La triche légale en philosophie
Par julien dutant le dimanche 17 janvier 2010, 20:08 - Divers - Lien permanent
Les bras m'en tombent: http://www.philosophywriters.com/
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Par julien dutant le dimanche 17 janvier 2010, 20:08 - Divers - Lien permanent
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Commentaires
Abusé (surtout la mention PhD students...)!
Mes bras ont rejoint les tiens, ma mâchoire inférieure avec (Tex Avery-style)... Pour la petite histoire j'ai deux essais (4'000 mots chacun) à rendre pour demain 17h - je suis pas en avance, cela va sans dire -, et bien il m'en coûterait plus de 50 dollars la page! A 8 pages l'essai, ça fait 800 dollars! On peut compter sur les prix comme garde-fou...
J'imagine que Borges aurait aimé supposer que les nègres en question eux-mêmes se payent secrètement les services d'autres nègres etc.
Je suppose que tout le monde connaît cet excellent site :
http://responsable.unige.ch/index.p...
MAJ: Samia Hurst en avait déjà parlé.
Plus amusant et plus malin... il y a ça, pour avoir un délai supplémentaire pour écrire son papier:
http://www.corrupted-files.com/Home...
vous m' y renvoyez, mais j 'avoue n' avoir pas trouvé de lien sur le site de Samia Hurst à celui de Michele Bergadaa sur le plagiat, qui renvoie à des sites anglophones. Celui de Bergadaa a l' avantage de porter sur l'univers francophone ( où du fait de la plus étroite population, le plagiat est plus aiément repérable dans des petites disciplines comme la philosophie, encore que...)
Vamosalaplagiat: pardon, par "en" je référais au site mentionné dans le billet (dont c'était une "Mise A Jour"), pas à celui de Bergadaa, qui est en effet excellent et unique, je crois, dans le domaine francophone (ou même peut-être dans le web tout court!).
Le site web de la célèbre revue Science vient justement de publier un article sur un phénomène lié "Ghostwriters in the Medical Literature" (l'idée étant de se trouver un prête-nom dans le monde universitaire pour faire publier un article avec d'opportunes conséquences pour, par exemple, un labo pharmaceutique) :
http://sciencecareers.sciencemag.or...
Vous savez sûrement qu'il existe des sites similaires en France, de rédaction de devoirs, où une "équipe" est aux petits soins pour rédiger tout et nimporte quoi, en des délais allant de 24h à 1 année.
Si l'on se contente de lire les pages d'accueil de tels sites, on a l'impression qu'il s'agit de proposer la rédaction de documents de "philosophie de lycée" (dissert, commentaire), .. mais pour avoir "travaillé" pour un des sites en question, on en voit passer des vertes et des pas mûres.
C'est assez simple de "bosser" pour eux. Une fois inscrit, on reçoit des annonces à chaque fois qu'une personne a demandé à ce que tel ou tel sujet soit traité, en X jours. La plupart du temps il s'agit de lycéens qui ne veulent pas faire leurs dissertations, mais parfois (assez souvent) cela va bien au delà : minimémoire de M1 (20/25/30 pages), mémoire de M2 ("environ 100 pages") jusqu'à l'article pour philo' mag (!), ou autres journaux de presse assez connus.
1/ ça manque totalement de transparence
il n'y a jamais de contact entre le "client" et "l'équipe de rédaction", tout transite toujours par le webmaster. Les transferts de "fonds" également, et d'ailleurs c'est assez comique, "au black" : on reçoit son "salaire" sous forme de liasses de petites coupures, par la poste, cachées dans des feuilles de papier journaux (si on ne choisit pas le paiement par paypall)
2/ le dit webmaster s'en met plein les fouilles, car une fois qu'une "rédaction" de type lycée est rédigée, il la vend à des dixaines d'élèves, voire des milliers, et ce chaque année puisque les programmes ne changent que rarement.
3/par "équipe de rédaction" il faut bien entendu comprendre : quelques dizaines de jeunes étudiants en philosophie qui préfèrent rédiger des dissertations à la chaîne plutôt que préparer des hamburgers à la chaîne chez macdo : de ce point de vue ils ont raison, puisque personnellement je tournais à environ 11€ / heure, ce qui est plus cher payé que les petits boulots d'été, sans stress, sans patron, sans contrainte aussi. Et luxe : on peut tafer en slip !
Par contre, bonjour l'angoisse. C'est assez déprimant, et assez triste dans le fond.
(je n'ai pas lu en long et en large le site anglais en lien dont il est question, ptét suis-je hors sujet)
En revanche je n'ai jamais écrit des documents supérieurs au niveau lycéen. Tout simplement parce que ça demande trop de travail et qu'en tant qu'élève en M2 j'aurais bien du mal à rédiger des mémoires en supplément du mien ...
J'ai du rédiger pas loin de 50 dissertations par contre. J'en ai même fait des cauchemars ("pour de vrai")
@ Ritoyenne : Mais en quoi est-ce différent d'une commande quelconque ? Par exemple de corrigés ou sujets traités qu'on peut trouver par exemple chez Ellipse ou au CNED ? Je précise que moi aussi j'ai travaillé pour cela, je ne vois pas le problème (excepté que c'est au black), en quoi serait-ce spécialement un site de triche ? Et qu'en est-il alors des cours particuliers ?
@ Ritoyenne
Ouf, aucun auteur devant écrire un article pour Klesis :-)
@ Jac
Enfin, la triche consiste à s'attribuer le mérite du travail d'un autre. Quand Ellipse passe une commande, elle la passe à x afin qu'il réalise la commande et pas afin que x fasse faire la commande par z en échange d'argent. La clandestinité du procédé empêche de parler de sous-traitance.
@philalèthe : en quoi consistent les sites dont parle Ritoyenne ? Si je ne me trompe, il s'agit de sites où pour une certaine somme (1euro 50, parfois plus) on peut acheter le corrigé d'une dissertation. Point final. Celui qui l'achète peut tricher en s'en attribuant le contenu. Mais celui qui réalise le corrigé et le site qui le met en vente ne trichent en rien (d'ailleurs parfois, des prénoms apparaîssent indiquant la personne qui a réalisé le corrigé). Il rend peut être beaucoup plus facile le fait de tricher, mais avoir accès à une très grande bibliothèque contenant de tels corrigés serait identique. La triche consiste uniquement à se les attribuer, pas à les réaliser ni à les vendre. Si non, celui qui vend des armes doit être considéré comme responsable des meurtres...
Enfin, pour celui qui fait ces corrigés, je trouve que c'est très formateur...
Soit la description : " il vend librement et légalement des armes". Elle ne permet certes pas d'attribuer la responsabilité d'un meurtre au vendeur, mais si elle devient "il vend librement et légalement une arme à x en sachant que x va commettre avec elle un meurtre", c'est justifié d' attribuer au vendeur une part de la responsabilité du meurtre, même si ce dernier se disait dans sa tête au moment de vendre l'arme "je ne fais qu'exercer mon métier légal de vendeur d'armes". Dans le cas qui nous intéresse, il en va à mes yeux de même : celui qui fait le corrigé le fait en sachant qu'on en fera un usage frauduleux, on ne peut pas décrire correctement son action en se contentant de dire "il écrit un corrigé en échange d'argent" il faut ajouter "dans le cadre d'un commerce destiné à gagner de l'argent avec la triche". Il me semble justifié dans ces conditions d'attribuer aux rédacteurs de corrigés une part de la responsabilité de la tricherie, même si dans la tête ils se disent qu'ils ne font que se livrer à un exercice intellectuellement très formateur !
Est-ce en tant que vendeur qu'il est responsable (pour autant qu'il a suivi la déontologie de son métier. Mais à ce que je sache, rédiger des corrigés de dissertation n'est pas interdit par la déontologie de l'enseignant : on en trouve d'ailleurs un grand nombre gratuits) ? Ou en tant que personne qui n'a pas empêché un meurtre qu'il savait être sur le point d'être commis ? En outre un problème porte sur la proposition : "en sachant qu'on en fera un usage frauduleux". Il me semble que la description correcte serait "en sachant qu'on pourra en faire un usage frauduleux et donc qu'on en fera très probablement, un jour, ou peut-être tous les jours, un usage frauduleux", et alors la question de la responsabilité n'est pas très claire. En fait, le rédacteur (comme le vendeur) n'est pas sensé savoir a priori avec certitude ce qui sera fait de son corrigé. Lui-même ne le fait pas forcément avec l'intention que quelqu'un triche, mais peut-être simplement dans l'intention que quelqu'un soit aidé ou dispose d'exemples etc. (bien sûr l'intention n'est pas si pure, il veut aussi de l'argent). Dans les faits, je crois en outre que si le corrigé est très bien fait, alors il est impossible de tricher avec (si cela s'adresse à un élève de terminale) : car il faudrait alors faire le corrigé en imitant les fautes acceptables d'un élève de terminale pour rendre vraisemblable le fait que ce soit un élève qui l'ait fait. Donc je crois que la triche ne fait pas partie de l'intention du rédacteur s'il ne tient pas compte de cette possibilité et ne biaise pas son corrigé en ce sens. Conlusion : meilleur le corrigé est, plus il est difficile de tricher avec et moins le rédacteur est responsable (s'il l'est) de la triche.
Autre point : s'il suffit de savoir que quelque chose de mauvais sera fait avec ce que nous faisons pour être en partie responsable de ce mal, alors soit il ne faut rien faire (car dès lors que quelque chose de mal peut être fait, on peut considérer sans doute qu'on sait que ça va être fait), soit il ne faut pas s'inquiéter de cette responsabilité pour agir.
Dernière remarque : peut-être cette activité serait-elle alors plus proche d'une arnaque à la triche ? Celui qui achète le corrigé croit qu'il va pouvoir tricher avec...mais rien n'est dit spécialement en ce sens.
Conclusion : je crois que ces sites ne sont pas tout à fait comparables à ce qui est dénoncé ci-dessus.
La question de la responsabilité légale du vendeur est une question empirique qui ne peut être réglée qu'au vu du code déontologique spécifique au métier qu'il exerce. Si le code n'envisage pas le cas que nous imaginons (usage frauduleux ou usage nuisible), c'est en effet en tant que personne que sa responsabilité morale est engagée.
Concernant la question de l'usage des corrigés, ceux qui les font savent ou que l'usage en sera frauduleux -dans la grande majorité des cas- ou qu' il contreviendra aux normes de travail diffusées par les enseignants (réflexion personnelle, recherche etc) - si bien que le même enseignant encouragera en dehors de sa classe une pratique qu'il condamnera dans sa classe. Vraisemblablement la raison de cette incohérence est le désir d'argent - ferait-il bénévolement ces mêmes corrigés ?-
Dit autrement, j'ai le sentiment que les justifications que vous donnez (aider etc) sont de bien mauvaises raisons qui témoignent de ce qu'on appelle ordinairement la mauvaise foi. Si ces raisons étaient vraiment les raisons de l'action, alors l'enseignant manquerait singulièrement de connaissances (sur les élèves, sur la multiplication des entreprises privées qui tirent profit des dysfonctionnements des écoles etc).
Quant au corrigé bien fait, il rend seulement la triche plus malcommode mais ne la rend pas impossible car l'élève est en mesure de corriger le corrigé pour l'affaiblir (fautes d'orthographe, suppression de citations etc). Le correcteur, ne pouvant pas ignorer cette correction possible de son corrigé, on peut dire qu'il reste objectivement responsable de la triche tout en ne remplissant pas en fait le contrat pour lequel il est employé (car le vendeur comme le commanditaire attendent de l'auteur du corrigé, cela va de soi, un travail en accord avec ce que peut faire le commanditaire, sans quoi tout le système mis en place s'effondrerait si on donnait à un lycéen une copie d'agrégation ).
Pour le dernier point, je ne suis pas d'accord avec " dès lors que quelque chose de mal peut être fait, on peut considérer sans doute qu'on sait que ça va être fait ". Qqch de mal peut être fait à partir de n'importe laquelle de mes actions : par exemple je fais un cours de philo, il n'est pas impossible qu'un élève fasse à l'égard de quelqu'un un usage nuisible de ce cours ; je fais du vélo, il n'est pas impossible que qqn me voyant passer ait l'idée de saboter le vélo de son ennemi etc. Mais, pour déterminer la responsabilité de l'agent, cette possibilité universelle ne suffit pas car 1) la probabilité est à prendre en compte et surtout 2) est à prendre en compte la connaissance que l'agent a ou non de l'intention d'autrui de faire un usage mauvais ou non de ses actions. Dans le cas qui nous intéresse, l'auteur n'a pas de bonnes raisons d'avoir un doute sur l'usage frauduleux du corrigé. Il ne s'agit donc pas de s'abstenir de faire vu qu'on ne sait jamais ce qu'autrui peut faire, mais de s'abstenir de faire si on sait qu' autrui fera (ou fera très probablement) un usage nuisible de notre action (ou de son produit).
Je suis d'accord qu'on pourrait dire que ces raisons sont de la mauvaise foi, mais il est très difficile de savoir si on est ou non de mauvais foi (surtout quand ça nous arrange). Mais je crois que je ne fais pas que l'avocat du diable : on peut avoir de sérieux doutes sur l'usage frauduleux : ce peut être pris comme une aide (et une aide n'a pas, par définition, vocation à être bénévole), ou une exemple (d'ailleurs il n'y a pas que des dissertations sur ces sites - il y a des thématiques, des commentaires d'oeuvres etc. ceci peut s'adresser à quelqu'un qui souhaite travailler sur des sujets de concours, s'introduire à des notions ou des questions, ou autre, même si j'accorde que la qualité est très inégale) ; et je crois qu'on sait "en général" que quelqu'un fera un mauvais usage de ce qu'on fait même si on ne sait pas qui, comment, quand et où (c'est quand même extrêmement probable) ce qui implique aussi qu'on ne le sait pas vraiment : l'élève veut-il s'en inspirer, le recopier, comprendre ce qu'est une dissertation, se rassurer, se corriger, il y a de multiples raisons et il n'y a pas que des intentions malhonnête derrière le fait de payer 1euro50 pour voir comment est traité un sujet. Mais surtout, quelle différence faites-vous entre cette activité et le fait de publier des corrigés de sujet (par ex. de bac) dont on sait très bien que les élèves pourront les recopier s'ils achètent le livre ? Et ceci a lieu en mathématiques (des livres entiers sont consacrés à des exercices résolus) mais aussi dans toutes les disciplines. A ceci s'ajoute la question des cours particuliers ou de toute forme d'aide : l'élève qui se fait aider chez lui triche-t-il ? Enfin, je n'encourage pas mes élèves à payer pour avoir des corrigés qu'ils recopient mais je les encourage à aller lire des exemples de dissertations, sur le site de l'académie de Grenoble ou d'autres, et pourquoi pas, à s'en inspirer. Bref, je crois qu'on ne peut pas se contenter d'un procès d'intention pour cette question (à moins d'admettre que vouloir gagner de l'argent soit forcément corrupteur de nos intentions). Ceci dit, je reconnais que cela crée un problème pratique de triche à gérer (ce qui peut être la raison de la mauvaise foi de ceux qui critiquent ces sites :), si on y ajoute le soupçon qui pèse inévitablement sur toute activité rémunérée), mais le seul manque de transparence du point de vue du rédacteur et de l'éditeur et de l'acheteur est que ce n'est pas déclaré (ce qui n'est effectivement pas négligeable).
Pour finir enfin,, je signale que je ne travaille plus pour ces sites depuis quelques années, donc ma défense n'est pas intéressée - mais j'avoue que je m'étais posé la question au départ quand cela m'avait été proposé. Il me semble que ce qui nous trouble est le fait que cela donne accès très facilement à beaucoup de monde à des informations de plus en plus en adéquation avec une demande précise - et c'est sûr que cela évite de réfléchir : il faut peut être juste changer nos stratégies pour éviter la triche au lieu de réduire l'accès aux bases de données ou aux informatinos qu'elles contiennent. Encore une fois, je ne vois aucune différence entre un tel site et une bibliothèque qui possèderait des corrigés de sujet, et qui les achèterait parce que des lecteurs en font la demande.
" quelle différence faites-vous entre cette activité et le fait de publier des corrigés de sujet (par ex. de bac) dont on sait très bien que les élèves pourront les recopier s'ils achètent le livre ? "
On pourrait faire la différence suivante : dans le premier cas, on publie un modèle - dont, c'est vrai, l'usage frauduleux n'est pas exclu - ; dans le second cas, on répond à une demande individuelle de tricherie - sans exclure, c'est vrai, qu'on puisse faire un usage non frauduleux de cette réponse.
"A ceci s'ajoute la question des cours particuliers ou de toute forme d'aide : l'élève qui se fait aider chez lui triche-t-il ? "
Là encore la description est insuffisante : il triche s'il fait faire ses devoirs par son prof particulier mais il ne triche pas si l'aide apportée par le professeur particulier lui permet de faire seul et mieux ses devoirs. Il faut aussi savoir s'il a communiqué à son professeur en titre l'existence du prof particulier.
"Je ne vois aucune différence entre un tel site et une bibliothèque qui possèderait des corrigés de sujet, et qui les achèterait parce que des lecteurs en font la demande"
Là encore il faut mieux décrire : l'auteur a-t-il écrit le corrigé en vue qu'il soit acheté par cette bizarre bibliothèque ? Si oui, pas de différence avec la situation précédemment évoquée. Si non, il est seulement responsable d'avoir publié un modèle. Dans les deux cas, en revanche la bibliothèque a la même responsabilité que le vendeur. Le problème avec votre exemple, c'est qu'on peut douter qu'une institution comme celle que vous évoquez serait bien désignée du nom de bibliothèque : je veux dire que même si une bibliothèque peut commander un ouvrage pour qu'un lecteur en fasse un usage frauduleux, c'est une pratique marginale et qui selon les normes de la bibliothèque ne peut pas être décrite comme telle ; en revanche il semble bien que dans l'institution que vous évoquez, ça ferait partie des normes de fonctionnement d'acheter pour permettre un usage possiblement frauduleux. J'ai donc l'impression que vous légitimez le fonctionnement de ces sites en les comparant à des institutions imaginaires ayant leurs fonctions mais que vous ennoblissez en leur donnant le nom d'une institution prestigieuse qui de loin leur ressemble mais qui en réalité ne fonctionne pas du tout comme l'institution dont vous vous faites l'avocat. Je ne sais pas si je suis très clair sur ce point...
Rapidement : je ne suis pas sûr d'être totalement convaincu par votre première distinction : car on produit bien le modèle pour qu'il réponde à une demande individuelle (la question de savoir si c'est une demande- de-tricherie ou pas me semble indécidable en général : les sujets qu'on traite font parties de listes, et j'ai traité des sujets, pas toujours il est vrai, dont je sais que personne ne les avait spécialement demandés), ceci dans les deux cas (même si dans le premier cas, l'accès par l'individu au modèle est différé dans le temps). Si aucun individu n'avait intérêt à ce modèle, il ne serait pas produit.
En fait peut-être faut-il considérer que ces sites sont construits sur un modèle mixte : une dimension de triche lorsque le rédacteur répond à une commande individuelle (courte durée : donc on croit savoir que c'est pour tricher) et une dimension qui l'exclut lorsque la commande n'est pas demandée (mais le sera : peut-être pas pour tricher ?).
Ma bibliothèque ne me semble pas bizarre : beaucoup ont des cahiers où les lecteurs peuvent indiquer ce qu'ils souhaient avoir. Et je pense que les bibliothèques achètent ce dont les individus ont besoin (et je ne crois pas qu'elles se posent la question de savoir si ceci favorise ou non la triche). Loin de moi en tout cas l'idée de donner tout ce prestige à ces sites, mais c'est uniquement en raison de leur manque de fiabilité et qualité dans les contenus, et que bien sûr ils ne visent pas l'intérêt général.
J'avoue quand même ma perplexité.
Peut-on dire vraiment qu'on produit le modèle pour qu'il réponde à une demande individuelle ? N'est-ce pas plutôt qu'un des effets possibles et connus du modèle publié est qu'il répond à une demande individuelle ? Mais la demande individuelle n'est pas la cause finale de la production, ce qu'elle est quand on travaille pour ces sites. (il me semble qu'il faudrait donner deux sens au moins à répondre à une demande individuelle a) produire qqch parce qu' un individu déterminé l'a demandé et b) produire qqch avec pour effet possible et connu du producteur qu'il satisfasse un individu quelconque). C'est vrai que si un des effets possibles de la publication n'était pas la satisfaction possible d' au moins une demande individuelle indéterminée, on ne se proposerait sans doute pas de publier mais il va de soi que l'indécidabilité concernant la nature de cette demande est dans ce contexte bien réelle alors que je la trouve franchement douteuse dans l'autre cas.
Quant au modèle mixte, je pense qu'il n'est pas adapté pour rendre compte des raisons de la création de ces sites qui font de l'argent à partir entre autres de la paresse et de la malhonnêteté de certains collégiens /lycéens /étudiants. Certes il est peut-être pertinent pour rendre compte du fonctionnement réel de ces sites.
Bien sûr les lecteurs peuvent demander que la bibliothèque achète des livres mais le point est que précisément c'est assez saugrenu de penser que la finalité des achats par la bibliothèque est de favoriser la tricherie (c'est plutôt qqch comme "satisfaire le lectorat, s'adapter aux besoins de lecture du public etc." alors que la finalité des commandes faites par les vendeurs dans ces sites est précisément "favoriser la tricherie" - c'est d'ailleurs l'apparition d'une tricherie qui ne doit pas son efficace à la ruse du tricheur, on a affaire à un tricheur-consommateur sans malice qui paie pour bénéficier des arrangements rusés des autres, le système vendeurs/auteurs).
" il va de soi que l'indécidabilité concernant la nature de cette demande est dans ce contexte bien réelle alors que je la trouve franchement douteuse dans l'autre cas"
Bon alors on dira que je m'en tire franchement au bénéfice du doute !