Philomaton sur l'interdiction des minarets
Par julien dutant le mardi 8 décembre 2009, 16:59 - Politique - Lien permanent
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Commentaires
Intéressant mais le problème est davantage celui plus général d'une éventuelle fonction discriminatrice de l'image que celui de l'interdiction des minarets.
Excellent !
Cela pose autant la question de l’objectivité (soulevée ailleurs) que celle de la discrimination.
Les minarets, le voile, appartiennent bien à l’islam et en sont des marqueurs spécifiques. Ils n’appartiennent pas à la culture suisse. On ne peut nier qu’ils choquent une partie de la population (les résultats du vote le prouvent).
Pourtant l’affiche incriminée ne représente pas objectivement l’islam et ne pose pas objectivement la question de sa place dans la société suisse. (J’espère qu’on m’accordera ce point)
Ainsi une affiche, ou un texte, peuvent manquer d’objectivité autant par ce qu’ils omettent que parce qu’ils disent. On peut être « subjectif » (manquer d’objectivité) par omission. On peut être subjectif non dans ce qu’on rapporte mais par la manière de rapporter : par la syntaxe utilisée, les tropes, le vocabulaire utilisé, les rythmes, leurs connotations etc.
L’objectivité et la subjectivité ne sont donc pas des propriétés du texte ou de l’image. Elles sont dans l’intention ou la prétention de certains discours. Et pourtant, il peut y avoir (et il y a souvent) des objectivités et des subjectivités manquées. L’objectivité est donc dans l’intention mais pour être réussie, elle doit être confirmée par le discours dans sa forme, ses contenus et ses non-dits (selon mon opinion par la présence ou l’absence du « sujet »).
Dans le domaine des images, je ne connais qu'un usage des deux mots (subjectif /objectif) qui ne soit pas ambigu:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cam%C3...
Réponse à Patrick Ducray :
L’usage que vous signalez des mots « objectif » et « subjectif » à propos de la caméra correspond à ceux de focalisation zéro et interne en narratologie chez Gérard Genette (Figures III)
C’est tout autre chose que j’ai en vue : c’est autant l’objectivité d’une image que d’un discours. Cette objectivité je la comprends comme la prétention à dire sans interpréter, sans interférer dans le propos. Ce qu’on fait explicitement quand on commence par : « je ne suis pas concerné, mais je t’informe que… = mon information est objective). C’est l’usage le plus commun et banal du qualificatif « objectif ».
Sur la question de l’ambigüité : Il n’y a pas de langage non ambigu. Je ne connais que la science qui tienne un discours à la fois pleinement objectif et non ambigu. Seulement cette objectivité se traduit par la disparition du discours. Ainsi la contribution de Newton à la science reste, mais son texte est mort.
J'ai bien compris que vous aviez autre chose en vue mais c'est difficile de déterminer ce que veut dire objectif / subjectif appliqué à une image (une photo, un plan par exemple).
En tout cas je doute que ce soit dans une intention d'être objectif que réside l'objectivité d'une image (je pense que ceux qui ont commandé l'affiche incriminée pouvaient avoir l'intention d'être objectifs...). On pourrait dire que c'est la fidélité à la réalité mais qu'est-ce que c'est la fidélité à la réalité ? Quand je dis de qqn sur une photo, "ce n'est pas vous sur cette photo", je ne veux pas dire que l'image ne reproduit pas fidèlement la mimique ou le geste par exemple de la personne en question au moment où elle a été photographiée ; je veux dire que ce qui est reproduit n'est pas typique de la personne, ce n'est pas une des propriétés qui la singularisent. Si par exemple une photo fait voir un minaret en Suisse sur fond de montagnes vertes avec vaches etc, est-elle fidèle à la réalité ? Ça dépendra du titre. Si elle s'appelle: "la Suisse", c'est clair qu'elle est tendancieuse ; si elle s'appelle : "la Suisse vue par l'extrême-droite", elle est ambiguë : est-ce une dénonciation de l'extrême-droite ou une dénonciation par l'extrême-droite ? La fidélité à la réalité d'une image dépend donc en partie du contexte.