Il y a philosophie continentale et philosophie continentale
Par Nicolas Pain le mercredi 2 décembre 2009, 06:00 - Philosophie - Lien permanent
Sur Philotropes, nous sommes plutôt habitués à lire des débats entre philosophie continentale et philosophie analytique, quelle que soit la signification et la justification de cette distinction. Mais on ignore qu'une bataille fait rage au sein même de la tradition continentale.
Pour ceux qui l'auraient raté, Brian Leiter, sur Nietzsche Blog, a écrit un billet sur ce sujet : The Continental Traditions in Philosophy vs. "Party Line Continentalists".
Le point de départ : un message anonyme sur un billet ancien "Myths about Nietzsche", dans lequel le commentateur accuse Brian Leiter (notez qu'un billet de Florian Cova a déjà abordé la position de Brian Leiter sur Nietzsche) d'être un philosophe analytique qui traite la tradition continentale avec mépris et qui caricature cette dernière. La première réponse de B. Leiter consiste à dire qu'il ne sait pas vraiment ce que signifie cette distinction entre Analytique/Continentaux. Ensuite il rappelle à ce commentateur que si lui, qui a écrit sur Nietzsche, Marx, Foucault, donné des cours sur Hegel, Marx, Nietzsche, Foucault, Adorno et Horkheimer, co-édité The Oxford Handbook of Continental Philosophy, n'est pas un "philosophe continental," alors on peut se demander qui peut être appelé à bon droit "philosophe continental".
Il écrit ensuite quelques paragraphes sur l'histoire de la philosophie continentale et insère des extraits de l'introduction tout à fait intéressante à The Oxford Handbook of Continental Philosophy. Mais c'est ensuite que vient le plus croustillant :
So what's really going on here when people, like the anonymous commenter (but many others, of course), speak of "Continental" or "Continentalists"? For sake of clarity and accuracy, we should really call this sociological phenomenon "Party Line Continentalism" since what it actually picks out is a political effort to enforce a certain philosophical orthodoxy, namely, that which arises from a conception of philosophy and its methods that is largely fixed by Heideggerian phenomenology and developments in mostly French philosophy that involve reactions to Heidegger (such as Derrida, but not only him).
Il y a philosophie continentale et philosophie continentale. Il y a une philosophie continentale qui met l'accent sur la méthodologie et la connaissance de l'histoire de la philosophie continentale (disons européenne), de ses diverses tendances à partir de l'effondrement de l'idéalisme kantien (appelons-là "philosophie continentale). Et il y a une autre philosophie continentale (nommée ci-après "postmodernisme"), très différente de la précédente pour plusieurs raisons :
- Sur son rapport à l'histoire de la philosophie : le postmodernisme n'a pas de rigoureuse méthodologie historique, contrairement à la philosophie continentale, et sa connaissance de la philosophie s'arrête là où celle de la philosophie continentale commence : à Kant (selon Brian Leiter bien sûr...).
- Sur son rapport aux autres tendances de la philosophie continentale : le postmodernisme est bien conscient que les autres tendances de la philosophie continentale ne traitent pas les auteurs comme il le fait, et les postmodernes les considère comme des traîtres à la cause du postmodernisme. (La stratégie de Leiter consiste à rapprocher les pratiques politiques du Parti Communiste des pratiques du postmoderne.)
- Sur son rapport à la philosophie analytique : en gros, le postmodernisme ignore que le programme de la philosophie analytique (à parler rigoureusement, la philosophie analytique est la philosophie de Frege, Russell, du premier Wittgenstein et du Cercle de Vienne) est mort ou agonisant, et le postmodernisme persiste à penser que la philosophie analytique veut encore lui faire la peau.
- Sur son rapport à la vérité et à la méthode : Brian Leiter dit seulement que la méthode du postmodernisme, c'est la phénoménologie heideggerienne revue et corrigée par le post-structuralisme et le postmodernisme à la française. Je ne pense pas déformer la pensée de Brian Leiter en disant que la philosophie en question est historiquement une réaction au structuralisme, épistémologiquement un scepticisme débridé, stylistiquement caractérisée par un ton apocalyptique et dramatique, méthodologiquement convaincue que le langage n'est pas un instrument de connaissance mais un système immatériel sans commencement ni fin -thèse associée à une argumentation fondée sur des associations de mots-, et anagogiquement tendue vers la destruction de la rationalité et de la science occidentale au nom d'une rationalité et d'une connaissance dont le contenu reste à définir.
Beaucoup diront que cette description du postmodernisme est caricaturale. Peut-être. Mais ce n'est pas vraiment le point, n'est-ce pas ? Le point important, c'est qu'il existe, quelle que soit l'unité et les véritables caractéristiques des deux camps en question, deux philosophies continentales, du moins deux camps qui se perçoivent comme des rivaux pour l'appellation "philosophie continentale". Deux camps qui bénéficient de l'autorité académique, sont représentées dans les Facultés de Philosophie sur une échelle internationale, publient des articles parfois dans les mêmes revues, des livres parfois dans les mêmes maisons d'édition... Bref, deux camps qui pourraient être confondus. Mais l'une -la philosophie continentale- est un courant en histoire de la philosophie dont l'objet est la philosophie européenne après l'effondrement de l'Idéalisme allemand ; tandis que l'autre -le postmodernisme- est un courant philosophique avec des buts clairement obscurantistes, des revendications qui relèvent du fondamentalisme et avec des moyens non-appropriés pour réaliser ses ambitions.
Questions :
- Pensez-vous que ce débat a lieu dans les mêmes termes et a les mêmes enjeux que le débat entre philosophie continentale et philosophie analytique ? Pis même, pensez-vous que ce débat entre ces deux camps dérive du débat entre philosophie continentale et philosophie analytique ?
- Les soi-disant réfutations de la philosophie continentale par les philosophes analytiques valent-elles pour la philosophie continentale et le postmodernisme ou seulement l'une d'entre elles, ou aucune des deux ?
Commentaires
Cher Mikolka,
Vos questions présupposent qu'on ait accepté la distinction/description des "deux camps". Ce n'est pas mon cas. Il y aurait beaucoup à dire, mais par exemple, je ne pense pas qu'on puisse prétendre que l'idéalisme kantien et l'idéalisme allemand se soient effondrés (c'est méconnaître leur fécondité passée et à venir), et encore moins que ce que vous appelez post-modernisme soit obscurantiste et fondamentaliste. Ce sont des impressions que vous avez, que je comprends, mais une meilleure connaissance des pensées en question vous persuaderait du contraire (à mon avis).
De mon côté, les meilleurs philosophes que j'opposerais aux meilleurs philosophes analytiques cumulent les qualités d'être de bons historiens de la philosophie, d'avoir une méthode rigoureuse, une langue claire, de ne pas être agressifs contre les philosophes de la lignée analytique, mais également de ne pas être sourds à la problématisation de ce que vous appelez le "rapport à la vérité", (et il faudrait ajouter : du rapport à l'histoire), qu'apporte la pensée de Heidegger. Il faudrait avoir la puissance d'Aristote et recueillir les opinions droites un peu partout.
Pour essayer de répondre quand même à vos questions :
Vous serait-il possible d' identifier plus précisément ces deux courants que vous proposez de distinguer à l'intérieur de la tradition continentale ? En donnant par exemple des noms d'auteurs et des titres d'oeuvres, voire de revues clairement représentatives. Car si tout reste au niveau du sous-entendu, la discussion à ce sujet risque d'être bien peu rationnelle.
J'ajoute que j'éprouve beaucoup de réserves par rapport à ces classifications massives en général, encore plus quand elles prétendent disqualifier objectivement une des parties. Glock (2008) a montré récemment qu'il est déjà difficile de trouver dans la tradition analytique autre chose que des airs de famille entre les oeuvres de ladite tradition. Ne faut-il pas donc pas aiguiser notre regard en étudiant les oeuvres plutôt que de poursuivre l'entreprise taxinomique, surtout quand elle n'est visiblement pas menée sans arrières-pensées (la comparaison avec le PC est tout simplement ridicule et met en évidence au niveau historique un manque d'esprit de finesse; ça vaut l'identification de la philo analytique avec le capitalisme libéral ! ) ?
Je ne peux même pas répondre à vos deux questions parce que
J'ai l'impression également que vous faites un contre-sens en prêtant à Leiter une référence au Parti Communiste lorsqu'il emploie l'expression Party Line Continentalist : on n'y trouve pas mention dans le texte de Leiter.
Je fais écho à ce que dit Patrick Ducray qui dit en substance que pour étayer ce discours d'une prétendue incommensurabilité des traditions (puis éventuellement à partir de là tracer des distinctions plus fine), il faut partir d'auteurs concrets et de situations réelles.
Il y a bien, selon moi, une déchirure entre la philosophie continentale et la philosophie anglo-saxonne ou analytique.
Mais qui serait aussi bien à l'aise dans l'une ou l'autre tradition pour dire où passe la ligne de partage (et échapper ainsi, disons, aux effets de scènes philosophiques, à tous les malentendus) ?
C'est ici qu'on pourrait penser à Stanley Cavell qui hérite à travers (du second) Wittgenstein des deux traditions en le plaçant idéalement au foyer d'un mittleuropa qui n'ignore rien de la philosophie comme critique culture (Wittgenstein avait lu Nietzsche et Emerson..) et d'un projet anti-métaphysique (avec toutes les figures intellectuelles que l'on connaît et qui vont s'expatrier aux Etats-Unis pour donner à la philosophie institutionnelle américaine son visage).
La situation de Cavell est complexe, je reconnais, difficile et exigeante mais je crois qu'il est intéressant pour incarner ces deux voies et qu'à partir de lui on peut entrer dans ce qu'il y a de plus intéressant dans ce qui se joue actuellement en philosophie (l'héritage que nous laisse Derrida, "la philosophie du langage ordinaire", etc..)
Alors vous voulez des noms et vous voulez parler de situations concrètes. Mais vous oubliez qu'il est très impoli de montrer du doigt.
@Clement :
1) Je vous invite à lire Luce Irigaray et Hélène Cixous, nous reparlerons ensuite d'obscurantisme et de fondamentalisme.
2) Sur l'effondrement de l'idéalisme kantien. Je ne fais que reprendre le billet de Brian Leiter, qui, en tant que spécialiste de cette question, est mieux placé que moi pour justifier cette opinion. Quant à moi, même si je pense que le kantisme perdure, ces formes actuelles sont très éloignées des travaux de Kant : entre les textes sur la morale de Kant et le dernier livre de Marc Jeannerod (Le Cerveau volontaire, Odile Jacob, 2009), il y a tout un monde.
@Patrick Ducray, Clément, Mickaël et JohnDoe :
1) Sur le fait que le billet est provoqué par une donnée concrète. Je vous rappelle que Brian Leiter part d'une situation concrète : un message anonyme, laissé sur son blog, que je vous invite tous à lire.
2) Sur le débat entre philosophie analytique et philosophie continentale, au sens défini dans le billet. Entre ces deux parties, le débat est quasi-inexistant, précisément parce que la limite entre les deux est assez floue. Floue au point qu'on puisse soutenir qu'il n'y a pas vraiment de différences de style philosophique entre les deux.
3) Sur le débat entre philosophie analytique et postmodernisme. Très franchement, je ne vois pas pourquoi vous refusez cette idée (bien sûr, sauf si comme Mickaël, vous refusez de considérer un philosophe comme un token). Je vous rappelle que le petit livre de Raoul Moati sur la querelle entre Derrida et Searle a été publié en 2009 (Derrida/Searle. Déconstruction et philosophie du langage ordinaire, PUF), ou que le livre de Roger Pouivet (Philosophie contemporaine, PUF) date de 2008. Pensez-vous que les articles récents de P. Engel ne fassent pas partie de ce débat ? Ou que le travail de K. Mulligan ne mérite pas d'entrer dans la catégorie des oeuvres consacrées à ce débat ? Je veux bien admettre que ce débat est mal mené, de part et d'autre (j'ai vu que J-F Pradeau vient de publier une nouvelle histoire de la philosophie, aux éditions du Seuil, qui ne mentionne pas du tout l'existence du courant analytique ; je me souviens bien d'une remarque d'un PROFESSEUR de Lyon 3 dont je tairais le nom par politesse, qui disait "Oui. Ce problème a été traité par des "pseudo-philosophes" américains. Mais les Américains ne savent pas philosopher, donc ce n'est pas la peine d'en parler." ; et je sais bien que les philosophes issus de la tradition analytique ont souvent répondu par des silences assez impolis aux questions concernant les postmodernes). Mais il me semble qu'il existe assez de publications pour dire que ce débat existe.
4) Sur les raisons pour lesquelles je ne pense pas que partir de situations concrètes change vraiment l'issue de la réflexion. Le débat est de toute façon faussé pour deux raisons.
5) Sur le développement de la philosophie analytique et les airs de famille. Merci Patrick Ducray de rappeler que la tradition analytique a beaucoup changé et qu'elle très loin de ressembler à l'image que s'en fait la tradition continentale. Après l'effondrement du programme positiviste, la tradition analytique a explosé en une myriade de mouvements différents.
Je vous rappelle que vous vous concentrez tous sur un problème annexe à celui qui fait l'objet de ce billet : les relations entre les différents mouvements de la philosophie continentale.
Vous m'avez lu avec précipitation car je vous demandais précisément de clarifier la ligne que vous faites passer à l'intérieur de la tradition continentale et vous me répondez que je me concentre sur un problème annexe. Les noms, je les voulais pour clarifier cette différence intra-continentale. Or, de cela vous ne dites pas un mot. Ce serait du genre Gilles Granger / Jacques Derrida, Jules Vuillemin / Michel Serres ? Ne me laissez pas sur ma faim, svp !
Désolé Patrick Ducray ! La liste est interminable, mais on pourrait avoir quelque chose comme : Brian Leiter (Chicago)/Fred Evans (Duquesne, Australia) ; Sebastian Gardner (UCL)/Rachel Jones (Dundee, UK). Voire, en poussant le bouchon un peu loin, Terry Eagleton/Zizek.
J'évite les philosophes français (du moins pour l'instant). Je ne veux pas non plus me mettre toute la France philosophique sur le dos.
Tiens je croyais que Pascal Engel avait ecrit un chapitre du livre de Jean-Francois Pradeau ?
Mikolka 7
Diantre ! La France philosophique tout entière lit donc Philotropes ? Je propose pour nous le couple Bouveresse /Badiou.
Plaisanterie à part, pensez-vous que de part et d'autre de cette ligne intra-continentale, il y ait d'un côté des philosophes qui ont une solide culture logico-scientifique et de l'autre ceux qui en sont dépourvus et qui ont davantage une formation littéraire ? Dans ce dernier camp, se trouveraient des cibles potentielles de Sokal ? Louis Pinto aurait-il écrit des choses précises là-dessus ?
Comme je suis en train de lire le dernier livre de Nef, son Traité d'ontologie, je vous communique cette note qui fait un peu écho à notre discussion (elle renvoie à un passage du livre où l'auteur analyse ce qu'il entend par "ontologie sérieuse"):
" Quand on se réfère à l'école australienne de philosophie, on se réfère à l'école de Sidney. En 1968 les départements de Melbourne et de Sidney ont fait des choix antithétiques : contestation politique, écologie radicale à Melbourne, avec Routley (alias Silvan, auteur d'un monumental Meinong's Jungle), ontologie sérieuse et épistémologique à Sidney (avec Armstrong)" note 17 p.367
Il y aurait donc aussi une ligne intra-analytique, le bon grain et l'ivraie (les analytiques qui ont de mauvaises fréquentations, qui ont lu Derrida et Blanchot, par exemple Cavell) ? Avec 1968, comme événement crucial ?
Excusez-moi je n'avais pas tout le contexte.
En fait vous vous en prenez à une certaine lecture post-moderne de Nietzsche.
Puis vous prenez Brian Leiter comme quelqu'un justement qui dénonce cette appropriation continentale et qui l'explique brillamment outre-atlantique selon une autre voie.
Votre question est, alors, de savoir si une telle position rend caduque la fracture reçue (entre philosophie continentale et philosophie anglo-saxonne) ou si cette position n'est à nouveau qu'une réplique de cette première fracture.
L'impression qui se dégage est que dans l'un et l'autre cas, vous voulez nous enjoindre que le centre du débat est l'interprétation de Nietzsche. Et là je retombe d'accord avec vous en laissant de coté le fait de savoir s'il y a 1 ou 2 fractures, désireux d'en apprendre plus sur cette interprétation de Nietzsche (loin du post-modernisme)
Car je pense effectivement que c'est le centre névralgique de la distinction entre les deux dites traditions laquelle se dissipera à mesure qu'on s'en approchera (sans qu'il soit besoin peut-être de pratiquer fracture sur fracture).
J'aurais dû commencer par là.. (et il me semblait simplement que Stanley Cavell l'illustrait singulièrement..).
Serait-ce au fond la vieille distinction entre les philosophes du concept (Canguilhem, Cavaillès par exemple) et ceux de l'expérience ? Je ne suis pas sûr de la 2ème expression. Ne parlait-on pas plutôt de philosophes du cogito ?
Tiens à ce propos, sur Philos-L aujourd'hui: grad conf 2010 à Emory avec John McDowell sur l'idéalisme allemand: philosophie continentale, ou continentale?
@JD. Philosophie continentale, ça ne fait aucun doute.
@Clément. C'est exact. Mes souvenirs sur ce livre sont erronés. Le lecteur trouvera quelques pages de P. Engel "Le cerveau est-il le pilote du navire de l'esprit ?" (qu'on pourra lire ici : http://blog.philotropes.org/post/20...). Mais consacrer 10 pages à Deleuze et pas une seule à Davidson et presque rien à Quine, c'est tout même assez révélateur, non ?
@Patrick Ducray. Mais oui Monsieur, la France philosophique lit Philotropes ! Et d'ailleurs, on ne plaisante avec la réputation de Philotropes, sinon Monsieur, voyez-vous, on est censuré.
Il me semble que le couple Bouveresse/Badiou ne recoupe pas la distinction P. continentale/postmodernisme, mais P. analytique/postmodernisme, non ?
Ce que vous suggérez à propos des différences de formation est en effet un trait typique relevé par L. Pinto dans ses dernières oeuvres. Malheureusement, son travail se concentre sur les philosophes français et néglige complètement la sociologie des philosophes analytiques français. Aussi me paraît-il un peu risqué de faire cette généralisation. En outre, je ne connais pas de travaux sociologiques sur les philosophes analytiques anglo-saxons contemporains (si quelqu'un a des suggestions, je suis preneur), donc je ne peux guère m'avancer.
Il y a bien des coupures intra-analytiques. Mais je ne suis pas sûr que la fréquentation des postmodernes ou des philosophes continentaux -au sens défini plus tôt- constitue un facteur déterminant pour la différenciation. P. ex., il ne me semble pas que Putnam se soit mis à produire des papiers nettement moins bons et qu'on l'ait placé dans l'Enfer des bibliothèques internationales à partir du jour où il a lu Derrida. Mais ces coupures pourraient faire l'objet d'un billet !
Je n'ai pas lu le livre de F. Nef. Merci pour la référence.
@JohnDoe. Je ne m'en prends à personne (sauf aux postmodernes, que, je le reconnais, je n'aime pas beaucoup). La place de Nietzsche est celle du révélateur : par une critique qui est adressée à Brian Leiter, ce dernier fait une distinction entre deux genres de philosophie continentale : une histoire de la philosophie et un style philosophique. Nietzsche a donc un statut complètement instrumental dans le billet de Leiter. Dans mon billet, je n'essaie pas de savoir si une interprétation de Nietzsche est meilleure que l'autre (à savoir celle de la philosophie continentale ou celle du postmodernisme), mais je m'interroge sur la nature de ce débat intra-continental et invite les lecteurs à réfléchir sur ce phénomène.
Merci pour cette réponse pleine d'humour !
Oui, bien sûr, Bouveresse / Badiou, c'est analytique / continental, c'était une étourderie.
Ma foi nous voilà bien avancer, il a fallu attendre Leiter et Julien Dutant pour comprendre qu'avec le plus grand discernement du monde il existait au moins deux courant , c'est vrai que de l'autre côté de la Manche avec le myopisme qui caractéirse la pensée officiel de l'Empire thalassocratique, on arrive à en distinguer deux et à ramener le second à du post-modernisme dont personne n'a la définition excepté le passage par le "tournant langagier" et la "fin des grand récits". Mais il y a aussi bien philosophie analytique et analyse philosophique qui désenvoûte, la seconde remontant bien avant Platon du tant des premiers sopheistes. Reste que le texte suivant n'éduque à rien : http://julien.dutant.free.fr/papers... A tout ramener du déterminé on en oublie le deinos (terrible) et la dynamis (puissance), bref on en oublie la puissance de l'indéterminé. C'est pourquoi nous ne parlerons pas des dissidents de l'Analytique ; Quine, Strawson, Rorty, surtout s'ils retournent leur veste à coup de Réference et d'Irrévérence pour les deux derniers. Il y a donc scholastique analytique et philosophie analytique. De quoi finir sur un divan... la sopha :)
@Anthony
Ce n'est parce qu'on a attendu le mois de décembre 2009 pour faire un billet sur les différents courants de la philosophie continentale, qu'on ignorait leur existence. C'est une inférence fausse. Si je ne l'ai pas fait avant, c'est parce que je ne trouvais pas d'approche intéressante. Là, on a un point de vue intéressant sur la philosophie continentale, un point de vue interne (celui de Brian Leiter).
J'imagine que si j'avais fait un billet exposant dogmatiquement les différents mouvements de la philosophie continentale, vous m'auriez dit que mon esprit biaisé par la philosophie analytique n'est pas capable de saisir toutes les nuances et les subtilités de la philosophie continentale. Car déjà là, alors que je rapporte le point de vue d'un philosophe continental, je suis l'objet de ce reproche.
Je ne comprends pas la suite de votre message. Mais vos remarques suggèrent que vous attendez beaucoup d'émotions de la part de la philosophie. Il y a d'autres solutions possibles pour ce genre de recherche : les manèges de la fête foraine ou certaines tendances religieuses.
Quant à Quine, je vous rappelle que j'ai publié deux billets récemment sur ses travaux et qu'un troisième est en préparation.
Anthony: je suis heureux de voir que le fait que je t'ai expliqué à plusieurs reprises que ce que tu dis se ramène en général à une dichotomie bête et méchante entre "ceux qui ramènent tout à X" (X= le sujet, le soi, l'un, etc.) et "ceux qui font des expériences" n'entame ni ton dogmatisme ni ton enthousiasme. Je suppose que le fait que tu aies vu quelques symboles logiques dans mon article a suffi à te convaincre qu'il appartenait à la première catégorie. Dors bien!
@Mikolka
Parfois il n'est pas besoin de répondre tant les divergences sautent aux yeux.
@JD
Je compte bien dormir étant donné que la dichotomie du transcendantal et de l'empirique (doux héritage anglo saxon) ne me semble pas pertinente. Si on suivait l'empirique dans la vie active, les échecs vous ferait renoncer, par simple déduction. Si l'idéalisme transcendantal naît d'une peur, l'empirique ne vaut que pour les timorés (C'est flagrant chez les philosophes libéraux empiriques). La question reste pour moi de savoir comment les philosophes analytiques en cherchant à mettre un pied sur le continent, continuent-ils à prendre Génève pour un port maritime. C'est la petite grandeur du cercle de Vienne d'avoir compris aprrès une musique jouée et un poème récité par Wigenstein que l'empire thalassocratique ne pouvait prendre sur les bords du doux Danube bleu et d'être ainsi le premier mouvement philosophique à s'auto-dissoudre de son vivant.
J'apprcécie la litote sinon. Bonne nuit et doux rêves à toi. On parlera une autre fois de la philia (pour répondre à Mikolka et mon besoin d'émotion, le manège fut bon).
Mince, j'avais toujours cru que les principales raisons de la dissolution du Cercle de Vienne était le théorème d'incomplétude et surtout l'assassinat de Schlick.
@Anthony
Comme le suggère Florian Cova, ce qui saute aux yeux, c'est surtout votre ignorance de la philosophie analytique et de son histoire.
Je ne comprends pas vraiment non plus votre suggestion à propos des divergences. Voulez-vous dire qu'il y a une telle incompatibilité entre nos propos que nous ne pouvons pas nous comprendre ? Si c'est bien cela, prenez bien en compte le fait que cela disqualifie aussi tout ce que vous venez de dire.
Pour répondre à Julien, Cher Julien, il faudrait que j'acquiesce déjà au catégorie de la logique aristotélicienne, le nécessaire correspondant au ∀x P(x), l’impossible au ∀x ¬P(x), le possible au ∃x P(x) et le contingent au ∃x ¬P(x). Pour le dire autrement, je ne pense pas qu'avoir en vue cela soit faire (comme "dran" = "horan" chez Platon) j'émets quelques doutes sur la catégorie de "possible" sortie de l'épistémè décadente (le macro logos qui enchâssa les vérités de Platon et d'Aristote), ainsi que sur celle de "nécessaire" qui comporte toujours sous le régime de la cohérence formelle son exception existentielle (et encore une fois on demeurerait là simplement dans une contradiction empirique pour avoir consenti à poser une nécessité formelle à la base). Selon moi, il faut d'abord s'immerger et s'embarquer non se replier dans l'institution et vivre dans la confrontation à l'interminable.
Pour répondre à Mikolka, nullement Nicolas je ne crois tout au plus qu'à l'universalité particulière qui ne peut être étendue. Cela concerne aussi les mathématique qui sont indissolublement liées au calcul c'est-à-dire à un problème concret (ex: problème des quadratures et des tangentes qui donna le calcul intégral et le calcul différentielle, la croyance en l'universalité ayant voulu étendre cela la méthode algorithmique et la mise en système aux lois morales, là est une forme de l'esprit de vengeance, d'usage retors d'une invention qui avoue ses limites de validité ou brisure de symétries ou l'existence d'échelles de réalité aussi nommée territoires). Plus exactement je ne crois pas à l'universalisme, à l'universalité rigoureuse et abstraite.
Dit autrement, cher Nicolas, et j'en donnerai un troisième version un peu plus loin, nous ne participons pas de la même vie, je suis dans la vita activa avec son territoire propre alors que argument déjà présenté maintes fois à Julien sous la forme de la différence entre savoir et savoir-faire. Mais indiscutablement vous ne pouvez comprendre les gens de métier, qui ne forme que 5% de la population.
Pour répondre à Florian, La meilleure réponse serait je pose un pomme sur la table et j'en fait quelque chose, réponse non discursive et non logocentré qui ne cède pas aux forces réactives que mettent en place votre logorrhée, réponse légèrement différente de celle de Wittgenstein jouant du piano ou récitant un poème lors de ces rencontres avec Schlick, mais qui était lié à sa mystique créatrice, c'est-à-dire toute la part tue du Tractatus. Cette part tue du Tractatus qui faisait dire à Wittgenstein devant Russell et Frege qu'il ne pouvait pas le comprendre (une autre manière de répondre à Niclos alias Mikolka, Wittgentstein ne discréditant point là le Tractatus). Remarque bien Florian que je n'avais pas fait de relation de cause à effet ni donner les raison du la dissolution du Cercle de Vienne, mais je suis content d'apprendre qu'i y a aussi une histoire de la philosophie en philosophie analytique preuve que vous participer de la scholastique moderne. J'oserai ajouter comme pied de nez à Julien que la connaissance des raison de la dissolution du cercle de Vienne n'est ni de fréquentation ni d'a-priori formel, mais historique ou rapportée, ce qui n'a rien de commun avec le premier point du du programme du Cercle de Vienne : "Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle".
Vous me faites comprendre pourquoi la philosophie aura un avenir en Espagne non seulement les Hispanophone cultive la "gana" et le "gusto" (dimension irréductible à la logique formelle. Quant à la philia c'est une des dimension irréductible à la philosophie, je n'ai donc guère besoin d'émotion ou de tour de manège mais la puissance (qui ramené par le pricipe de raison suffisante au domaine de la connaissance s'appelle faculté) et la dimension du terrible (déjà exposé dans le 1er stasimon de l'Antigone de Sophocle), ne sont pas non plus réductible en terme de logique formelle. J'écite même de vous parler de la notion de combat qui engage plus que la simple joute (âgon) ou querelle (eris), la première (stratégique) se jouant dans une durée existencielle plus grande que les secondes (plus tactiques). La logique universelle est incapable de parler de tout (une vairante sans doute des deux thèorèmes d'incomplétude). Une manière de dire que la philosophie analytique en tant qu'occurrence institutionnelle est une expression décadente ou scholastique. Là je m'adresse plus particulièrement à Florian, qui en tant que lecteur de Nietzsche est plus apte à me comprendre, la philosophie analytique (tant la logique formelle que son pendant empiriste) n'amène aucune transformation, ne produit aucun type nouveau. Nier que la philosophie soit indiscutablement lié à la politique, c'est mécomprendre d'où elle vient, et je ne suis pourtant pas platonicien, donc d'autres exemples antérieurs existent avec Héraclite et Anaxagore. C'est l'impasse analytique que je déplore et que suggèrent par leur trajectoires Quine, Rorty et Strawson. Mais rassurez-vous ne remettant en cause ici l'institution, je ne remets pas en cause la philosophie analytique, le type réactif est très persistant. Il faut simplement remettre les choses à leur place, délimiter si vous voulez les territoires, un empirie thalassocratique qui cherche à s'imposer par une pensée formelle et empiriste en peut s'implanter sur le continent que dans les ports, c'est peut-être pour cela qu'il est le corrolaire d'une apparence démocratique, mais je ne vais pas vous refaire l'histoire telle que déjà énoncée par Thucyidide (oups cela fait argument d'autorité me dira JD alors que j'invitait juste à une lecture déjà prise dans un territoire : la cité avait trois composante, la ville, la campagne et l'espace maritime ; la part démocratique tenait de la dernière). Mais je vous laisse donc à votre interminable.
La philosophie analytique est bien une philosophie libérale de par le double présupposé formel et empiriste qui la sous-tend. L'expérience (donnée empiriste) qui a des limites morale n'a rien à voir avec le métier entre autres choses. Pour comprendre les limites morales de ce que l'on a nommé "expérience" (terme que je comprend de moins en moins), on pensera par exemple pour la philosophie naturelle libérale de Newton : l'auto-référencement à un prétendu "référentiel galiléen" énoncé dans la première loi et présupposé pour comme domaine de validité de la seconde est un présupposé moral (lié à un entendement réducteur). Ces mêmes présupposés a-priori à toute "expérience" ont servi de base à l'analytique transcendantale de Kant et par extension tout aussi malencontreuse aux lois morales : L'inférence classique qui pose des lois logiques puis des lois physiques et enfin des lois morales, mais jamais dans l'affaire il n'a été question des lois politiques et d'une quelconque constitution. Les idées modernes (anglaises et kantiennes), importées sur le continent par les Lumières et qui donneront les idées révolutionnaires, ne sont le fruit que de l'empirisme libéral, dont la double dimension du formel et de l'empirique se voudrait exhaustive du champ du "possible", mais encore une fois il y a des territoires que vous méconnaissez, chers lecteurs analytiques, qui résistent à l'abus universaliste et qui se moque volontiers du logos prophoricos. Vous professez si aisément mais masquez difficilement l'esprit de vengeance dont est issu votre discours (repli institutionnel pour une vita contemplativa confrontées à l'interminable). Sauf à transgresser légitimement vous ne pourrez vous défaire de cet instinct de vengeance issu de la confrontation de ce qui est aride et non viable. C'est pourquoi mon ton est très doux et limite compatissant.
Ce sont toutes ces dimensions d'envie, de goût, d'intérêt, de puissance, de ce qu'il y a de terrible dans l'homme, de combat et même d'audace et d'invention qui constituent véritablement le socle philosophique (le bouillonnement politique et "affectif" en fait), non des catégories logiques, vous pourrez toujours me renvoyer au socle d'Epitémè que constituent Platon et Aristote, qui tout deux sentaient l'hellénisme périclité, l'un par la parole qui devient écrit, l'autre le pleurant sur son lit de mort alors qui avait formé le seul Roi de la région). Je fais exprès de vous déranger avec cela, mais c'est simplement par ce biais que naît un creuset de valeurs. C'est tout cela que la philosophie analytique ne pourra comporter, tout ce qu'elle pourra c'est désigner une "philosophie continentale" voir deux avec un discernement très pointu.
Je vous laisse donc à votre déni institué. Mais voilà Julien une autre définition du courage autre que le repli dans le château fort de la précision tellement précise qu'elle en a perdu son désigné, le courage comme boldness, comme parrêsia. Je ne pense pas que l'on puisse tenir cuex qui exerce un savoir-faire, qui sont à la base de l'activité d'un pays, comme une portion congrue, voilà d'où j'énonce ma parrêsia. Les catégories de la connaissance "formelle" et de la connaissance "empirique" s'effondre, dès que vous les approcher, de même l'analyse de l'esprit, ne parle en rien d'esprit, tant elle n'a rien compris à la raison audacieuse, à l'ingenium, qui comme les mathématiques et non la logique formelle sont synthétiques car encore un fois lié au calcul, non à l'abstraction.
Ce seul texte suffit à vous faire comprendre pourquoi la philosophie analytique ne peut prendre sur le dit "continent" sauf si à être le symptôme d'une perte de direction (autre nom de l'esprit). Cela est possible le parti libéral vainquait par l'aide des forces réactives que vous mettez en avant, mais de tout temps il y a eu la résistance des métiers et des territoires (dimensions qui n'appartiennent pas à la vita contemplativa mais à la vita activa ou vie accomplie). Dimension obscure pour vous, mais c'est un peu comme vous ne compreniez pas la société (présupposé contractuel) ou plus simple, la vie active. Oui il existe une pensée synthétique qui se moque bien de la "philosophie" (entendez l'idéalisme, tout ce qui relève du "transcendantal" et de l'"empirique").
Eh bien, Anthony, vous causez beaucoup et avez un vrai plaisir à écrire de grands mots pour une personne qui écrit des choses non "logocentrées".
Mauvais chausse-trappe, peu mieux faire.
Ce n'était pas un piège. Mauvaise interprétation. Peut mieux faire. Comme une catégorie philosophique nommée dans le billet, vous avez l'impression que les philosophes analytiques vous persécutent et passent leur temps à vous tendre des pièges ?
Anthony, 21 :
Vous n'avez décidément pas fait de progrés, tant dans le style que dans l'orthographe. Il est toujours aussi pénible de vous lire. Néanmoins, la lecture du seul premier paragraphe me permet de voir que vous racontez n'importe quoi. Il suffit de prendre les Premiers Analytiques pour voir que vous n'avez rien compris à Aristote. Pour vous, selon Aristote "le nécessaire correspond au ∀x P(x)". C'est-à-dire que, selon vous, Aristote pose une équivalence entre le fait d'être un énoncé universel et d'être un énoncé nécessaire. Mais il suffit d'aller voir en I,9 pour voir qu'Aristote admet l'existence 1) de propositions universelles contingentes et 2) de propositions singulières nécessaires.
Votre lecture de la philosophie analytique étant à l'image de votre lecture d'Aristote (c'est-à-dire erronée et indigente), je pense que tout est dit.
En tant que lecteur de Nietzsche, puisque vous me reconnaissez cette qualité, je vous conseillerai plus de "probité philologique". Ce sera un bon commencement.
Julien 17 à Anthony / Le Cazals:
Anthony 21:
Julien:
CQFD ;)
@Anthony
Bon j'arrête de titiller. Désolé si j'ai un peu passé les bornes.
1) Vous me dites que vous ne croyez pas à l'universalité rigoureuse. Qu'est-cela signifie ? Ne voulez-vous pas plutôt dire "abstraite" ? Si je m'appuie sur ce que vous écrivez dans ce paragraphe, vous dites que vous tenez pour vraies les mathématiques qui reposent sur des problèmes concrets. Mais vous rejetez (parce que vous les tenez pour fausses ?) les mathématiques qui ont subi la volonté d'universalisation des hommes. Vous parlez de l'algèbre ? Si c'est bien cela, ce serait plutôt l'universalité formelle/abstraite que vous rejetez, non ?
2) Quant Schlick et Wittgenstein, je ne sais pas sur quelle source vous vous appuyez, mais il me semble, d'après Ray Monk (dont le travail biographique sur Wittgenstein vient d'être réédité), qu'il n'y eut qu'une poignée de rencontres durant l'été 1927, durant lesquelles il a été principalement question de logique et de philosophie (précisément parce que Schlick savait comment s'y prendre avec Wittgenstein pour éviter qu'il ne se mette à lire de la poésie), et qu'ensuite, les séances avec le groupe viennois se font sans Schlick, puisqu'il est professeur invité dans une Université américaine. Et là, avec Waismann, Wittgenstein essaie de mettre au point ce livre Logik, Sprache, Philosophie, qui ne sera jamais achevé, parce que Wittgenstein, comme n'importe quel philosophe, reprenait les thèses des séances précédentes et les rediscutaient. Ce qui suggère qu'au fond, il a bien plus été question de philosophie que de création artistique.
3) Vous vous en prenez à la limitation de la logique, qui, pour vous, ne peut pas tout exprimer. a) Ce qu'on peut exprimer avec des instruments logiques, c'est déjà énorme et c'est une raison à mon avis suffisante pour continuer à s'en servir. b) Vous ne comprenez pas les théorèmes d'incomplétude. Ils ne signifient pas que certaines propositions vraies sont inéluctablement improuvables, mais qu'avec les contraintes d'un système donné, certaines propositions vraies ne sont pas démontrables au sein de ce système. Autrement dit, il suffit de modifier les axiomes du système et d'en faire un système plus puissant pour pouvoir démontrer les propositions vraies. C'est une imbrication : pour pouvoir prouver la vérité de certaines propositions de la logique du premier ordre, il faut passer à la logique du second ordre ; pour pouvoir prouver certaines propositions vraies de la logique du second ordre, il faut passer à des logiques supérieures. Si on est optimiste, on peut dire que toutes les propositions exprimables dans ces systèmes sont démontrables. Très franchement, pour moi c'est une bonne nouvelle de savoir qu'on a à notre disposition un instrument aussi puissant.
3) Vous dites que le type du philosophe analytique correspond au type réactif chez Nietzsche. Mais chez Nietzsche, il n'y a pas de type pur. Regardez par exemple les 3 études historiques - qui correspondent à trois types de rapport à la vie-. Dans les 3, Nietzsche prend l'exemple de Goethe ! 3 types et une seule personne. En outre, je vous rappelle que le type réactif est aussi créatif. Le tchandala, comme personne refoulée par un système social (ça a bien été la situation des philosophes analytiques en France, non ?), est source de création. Ne vous méprenez pas sur la philosophie analytique : il y a sans doute des dérives scholastiques dans cette discipline -je pense que tout le monde accordera ce point-, comme dans certaines tendances de la philosophie continentale, il y a aussi des dérives de ce type (je ne citerais personne, mais les études heideggeriennes, qui s'enfoncent dans des études patristiques sont pour moi typiquement victimes de cette dérive), mais il y a aussi une grande créativité, des hypothèses audacieuses, des expériences de pensée farfelues... Tout cela avec un esprit potache, très éloigné du sérieux de certains styles philosophiques, qui fait, à mon avis, de la philosophie analytique, une activité philosophique beaucoup plus saine que d'autres.
4) Anthony écrit : "Ce seul texte suffit à vous faire comprendre pourquoi la philosophie analytique ne peut prendre sur le dit "continent" sauf si à être le symptôme d'une perte de direction (autre nom de l'esprit)." C'est un peu ambitieux non ?