Résultats des enquêtes de Philpapers sur les opinions des philosophes
Par julien dutant le mercredi 9 décembre 2009, 23:25 - Philosophie - Lien permanent
Le site Philpapers (de David Chalmers et David Bourget) publie les résultats préliminaires de ses enquêtes sur les opinions des philosophes qui l'utilisent.
Une enquête concerne les vues philosophiques en général (par exemple:
connaissance a priori: oui ou non? logique: classique ou non-classique?
physicalisme: oui ou non?) et l'autre la métaphysique en
particulier, la "Metasurvey", ce que les philosophes pensent être les
opinions de leurs collègues (e.g. s'ils pensent que la moitié de la profession
est pour la logique classique). Environ 450 1800 philosophes
professionnels et 200 800 "graduates" (master-thèse) ont répondu à
l'enquête sur les opinions. Cela doit donner une image assez représentative des
opinions dans le domaine analytique.
Les résultats bruts sont en ligne. Je ne les ai pas encore lus mais cela s'annonce passionnant!
(C'est aussi une façon de faire le tour des problèmes considérés comme importants et classiques par les analytiques. Par ex: Le paradoxe de Newcombe: une boîte ou deux?)
(MAJ: erreur sur le nombre de participants, j'avais confondu avec
l'enquête sur la métaphysique la Metasurvey, je corrige.)
(MAJ: j'ai cru par erreur que la "Metasurvey" concernait la métaphysique. Pas du tout: c'est une enquête (très intéressante) pour déterminer si les philosophes se font une idée correcte des opinions de leurs collègues.)
Commentaires
j 'ai répondu, mais refusé qu'on utilise mes data. Je trouvais les questions trop simplistes, et leur utilisation trop peu clairement explicitée. Qu'est-ce que ce genre d'enquête est supposée montrer? Par exemple on apprend que 50% des gens sont pour la théorie de la vérité correspondance, et 27% pour la théorie déflationniste. Il y a bien une cas "autres" mais que veut-elle dire ? En philosophie on passe son temps à essayer d'élargir les options, à les rendre plus complexes de telle manière qu'il ne soit justement pas possible de simplement pas "pour ou contre ?" dans un grand nombre de cas. Mises à part les questions du genre : "Dieu ou pas?" ce questionnaire n'a pas de sens, sauf pour des objectifs de manipulation de données qui m'échappent.
Si on choisit "fine" au niveau de détail (en haut) on a le détail des réponses "autres". Par ex sur la vérité cela donne (pour les "faculty"):
Agnostic/undecided 32 / 931 (3.4%)
Insufficiently familiar with the issue 28 / 931 (3%)
Reject all 23 / 931 (2.4%)
Accept another alternative 20 / 931 (2.1%)
Accept: epistemic 17 / 931 (1.8%)
Accept more than one 16 / 931 (1.7%)
The question is too unclear to answer 13 / 931 (1.3%)
Reject one, undecided between others 12 / 931 (1.2%)
Skip 8 / 931 (0.8%)
Accept an intermediate view 5 / 931 (0.5%)
Other 4 / 931 (0.4%)
There is no fact of the matter 2 / 931 (0.2%)
Si les philosophes qui ont répondu partageaient votre opinion, il y aurait beaucoup plus de réponses "The question is too unclear to answer" ou "Accept more than one".
Je suis parfaitement d'accord qu'on ne peut pas résumer un bon article ou livre de philo par une réponse "oui/non" à une question du genre "Est-ce qu'il y a de la connaissance a priori?". Cette enquête ne peut donc pas servir de résumée rapide des recherches de ce qui y répondent. Mais je ne crois pas que ce soit son but non plus! Son but est à mon avis clair: c'est de connaître les opinions des philosophes. Par exemple, pour ma part (et bien que je sois philosophe de la connaissance, ou peut-être en raison de cela?) je ne suis pas décidé sur la question de savoir s'il y a des connaissances a priori; je trouve intéressant de savoir que 70 % des philosophes de la connaissance pensent que c'est le cas. Cela ne va pas me convertir, mais donne une bonne idée de ce qui est largement admis et de ce qui est plus controversé. (Par exemple: si au hasard de mes recherches je tombe sur une considération qui semble impliquer qu'il n'y a pas de connaissance a priori, j'aurais bcp plus tendance à la mettre en avant et à l'explorer en détail si je sais que cela va à l'encontre d'une opinion largement admise.) Ou c'est aussi intéressant de voir qu'une majorité de répondants tous domaines confondus acceptent le contextualisme sur la connaissance, mais seulement une large minorité en philosophie de la connaissance (et toutefois une large minorité que la masse de publications "anti-"contextualisme ne laisse pas soupçonner).
Maintenant chacun aime peut-être bien penser que sa propre opinion est subtile voire unique et que toutes ses nuances et considérations ne peuvent pas être adéquatement reflétées par un QCM. Mais si on prend en compte que le questionnaire ne vise pas à refléter les arguments qui vous font accepter une position, mais seulement la position elle-même, cette impression me semble largement illusoire. Quand on prend du recul (notamment historique) on s'aperçoit que les positions de philosophes d'un même courant sont souvent bien plus proches qu'ils ne s'en rendent compte eux-mêmes, et que certains résumés (e.g. les membres du Cercle de Vienne sont vérificationnistes) sont acceptables.
Enfin on pourrait soutenir que des questions comme "est-ce qu-il y a des connaissances a priori" n'ont tout simplement pas de sens hors du contexte d'un débat particulier, de certains exemples, ou de certaines théories. Cela impliquerait, il me semble, un scepticisme massif sur l'activité philosophique. Précisément parce qu'on rentre dans des discussions philosophiques au moyen de telles questions; il faudrait donc en gros dire que la philosophie consiste à trouver des réponses ayant un sens à des questions qui ne veulent rien dire.
En philosophie l'opinion, même philosophique, ne compte pas. Ce que l'on veut c'est savoir. C'est avoir au moins des opinions vraies. La question de savoir ce que pensent les autres, y compris philosophes, ne compte pas. Un philosophe peut avoir raison contre tout le monde. Donc savoir qu'il y a 50 % de gens qui pensent, un peu, pas beaucoup ou passionnément, qu'il y a des zombies - à supposer que l'on comprenne ce que veut dire cette hypothèse - n'a aucune importance. A moins qu'on ne veuille faire carrière en défendant l'opinion philosophique la plus minoritaire, ou la plus majoritaire, auquel cas oui, ces enquêtes peuvent servir...
Le truc rigolo, c'est que je pense que, si l'on prenait uniquement des universitaires français, on aurait des résultats inverses pour certaines questions, genre :
Qu'en pensez-vous ?
En même temps, personne n'a dit que ces enquêtes avaient pour but de régler lesdites questions philosophiques. C'est plus une question de curiosité sociologique / historique. Et c'est intéressant sur ce plan-là, non ?
Pour preuve, l'avis des créateurs du questionnaire et leur projet :
''Why a survey of philosophers' philosophical views? We decided to do this in part because like many philosophers, we have an interest in the sociology of philosophy, and we were interested to see some hard data about this sociology. We are also interested in the experimental use of online tools as a method of philosophical communication. Using the PhilPapers technology to execute a survey of philosophical views plays into both of these interests.
One motivation for the Survey (and the Metasurvey) comes from the idea that philosophers may often have false sociological beliefs about the profession. Most of us have had the experience of reading philosophical papers that make sweeping sociological claims about the field that seem quite questionable. It is arguable that the "received wisdom" in a field (roughly, what people in a field take as a default view, one that can sometimes be presupposed) is not based on what most people in the field think, but rather is based on what most people think most people think. If the received wisdom is grounded in false sociological beliefs, that is worth knowing. It occurred to us that it would not be all that difficult to actually gather data about these matters, and that doing so might be an interesting and informative exercise.''
Je trouve intéressant cet effort pour identifier les opinions des philosophes. Mais c'est sûr que chacun travaillant sur des problèmes déterminés, il y a nécessairement pour chaque question des réponses qui correspondent pour ceux qui la donnent à une opinion vraie au minimum, à un savoir au maximum. Ça serait plus clair si les gens répondaient en excluant les questions relatives à leur sujet de recherche.
Ça serait intéressant aussi si on croisait les réponses avec des données sur l'âge, le sexe, la position dans le champ philosophique, le milieu socio-professionnel des parents etc. afin de tenter d'expliquer pourquoi les réponses se distribuent comme elles se distribuent.
Je pense aussi qu'il n'y a pas de solution de continuité entre le savoir philosophique vers lequel on tend et les opinions philosophiques propres ou celles d'autrui et que donc la prise de conscience de ces opinions est un facteur de lucidité : si par exemple les universitaires français réalisaient qu'ils sont majoritairement non-physicalistes en philosophie de l'esprit, non-naturalistes en métaphilosophie et partisans du libre-arbitre, certains soupçonneraient que leurs certitudes philosophiques sont beaucoup plus contingentes qu'ils ne le croient. En ce sens, je défendrais une position inspirée de Bourdieu : la sociologie de la philo, qui reste à faire, est libératrice (certes elle réviserait à la baisse la valeur à attacher à certaines définitions de la philosophie, qui ne prennent pas en compte que les philosophes sont aussi déterminés que les agriculteurs ou les prostituées par le monde social dans lequel ils exercent leur activité, ce qui ne revient pas à défendre une position relativiste en philosophie, là-dessus lire Science de la science et réflexivité, un des derniers textes de Bourdieu)
Florian 5: pas forcément! Voir le cas intéressant des répondants avec AOS "Continental philosophy" (échantillon petit mais non négligeable, 150 personnes): 50% compatibilistes ("compatibilisme" au sens de Kant??), 30% physicalistes (mais 30% non-physicalistes et 30% autres), et avec certes un renversement 24% naturalistes vs 53% non-naturalistes. (Un des traits les plus marquants de ce groupe, quoique prévisible, est leur refus des alternatives "analytiques" fournies dans les questions: les réponses "autres" dominent nombre de questions.)
Moi ce que je trouve notable c'est que, pour une population à large majorité analytique et à moitié américaine, on est loin des clichés de l'hégémonie naturalisme + physicalisme + empirisme + subjectivisme moral: 25% non-naturalistes et 27% non-physicalistes (1 philosophe sur 4), 35% seulement d'empiristes et 27% rationalistes, 70% acceptent qu'il y a des connaissances a priori, 23% seulement de conséquentialistes et 56% de réalistes moraux!
(D'après la Metasurvey je ne suis pas le seul à être surpris par le nombre de rationalistes, aprioristes et objectivistes moraux!)
En quoi le fait de savoir qu'il y a autour de moi tant de % de rationalistes a prioristes ou de physicalistes anti-réalistes moraux va-t-il changer mon opinion sur ces questions ? A supposer que les gens qui ont répondu sachent de quoi il retourne. La case "leans towards" est ridicule. Est-ce que je "lean towards dualism" ? En même temps ces enquêtes sont dangereuses. Imaginons un philosophe antitropiste qui apprend soudain que dans son département, peut être dans tous les départements de philo à la ronde, les gens sont des tropistes acharnés. Il va se sauver à toute vitesse dans des régions plus antitropistes, peut-être en Australie.
Personnellement, la case "leans towards" ne me parait pas si ridicule. Si on me demandait, je dirai que je "lean towards" le physicalisme, parce qu'il me semble 1) que c'est la position qui a le plus d'arguments en sa faveur mais 2) que certaines difficultés me semble pour l'instant irrésolues (les qualia).
oui, il faut laisser une place aux philosophes inconséquents, sceptiques ou frontaliers : physicalisme ou quelque chose d'approchant, dualisme ou quelque chose d'approchant, correspondantiste mais pas trop, partisan des universaux, mais avec des tendances nominalistes quand même, zombie lover mais doutant qu'il en existe, républicaniste mais communautarien quand même un chouia, etc.
Tout dépend de l'interprétation à donner au "lean towards". Si on l'interprète comme "une position qui tend vers...", c'est effectivement une catégorie qui englobe des positions "funky". Mais je pense que l'interprétation désirée est épistémique : "vous tendez vers telle position", ce qui me semble une catégorie parfaitement taillée pour ceux qui estiment que certains débats ne sont pas encore assez tranchés pour qu'une position dogmatique et assurée soit la seule option. Il serait curieux que l'on juge inconséquent tout philosophe qui ne s'est pas encore décidé à 100%.
Mais je vous sens d'humeur taquine, là, non ?
I lean towards Thomas taquin
Zébulon T'Aquin: si nous étions des êtres purement rationnels, aux capacités limités, je peux bien imaginer que peut-être il soit possible de philosopher dans l'ignorance totale des opinions des autres philosophes. Encore que, si on est purement rationnels, je ne vois pas pourquoi cela poserait un problème de connaître les opinions des autres.
Mais étant donné que nous sommes faillibles, avons souvent l'esprit confus, et distribuons notre attention parfois arbitrairement (e.g. passer bcp trop de temps à réfléchir à un passage obscur plutôt que de lire des choses plus productives), il me semble que nous n'avons pas d'autre choix que de s'appuyer sur l'expertise de nos pairs.
Par exemple, supposons que vous teniez une théorie particulière, avec des arguments qui vous semblent parfaitement excellents, et que vous ayez beau essayer, personne ne soit convaincu, même partiellement, même pas que votre position mérite qu'on s'y attarde un peu plus. L'attitude raisonnable ne me semble pas pour vous de vous dire: , ou . Et pourtant il se pourrait que vous ayez raison. Mais bien plus probablement, vous vous trompez quelque part. C'est pourquoi il est plus raisonnable de remettre en doute votre propre raisonnement. (Et en fait il me semble que c'est raisonnable même si en fait vous avez raison: ce serait un cas d'environnement épistémique défavorable ou ce qui est normalement une bonne façon de chercher la vérité vous fait manquer la vérité.)
Pour ma part en tout cas l'effet de mes arguments sur mes collègues compte énormément. Les exemples / arguments qui "ne prennent pas", que les gens ne retiennent pas, je préfère (souvent) les abandonner.
Vous direz peut-être: ce qui compte c'est les réactions de vos pairs aux arguments, par leurs positions brutes. Et le questionnaire donne juste les positions brutes. Mais c'est faux: pour la plupart des questions posées dans le questionnaire, les arguments de base sont de connaissance commune. (Notamment si vous filtrez les résultats par spécialité, et étant donné que les répondants ont des arrières-plans relativement homogènes, i.e. analytiques). Le questionnaire vous renseigne donc sur l'attitude de grands ensembles de vos pairs (plus que vous pourrez en interroger dans une congrès, et sur plus de questions) vis-à-vis des arguments largement connus dans un domaine.
Est-ce que cela veut dire qu'on doit adopter la position majoritaire sur chaque question? Eh bien, je ne sais pas pour vous, mais en tout cas moi je n'en suis pas capable: savoir que 70% des philosophes de la connaissance acceptent la connaissance a priori ne suffira pas à me faire changer d'avis. (Je ne sais pas croire à volonté!) Donc la question ne se pose pas vraiment. Et surtout, c'est précisément parce que (et dans la mesure où) mes pairs adoptent leurs positions sur la base d'arguments et non de sondages que des sondages de ce genre sont instructifs.
Par contre, le questionnaire me fait réviser mes opinions philosophiques sur la force des arguments, ou "force" est qqch qui inclut à la fois la valeur évidentielle et la présentation rhétorique - attention pas de mésinterprétation de ce point, je m'explique. Par exemple, je suis moi-même convaincu par plusieurs arguments et considérations (de Fodor et de Williamson, pas de Quine) qu'il n'y a pas de distinction analytique / synthétique. Découvrir qu'une majorité (65%) de gens au moins aussi intelligents et compétents en philosophie que moi continue de croire qu'une distinction de ce genre est vraie (y compris le sous-groupe des philosophes du langage), me convainc que les arguments qui ont été avancés jusqu'ici ne sont ou bien pas suffisants épistémiquement, ou bien suffisants mais pas assez bien/clairement présentés, ou encore que certains contre-arguments n'ont pas été réfutés d'une façon épistémiquement suffisante ou rhétoriquement adéquate. (J'espère que je suis clair: par "rhétoriquement adéquat" je ne veux pas dire que cela suffit à persuader les foules, mais que les vertus épistémiques de l'argument sont bien mises en avant.) Et en fait cela me convainc aussi que, puisque les arguments sur le forum philosophique ne sont pas adéquats, je ne sais pas qu'il n'y a pas de distinction analytique/synthétique.
Donc je pense que ce genre d'enquête a une valeur évidentielle, au-delà de son intérêt sociologique.
Quand aux risques supposés, je ne vois pas très bien quels ils sont. S'il vous faut une enquête de ce genre pour découvrir que vos collègues sont anti-tropistes, vous êtes dans un département où personne ne discute, et donc il est peut-être bon de partir. Si vos collègues découvrent que vous êtes un tropiste qui se cache via une enquête de ce genre et souhaitent vous virer, alors l'enquête est mal faite: elle devrait garantir l'anonymat de vos réponses. C'est le cas de celle-ci. Mais en même temps, dans un département standard, vos vues sur d'autres sujets que vos aires de compétences n'importent pas beaucoup, et vos vues sur les sujets dans vos aires de compétences sont connues (à moins, encore une fois, d'être dans un dpt bizarre où personne ne sait ce que les autres font ou publient, comme cela peut peut-être arriver en France, et encore). S'il y a des gens qui choisissent leurs sujets de recherche ou adoptent des opinions sur la simple base de ce genre d'enquête, cela ne les dispensera pas d'argumenter leurs vues dans les articles, et je ne vois pas quel mal cela peut faire à la profession, à moins que tout le monde cesse de réfléchir et se contente de lire les sondages, ce que j'imagine mal arriver!
Vous dites:
"Et surtout, c'est précisément parce que (et dans la mesure où) mes pairs adoptent leurs positions sur la base d'arguments et non de sondages que des sondages de ce genre sont instructifs."
N'est-ce pas contradictoire ? Si c'est l'argument en faveur de P qui vous donne des raisons de croire que P, et pas ce que pensent les autres , pourquoi avez vous besoin de savoir ce que pensent les autres ?
Vous me direz : si les autres sont vos pairs, leur opinion m'importe
Oui , mais comment savez vous que les gens qui ont répondu à ce sondage sont vos pairs ? Ce que j'appelle un pair en philosophie, c'est quelqu'un qui est capable d'apprécier les mêmes raisons que moi, qui a les mêmes critères que moi de ce qu'est un bon raisonnement et qui partage mes références philosophiques ( en ce sens , je le confesse , nombre de philosophes ne sont pas mes pairs, et ils ne me considèrent manifestement pas comme un pair). Un pair n'est pas quelqu'un que j'individualise par son opinion sur X mais par les manières dont il justifie ses opinions sur X .
Donc je ne vois pas en quoi ces sondages ( à supposer qu'ils soient bien faits, ce que je conteste par ailleurs) soient instructifs . Je vois encore moins, même à supposer qu'ils le soient, en quoi la connaissance des opinions des autres sur tout un ensemble de "questions" et de thèses plus ou moins bien individualisées aurait une valeur normative sur la conduite du raisonnement philosophique.
Evidemment , on peut penser à des circonstances dans lesquelles la connaissance par le philosophe X des opinions des philosophes X , Y, ou Z, et de même de la majorité, serait utile. Ce sont les cas où le philosophe préfère ne pas donner franchement son opinion, parce que cela peut être dangereux, ou dommageable . Par exemple Descartes louvoyait souvent pour ne pas avoir à donner ses opinions métaphysiques si elles heurtaient la théologie ou l'aristotélisme trop ouvertement. Il craignait tout simplement d'être mis en prison, ou interdit de publication. On peut supposer que Giordano Bruno aurait mieux fait d'avoir des craintes semblables. Ou que Russell aurait mieux fait de ne pas donner ses opinions sur le pacifisme en 1918 à Londres , ou sur le mariage en 1940 à New York. Plus rigolo , j'ai entendu dire qu'un membre d'un jury de recrutement en philosophie interviewant une candidate récemment en France lui aurait dit : "Mais pourquoi n'avouez vous pas franchement que vous êtes une philosophe analytique ?" ( sous entendu : la candidate s'en cachait comme d'une chose honteuse ou choquante, en quoi elle avait apparemment tout à fait raison - de s'en cacher )
Certes, il y a des motifs prudentiels , peut -être sociologiques, peut être psychologiques, de connaître l'opinion d'autrui. Mais ces motifs intéressent-ils le philosophe *qua* philosophe ? Je dis que non.
!!! (J'en perds la voix)
J'en reste d'autant sans voix que je me demande bien ce que voulait dire "philosophe analytique" dans la bouche de cette personne. Quels sont les critères diffamatoires ?