Qu'est-ce que la connaissance: Déjà dans les bacs!
Par julien dutant le dimanche 1 août 2010, 14:57 - Annonces - Lien permanent
Mon petit livre d'introduction à la philosophie de la connaissance chez
Vrin, Qu'est-ce que la connaissance?
est déjà dans
les bacs (et
dans toutes les bonnes bibliothèques). Voici un extrait et la table des
matières.

Extrait
La première partie vise à expliquer un ensemble d'idées philosophiques sur la connaissance de façon entièrement non-technique. Mon but était qu'elle soit parfaitement accessible à quelqu'un qui n'a pas fait de philosophie du tout - à essayer sur vos élèves de terminale / première année! J'essaie aussi d'y introduire/discuter d'autres points importants comme: ce qu'est une définition, la vérité et le réalisme, expliquer la signification en termes de conditions de vérité, etc. Je pense néanmoins que pas mal de choses dans cette partie intéresseront même les philosophes avancés - et en tout cas j'ai placé beaucoup de choses pour eux dans les notes de bas de page.
Voici par ex un de mes passages préférés de la première partie - souvenez-vous que c'est pour les débutants complets:
L'idée que la connaissance requiert la vérité prête parfois à confusion. Ce n'est qu'après avoir découvert que les planètes ne tournaient pas autour de la Terre qu'on peut dire que Ptolémée ne savait pas qu'elles tournaient autour de la Terre, puisqu'il se trompait à ce sujet. Avant cette découverte, on aurait dit (comme lui) qu'il le savait. Certes, mais qu'est-ce que cela implique? Certainement pas qu'il était vrai à l'époque de Ptolémée que les planètes tournaient autour de la Terre. Si l'astronomie actuelle est juste, les planètes ont toujours tourné autour du Soleil depuis leur formation; elles n'ont pas changé de trajectoire au XVIème siècle. Le fait que les contemporains de Ptolémée aient tous tenu pour vrai que les planètes tournaient autour de la Terre ne suffit pas à rendre vrai qu'elles tournaient autour de la Terre – ce serait trop beau! Cela n'implique pas non plus que Ptolémée savait que les planètes tournaient autour de la Terre, pour les mêmes raisons. Mais cela implique-t-il néanmoins que, d'une façon ou d'une autre, ce n'est qu'avec les découvertes de Copernic qu'il est devenu vrai que Ptolémée ne savait pas qu'elles tournaient autour de la Terre? Non plus: si, depuis le début, la théorie de Ptolémée était fausse, alors Ptolémée ne savait pas, et cela même si personne ne s'était encore rendu compte qu'elle était fausse. En d'autres termes, il faut certes avoir découvert la fausseté de ce qu'une personne croit pour découvrir qu'elle se trompe, mais cela n'est pas nécessaire pour que de fait elle se trompe. Pour qu'elle se trompe, il suffit que sa croyance soit fausse de fait, qu'on s'en rende compte ou non.
Ensuite il y a deux brefs textes, de Russell et Peter Unger respectivement, qui représentent deux façons radicalement distinctes de définir la connaissance.
La seconde partie du livre resitue ces textes dans une perspective large sur l'histoire de la philosophie de la connaissance. (Ces idées sont issues de mon article pour Klesis et développée dans la premiêre partie de ma thèse. Cela me permet de donner une vue d'ensemble de la philosophie de la connaissance contemporaine (post-Gettier) et notamment de la division internalisme/externalisme, ainsi que des problèmes centraux du scepticisme (notamment inductif: je suis content d'avoir réussi à placer une petite explication du problème de Goodman), de Gettier et de la circularité épistémique.
Table des matières
Qu'est-ce que la connaissance?
- Première façon de dire ce qu'est la connaissance: les exemples 3
- L'ubiquité des connaissances ordinaires 4
- Connaissance et science sont deux choses distinctes 6
- Connaissance des choses et connaissance des vérités 6
- Le savoir faire 8
- Deuxième façon de dire ce qu'est la connaissance: par définition 9
- La connaissance requiert la croyance 11
- La connaissance requiert la vérité 13
- La vérité 14
- La « connaissance » en sociologie 15
- Dire que la connaissance requiert la vérité n'implique pas qu'elle requiert la garantie de vérité 19
- La connaissance n'est pas simplement la croyance vraie 20
- Troisième façon de dire ce qu'est la connaissance: par fonction 21
- La connaissance permet d'éliminer des possibilités 21
- La connaissance donne le droit d'être certain 23
- La connaissance est le but de l'enquête 27
- La connaissance est la norme de l'assertion 28
- La connaissance est la norme de la croyance 31
- La connaissance est la norme de l'action 31
- La connaissance explique la réussite dans l'action 32
- La connaissance a de la valeur 33
- Conclusion 35
Texte 1 Bertrand Russell, La connaissance Humaine, II §10 37 Texte 2: Peter Unger, une définition de la connaissance factuelle 39 Commentaire 43
- L'Ur-fondationnalisme et le problème de l'induction 44
- La pratique ordinaire de donner des raisons 44
- Le trilemme d'Agrippa 46
- L'Ur-fondationnalisme 49
- Le problème de l'induction 52
- La nouvelle énigme de l'induction 54
- Le constat Humien 55
- Idéalisme et vérificationnisme 55
- L'internalisme faillibiliste et le problème de Gettier 56
- Le problème de Gettier 57
- La croyance vraie pourvue d'une justification non défaite 58
- Le problème de la loterie 60
- L'externalisme infaillibiliste et le problème sceptique 61
- Externalisme et internalisme 62
- La non-accidentalité et les théories externalistes de la connaissance 63
- Le problème de la généralité 64
- La connaissance comme accomplissement 66
- Le scepticisme et le problème de la circularité épistémique 67
- Conclusion 69
PSs
Pour ceux qui s'en inquiétaient: rassurez-vous, j'ai dû abandonner mon idée d'utiliser l'orthographe réformée de 1990!
Pour ceux à qui j'ai promis des exemplaires: il faudra probablement attendre octobre, mais je ne vous oublie pas!
(Par erreur, j'ai publié ce billet avant de l'avoir terminé: désolé pour ceux qui ont vu les brouillons, et merci à Anonyme pour le premier commentaire!)
Commentaires
Bravo le champion! J'irai le faire acheter aux bibliothèques universitaires et publiques de près de chez toi (en Amérique du Sud). Quel parcours mon petit bonhomme! Bravo.
ERRATA: "de près de chez moi" évidemment...
Bravo!
Oui, je l'ai vu au Divan, une jolie librairie du 15e, bien visible sur une étagère. J'ai été ravi, l'ayant lu en avant première! Il était à côté de "Qu'est ce qu'une conception du monde?" de C. Berner, dans la même collection. Ce qui m'amène à la question : connaissez vous par hasard les autres livres de la collection et sont ils aussi enrichissants pour le néophyte que le tout nouveau livre de Julien?
Toutes mes félicitations!
Adrien
Merci et bravo, c'est commandé !
Une question : serait-il possible d'obtenir une copie électronique de votre thèse ?
Si oui, n'hésitez pas à me l'envoyer sur l'adresse mail associée au commentaire.
Merci encore et A+
Félicitations Julien. Pour les élèves de Terminale, c'est assez difficile: il faut bien cinq mois de philosophie ! On arrive tous avec des idées préconçues...Et l'idée de savoir factuel n'est pas évidente à comprendre. Mais il est utile de simplifier ses idées par respect pour le public (par rapport à une thèse)!
Je suis sûr qu'en un sens tout le monde comprend l'idée de savoir factuel. Tout le monde sait la différence entre et , et entre et !
Notez que seule la seconde partie du bouquin contient des idées qui me sont propres, tirées de ma thèse (mais rassurez-vous j'ai convaincu nombre de mes pairs, et surtout mon jury, sur les grandes lignes, qui sont les seules que j'utilise dans le bouquin!). Ce ne sont d'ailleurs que des idées méta-théoriques, à savoir sur le développement de la philosophie de la connaissance et sur l'organisation du théorique aujourd'hui: comment distinguer les grands groupes et leurs grands problèmes.
Cette seconde partie est aussi simple et claire que j'en ai été capable, mais bien moins accessible que la première. Dans la première partie j'évite presque tout vocabulaire technique et j'essaie de prendre le lecteur par la main (sauf peut-être dans la sous-partie sur la sociologie), et je m'appuie largement sur des exemples. Mais la seconde partie est ouvertement destinée à la philosophie universitaire. J'y présuppose une familiarité avec l'histoire de la philosophie, j'y utilise beaucoup plus de vocabulaire technique (normalement je l'introduis quand même) et j'y exprime des arguments avec précision mais de façon ramassée qui réclame qu'on s'accroche et qu'on prête attention aux détails de formulation.
OK Julien; c'est en effet une qualité: "prendre le lecteur par la main", comme Russell dans un fameux livre (déjà écrit dans un mail)! Pour le reste, je verrai au mois d'octobre.
Je viens de recevoir votre livre et ai commencé à le lire avec grand intérêt.
J'ai cependant quelques questions.
p.17 : Vous écrivez : "La philosophie contemporaine s'intéresse presque exclusivement é la connaissance des vérités. C'est dommage, par ce que l'accointance est une notion à laquelle on fait jouer un rôle important dans d'autres domaines de la philosophie (lorsqu'on discute par exemple s'il faut expérimenter la douleur pour la connaître, ou s'il faut connaître Pierre pour comprendre les affirmations faites à son sujet). "
Vous ne dites pas quel philosophe analytique traite du sujet de l'accointance. Je pensais un peu à Dennett et à sa critique des qualias, notamment dans "De beaux rêves" où (note p.125) il discute de son désaccord avec Robinson (que je n'ai pas lu) et semble défendre l'idée que si Marie sait parfaitement ce qu'elle dirait et comment elle réagirait (à la vue d'une couleur qu'elle n'aurait jamais vue auparavant, mais avec une connaissance totale des causes et des effet physiques de la vison chromatique), on devrait essayer de soutenir qu'elle saurait l'effet que ça fait de voir cette couleur.
Pouvez-vous peut-être m'indiquer quel autre philosophe en parle et plus spécialement peut-être de ce qu'on appelle la prise de conscience, au sens où l'on dit me semble-t-il qu'on sais quelque chose (par exemple qu'il est très dangereux de fumer), mais que l'on en a pas encore (vraiment) pris conscience.
p.23-24 : Vous "dites" tout d'abord que que:
(a) A sait que p -> A crois que p
puis que:
(b) A crois que p désigne le fait que A tient p pour vrai
Mais que l'usage courant nous suggère aussi que:
(b') A crois que p désigne le fait que A tient p pour probable
que vous commentez comme signifiant "précisément le contraire"de (b).
Il me semble que le contraire de (b) serait plutôt :
(b'') A crois que p désigne le fait que A tient p pour faux
Mais peut-être ne faites vous là qu'un usage heuristique du mot "contraire", visant à annoncer le problème suivant.
Quoiqu'il en soit, ne pourrait-on pas définir (philosophiquement)
(c) A crois que p ssi A tient p pour vrai et A ne sait pas si p est vrai ou non
et ajouter :
(d) A tient p pour vrai et A ne sait pas si p est vrai ou non -> A estime p probable.
Autrement dit, je ne vois pas d'incompatibilité entre "tenir pour vrai" et " estimer probable".
ensuite,
pour argumenter en faveur de l'idée (a) que lorsqu'on sait quelque chose, alors on y croit, vous dites qu' "on peut imaginer une situation où il serait normal (et vrai) de dire :
11) Je ne sais pas si Jean sait ou non si sa petite amie est infidèle, mais en tous cas il le croit."
Et vous voulez montrez ainsi que Jean peut au moins savoir et croire que sa petite amie est infidèle.
Mais, ne pourrait-on pas répondre à celui qui dit 11) que puisqu'il sait que Jean croit que sa petite amie est infidèle, alors il n'est pas nécessaire de préciser qu'il ne sait pas si Jean le sait ou non. (En sous-entendant bien sûr le point de vue (c) contre lequel vous semblez argumenter, à savoir que si Jean croit que p, alors il ne sait pas si p est le cas ou non).
Il serait dans ce cas tout à fait vrai de dire 11) parce qu'on dirait deux fois "la même chose" (plus précisément une chose et une de ses implications). Quant à savoir si affirmer une chose et une de ses implications et normal, je pense que oui, surtout lorsque l'implication en question n'est pas triviale. Par exemple je peut dire. "Je ne sais pas si j'ai des enzymes saccharases qui font l'hydrolyse du saccharose ou non, mais en tout les cas j'ai bu du café sucré"
Je reconnais donc qu'on peut donc interpréter la phrase 11) comme vous le faites, pour montrer que la croyance et le savoir peuvent se trouver conjointement dans le même individu, mais on peut aussi l'interpréter pour montrer le contraire et sans excès apparent (pour l'apprenti philosophe que je suis).
p.25 Concernant l'usage courant qui veut que la croyance implique l'incertitude, vous dites que si M.Sûr est convaincu que le réchauffement planétaire est d'origine humaine et qu'on lui demande "Croyez vous que le réchauffement planétaire est d'origine humaine?" et qu'il ne répond pas par l'affirmative, alors on le prendrait pour un menteur. Vous voulez ainsi apporter un autre argument en faveur que "croire" signifie "tenir pour vrai".
mais si,
(e) A estime p probable -> (A est incertain au sujet de p <--> A n'a pas de certitude au sujet de p)
Alors, Si M.sûr est convaincu de p, c'est qu'au moins M.Sûr croit que p. Or par (c) on sait que M.Sûr tient p pour vrai et ne sait pas si p est vrai ou non), et donc par (d) que M.Sur estime p probable et par (e) que M.Sûr est incertain au sujet de p.
Donc Si M.Sûr peut à la fois tenir p pour vrai et être incertain au sujet de p et qu'il doit répondre par oui ou par non à la question posée, alors il ne peut pas répondre non. La question se traduit en effet avec (c) en:
"Tenez-vous pour vrai que le réchauffement planétaire est d'origine humaine et êtes-vous incertain à ce sujet"
En résumé, Il me semble que croire que p implique qu'on tient p pour vrai, autrement dit qu'on agit comme si p était vrai, mais qu'on en mettrait pas sa main à couper.
Oups, j'ai vraiment mal conjugué croire... (A croit et non pas crois) Veuillez m'en excuser... (n'hésitez pas à apporter les modifications nécessaires et effacer ce message, si jamais).
Je l'ai aperçu dans toutes les bonnes librairies, c'est d'ailleurs une marque de grandeur
Mais revenons à cette discussion :
Anthony: voir ici - c'est bon, je t'ai remarqué, inutile de reposter le même message partout!
Cher Julien
On ne se baigne pas dans les symboles.
Amitiés
J'ai entamé l'ouvrage. C'est clair, ingénieux, agréable à lire. J'apprécie l'équilibre thèses-exemples-explicitations. Je me réjouis de la suite; bravo !
Merci! Attention la seconde partie du bouquin sera un peu plus ardue!
C'est quoi le problème avec l'orthographe réformée ?
http://www.academie-francaise.fr/la...
http://www.academie-francaise.fr/la...
Je ne vois rien de bizarre.
Ça ce sont les "rectifications" du français par l'académie française. Dans mon cas il s'agissait de la réforme 1990 adoptée comme en 1990 et largement ignorée en France: voir ici et là. (Cette dernière est tellement peu connue qu'elle n'apparaît - ou plutôt n'apparait - pas sur la page Orthographe Française de Wikipédia.
J'ai comme qui dirait une croyance basée sur une méthode infaillible pour affirmer que mon exemplaire dédicacé s'est perdu en route... J'aimerais bien la lire pourtant cette deuxième partie... Julien ?
Mes plus plates excuses Clément (et les autres): je n'ai pas encore reçu d'exemplaires de Vrin! Il faut que je les relance mais là j'ai été très pris par un paquet de trucs urgents
Merci Julien: je viens de recevoir votre ouvrage dédicacé ! Sinon, nous avons un exemplaire au lycée et bientôt les élèves pourront le lire !
Merci, j'espère qu'il plaîra à qques lycéens, j'ai fait de mon mieux pour qu'il leur soit accessible.
Je l'ai acheté à sa parution, j'ai seulement commencé à le lire il y a quelques jours.
Merci pour ce délicieux enfer analytique !