Bouveresse Strikes Back!
Par Florian Cova le mardi 28 juin 2011, 00:04 - Politique - Lien permanent
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Par Florian Cova le mardi 28 juin 2011, 00:04 - Politique - Lien permanent
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Commentaires
Je suis évidemment entièrement d'accord avec la réaction épidermique de Bouveresse. Malgré tout, une petite remarque sur l'auteur de cet article philosophiquement calamiteux paru dans le Nouvel Obs, dont je me suis déjà un peu moqué : Jacques Bouveresse a raison de pointer du doigt le fond du problème soulevé par cet article mais sur la forme il ne faut pas oublier à mon avis que la jeune journaliste en question n'a fait qu'essayer de vendre son sujet. Elle a dépeint l'affrontement feutré analytico-continental comme un débat de tranchées, lui donnant des couleurs vives et une dimension tragique afin d'intéresser son lecteur, sélectionnant les commentaires les plus rudes pour donner de l'épaisseur à son sujet, ce n'est déjà pas si mal. C'est - qu'on le déplore ou qu'on s'en accomode - le seul moyen d'intéresser la majorité des gens au débat intellectuel. Elle n'a fait en sorte que relancer - pour reprendre des termes d'un autre critique radical de la philosophie, lui aussi philosophe de formation, Jean-François Revel - le "débat des esprits", donner un peu de sel à une opposition qui pourrait paraître sinon dénuée de sens et d'intérêt au plus grand nombre.
Il n'est pas impossible que dans quelques années on date de cet article (indigent sur le fond, mais cohérent d'un point de vue journalistique) le retour (au moins médiatique) de la véritable philosophie en France, la prise de conscience par un large public de l'escroquerie intellectuelle qu'a constituée une certaine philosophie aujourd'hui encensée (Lévinas, Foucault, Derrida, Marion, Badiou, pour citer les plus marquants) et qui demain ne sera plus considérée qu'avec l'incompréhension légitime qu'on réserve aux oeuvres de Léon Ollé-Laprune et autres philosophes sans importance.
"la prise de conscience par un large public de l'escroquerie intellectuelle qu'a constituée une certaine philosophie aujourd'hui encensée (Lévinas, Foucault, Derrida, Marion, Badiou, pour citer les plus marquants) et qui demain ne sera plus considérée qu'avec l'incompréhension légitime qu'on réserve aux oeuvres de Léon Ollé-Laprune et autres philosophes sans importance"
Si vous vous laissez aller à de telles condamnations massives, ne vous étonnez pas si dans l'autre camp on vous renvoie la balle avec aussi peu de nuances ! Est-ce sensé de disqualifier des oeuvres entières de cette manière ? N'est-ce pas franchement plus analytique de critiquer telle argumentation, telle thèse, tel passage de tel livre etc. ? Je crains aussi que pour Ollé-Laprune vous n'en ayez pas lu une seule ligne et dans ce cas en quoi êtes-vous différent de ceux qui disqualifient Tiercelin sans l'avoir lue ? C'est blanc bonnet et bonnet blanc.
C'est vrai que c'est dit sans manières, mais je ne suis pas loin de penser que quelqu'un comme Bouveresse ne pense pas sur le fond quelque chose de fondamentalement différent. À cette liste il ajouterait Régis Debray, dont le traitement qu'il lui fait subir dans Vertiges et prodiges de l'analogie n'a pas grand chose à envier à ce que je viens de dire. La notion d'imposture intellectuelle y est sans cesse présente, dans la droite ligne du travail de Sokal et Bricmont, que Bouveresse avait défendus, comme vous le savez. À l'inverse quelqu'un comme Badiou pense-t-il différemment concernant le "camp adverse"? Il suffit de lire ce qu'il dit de ce que révèle l'élection de Tiercelin à ses yeux pour s'en rendre compte...
On est vraiment dans les bas-fonds du forum là...
Vous ne savez dire que cela, Maxime. Plutôt que de critiquer, Florian Cova vous a déjà incité à faire votre propre forum. Qu'attendez-vous?
Si c'est pour que des médiocres dans votre genre viennent le pourrir, je préfère y renoncer.
@ Vincent
Une chose est dénoncer des argumentations, preuves à l'appui, comme le fait Bouveresse dans les Vertiges, autre chose est de disqualifier, comme vous venez de le faire, des oeuvres entières, dont certaines totalement ignorées (par exemple avez-vous lu le cours de Foucault au Collège de France sur les cyniques ? Et pensez-vous que c'est de l'imposture ? ). Franchement jeter avec une telle désinvolture l'enfant avec l'eau du bain a quelque chose de choquant. Et dire que Bouveresse, dans son for intérieur, en pense autant ne me paraît qu'une variante de l'argument d'autorité. argument qui ne devrait pas avoir sa place dans la philo analytique. En plus pourquoi Bouveresse ne serait pas lui aussi sur certains points injuste ou excessif, même s'il me paraît être, c'est vrai, très souvent un modèle de modération et de nuance ?
J'ai souvent vanté la qualité des échanges en milieu analytique par rapport aux invectives vite proférées sur des forums plus continentaux mais quand je lis ce que vous venez d'écrire, je me rends compte que j'ai péché par induction sauvage.
Certes je sais aussi qu'avec Internet on écrit plus vite qu'on ne pense et je sais aussi que j'ai moi-même trop de fois cédé à cette tentation...
"5. Le mardi 28 juin 2011, 11:45 par Vincent
...Plutôt que de critiquer, Florian Cova vous a déjà incité à faire votre propre forum. Qu'attendez-vous?"
La discussion en question :
"18. Le samedi 18 juin 2011, 01:08 par Florian Cova
@Maxime :
"Y aurait-il un forum du même genre, même accabit, mais du côté phénoménologue ou "continental" ? Je serais intéressé, car j'ai parfois le sentiment d'être un étranger ici, juste bon à f***** la m****..."
-> Ben non ! Ce qui s'en approchait le plus, c'était le blog de Ritoyenne. Mais il est actuellement "hors service". Je pense qu'on est le seul espace où on peut si bien se castagner. Mais tu peux rester ici, on s'amuse bien, non ?
19. Le samedi 18 juin 2011, 01:14 par Florian Cova
"j'ai parfois le sentiment d'être un étranger ici, juste bon à f***** la m****..."
-> Non, il y a une différence qualitative indubitable entre des gens comme GR, qui sont là uniquement pour faire ch.... leur monde, et un sale continentale comme toi. Nous sommes ravis d'accueillir les seconds.
20. Le samedi 18 juin 2011, 14:16 par Maxime
Oui, je ne voulais pas remplacer ce forum par un autre, simplement pouvoir discuter de phéno et tout ça avec des gens qui apprécient ! Mais ça ne m'aurait pas empêché de continuer à venir ici.
21. Le samedi 18 juin 2011, 14:36 par Florian Cova
Et bien, tu sais ce qu'il te reste à faire :) On n'est jamais mieux servi que par soi-même."
Franchement Vincent, j'espère sincèrement que vous n'êtes pas aussi retors, négatif et bourré de ressentiment dans la "vie réelle"...
@ Philalèthe : oui, oui, admettons, si vous voulez. Maintenant, chacun sa manière de voir et de s'exprimer. Personnellement, par exemple, je ne vois pas trop ce que quelqu'un comme Lévinas fait dans la catégorie "philosophes". Par contre dans la catégorie "théologiens" il a tout à fait sa place. Du coup, ses ouvrages sur Husserl exceptés, l'essentiel de son oeuvre me paraît effectivement une imposture si on tient à tout prix à la ranger dans la catégorie philosophie. Et avec Lévinas c'est toutes les oeuvres qui appartiennent à ce que Janicaud appelait le "tournant théologique" de la phénoménologie française qui me paraissent induement rangées dans cette catégorie, leurs auteurs n'étant pas à mes yeux des philosophes.
@ Maxime : Chacune de vos interventions est une occasion pour moi de me réjouir du fait que nous ne pratiquions pas et que nous n'appartenions pas au même courant de pensée "philosophique". Vous m'accusez d'être négatif et bourré de ressentiment, alors que c'est vous-mêmes qui encore une fois êtes intervenu pour porter spontanément un jugement négatif à mon encontre... Enfin bon, peu importe, je préfère considérer que vous n'appartenez simplement pas du tout à la philosophie telle que je la définis, qu'aucune de vos interventions ne ressortit d'une quelconque manière de ce domaine, vous pouvez bien sûr faire de même et brisons là.
@Vincent : le "tournant théologique" dénoncé par Janicaud n'avait rien à voir avec une attaque sur le statut philosophique de ses cibles, mais avec leur utilisation de la méthode phénoménologique.
En dehors de toute question relative à la qualité de l'œuvre, je ne vois en quoi aucun d'entre eux démérite à l'appellation de philosophe. Pour le reste, Philalèthe l'a très bien dit.
@ VfV : peut-être pas sur leur statut philosophique à proprement parlé (ça c'est moi qui l'affirme), mais néanmoins il ne s'agit pas d'un jugement neutre, par cette expression Janicaud stigmatise bel et bien une certaine philosophie. À titre d'exemple valant ce qu'il vaut, mais c'est une première base facile de discussion sur internet Wikipedia écrit à ce sujet : "Dominique Janicaud est à l'origine d'un débat qui porta des années 1990 sur la phénoménologie française contemporaine. Le débat commence en 1992 quand, dans la lignée d'un Mikel Dufrenne, Janicaud publie un livre dans lequel il reproche à certains phénoménologues français (Emmanuel Lévinas, Paul Ricoeur, Michel Henry, Jean-Luc Marion, Jean-Louis Chrétien, Jean-Yves Lacoste) de mettre leur travail philosophique au service de leur foi, participant ainsi à un « tournant théologique de la phénoménologie française»."
Je crois que ce passage est juste. Il s'agit bel et bien d'un "reproche" fait par Janicaud. En ce sens dire que cela n'a "rien à voir avec une attaque sur le statut philosophique de ses cibles", me paraît un peu excessif, de même que votre présentation neutre de ce que dit Janicaud me paraît un peu en-dessous de la réalité. Certes, le texte de Janicaud n'est pas un brûlot, mais s'il a bien un sens c'est de dire selon moi qu'à ses yeux quelque chose se passe en philosophie qu'il conteste fortement et qu'il déplore. À partir de là il n'est pas totalement invraisemblable, et il ne s'agit pas d'un détournement de sens complet, de choisir de prolonger son jugement en lui donnant un tour plus radical. Et du coup mon appréciation personnelle de leur travail comme constituant plutôt une oeuvre de théologien que de philosophe ne me paraît pas du tout insensée, ni utiliser la référence à Janicaud de manière totalement injuste.
@Vincent :
Well, je ne sais pas si je mettrais Foucault dans le même sac que Badiou & Marion. Quant à Lévinas, je ne connais pas assez pour juger. (Par contre, j'ai lu Badiou et Marion, et j'ai déjà exposé mon jugement à leur sujet.)
Sinon, je pense qu'il faut faire une distinction entre "philosophie" et "mauvaise philosophie". Je pense que Badiou et Marion font de la daube (de la mauvaise philosophie) - mais je pense que, à moins de vouloir réformer le langage ordinaire et/ou le langage technique, ils font de la philosophie (hélas !) De plus, je ne suis pas sûr de la distinction théologie/philosophie. Si la théologie est la théologie révélée (études des textes, etc.), c'est clair qu'on n'est pas dans la philosophie. Mais la théologie naturelle (rationnelle) est une part de la métaphysique et donc de la philosophie. Moi-même je lis régulièrement de la théologie et des philosophes qui en font (même si ma vue dans ce domaine se résume par "Té, Dieu il existe pas, cong'!")
@Vincent : encore une fois il se passe quelque chose, selon Janicaud, non pas "en philosophie", mais dans la phénoménologie française. Le texte de Janicaud est très violent sur les gens qu'il attaque, et contient même des passages accusant directement J-L Marion de faire un usage frauduleux des textes, mais je ne me souviens pas qu'il s'agisse d'une attaque qui en quoi que ce soit serve à légitimer le jugement expéditif de votre commentaire 1, que Philalèthe a justement repris, et auquel je ne faisais qu'ajouter une précision.
Il me semble là qu'il y a de votre part une certaine instrumentalisation des vocables "théologiens". Comme Bouveresse faisait remarquer justement dans l'article de ce post, appeler quelqu'un "philosophe des sciences", dans un contexte, ou "théologien" dans le contexte de ce fil, n'est pas neutre, mais vise, de manière polémique, à la disqualification de pans entiers de philosophie. Ce à quoi personnellement j'avoue rechigner, indépendamment de l'opinion sur la valeur précise des auteurs mis en question. Je suivrai FCova sur ce point.
Je pense plutôt que ce fameux tournant, et ses manifestations, tout en étant entièrement critiquables sur une ligne comme celle de Janicaud, ne sont pas des aberrations a-philosophiques, mais sont motivés par des raisons légitimes ; à titre personnel, il me semble d'ailleurs que loin de renier la phénoménologie, les phénoménologues "théologiques" vont jusqu'au bout de sa logique, pour aboutir à quelque chose d'effectivement aporétique et de très embarrassant pour eux (l'apparaître de l'inapparent, tout ça), mais qui n'en reste pas moins cohérent.
Par ailleurs il est vrai que ma remarque était neutre mais c'est lié à ma façon de m'exprimer sur un forum public.
Sinon, je ne connaissais pas Léon Ollé-Laprune (j'ai même cru à une boutade, sur le coup) Entre ça et Tresmontant, je découvre beaucoup d'auteurs en ce moment.
@ VfV : vous écrivez : "encore une fois il se passe quelque chose, selon Janicaud, non pas "en philosophie", mais dans la phénoménologie française. Le texte de Janicaud est très violent sur les gens qu'il attaque, et contient même des passages accusant directement J-L Marion de faire un usage frauduleux des textes, mais je ne me souviens pas qu'il s'agisse d'une attaque qui en quoi que ce soit serve à légitimer le jugement expéditif de votre commentaire 1, que Philalèthe a justement repris, et auquel je ne faisais qu'ajouter une précision."
J'avoue que je ne comprends pas bien. La phénoménologie française ne fait pas partie de la philosophie, selon Janicaud? Ce qui s'y passe ne concerne pas la philosophie en général selon lui?
Pour le reste la mention de Janicaud fait surtout référence à la distinction que j'établissais entre philosophes et théologiens. Vous pouvez ne pas partager ce que je fais de cette distinction, mais vous ne pouvez pas dire qu'elle ne peut pas se baser sur l'analyse de Janicaud.
Sur le fond : oui, je suis conscient que, comme le souligne Florian Cova, rejeter hors de la philosophie ceux qui pratiquent de la théologie rationnelle n'est pas justifié, mais dans le cas qui nous occupe je dirais qu'il ne s'agit pas de cela mais plus exactement de philosophie théologique. La différence? La théologie rationnelle vise Dieu comme objet d'étude en mobilisant les outils de la raison, alors que la philosophie théologique fait l'inverse, elle vise des objets profanes qu'elle étudie mais elle le fait avec, de manière plus ou moins déguisée, les moyens d'une démarche théologique. Par exemple, un "philosophe" comme Michel Henry étudie le réel mais y découvre à chaque instant ce que seule une démarche ancrée depuis toujours dans la foi peut y découvrir : la manifestation de la vie de la Trinité, la présence salvifique de Jésus dans chaque existence humaine, etc. Je pense notamment à un ouvrage comme "Je suis la vérité", qu'on ne peut pas qualifier autrement que de théologie utilisant des références philosophiques. L'origine de tout cela Janicaud la voit dans ce qu'il finira par appeler le "tournant lévinassien" de la phénoménologie française.
@ Mikolka : je ne suis pas sûr que lorsque Lévinas et cie ont introduit les oeuvres de Husserl et Heidegger en France on ait parlé d'une germanisation de la pensée française, à mon avis pour la simple et bonne raison que les auteurs allemands ont toujours été considérés comme faisant partie de plein droit de la philosophie et ont toujours, Kant, Nietzsche, Leibniz, etc., fait l'objet de reprises, intégrations et analyses dans la philosophie française ordinaire.
À l'inverse, ce qui arrive avec les références de Claudine Tiercelin et tous les auteurs de la tradition analytique américaine c'est que ceux-ci, pour un certain nombre de philosophes français, n'ont jamais été considérés de plein droit comme de vrais philosophes mais tout au plus comme les représentants d'une variété exotique de pensée, probablement tout à fait mineure et n'ayant que peu ou pas de rapport avec la grande tradition franco-germanique.
De plus, et effectivement Bouveresse a tout à fait raison de critiquer ce nationalisme philosophique français (en fait le continentalisme franco-germanique, et donc le débat analytique/continental a bien une certaine pertinence malgré tout ici), il y a autre chose de caché dans cette critique de l'américanisation de la philosophie que chacun peut facilement déceler, c'est bien sûr le fait que derrière le terme d'américanisation se dissimule tout ce qui a trait à l'image associée des Etats-Unis : mécanisation, quantification, règne de la marchandise, capitalisme et scientisme triomphants, etc.
Le rejet par certains philosophes français de cette américanisation de la philosophie (terme choisi expréssément plutôt qu'australianisation, par exemple, qui ne charit pas les mêmes clichés brutaux) c'est évidemment le rejet qu'on a déjà vu sur ce blog lors d'un certain nombre de débats d'une philosophie qu'on soupçonne d'être du côté du calcul et pas de la pensée, d'être une philosophie d'ingénieurs vendus à la technoscience capitaliste.
Toutes choses que l'on a jamais dans la psyché philosophique française assimilées à l'Allemagne ou à la pensée allemande.
Pour info, il a bien existé une dénonciation de la "germanisation" de la pensée française, mais cela est plus ancien que l'importation de la phénoménologie en France. Et cette dénonciation était le fait de l'Action française.
Voir notamment l'article de Martha Hanna dans ce recueil
http://books.google.fr/books?id=Z-6...
Elias : ça d'accord, mais c'était dans le contexte particulier de la guerre de 14 et j'imagine qu'il ne s'agissait pas d'une dénonciation par des philosophes français. Dans le cas de l'accusation d'américanisation de la pensée ce sont des philosophes ou supposés tels qui la portent.
@Au Premier Lauréat de Philotropes
Il y a bel et bien une tradition philosophique en France qui a des revendications nationalistes et qui s'est opposée à la germanisation de la pensée française à la fin du 19ème et au début du 20ème s., avec H. Taine, Fustel de Coulanges, E. Renan, etc. Ce mouvement a été étudié par Digeon dans La Crise de la pensée française (PUF, 1959). Et je ne serais surpris d'apprendre que leurs héritiers (comme C. Péguy, C. Maurras, etc) ont perpétué cette tradition et cette revendication au moins jusqu'à l'introduction des phénoménologies heideggerienne et husserlienne. Mais en l'absence de données historiques, je m'abstiendrai d'en dire plus.
Quant au fait d'en appeler à l'américanisation pour associer un mouvement philosophique à une certaine situation politico-sociale des USA, bien sûr, c'est évident. Mais ça ne répond pas à ma question : pourquoi ? Pourquoi en appeler à tout cela ? Quel bénéfice peuvent-ils en tirer ? Cela ne leur rapporte ni de l'argent, ni une situation sociale meilleure, ni des connaissances intéressantes, ou je ne sais quoi d'autre. Quel est le bénéfice de ce genre d'affirmation ?
@ Mikolka : Taine, Renan, Péguy, Maurras, de Coulanges ne sont pas vraiment des philosophes, au sens où Bergson est un philosophe français et ses oeuvres étudiées en philosophie. Cela dit je veux bien reconnaître qu'il est vraisemblable de supposer un nationalisme intellectuel anti-germanique en France à une époque où tout ce qui venait d'Allemagne était maudit. Mais il me semble que c'était plus le caractère germanique de cette pensée qui était contesté, beaucoup moins sa dimension authentiquement philosophique. Je serais étonné qu'existe un texte disant que Kant ou Leibniz ne sont tout simplement pas des philosophes. Dans l'accusation d'américanisme portée contre une certaine philosophie c'est les deux, aussi bien le caractère américain que philosophique qui font l'objet de la critique et du soupçon.
Qui est ce "ils" dont vous parlez dans "quels bénéfices peuvent-ils en tirer"?
Dans le cadre de la question de l'hostilité à la germanisation de la pensée, on peut évoquer le refus radical de Jankélévitch après le nazisme de prendre en compte la philosophie allemande .
http://cat.inist.fr/?aModele=affich...
Doit-on le considérer comme un des premiers à mériter un point Godwin ?
Je connais bien le cas de Jankélévitch sur le sujet. J'ai moi-même recherché dans ses oeuvres les plus célèbres des réflexions critiques sur Husserl et Heidegger, mais en fait autant que je m'en souvienne il n'y en a pas. Jankélévitch a tout simplement "zappé" après la guerre la philosophie allemande de son époque - c'est sans doute pourquoi il est demeuré un excellent philosophe. Quand Jankélévitch parle de la philosophie allemande il fait référence à "l'ogre allemand", mais ça reste des termes très vagues, pas une véritable réfutation philosophique au sens précis du terme. Son refus est un refus moral à la suite de la révélation de la Shoah, mais à part ça je ne crois pas que Jankélévitch ait contesté le caractère philosophique de la grande philosophie allemande classique qu'il connaissait fort bien, il avait je crois fait sa thèse sur Schelling avant la guerre.
Est-ce que son attitude mérite un point Godwin? Il me paraît un peu étrange de dire cela ici car la notion de point Godwin concerne la réduction de l'adversaire au nazisme, la reductio ad hitlerum (sous la forme "vous dîtes cela, en fait c'est exactement comme Hitler lorsque"), alors qu'ici il s'agit directement du nazisme lui-même!
Par contre certains ont fait observer que Jankélévitch ne faisait au fond que reproduire en quelque sorte l'attitude des nazis, les nazis disaient tous les juifs sont coupables, et Jankélévitch en rejetant toute la culture allemande aurait en fait dit : tous les allemands sont coupables...
Mais quoi qu'il en soit l'attitude de Jankélévitch est elle aussi très différente de l'accusation d'americanisation de la philosophie que dénonce Bouveresse.
C'est tout de même curieux. Au début du vingtième siècle, mais j'ai des connaissances très vagues à ce sujet, il y eut une résistance aux mathématiques "allemandes"...
J'ai beaucoup de mal, pour ma part, avec ces étiquettes. Le nationalisme me paraît une belle puanteur, et les contextualisations sociologiques des affirmations nationalistes ne changent rien pour moi au fait que, quand quelqu'un rejette une philosophie sous le prétexte qu'elle est X-ne (mettre à la place de X la nation qu'on voudra), je n'ai plus envie d'écouter.
A la limite (je dis bien "à la limite") je préfère la pseudo-justification:
philo analytique = pragmatisme
pragmatisme = VRAI-UTILE
UTILE= libéralisme
Libéralisme = pas bien
Conclusion: philo analytique = pas bien
Mais le truc, "américanisation" avec le clignement d'oeil, avant de retourner boire son pastis et mastiquer son camembert, j'ai du mal...
Normal, vous me direz!
"Enfin bon, peu importe, je préfère considérer que vous n'appartenez simplement pas du tout à la philosophie telle que je la définis."
Je confirme !
Je n'appartiens pas mais alors pas du tout à la philosophie telle que vous la "définissez" (si, par "définition", vous entendez : telle que je passe mon temps à dénigrer des auteurs que je ne lis pas - puisque de "définition", en fait, vous n'en donnez jamais aucune).
Vous avez quand même réussi l'exploit exceptionnel de pousser les analytiques les plus extrémistes de ce forum à prendre la défense des continentaux ! Pour ça merci !
@Premier lauréat de Philosophie
D'une part, je n'ai dit nulle part que ces personnes devaient être des philosophes ! J'ai parlé de réactions venant de divers horizons. De ce point de vue, Badiou se comporte-t-il en philosophe en disant du Collège de France que c'est une «une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur» ? J'ai des doutes là-dessus.
D'autre part, je vous laisse la responsabilité de décréter qui est philosophe et qui ne l'est pas...
Et enfin, nous sommes d'accord au moins sur un point, la phrase de Badiou énonce deux affirmations : la philosophie au Collège de France est mauvaise parce qu'elle est américaine ; la philosophie au Collège de France est mauvaise parce qu'elle est analytique. Pour la germanisation de la pensée française, c'est un point accessoire, mais qui demanderait à être examiné en détails.
Le "ils" désignent ceux qui en fin de compte sont des nationalistes et qui reprochent à une certaine théorie ou à un certain mouvement philosophique d'être germanique, américain ou tarahumaras.
Le truc c'est que les "fameux analytiques" quand ils sont notamment français, qu'ils ont étudié en France pendant minimum 5 ans, et parfois jusqu'à 10 ans quand on compte le doctorat et les concours, 'ils ont une culture a minima de ce qu'on appelle "continental" !
Dans cette situation précise, où nous (peut-être devrais-je dire "ils" en souhaitant rester neutre, la Suisse est un magnifique pays !) savons ce que disent ces auteurs, ou du moins partiellement, et les associer conjointement alors qu'ils n'ont strictement rien à voir philosophiquement les uns avec les autres, ça passe mal (Je me demande ce que Foucault pouvait penser de Badiou ou de Marion...) . Au même titre qu'entendre analytique = logique formelle = hell fera hurler.
Les cours de Foucault au fameux CdF sont souvent excellents - comme certains de ses écrits. Et même si je ne comprends rien à Lévinas/Derrida dans 90% des cas, il y a quand même des textes tout à fait brillants. En fait, Philalèthe a très bien résumé les choses dés le début.
Pour l'histoire des mathématiques, je ne vois pas exactement à quoi vous faites référence. Un rejet de la logique mathématique par Poincaré, effectivement, mais des mathématiques en elles-mêmes, je ne vois guère ; à moins qu'il s'agisse de Cantor, mais là plus qu'une question de nation, c'était le fait de ses théories, Kronecker lui-même s'y opposait...
@Rogger, pour les "mathématiques allemandes", c'est un élément que j'avais glané, il y a bien longtemps (quand j'étais en maîtrise) et que j'étais allé suivre des séances au séminaire d'histoire et de philosophie des mathématiques de la rue d'Ulm... Je le mentionnais ici pour pêcher de l'info.
@ Florian et ceux qui partagent en gros son point de vue :
Je n'ai jamais compris ce qui se passait sur ce forum avec JL Marion (on a déjà eu de très longues discussions sur son cas), mais j'ai l'impression que toutes ces affirmations péremptoires sur la "mauvaise" qualité de sa philosophie visent en fait "Certitudes négatives" exclusivement - qui est son dernier ouvrage (et pas le meilleur, je l'ai déjà concédé, sans pour autant admettre sa nullité comme Florian nous le présente).
Notons ainsi que la philosophie de Marion ne peut pas être rejetée d'un bloc, quand on considère l'ampleur de ses commentaires cartésiens, l'originalité de ses vues théologiques et phénoménologiques (Dieu sans l'être, De Surcroît), la puissance spéculative de son commentaire de saint Augustin (Au lieu de soi) et surtout son grand chef d'oeuvre : Etant donné.
Cela dit, il est évident que mettre des auteurs aussi radicalement différents que Levinas, Foucault, Derrida, Marion et Badiou dans le même sac est une absurdité sans nom. Entre Marion, Badiou et Foucault, quel rapport ??? C'est comme si, de l'autre côté, on rejetait en bloc : Quine, Rawls, Searle, Plantinga et David Lewis. Cela n'aurait pas plus de sens.
J'imagine d'ailleurs les réactions scandalisées qu'une telle absurdité aurait suscité si un continental l'avait commise. Et que ce continal imaginaire s'était défendu en disant : "Ben je pense que Marion pense à peu près la même chose sur X (un X qui aurait encore moins à voir avec les penseurs pré-cités, qui ne pratiquerait même pas la philosophie) et de toutes façons, Bouveresse dit la même chose sur nous dans l'autre sens." (Puisque la défense de l'intéressé consistait à dire : "Ben je pense que Bouveresse pense à peu près la même chose à propos de Régis Debray (sic) et de toutes façons Badiou dit la même chose sur nous dans l'autre sens.")
Je n'ai même pas de mot pour qualifier mon désappointement face à ça ! Et comme dirait l'autre : "loin de supprimer la bêtise, les études la rendent mieux armée."
@Vincent : je ne comprends pas tellement.
Les critiques de Janicaud sont des critiques à l'endroit de l'appellation phénoménologique de certains auteurs en tant que selon lui ils excèdent les bornes de la méthode phénoménologique entendue en un sens strict ; de telles critiques n'impliquent en aucun cas, chez lui, une contestation de l'appartenance de ces auteurs à la philosophie en général. Je n'ai pas dit plus. Il est tentant d'étendre la critique de Janicaud pour refuser à ces auteurs le droit à la philosophie en considérant qu'ils subvertissent la réflexion conceptuelle rationnelle par des préjugés théologiques. Mais une telle extension ne peut être faite à partir de lui, puisque ce à quoi il s'oppose est essentiellement un dépassement des bornes du phénoménal propre. Il faudrait donc faire un travail de plus large ampleur pour montrer en quoi ces gens ne sont pas des philosophes.
Sur ce point vous offrez quelques considérations tout à fait recevables. Mais il faudrait alors distinguer entre les œuvres théologiques et les œuvres philosophiques et il me semble que pour Lévinas, Henry, et même Marion il est difficile de soutenir que ce soient intégralement et uniquement des théologiens, même si sans doute il existe des œuvres beaucoup moins philosophiques que d'autres. Je voulais juste m'en tenir là, à ce qu'un rejet massif au nom d'une inscription dans la théologie me semble un peu réducteur ; on peut dire que ce sont des programmes de recherche qui ont trouvé leurs limites, ce qui ne serait pas la même chose...
Voilà, ça ne va plus très loin à ce stade, d'autres se sont exprimés sur ce sujet, et je ne pense pas vraiment que quiconque fera changer d'avis quiconque, alors...
@VfV : soyons bien clairs. Ce que j'ai contesté c'est votre phrase lorsque vous avez écrit : "encore une fois il se passe quelque chose, selon Janicaud, non pas "en philosophie", mais dans la phénoménologie française." Il n'y a aucune raison à mes yeux de faire cette distinction, dont je ne vois pas le sens. C'est de la phénoménologie que parle Janicaud, mais dans la mesure où pour lui la phénoménologie est un domaine de la philosophie, c'est bien en philosophie que les choses se passent.
Par contre je ne lui prête pas du tout, je n'ai jamais dit cela, l'idée qu'il rejeterrait le statut philosophique de ces auteurs. J'ai dit que ça c'est moi qui le faisait (non pas concernant toutes leurs oeuvres mais celles qui sont entachées de ce défaut, qui sont hélas la très grande majorité de leurs oeuvres), et j'ai précisé que je le faisais dans ce que j'estime être une continuation radicale de la position de Janicaud, mais qui pour être radicale n'en constitue pas pour autant une déformation inacceptable ou un contresens. Mais bien entendu, libre à chacun de ne pas me suivre et d'en rester à ce que dit Janicaud.
Que dit-il d'ailleurs? Le mieux est de le citer, pour voir où se situe le problème et justifier ce que je viens de dire.
Janicaud écrit dans Le tournant, à propos de Lévinas, après avoir mis en valeur le respect de la méthode phénoménologique dont fait preuve Merleau-Ponty : "Au contraire, l'aplomb de l'altérité qui me dépossède d'emblée suppose un désir métaphysique, non phénoménologique; il vient "d'un pays où nous ne naquîmes point." Il suppose un montage métaphysico-théologique préalable à l'écriture philosophique. Les dés sont pipés, les choix sont faits, la foi se dresse majestueuse à l'arrière-plan. Le lecteur, confronté au tranchant de l'absolu, se retrouve dans la position d'un catéchumène qui n'a plus d'autre choix que de se pénétrer des paroles saintes et des dogmes altiers : "Le Désir est désir de l'absolument Autre... Pour le Désir, cette altérité inadéquate à l'idée, a un sens. Elle est entendue comme altérité d'Autrui et comme celle du Très-haut." Tout est acquis et imposé d'emblée; ce tout est de taille : rien de moins que le Dieu de la tradition biblique. Stricte trahison de la réduction qui livrait le Je transcendantal à sa nudité, voici la théologie de retour avec son cortège de majuscules. Mais cette théologie se dispensant de livrer le moindre titre, s'installe au plus intime de la conscience comme si cela allait de soi. La philosophie doit-elle ainsi se laisser intimider? N'est-elle qu'incantation, initiation?" (p. 15-16).
Ce passage comme on le voit me permet de dire que :
1) On est bien dans le domaine de la philosophie, c'est bien en philosophie que ces choses se passent.
2) Il ne faut pas pousser beaucoup le texte de Janicaud pour lui faire dire qu'ici, en réalité, on n'est plus entre philosophes.
Voilà tout ce que j'ai voulu exprimer sur ce point, rien de plus.
@Vincent : bien noté, je voulais simplement clarifier ma pensée, parce qu'à vous lire je disais des choses tout à fait étranges, que la phénoménologie ne serait pas de la philosophie, etc. Je dis simplement que l'opposition de Janicaud, comme il le dit très exactement, porte sur "un montage métaphysico-théologique" et que la spécificité de la phéno est de s'opposer selon DJ à la métaphysique comme à la théologie ; que pour un philosophe non-phénoménologique, cette opposition à la partie métaphysique (ou de théologie rationnelle) des philosophes du tournant n'allait pas de soi. C'est en gros là que se concentrait mon propos.
Maintenant que les choses sont éclaircies, on peut en rester là il me semble
@ VfV : d'accord. Effectivement c'est plus clair ainsi, je crois que nous sommes au moins parvenus à comprendre nos positions respectives, même si nous ne partageons pas au final le même point de vue.
Heureusement que la grande philosophe Christine Lagarde remet l'église au milieu du village: http://vanessa-schlouma.blogspot.co...
Je ne sais pas si ça avait déjà été fait par quelqu'un, mais je suis retombé sur l'enquête Philpapers, et appliqué le filtre analytique/continental, qui donne des résultats instructifs !
http://philpapers.org/surveys/linea...
WOW! Incroyable les résultats pour le trolley ! Probablement dus à un biais anti-utilitarisme chez les continentaux (et à la faible taille de l'échantillon de continentaux)
Ne nous excitons pas: en effet il ne s'agit que de 30 répondants (contre 800 côté analytiques), majoritairement jeunes doctorants (années de PhD en-dessous de la moyenne), et non-US non-UK. Peut-être que cela reflète le déontologisme kantien des jeunes philosophes allemands!
« et qui demain ne sera plus considérée qu'avec l'incompréhension légitime qu'on réserve aux oeuvres de Léon Ollé-Laprune et autres philosophes sans importance. »
C'est fou comme dans l'outrance arrogante et prétentieuse les philosophies analytique et continentale se ressemblent...
Pour ma part je m'étonne plutôt du nombre de gens qui trouvent que qualifier quelqu'un d'arrogant est une critique suffisante. (Cf. l'article du Nouvel Obs sur la philosophie analytique .) C'est une façon facile de dire: "fermez-la" sans se mouiller!
@ julien dutant
Comparaison n'est pas raison comme dirait le philosophe analytique...
Juger de manière péremptoire des philosophes est arrogant et prétentieux. C'est poser en juge de la pensée légitime. Gros manque de modestie.
Je confirme: "qui fait preuve d'une insolence méprisante"; "sentiment de supériorité". Voilà pourquoi les trois protagonistes de ce blog ne sont pas sympathiques; et voilà pourquoi, il est nécessaire de rendre la philo analytique un peu sympa cher Julien. Mais cela tient au statut de la philosophie qui se place au-dessus des croyances, des opinions...
C'est vrai, Laurence : vous êtes tellement plus sympathique... Il n'y a d'ailleurs qu'à voir tous les gens qui viennent commenter sur votre blog.
Puéril: "Philotropes" audimat blog ? Vous confondez "Popularité" et "sympathie" !
Il fait une chaleur par ici ! Je vous tendrais bien un verre d'eau vide, pour que vous m'y versiez quelque eau fraîche, à me la renverser sur la gueule ouverte -- mais j'aurais peur que ne s'y déclenche, à nouveau, une tempête !
Le point culminant de cette discussion reste (malgré vos efforts) le "Té, Dieu, il existe pa cong !" de COVA.
Bien l'bonjour chez vous cependant :)
Une chose est sûre, on ne pourra pas reprocher à Claudine Tiercelin d'avoir négligé de mettre en pratique mes "Dix commandements du philosophe analytique gallique", tels que je les énonce dans mon article de 2001 : "La philosophie analytique en France : un bilan institutionnel" - commandements que je reproduis ici, afin que tous les Philotropes en devenir puissent briguer un jour les plus hautes responsabilités académiques :
1. Si tu as fait tes études en France, tu passeras l’agrégation, car si l’exercice est stupide, il doit être à ta portée, et s’il ne l’est pas c’est que c’est toi qui n’est pas à la hauteur.
2. Si tu as le choix entre aller (ou rester) au CNRS et aller à l’université, tu choisiras la seconde, y compris par des échanges temporaires avec tes collègues d’université.
3. Tu n’écriras pas seulement en anglais, mais aussi en français, et pour tes collègues et étudiants, et tu ne citeras pas seulement des travaux en anglais dans tes écrits.
4. Dans ton université tu proposeras des enseignements en anglais.
5. Tu participeras à ou organiseras des écoles d’étés et des stages pour étudiants et collègues intéressés.
6. Tu ne confineras pas tes écrits à ton domaine de spécialisation, mais tu t’efforceras de porter la philosophie analytique dans les domaines qui intéressent traditionnellement les continentaux.
7. Tu ne négligeras pas l’histoire de la philosophie, et chercheras à montrer qu’on peut la faire autrement.
8. Tu ne négligeras pas les responsabilités académiques.
9. Tu n’accuseras pas les continentaux de tous les maux, mais seulement de la plupart d’entre eux.
10. Tu ne te présenteras pas seulement comme un philosophe analytique mais comme un philosophe tout court
Le commentaire ci-dessus n'est pas de Pascal Engel, bien sûr, mais d'un(e) lâche qui veut jouer à la théorie du complot.
Je crois que ce n'est pas la première fois ces (qui sont bien, eux, de P. Engel) sont intentionnellement mal interprétés comme une sorte de plan de conquête des universités. Il s'agit en fait une exhortation adressée à l'époque aux philosophes analytiques qui préféraient "vivre cachés" dans les institutions de recherche française, sans chercher à faire partager leurs idées par le reste de la communauté philosophique française. Ceux qui se disent choqués par les dix commandements d'Engel sont ceux qui veulent au fond que les philosophes analytiques fassent leurs recherches dans l'ombre, et n'occupent pas le pré carré de la philosophie officiellement visible (université, inspection académique), chasse gardée supposée des historiens et continentaux.
Imaginez qu'au contraire un philosophe ait énoncé les commandements opposés: ne passe pas l'agrégation (et donc n'enseigne pas au lycée); évite d'enseigner à l'université; écris seulement en anglais; n'organise ni colloque ni école d'été pour les étudiants; n'écris que sur ton domaine de spécialisation, ignore les questions philosophiques plus larges; ignore l'histoire de la philosoophie; évite de prendre part à toute commission académique sur quelque sujet que ce soit, de l'établissement de programme, à l'évaluation de la recherche ou au pourvoi de postes; traite les continentaux comme des incompétents totaux!
pfff, ces analytiques, ils ne sont mêmes pas eux !
bon, c'est moi qui ai écrit le commentaire 46. Ca se voit parce que Jean-Luc Marion évite d'ordinaire l'accord en nombre des adverbes...
Oui ça m'a sauté aux yeux tout de suite :)