Est-ce que (selon l'avocat) le tribunal considère qu'il a su sans savoir qu'il savait, ou qu'il aurait dû savoir même s'il ne savait pas (et probablement ne savait pas qu'il savait)? C'est énigmatique.

Le problème de dire quand un sujet aurait dû savoir resurgit ça et là en philosophie. A première vue, on est reponsable des consequences de ses actions, sauf si on ne savait pas que ses actions allaient avoir ces consequences. Mais il y a des exceptions à ce principe: lorsqu'on aurait dû savoir que ses actions allaient avoir ces conséquences. (Souvent, pour excuser quelqu'un, on dit qu'il ne pouvait pas savoir, plutôt que de dire simplement il ne savait pas; l'idée est peut-être que s'il ne pouvait pas, il ne devait pas.) Gergorin serait un exemple de cette exception au principe: Il croyait que les listings étaient vrais, mais il aurait dû savoir qu'ils étaient faux. (Est-ce que le tribunal considère a contrario que Villepin n'était pas assez intelligent pour avoir su?)

Mais je ne crois pas que les philosophes aient encore formulé une conception satisfaisante de l'extension ou de la portée de ce devoir de savoir. Je serais curieux de savoir si les juristes on fait mieux!

MAJ 29/01: le tribunal a jugé que JL Gergorin savait que les listings étaient faux. Du coup il me semble maintenant que les propos de l'avocat signifient simplement: "les juges ont estimé qu'étant donné son intelligence, il était impossible que JL Gergorin ne sache pas que les listings était faux, donc il savait qu'ils étaient faux." C'est moins intéressant! C'est d'ailleurs une très mauvaise réplique au jugement; cela revient à dire je n'ai pas réussi à les convaincre que mon client était suffisamment bête pour se faire avoir par ces listings trafiqués.