innombrables employeurs, combinée à la proposition de Régis Jauffret 6 demandant que chaque expert prônant le sacrifice salarial à l’usage des autres soit sommé de déclarer ses propres revenus...
Il conviendrait pour commencer que les libéraux prennent conscience du défaut de cohérence de leur propre argument qui écarte d’abord la taxation des riches par un argument de « second ordre » : bien sûr, on peut si l’on veut l’envisager, mais elle concerne si peu de monde et s’avérera si peu efficace — quelques centaines de millions d’euros supplémentaires pour se faire plaisir, définitivement pas à la hauteur de la centaine de milliards du déficit à réduire... Or l’argument d’échelle se retourne comme un gant : si les riches pèsent si peu en termes fiscaux, c’est qu’ils ne pèsent pas davantage en termes de capacité d’investissement ! Par conséquent le coût d’opportunité économique d’une taxation des riches est aussi négligeable que leur contribution fiscale — et, comme le souci symbolique de l’équité à toute sa valeur (extra-économique), il ne faut surtout pas se priver.
Il faut bien reconnaître qu’en matière de contes et légendes, la libéralisation financière n’aura pas manqué d’imagination — et il est vrai qu’il en fallait pour tenter de rendre présentable l’ouverture du parc de loisir de la finance à l’échelle de la planète. Comme toujours dans ces cas-là, « rendre présentable » c’est présenter comme « avantageux à tous ». L’« avantage de tous », ce sont les entreprises — le public est invité à comprendre : emplois passionnants à profusion, innovations, marchandises bariolées et prospérité radieuse. La déréglementation, raconte l’histoire pour enfants sages, a été faite « pour elles ». Car les entreprises pour se financer ont besoin de fonds propres, la meilleure, la plus noble des formes de financement externe. Il fallait donc réveiller la Bourse et la rendre pétulante à nouveau, car c’est bien à la Bourse que se passe la merveilleuse rencontre des entreprises émettrices et des personnes souscriptrices, admirable alliance du capital et du travail qui nous offre une scène de genre propre à faire apparaître rétrospectivement les allégories de l’art pompier comme des modèles de discrétion allusive.
À quoi sert donc l’argent des riches ? Mais à rien d’autre qu’à faire tourner la machine entropique qui soutient à peine 7% de la FBCF annuelle et, des énormes masses financières qu’elle enfourne, n’en convertit qu’une portion ridicule en investissement effectif. Pour le dire plus simplement : l’argent des riches ne sert à rien — qu’à s’augmenter lui-même.
Nicolas:
(i) "Par quelle étrange circonvolution psychologique les riches devraient-ils se sentir offensés?" ben par la proportionnalité et/ou la progressivité de l'impôt.
(ii) "Et il y a une bonne raison, objectivement mesurable, de demander plus d'impôts aux riches: leur compte en banque est mieux rempli. " c'est une pétition de principe, ça montre au mieux qu'on peut prendre plus aux riches parce qu'on doive le faire.
(iii) je suis d'accord sur le mérite, je ne crois pas une seconde que tous les gens riches méritent leur argent (ni qu'aucun ne le fasse). Mais ça n'est pas parce que tu n'as pas mérité quelque chose que les autres peuvent en disposer à loisir.
oups: (ii) parce que--> pas que
@Olivier:
Voyons voir...
(ia) Ne serait-ce point là aussi une pétition de principe: le sentiment d'offense, pour être approprié, ne suppose-t-il pas que la progressivité de l'impôt est insultante - donc d'une certaine manière injuste? On pourrait dire qu'il y a des insultes justes; mais il me semble qu'on devrait plutôt parler, dans ce cas, d'un "diagnostic" ou d'une "vérité désagréable". On pourrait aussi dire que le caractère rationnel ou approprié du sentiment d'être offensé n'est pas pertinent; mais alors je ne vois pas quel poids normatif peut avoir ce genre d'émotion irrationnelle.
(ib) En cas d'impôt progressif, les riches se voient prélever une plus grande proportion de leurs revenus que les pauvres. Dans le cas de la proportionnalité, ils se voient prélever la même proportion (ce qu'on appelle la "Flat Tax"). La thèse de l'impôt offensant est encore plus difficile à maintenir avec l'impôt proportionnel, il me semble.
(ic) La considération suivante, entièrement gratuite, révèle me semble-t-il la gratuité égale de la thèse de l'offense. Soit un millionaire taxé à 70%. Après impôt, son revenu est de 300'000 unités. Soit un membre des classes moyennes gagnant 100'000 unités par an et taxé, conformément au principe de l'impôt progressif, à 30% seulement. Après impôt, son revenu est donc de 70'000 unités. Un millionnaire bonne pâte pourrait autant se sentir flatté que les lois le laissent jouir d'un revenu 4x supérieur à celui d'un membre lambda des classes moyennes. Certes, il pourrait se sentir offensé. Mais, sans prémisse un peu solide sur la justice ou l'injustice de l'impôt proportionnel, ne sommes-nous pas ici dans le royaume des hypothèses gratuites?
(ii) Ok, ça ne montre pas qu'on doive le faire. Mais ça montre qu'il y a, entre un millionnaire et un pauvre, une différence descriptive sur laquelle peut survenir une différence normative sans qu'il y ait a priori le scandale d'une inégalité de traitement.
(iii) On est d'accord. Mais ça montre qu'au moins un argument classique et répandu sur la taxation des riches - que j'ai entendu sur France Culture pas plus tard que la semaine dernière par ex. - repose sur une prémisse branlante. L'argument dit (en gros): (i) L'impôt est une punition; (ii) Les riches le sont parce qu'ils ont manifesté des qualités exceptionnelles qui leur ont valu le succès; (iii) Donc l'impôt progressif consiste à punir plus que les autres des gens plus méritants. L'argument est assez mauvais pour plein de raisons. Mais l'étude de Piff & Cie montre que, même si on en reste à la simple corrélation, l'étape (ii) peut être accueillie avec un sourire bonhomme.
Watcha think?
(i) C'est vrai que la progressivité de l'impôt à elle seule ne justifie pas le sentiment d'offense. Mais parmi les justifications avancées en sa faveur on trouve (a) les riches se sont enrichis sur le dos des pauvres (b) les riches sont trop égoïstes pour donner par eux-mêmes. Il n'y a pas besoin de beaucoup tendre l'oreille pour entendre ce genre de discours (en France par exemple) et il ne me semble pas inapproprié d'être offensé si on est riche. Plus généralement, la question est de savoir comment justifier l'impôt progressif sans porter aucune accusation à l'encontre des plus riches. Le dilemme est que si on ne le fait pas, la progressivité risque de ne plus sembler juste.
(ib)oui la flat tax est plus difficile à critiquer à cet égard, mais à mon avis c'est jouer sur les mots de dire que les riches et les pauvres paient la même chose lorsqu'ils paient la même proportion de leur revenu. Les riches paient plus avec une flat tax. Si les les riches payait les pommes x fois plus chers que les pauvres, on ne dirait pas qu'ils paient pareil.
(ic) "Un millionnaire bonne pâte pourrait autant se sentir flatté que les lois le laissent jouir d'un revenu 4x supérieur à celui d'un membre lambda des classes moyennes. " sympa l'Etat ! je ne suis pas d'accord. On n'a pas à être flatté qu'on ne nous spolie pas plus. C'est l'intervention de l'Etat qui demande une justification, pas son absence d'intervention.
(ii) mon point était qu'il n'y a aucune survenance normative ici.
(iii) oui, cet argument est pourri.
@Olivier:
Allez, un dernier follow up (après, il faudra probablement qu'on discute autour d'un verre!).
(ia) Il y a en effet dans la rhétorique publique, sur ce point comme sur plein d'autres, des arguments spécieux et insultants. Les riches ne sont pas les plus mal lotis - et ils sont souvent dépassés, sur l'échelle de Richter de l'insulte, par les immigrés clandestins, les Roms ou les chômeurs. Qu'il y ait de mauvais arguments en faveur de l'impôt progressif n'est pas un contre-argument - ce serait une forme inversée du sophisme de l'appel à l'opinion publique. Mais y a-t-il de bons arguments en faveur de l'impôt progressif? Je suis d'accord avec toi que la "philosophie fiscale" est une branche assez sous-développée - il y a le "Myth of Ownership" de Liam Murphy et Thomas Nagel, mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire! Mais à première vue, il pourrait y avoir un argument basé sur un principe assez plausible de la "contribution proportionnelle aux bénéfices reçus": si les lois en vigueur et l'ordre social me donnent 1000 points d'avantages et te donnent seulement 100 points d'avantages, alors n'est-il pas raisonnable que je contribue à cet ordre social par un effort 10 fois supérieur au tien? Après tout, les infrastructures publiques comme les routes et la police me profitent plus (elles me permettent de conduire mon business en tout quiétude et efficacité). On a l'impôt proportionnel. Et ajoutons que si cet ordre s'écroule, tu pourrais en profiter pour améliorer ton sort (en volant ma maison), moi pas. J'ai donc une bonne raison prudentielle/assurancielle de rajouter un "pourboire de sécurité" en payant plus que tes 10%. On dépasse la proportionnalité, et on obtient une version rudimentaire de l'impôt progressif.
(ib) Voir plus haut: je paie plus en somme absolue en cas de flat tax, mais on me demande un sacrifice proportionnellement égal au tien. Où est le problème?
(ic) On touche là au coeur libertarien de la controverse. Etant (politiquement) libéral, je suis enclin à acheter ton principe "C'est l'intervention de l'Etat qui demande une justification, pas son absence d'intervention". En même temps, il jouit peut-être, même chez les amis de la liberté individuelle, d'un crédit excessif. A priori, ok. Mais "in medias res", quand l'Etat existe et fonctionne, c'est moins évident: par exemple, en cas de manifestation raciste menaçant de dégénérer en pogrom, il semble plausible d'admettre que c'est l'intervention de l'Etat (envoyer la police pour endiguer le danger) qui est l'option par défaut, et sa non-intervention qui appelle une justification étayée.
(ii) Mon point est que ta conclusion est hâtive.
(iii) Les grands esprits se rencontrent!
Allez. Vive Mélenchon!
@Olivier:
Allez, un dernier follow up (après, il faudra probablement qu'on discute autour d'un verre!).
(ia) Il y a en effet dans la rhétorique publique, sur ce point comme sur plein d'autres, des arguments spécieux et insultants. Les riches ne sont pas les plus mal lotis - et ils sont souvent dépassés, sur l'échelle de Richter de l'insulte, par les immigrés clandestins, les Roms ou les chômeurs. Qu'il y ait de mauvais arguments en faveur de l'impôt progressif n'est pas un contre-argument - ce serait une forme inversée du sophisme de l'appel à l'opinion publique. Mais y a-t-il de bons arguments en faveur de l'impôt progressif? Je suis d'accord avec toi que la "philosophie fiscale" est une branche assez sous-développée - il y a le "Myth of Ownership" de Liam Murphy et Thomas Nagel, mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire! Mais à première vue, il pourrait y avoir un argument basé sur un principe assez plausible de la "contribution proportionnelle aux bénéfices reçus": si les lois en vigueur et l'ordre social me donnent 1000 points d'avantages et te donnent seulement 100 points d'avantages, alors n'est-il pas raisonnable que je contribue à cet ordre social par un effort 10 fois supérieur au tien? Après tout, les infrastructures publiques comme les routes et la police me profitent plus (elles me permettent de conduire mon business en tout quiétude et efficacité). On a l'impôt proportionnel. Et ajoutons que si cet ordre s'écroule, tu pourrais en profiter pour améliorer ton sort (en volant ma maison), moi pas. J'ai donc une bonne raison prudentielle/assurancielle de rajouter un "pourboire de sécurité" en payant plus que tes 10%. On dépasse la proportionnalité, et on obtient une version rudimentaire de l'impôt progressif.
(ib) Voir plus haut: je paie plus en somme absolue en cas de flat tax, mais on me demande un sacrifice proportionnellement égal au tien. Où est le problème?
(ic) On touche là au coeur libertarien de la controverse. Etant (politiquement) libéral, je suis enclin à acheter ton principe "C'est l'intervention de l'Etat qui demande une justification, pas son absence d'intervention". En même temps, il jouit peut-être, même chez les amis de la liberté individuelle, d'un crédit excessif. A priori, ok. Mais "in medias res", quand l'Etat existe et fonctionne, c'est moins évident: par exemple, en cas de manifestation raciste menaçant de dégénérer en pogrom, il semble plausible d'admettre que c'est l'intervention de l'Etat (envoyer la police pour endiguer le danger) qui est l'option par défaut, et sa non-intervention qui appelle une justification étayée.
(ii) Mon point est que ta conclusion est hâtive.
(iii) Les grands esprits se rencontrent!
Allez. Vive Mélenchon!
Nicolas, un dernier pour la route, en attendant le verre:
(ia) tu me fais dire ce que je n'ai pas dit: je n'ai pas tenté de montrer que l'impôt progressif était mauvais car certains arguments en sa faveur étaient mauvais. J'ai simplement tenté de montrer qu'il était approprié pour les riches d'être offensés par un impôt progressif ainsi justifié. Sur ta justification non-insultante de l'impôt proportionnel par la différence de bénéfice reçu à première vue je suis sceptique. Il ne me semble pas évident que les riches bénéficient plus de la police que les pauvres (zaiment pas non plus être tués les pauvres); quand aux fonctions non régaliennes en bon libertarien je ne vois pas ce que l'Etat vient faire là dedans. Une justification récurrente de ces interventions non-régaliennes est justement que les pauvres ne pourraient pas se les payer sinon, et ton argument risque alors de s'inverser totalement: les pauvres bénéficient plus de l'intervention de l'Etat que ne le font les riches (disent les interventionnistes).
(ib) je ne ne crois que la justice doive être défini en terme d'égalité "sacrificielle"
(ic) il faut distinguer "par défaut" dans les faits, et "par défaut" en droit: en bon libéral tu ne devrais accepter aucun compromis là dessus !
(ii) tu n'as pas argumenté ton point: c'est à toi de montrer qu'une différence de revenu disponible justifie une différence de prélèvements.
(iii) on est définitivement des génies sur ce coup.
Allez Bastiat !