Dutant Qu est-ce que la connaissance

Extrait

La première partie vise à expliquer un ensemble d'idées philosophiques sur la connaissance de façon entièrement non-technique. Mon but était qu'elle soit parfaitement accessible à quelqu'un qui n'a pas fait de philosophie du tout - à essayer sur vos élèves de terminale / première année! J'essaie aussi d'y introduire/discuter d'autres points importants comme: ce qu'est une définition, la vérité et le réalisme, expliquer la signification en termes de conditions de vérité, etc. Je pense néanmoins que pas mal de choses dans cette partie intéresseront même les philosophes avancés - et en tout cas j'ai placé beaucoup de choses pour eux dans les notes de bas de page.

Voici par ex un de mes passages préférés de la première partie - souvenez-vous que c'est pour les débutants complets:

L'idée que la connaissance requiert la vérité prête parfois à confusion. Ce n'est qu'après avoir découvert que les planètes ne tournaient pas autour de la Terre qu'on peut dire que Ptolémée ne savait pas qu'elles tournaient autour de la Terre, puisqu'il se trompait à ce sujet. Avant cette découverte, on aurait dit (comme lui) qu'il le savait. Certes, mais qu'est-ce que cela implique? Certainement pas qu'il était vrai à l'époque de Ptolémée que les planètes tournaient autour de la Terre. Si l'astronomie actuelle est juste, les planètes ont toujours tourné autour du Soleil depuis leur formation; elles n'ont pas changé de trajectoire au XVIème siècle. Le fait que les contemporains de Ptolémée aient tous tenu pour vrai que les planètes tournaient autour de la Terre ne suffit pas à rendre vrai qu'elles tournaient autour de la Terre – ce serait trop beau! Cela n'implique pas non plus que Ptolémée savait que les planètes tournaient autour de la Terre, pour les mêmes raisons. Mais cela implique-t-il néanmoins que, d'une façon ou d'une autre, ce n'est qu'avec les découvertes de Copernic qu'il est devenu vrai que Ptolémée ne savait pas qu'elles tournaient autour de la Terre? Non plus: si, depuis le début, la théorie de Ptolémée était fausse, alors Ptolémée ne savait pas, et cela même si personne ne s'était encore rendu compte qu'elle était fausse. En d'autres termes, il faut certes avoir découvert la fausseté de ce qu'une personne croit pour découvrir qu'elle se trompe, mais cela n'est pas nécessaire pour que de fait elle se trompe. Pour qu'elle se trompe, il suffit que sa croyance soit fausse de fait, qu'on s'en rende compte ou non.

Ensuite il y a deux brefs textes, de Russell et Peter Unger respectivement, qui représentent deux façons radicalement distinctes de définir la connaissance.

La seconde partie du livre resitue ces textes dans une perspective large sur l'histoire de la philosophie de la connaissance. (Ces idées sont issues de mon article pour Klesis et développée dans la premiêre partie de ma thèse. Cela me permet de donner une vue d'ensemble de la philosophie de la connaissance contemporaine (post-Gettier) et notamment de la division internalisme/externalisme, ainsi que des problèmes centraux du scepticisme (notamment inductif: je suis content d'avoir réussi à placer une petite explication du problème de Goodman), de Gettier et de la circularité épistémique.

Table des matières

Qu'est-ce que la connaissance?

  • Première façon de dire ce qu'est la connaissance: les exemples 3
    • L'ubiquité des connaissances ordinaires 4
    • Connaissance et science sont deux choses distinctes 6
    • Connaissance des choses et connaissance des vérités 6
    • Le savoir faire 8
  • Deuxième façon de dire ce qu'est la connaissance: par définition 9
    • La connaissance requiert la croyance 11
    • La connaissance requiert la vérité 13
    • La vérité 14
    • La « connaissance » en sociologie 15
    • Dire que la connaissance requiert la vérité n'implique pas qu'elle requiert la garantie de vérité 19
    • La connaissance n'est pas simplement la croyance vraie 20
  • Troisième façon de dire ce qu'est la connaissance: par fonction 21
    • La connaissance permet d'éliminer des possibilités 21
    • La connaissance donne le droit d'être certain 23
    • La connaissance est le but de l'enquête 27
    • La connaissance est la norme de l'assertion 28
    • La connaissance est la norme de la croyance 31
    • La connaissance est la norme de l'action 31
    • La connaissance explique la réussite dans l'action 32
    • La connaissance a de la valeur 33
  • Conclusion 35

Texte 1 Bertrand Russell, La connaissance Humaine, II §10 37 Texte 2: Peter Unger, une définition de la connaissance factuelle 39 Commentaire 43

  • L'Ur-fondationnalisme et le problème de l'induction 44
    • La pratique ordinaire de donner des raisons 44
    • Le trilemme d'Agrippa 46
    • L'Ur-fondationnalisme 49
    • Le problème de l'induction 52
    • La nouvelle énigme de l'induction 54
    • Le constat Humien 55
    • Idéalisme et vérificationnisme 55
  • L'internalisme faillibiliste et le problème de Gettier 56
    • Le problème de Gettier 57
    • La croyance vraie pourvue d'une justification non défaite 58
    • Le problème de la loterie 60
  • L'externalisme infaillibiliste et le problème sceptique 61
    • Externalisme et internalisme 62
    • La non-accidentalité et les théories externalistes de la connaissance 63
    • Le problème de la généralité 64
    • La connaissance comme accomplissement 66
    • Le scepticisme et le problème de la circularité épistémique 67
  • Conclusion 69

PSs

Pour ceux qui s'en inquiétaient: rassurez-vous, j'ai dû abandonner mon idée d'utiliser l'orthographe réformée de 1990!

Pour ceux à qui j'ai promis des exemplaires: il faudra probablement attendre octobre, mais je ne vous oublie pas!

(Par erreur, j'ai publié ce billet avant de l'avoir terminé: désolé pour ceux qui ont vu les brouillons, et merci à Anonyme pour le premier commentaire!)