Vu comme ça, ça a un air assez louche de pop psychology, mais une fois l'article sous les yeux, la méthodologie parait plus que correcte et surtout on s'aperçoit que les auteurs ne font pas que mesurer des corrélations mais cherchent aussi à trouver un lien causal entre statut socio-économique et comportement malhonnêtes.

Les trois premières études ne font effectivement qu'observer des corrélations :

  • Dans les deux premières études, les chercheurs (ou plus probablement de malheureux stagiaires) ont observé le comportement de conducteur en fonction de leur véhicule (le type du véhicule était effectivement utilisé comme indicateur du statut socio-économique). La première étude révèle que les conducteurs au volant de voitures dispensieuses avait plus tendance à griller la priorité à un carrefour. La seconde étude montre une tendance similaire à couper le passage à un piéton à un passage clouté (notez que ledit piéton était un complice des expérimentateurs).
  • Dans la troisième étude, des participants en laboratoire (1) remplissait des questionnaires sur leur statut socio-économique et (2) lisait des scénarios décrivant des comportements malhonnêtes avant d'indiquer quelle était selon eux la probabilité pour qu'il s'engage dans des comportements semblables. Corrélation : ceux qui se percevaient comme ayant un SSE plus élevé jugeaient plus plausibles de s'engager dans des comportements malhonnêtes.

Les autres expériences cherchent à mettre en lumiére un lien causal entre SSE et comportements malhonnêtes, et à montrer qu'une partie de ce lien dépend d'une vision positive de l'avidité (greed):

  • Dans la quatrième étude, les participants devaient accomplir la même tâche que dans la troisième étude, à deux détails près. (1) Il leur était dans un premier temps demander de comparer leur SSE à celui de personnes ayant un SSE supérieur au leur OU à ceux de personnes ayant un SSE inférieur au leur. (2) Aprés avoir rempli tous les questionnaires, le participant se voyait proposer par l'expérimentateur de prendre quelques bonbons dans un pot de bonbon destiné à des enfants passant une expérience dans un laboratoire proche. Résultats : à SSE égaux, les gens qui s'étaient comparés à des gens de SSE inférieurs avaient plus tendance à répondre qu'il était probable qu'ils commettent des actes malhonnêtes, et prenaient plus de bonbons. Autrement dit : induire le sentiment d'avoir un SSE supérieur à la moyenne semble les rendre plus malhonnêtes et plus avides.
  • La cinquième étude demandait aux participants de simuler un entretien d'embauche en prenant le rôle du patron. Seul problème : ils étaient informés que le poste sur lequel portait l'entretien allait être bientôt supprimé. Les chercheurs ont mesuré la fréquence avec laquelle les participants mentionnait ce détail à leur "employé". Ils ont bien entendu trouvé que les participants avec un SSE élevé tendaient à l'omettre plus souvent. Mais surtout, ils ont aussi interrogé les participants sur leur perception de l'avidité (un vice ? une vertu ?). Des analyses statistiques dans le détail desquelles je ne rentrerai pas montrent qu'il est hautement probable que le relation entre SSE et comportements soit en partie médiée par la vision qu'ont les participants de l'avidité.
  • La sixième étude montre la même chose que la cinquiéme, mais n'utilise pas la même tâche (simulation d'entretien) pour mesurer les comportements malhonnêtes. Dans cette étude, les participants tiraient un certain nombre de fois un dé informatique, puis devaient rapporter la somme des tirages à l'expérimentateur pour gagner une récompense proportionnelle à cette sonne. En fait, le programme était réglé pour toujours donner la même somme (12) ce qui permettait de mesurer la tendance des participants à gonfler leur somme. Donc : les gens de SSE plus élevé gonflaient plus leur somme et cette corrélation semble être en partie médiée par leur perception de l'avidité.
  • La septième étude revient à la mesure de la troisième étude (questionnaires), mais cherche à induire chez la moitié des participants une vision positive de l'avidité en leur demandant de mentionner trois bénéfices de l'avidité. Ce qu'observent les chercheurs, c'est que l'écart entre participants de SSE élevé et de SSE peu élevé se réduit chez les participants si on les a forcé à adopter un point de vue positif sur l'avidité.

Autrement dit, l'étude ne cherche pas qu'à mettre en lumière une corrélation, mais aussi à trouver un lien causal entre SSE et comportement. Outre le fait qu'elle soit amusante, cette étude a un intérêt pour les discussions politiques. Par exemple, sur les questions de mécénat. Faut-il croire ceux qui disent que, si on ne les force pas à payer d'impôts, les plus riches donneront de toute façon (à travers diverses formes de mécénat ?) - pas évident. D'autant plus que l'étude citent d'autres études, y compris une suggérant que les plus riches donnent une moins grande proportion de leur salaire que les moins riches à des oeuvres de charité.

PS:

Là encore, n'hésitez pas à me demander si vous voulez le texte de l'article.