LIVRE: Recension de "Psychologie du Bien et du Mal"
Par Florian Cova le dimanche 15 janvier 2012, 23:31 - Psychologie - Lien permanent

Vous pouvez en lire en ligne sur SH ma recension du livre de Laurent Bègue intitulé Psychologie du Bien et du Mal. Un bon livre d'introduction à la psychologie sociale (et oui, je n'écris pas que des recensions négatives !) La recension est elle aussi beaucoup plus belle que dans mes souvenirs, la plupart des tournures ayant été retouchées par la rédaction.
Pour ceux que la psychologie sociale intéresse, le livre s'accompagne d'un fil de news sur facebook, qui permet de se tenir au courant de l'actualité de la psychologie sociale. On y apprend entre autres que, contre le sentiment montant d'insécurité, la criminalité a tendance à baisser en France ces dernières années (le nombre d'homicides aurait été divisé par 2 depuis 1995).
PS: J'étais pas mal occupé cette semaine et je n'ai pu suivre, et encore moins répondre aux commentaires. Je m'y remet bientôt.
Commentaires
Intéressant. Avec une intervention exemplaire dans le fil, intervention qui est un cas assez commun que peut-être la psychologie sociale étudie :
Affirmation que les meurtres sont en diminution : fait vérifiable par les statistiques (aux USA aussi il y a eu une baisse énorme, à ce jour inexpliquée).
Oui mais la psychologie sociale populaire nous objecte :
« Les médias relaient des agressions en quantité.. »
Autrement dit, si on en parle beaucoup au journal, c'est qu'il doit y en avoir beaucoup dans la vie quotidienne.
« Mon fils de 13 ans a été agressé à deux reprises en moins d'un an. La malchance sans doute!! »
Autrement dit, mon cas particulier a valeur de statistiques pour tout le pays. On notera l'indispensable formule rhétorique finale par laquelle celui qui sait qu'il a de toute façon raison exprime son ironie à l'encontre du pauvre bougre qui se contente de fournir un lien vers un rapport intéressant sur la délinquance.
Voilà deux types de raisonnement que l'on peut entendre et lire tous les jours.
Le problème est aussi de savoir pourquoi il est si intéressant pour nos politiques de flatter cette idée de "montée de l'insécurité".
Bonjour,
Petit hors-sujet pour rebondir sur le propos de Louis.
La forte baisse de la criminalité aux USA durant la décennie 1990 n'est pas inexpliquée. Tout au plus, y a-t-il des hypothèses rivales à pondérer.
Steven Levitt a fait un grand scandale, dans son livre Freakonomics tout juste adapté sur le grand écran, en attribuant 50% de cette baisse à la légalisation généralisée de l'avortement à la fin des années 1970 (avec des données très solides). Les 50% restants de baisse sont attribuables d'après lui à l'explosion de la population carcérale (à hauteur de 30% si je me souviens bien), aux nouvelles méthodes policières (15%) et le reste à divers facteurs (croissance économique, effondrement du marché du crack,...).
Ce propos n'est pas un hors-sujet complet, il montre sur un exemple précis que l'on peut expliquer des phénomènes sociaux complexes et surprenants (complexe car de multiples facteurs sont en jeu, surprenant car cette forte baisse de la criminalité fait suite à une forte hausse).
Salut Florian!
De mon point de vue, il y a deux ou trois choses qui ne vont pas dans ton post.
Sinon, j'ai bien aimé ta recension!
Il me semble aller de soi que le sentiment d'insécurité ne peut généralement pas baisser mécaniquement du simple fait d'une baisse de la criminalité. Si on rapporte par exemple ce sentiment aux capacités de défense dont croit disposer l'individu, ou encore à son exposition aux risques.
Il est évident que dans une population vieillissante ou dans une population ou l'accès à la propriété augmente, ce sentiment peut avoir des raisons objectives d'augmenter, même s'il peut être pondéré par une baisse concomitante de la criminalité.
Je me permets de vous envoyer ce lien vers le dernier livre de Engel - vous êtes un peu en retard dans la promo :) : http://www.ithaque-editions.fr/livr...
@ Victor : s'il y a des hypothèses rivales, on n'a donc pas d'explication reconnue satisfaisante par la communauté scientifique, et le phénomène demeure sujet à interprétations divergentes.
@Louis, 1:
Oui, je connais ce genre d'argumentation - une des raisons pour lesquelles je ne prend pas part aux discussions pendant les repas de famille (à quoi bon parler, par exemple, de l'efficacité de l'homéopathie quand certains considèrent comme preuve satisfaisante qu'ils ont une amie qui s'est soignée à coups de médicaments homéopathiques et est allée mieux).
@Chris, 2:
Je ne sais pas, c'est une bonne question. Mais une question préliminaire serait : faut-vraiment adopter une position aussi intentionnaliste ? Il se pourrait que les politiques ne le fassent pas à dessein mais soit eux aussi victimes d'une sorte d'illusion (ils ne sont pas forcément plus intelligents que nous).
@Victor, 3:
Oui, Freakonomics était effectivement un très bon livre et cette explication m'avait véritablement bluffé ! Est-ce quelqu'un sait si la suite, Super Freakonomics vaut autant le coup ?
@Louis, 7:
Ce raisonnement serait exact si les explications étaient mutuellement incompatibles - mais dans un cas comme celui-là, la plupart pourraient être vraies en même temps (d'ailleurs, il est probable que la baisse n'est pas dû à un facteur). Le problème dans le cas présent n'est donc pas que nous manquons d'explication satisfaisante - mais à la limite qu'il y en a trop !
@Diagoras, 6:
J'attendais le versement d'une somme important sur mon compte en banque... mais maintenant, c'est fait !
@Nicolas, 4 :
Je passe vite fait sur les points de ton message qui me semble injuste. Sur 1 : comme l'indique la parenthèse, la baisse du taux d'homicides est un exemple - je n'ai écrit ni suggéré nulle part que c'était un argument (encore moins l'argument) définitif en faveur de la thèse d'une baisse de la criminalité. Sur 4 : je ne vois pas l'intérêt de me faire passer pour quelqu'un qui dirait que les gens sont bêtes et qu'il faut leur dire qu'ils le sont - donc je passe.
Sur l'argument le plus important : la comparaison de ces études avec les chiffres de la police. En fait, si tu regardes dans les liens, tu verras que le type qui a fait l'étude en parle aussi, mais pour dire que ses chiffres sont plus fiables que ceux de la police. Il n'avance pas beaucoup plus d'argument que toi, ce qui nous laisse donc avec deux affirmations gratuites (la sienne et la tienne) qui s'annulent l'un l'autre.
Personnellement, j'aurais plus tendance à faire confiance aux chiffres des chercheurs du CNRS. Pas seulement par esprit de corps (un peu !) mais aussi à cause des méthodes. On sait que les chiffres de la police dépendent étroitement de l'action policière et de ce que les victimes acceptent de dire à la police, et que ces limitations sont moins grandes dans les études comme celles du CNRS. C'est ce genre d'études qui permet, entre autres, de savoir que le nombre de viols en France est largement supérieur à celui qui est signalé à la police - parce que nombre ne sont pas déclarés.
Plus largement, les chiffres de la police ne permettent pas de distinguer deux choses : une augmentation des chiffres de la police peut signifier (i) une augmentation de la criminalité OU (ii) une augmentation du taux de détection de la criminalité par la police. Etant donné les moyens qui ont été investis ce derniers temps dans la "modernisation" des forces de police, ainsi que le nombre croissant de campagnes enjoignant aux victimes de parler, on peut très bien expliquer la hausse des chiffres de la police quand bien même la criminalité disparaîtrait.
Pour me faire pencher en faveur des chiffres de la police, il faudrait pointer des limitations propres aux études qui ne se retrouvent pas dans les chiffres de la police. Tu sembles te soucier de la représentativité des populations : mais c'est pareil pour les chiffres de la police, car toutes les populations ne sont pas également susceptibles de faire appel aux forces de l'ordre.
Finalement, le lien que je procure cite plusieurs études dont les études se renforcent mutuellement. Donc même en terme de nombres, on a plusieurs sources en faveur de la diminution, contre une seule en faveur de l'augmentation.
@Florian
J'ai bien compris que c'était un exemple! Je trouvais seulement la présentation de la chose un peu maladroite, c'est tout! Rien ne sert de s'attarder là-dessus, on est d'accord sur ce point. Pour le point 4, personne ne te demande de passer au niveau pragmatique...
C'est ce passage que tu considères comme affirmant que leurs travaux sont plus fiables que ceux de la police? "La mise au point et l’utilisation régulière d’une méthode de comparaison entre les résultats d’enquêtes de victimation et les statistiques policières" (sur cette page, premier point après "Points forts": http://www.cesdip.fr/spip.php?artic...). Où tu penses à autre chose? Si c'est celle-là, je ne vois pas d'évaluation, juste une comparaison.
Le bulletin que je défendais n'est pas réalisé par les forces de l'ordre et les instances de la justice, mais par un institut d'observation et de conseil qui dépend directement du gouvernement. Il se trouve par ailleurs que le bulletin que je cite et le rapport auquel tu fais référence sont publiés par deux labos qui dépendent de ce même institut (INHESJ) et sont considérés comme étant complémentaires (regarde la méthodologie des enquêtes de victimation qui forme le corps du rapport : http://www.inhesj.fr/?q=content/enq...). Le bulletin n'est qu'un (et en même temps, c'est déjà pas mal!) dépouillement des données fournies par la police, de la gendarmerie et des instances de la justice, tandis que le rapport, incluant les données précédentes, ajoute à cela des enquêtes menées à différentes échelles, auprès d'individus qui ont été confrontés à la criminalité, dans le cadre du recours aux forces de l'ordre et aux instances de justice. Les deux cependant sont réalisés par des personnes détachées ou exerçant encore au sein du CNRS (entre autres, les chercheurs du CESDIP, mentionnés dans l'article que tu mets en lien).
En fouillant un peu dans le document, j'ai pu voir que la question que je posais sur la variable de la population a été prise en compte dans le bulletin et le rapport.
Pour l'argument principal, voici ma réponse. J'accepte les limitations que tu indiques.
En fait, il y a une autre recension dans Sciences Humaines qui traite directement de ce sujet : http://www.scienceshumaines.com/l-i...
Les arguments sont à peu près les mêmes que j'avais avancés.