Comportement moral, indétermination causale, et responsabilité
Par Hichem Naar le vendredi 20 novembre 2009, 05:50 - Ethique - Lien permanent
Bonjour tout le monde. Je m'appelle Hichem Naar, et je suis doctorant à l'Université de Manchester. Je travaille principalement en psychologie morale, métaéthique et philosophie des émotions sous la direction du Prof. Peter Goldie. C'est un plaisir de faire partie de ce blog. Voici un petit quelque chose que je viens d'écrire, et que je vais peut-être soumettre dans les prochains jours. Tout commentaire est le bienvenu!
Comportement moral, indétermination causale, et responsabilité
Considérez la situation suivante : Pierre marche dans la rue, ramasse une pièce de monnaie par terre, et aide une personne qui vient de faire tomber ses affaires. Maintenant, considérez la situation suivante : Julie marche dans la rue, voit une personne qui vient de faire tomber ses affaires, mais ne l’aide pas. Qu’est-ce qui pourrait expliquer la différence de comportement entre Pierre et Julie ? Trois sortes d’explications possibles s’offrent naturellement à nous :
(1) Pierre a quelque chose qui fait défaut à Julie : un trait de caractère (ou peut-être un ensemble de croyances) qui lui permet de voir la situation comme une situation requérant un acte de bonté de sa part ; (2) Pierre est content d’avoir trouvé une pièce de monnaie, ce qui le pousse à aider la personne en détresse ; (3) Pierre est content et possède un trait de caractère qui fait défaut à Julie.
Dans le cas (1), la cause du comportement de Pierre est une de ses qualités, que Julie ne possède pas. Dans le cas (2), la cause de son comportement semble être un élément qui lui est extérieur, ce qui signifie que, si Julie avait été dans la même situation que Pierre (c’est-à-dire : contente), elle aurait peut-être agi de la même manière. Dans le cas (3), la cause du comportement de Pierre est à la fois sa bonne humeur et son trait de caractère ; peut-être sa bonne humeur lui a-t-elle permis de voir plus clair (contrairement à Julie) et donc d’agir, conformément à son trait de caractère, de manière appropriée. Si les types d’explication (1)-(3) sont trois types possibles d’explications du comportement moral, il ne semble pas à première vue si difficile de déterminer laquelle est la meilleure pour un cas donné d’action morale/immorale. On pourrait par exemple tester Pierre en le suivant dans une rue où il ne trouve aucune pièce mais où quelqu’un a besoin d’aide, et voir s’il finit par aider la personne. S’il le fait, une explication de type (1) sera confirmée (ou du moins non falsifiée) . En revanche, si Pierre n’aide pas la personne, on pourra se dire que son comportement altruiste du début était en fait dû (au moins en partie) à un facteur de l’environnement, à savoir la présence d’une pièce sur le sol (explications de type (2) et (3)). Il semble y avoir quelque chose de profondément simpliste dans cette façon de procéder : si vous n’agissez pas conformément à vos traits de caractère, vos traits de caractère n’existent pas. Et si vous agissez conformément à ces soi-disant traits de caractère, vous les possédez. Le monde réel étant ce qu’il est, il semble plus plausible de dire qu’un ensemble de facteurs contribuent à l’individuation de nos comportements moraux, parmi lesquels des facteurs personnels, sociaux, biologiques, et physiques. Notre tâche serait donc de déterminer parmi tous ces facteurs, non pas lesquels ont ‘causé’ le comportement de Pierre, mais plutôt ce qu’il est pertinent de considérer comme une cause. Dans cet essai, nous allons voir que cela pose un problème épistémologique qui, si aucune réponse adéquate n’est fournie, peut mener à un scepticisme quant à ce qui cause nos comportements moraux ou immoraux. Ce scepticisme, semble-t-il, mettrait en danger l’existence même d’une responsabilité morale, qui nous est pourtant si chère.
1) L’explication du comportement moral
Comment peut-on expliquer le fait que Pierre ait aidé la personne en détresse dans la rue et que Julie n’ait rien fait ? Il semble que cela peut être fait de nombreuses façons : par exemple, en invoquant certains traits de caractère de l’agent (comme nous l’avons fait précédemment), ou encore certaines de ses croyances, ou plus généralement encore certains des états mentaux dans lesquels il se trouvait. Mais cela peut aussi être fait en invoquant des facteurs extérieurs à l’agent, et sur lesquels il n’a pas un contrôle direct, comme son éducation, ses gênes, l’environnement dans lequel il se trouve, y compris la présence de pièces de monnaie, le niveau d’attirance de la personne à aider, le nombre de personnes présentes, etc. Lorsqu’on est confronté à un cas d’action morale ou immorale, la question est alors de savoir quelle en est l’origine : s’il s’agit ‘plutôt’ de l’agent, ou s’il s’agit ‘plutôt’ de son environnement. Il semble que cela soit au moins possible si l’on se place au niveau d’une population d’individus. Considérez l’expérience en psychologie sociale qui justement teste si le fait de trouver une pièce dans la rue peut à lui seul être la cause pertinente d’un comportement altruiste (Isen et Levin, 1978). Dans une condition, les sujets trouvent une pièce par terre avant d’être confronté à quelqu’un ayant besoin d’aide, dans l’autre, aucune pièce n’est à ramasser . Si on part du principe que les deux types de situation sont identiques, mis à part la présence d’une pièce de monnaie dans l’une, et aucune pièce de monnaie dans l’autre, le seul facteur qui pourrait expliquer une éventuelle différence entre les deux groupes serait la présence ou l’absence de la pièce elle-même. Or, il se trouve qu’il y a effectivement une différence entre les tendances à aider la personne dans le besoin entre les deux groupes (14 personnes sur 16 ont aidé après avoir trouvé une pièce, contre 1 personne sur 24 pour le groupe n’ayant pas trouvé de pièce). Ces résultats suggèrent qu’un facteur non moralement pertinent est susceptible de nous pousser à agir moralement (en induisant un état hédonique, probablement). Par conséquent, il n’est pas absurde, du moins en principe, d’essayer de déterminer si un type de comportement moral est plutôt causé par des facteurs intérieurs à l’agent, ou plutôt causé par des facteurs qui lui sont extérieurs. Néanmoins, un problème se pose lorsque l’on essaye de déterminer les causes pertinentes d’une action morale/immorale particulière. Autrement dit, se demander si un type d’action morale est en moyenne causé par des facteurs intérieurs ou extérieurs à l’agent ne revient pas à se demander si les instances correspondantes sont toutes causées par des facteurs intérieurs ou extérieurs à l’agent. Si je vous disais que Pierre était l’un des sujets de l’expérience précédente, est-ce que cela montrerait que c’est forcément la pièce de monnaie qui a causé son comportement altruiste ? Pas du tout. À vrai dire, une infinité de causes est envisageable. Mais a-t-on vraiment besoin de savoir ce qui a réellement causé le comportement de Pierre ? Pourquoi ne pas juste induire à partir des conditions de l’expérience que Pierre a probablement agi moralement parce qu’il était content d’avoir trouvé une pièce ? Tout simplement parce que connaître les causes réelles de nos actions morales est indispensable lorsqu’il s’agit de juger les gens responsables ou non de leurs actions. L’attribution de responsabilité ne peut pas se satisfaire de simples inductions statistiques.
2) Vers un scepticisme causal
À partir du constat précédent (qu’il est impossible de savoir si une action particulière a été causée par ce qui cause généralement le type d’action dont elle fait partie), on pourrait défendre une multitude de positions. Par exemple, on pourrait dire que l’explication de comportements moraux particuliers, nécessaire à l’attribution de responsabilité, ne peut se faire que cas par cas. Pour un comportement x produit à un temps t par un agent A, on pourra donc faire appel aux facteurs m1, m2…mn pour rendre compte de l’enchaînement causal à l’origine de x. Et c’est, à juste titre, semble-t-il, plus ou moins la façon à laquelle nous procédons intuitivement, en essayant de déterminer les déterminants causaux de l’action, à la fois du côté de l’agent et du côté de la situation dans laquelle il se trouve. Il semblerait, toutefois, que procéder de la sorte simplifierait ce qu’il se passe réellement. Selon David Lewis (1986), l’explication d’une situation particulière en des termes causaux peut se faire d’une infinité de façons, dépendant de nos buts du moment. Prenons le cas de l’accident de voiture. À la question, « Qu’est-ce qui a causé l’accident ? », on pourrait répondre, par exemple, que le pneu a éclaté, que le chauffeur de la voiture avait un peu trop bu, ou que sa mère l’a mis au monde, il y a quelques années de cela. Toutes ses descriptions, bien que correctes, ne sont cependant pas équivalentes d’un point de vue explicatif. Si notre but est de réparer la voiture, que le chauffeur avait trop bu ne répond pas à la question de ce qui a causé l’accident. En revanche, si ce que l’on cherche à faire est d’identifier la personne responsable de l’accident, faire appel à des facteurs intérieurs à l’agent (le fait qu’il ait bu en sachant très bien qu’il allait prendre le volant) devient soudainement pertinent. Découvrir si un individu est l’agent responsable d’une action particulière semble donc possible si l’on regarde au bon endroit. Si on accepte Lewis et son idée qu’une explication causale se fait nécessairement au vue d’un objectif particulier, on pourrait objecter qu’une telle explication ne peut qu’être approximative, étant donné la multitude de façons d’être pertinent et notre pouvoir limité dans la détermination des déterminants causaux des actions. Si l’on reprend notre exemple du début, l’action de Pierre (ou l’omission de Julie) peut avoir pour causes pertinentes dans l’attribution de responsabilité une multitude de choses qui n’ont pas nécessairement trait au domaine moral, ce qui témoigne d’une certaine indétermination causale et de ce fait d’une possible incapacité à répondre d’une manière satisfaisante et pertinente à la question « Qu’est-ce qui a causé l’action de Pierre ? » Pour cette raison, cette limite épistémique, nous conduisant à un scepticisme quant à nos explications causales dans le domaine moral, peut nous mener vers un scepticisme quant à nos attributions de responsabilité.
3) Deux types de scepticismes causaux
Une des conclusions auxquelles ce qui a été dit précédemment peut nous mener serait de dire qu’un scepticisme quant aux causes pertinentes des actions morales peut nous conduire à privilégier certaines interprétations, dépendant de l’état psychologique dans lequel nous sommes au moment où nous jugeons une action particulière, ou de notre relation avec l’agent correspondant. Si Julie est ma femme, je peux être tenté d’expliquer son action plus en termes de manque de ressources psychologiques au moment de l’action (elle est souvent distraite) qu’en termes de déficience morale (elle ne serait pas aussi généreuse que je le pensais). Si l’on accepte le scepticisme causal, cependant, les deux types d’explication sont également plausibles, du moins si l’on ne s’intéresse qu’au moment de l’action. Nous allons maintenant défendre l’idée que mon explication du comportement de Julie est, ou du moins peut être, plus fiable que l’explication d’un agent ne connaissant pas Julie. Si j’explique son action en termes de manque de ressources psychologiques, c’est précisément parce que je sais qu’elle n’aurait pas agi de la sorte en temps normal. Autrement dit, étant donné que je sais que Julie est d’une manière fiable (dans un nombre assez élevé de cas) quelqu’un de généreux, je ne peux qu’expliquer son comportement en invoquant des facteurs qui seraient susceptibles d’excuser son omission. On pourrait donc distinguer deux types de scepticisme quant aux causes de nos actions morales. Le premier est celui qu’on a vu précédemment, et que l’on pourrait appeler ‘synchronique’. Il s’agit d’un scepticisme lié à notre incapacité à déterminer précisément (d’une manière pertinente) ce qui a causé une action particulière en ne prenant en compte que la situation elle-même. A première vue, il semble que ce scepticisme pose problème à toute conception de la responsabilité se basant sur une notion de responsabilité causale. Le second type de scepticisme, que j’appellerais ‘diachronique’, témoignerait de notre incapacité à déterminer précisément (d’une manière pertinente) ce qui a causé une action particulière en prenant en compte, non seulement la situation elle-même, mais aussi toute information extérieure à la situation (par exemple provenant de l’histoire de l’agent) qui serait susceptible de contribuer à l’explication de l’action en question. Accepter le premier type de scepticisme ne revient pas à accepter le second. La notion de responsabilité morale (du moins celle qui se base sur l’idée de responsabilité causale) n’est donc pas vouée à être éliminée.
Références
Isen, A.M. et Simmonds, S.F. (1978). « Effect of Feeling Good on Helping : Cookies and Kindness », Journal of Personality and Social Psychology, 21, 346-9
Lewis, D. (1986). Philosophical Papers Volume II. Oxford University Press
Commentaires
Il y a certainement des facteurs beaucoup plus directement déterminants dans les comportements dans ce genre de situation : l'âge, le sexe, la position sociale.
Observez les comportements dans les transports en commun lorsque le nombre de places assises est inférieur au nombre des voyageurs qui montent. Vous verrez certainement que les jeunes femmes éduquées hésitent à prendre un siège (mais ce n'est pas par altruisme mais parce qu'elles répugnent aux situations de confrontations, si le siège leur ait gentiment proposé, elles acceptent volontiers comme un signe de distinction (mais ensuite évitent soigneusement le regard de la personne qui leur a laissé la place (surtout si c'est un homme)).
Les femmes agées font clairement valeur leur droit. Elles s'assoient dès qu'elles le peuvent mais évitent toute confrontation.
Chez les femmes l'âge détermine semble-t-il le comportement.
Chez les hommes il me semble que c'est plus la position sociale. Les hommes les mieux "intallés dans la société" sont aussi ceux qui s'intallent le plus confortablement.
Ce n'est évidemment qu'une impression. Il faudrait le vérifier sérieusement mais c'est difficile. En tout cas cela laisse supposer que nos comportements ne sont certainement pas dictés par des considérations morales même non conscientes.
Un homme se baissera pour aider une jeune femme à ramasser ses affaires (sauf si la distance sociale entre eux est trop grande). Une femme jeune évitera d'aider ainsi un homme d'un âge trop supérieur au sien. etc. etc.....
Ciao Hichem,
Est-ce que dans la comparaison on suppose que toutes choses sont égales par ailleurs? (mais vraiment toutes? ou sinon lesquelles?) Sinon bien sûr il se pourrait que le/la passant(e) de Pierre ait plus de mal à ramasser ses affaires et donc soit plus en besoin d'aide, qu'il/elle paraisse plus sympathique que le sien/la sienne paraisse à Julie, que Pierre n'ait rien à faire alors que Julie est en retard à son rendez-vous, etc.
(Ah, holisme de l'explication du comportement quand tu nous tiens! :) )
Quelques autres remarques sur l'intro:
A. Les alternatives (1)-(3) ne me semblent pas très claires. (Contrairement à ce que tu dis avec: ):
Certainement: Pierre croit qu'il vient de trouver une pièce, Julie non. Cela semble brouiller la distinction (1)-(3). Pourquoi ne pas juste distinguer: c'est la pièce qui l'explique vs c'est pas la pièce.
B. Le passage suivant me paraît compliste:
C. La thèse plausible ci-dessus n'est pas très claire.
D. Qu'est-ce que le ? Pour être clair, est-ce la thèse selon laquelle nous ne savons pas / ne pouvons savoir ce qui cause les comportements? Ou que nous ne savons pas qu'est-ce qui cause les comportements moraux? Ou qu'est-ce qui fait qu'une personne se comporte moralement plutôt qu'immoralement dans un cas donné?
(Une question liée: on ne voit pas si ton objet est l'explication du comportement, ou l'explication de pourquoi on se comporte moralement vs immoralement. Le second problème fait face à des objections d'être mal formulé: bcp diront que comportement moral vs immoral ne sont pas des catégories psychologiques, par ex il n'y a pas de "faculté morale" qui cause les comportements moraux, et de "tendance immorale" qui cause les comportements immoraux.)
Dans la section (1) tu glisses de "raisons proprement morales" vs "raisons non pertinentes" à "facteurs intérieurs à l'agent" vs "extérieurs", cela embrouille le lecteur (en tout cas moi).
Tu fais l'argument que (a) on ne peut inférer sur la base de statistiques ce qui a joué un rôle causal dans un cas particulier, DONC (b) on ne peut connaître ce qui joue un rôle causal dans un cas particulier. Mais cela suppose que le seul moyen de connaître les cas particulier est par inférence statistique. Pourquoi?
L'argument de Lewis semble mener à la conclusion que "p explique q" est une affirmation sensible au contexte, pas que "toute explication est approximative". Au contraire, une fois le contexte (but de l'explication) est fixé, la réponse peut au moins en ppe ête donnée exactement. Et au final, chacune des explications en apparence contradictoire est vraie. L'argument de Lewis semble donc être plutôt une façon d'écarter le scepticisme fondé sur la co-acceptabilité de multiples explications en apparence incompatibles!
(Peux-tu aussi préciser à quel papier de Lewis tu renvoies?)
Sur la conclusion/partie 3, est-ce que le scepticisme synchronique n'est pas trivialement vrai? Pour n'importe quel événement e, si vous n'avez qu'une description de l'état de l'univers à l'instant où e se produit, vous ne pourrez pas (ou très peu) trouver les causes de e. Il faut en savoir un minimum sur ce qui se passe avant et après!
Est-ce que le rejet du scepticisme diachronique ne revient pas à accepter l'inférence statistique au final, alors qu'elle a été rejetée en 1?
Lemoine:
Je suis d'accord. Certains facteurs jouent un rôle causal plus déterminants que d'autres dans le comportement (pas seulement moral). Mon but était non pas de dire que ces facteurs n'existent pas, mais de montrer à quel point il est difficile, peut-être même impossible, de déterminer exactement (bien sûr d'une manière pertinente) ce qui a causé un cas particulier d'action morale.
Julien:
Quelques réponses en vrac, réponses qui je pense ne vont pas te satisfaire entièrement:
1) Dans la petite situation du départ, je sous-entends qu'il y a une clause "toute chose égale par ailleurs".
2) Le scepticisme que j'invoque ici est un scepticisme quant à ce qui cause nos comportements généralement, ce qui implique un scepticisme quant à ce qui cause nos comportements moraux/immoraux, ce qui (peut-être avec un peu de stretching argumentatif) implique un scepticisme quant à ce qui fait qu'une personne se comporte moralement plutôt qu'immoralement dans un cas donné.
3) Bien sûr, une inférence statistique n'est pas le seul moyen de déterminer ce qui a causé des cas particuliers d'actions morales/immorales. Mon point était que comme il est difficile de déterminer ce qui a causé un acte particulier, on pourrait regarder ce qui en général causerait ce type d'acte chez un ensemble significatif de gens, et inférer à partir de là ce qui a probablement causé l'acte en question. Cependant, dans l'attribution de la responsabilité morale, il semblerait qu'une telle approximation ne soit pas acceptable.
4) Je t'accorde qu'invoquer Lewis ("Causal Explanation") ici serait une façon de contrer le scepticisme. On pourrait en effet dire que, pour que quelqu'un soit moralement responsable, un certain nombre de facteurs causaux doivent être présents (par exemple, le fait que l'individu 's'identifie' à son acte--cf. Frankfurt). Néanmoins, j'ai l'impression qu'en pratique, cela soit très difficile. Bien sûr, si tu me confrontes à un scénaro où un mec est forcé de tuer sa femme mais tout de même ressens du plaisir à le faire, je vais être tenté de le blâmer et de le tenir pour responsable, même si je sais qu'il 'n'aurait pas pû faire autrement'. Mais dans le monde réel, je doute qu'on pourrait obtenir ce genre d'infos d'une manière qui n'est pas juste approximative. Mon but ici n'est pas de montrer qu'il nous est impossible d'appliquer le concept de responsabilité morale d'une manière non approximative, mais qu'il nous est peut-être impossible de le faire dans le monde réel, d'où mon intérêt pour les résultats en psycho sociale.
5) Je pense que mon usage de 'synchronique' prête à confusion. Bien sûr qu'il faut savoir ce qu'il se passe avant et après l'acte pour avoir une chance de pouvoir l'expliquer d'une manière convenable (ie pertinente). Ici j'entends par "scepticisme synchronique" "scepticisme quant aux causes pertinentes de l'acte seulement à partir de la situation elle-même"; dans le cas de Pierre, son entrée dans la rue constituerait le début de la situation, et sa sortie constituerait la fin. Je pense par contre que la notion de 'situation' est indéterminée, et aurait donc besoin de contraintes plausibles (sinon on pourrait dire que la 'situation' commence à la naissance de Pierre, par exemple).
6) Je ne pense pas qu'accepter le scepticisme diachronique reviendrait à accepter l'inférence statistique du départ, en tout cas pas l'inférence qui part d'une affirmation sur la population pour déboucher sur une affirmation sur un individu. Une inférence statisque est à l'oeuvre ici, mais c'est une inférence qui part d'une affirmation sur un individu pour déboucher sur une affirmation sur ce même individu.
Pour les points que je n'adresse pas: je pense que c'est tout simplement parce que tu as raison.
Ciao,
Sur 2): ok, et je suppose que par "scepticisme quant à X" il faut comprendre qqch comme "thèse qu'on ne sait pas [... X ...]", i.e. telle chose ou telle autre impliquant X. Cela t'obligerait à être plus précis d'abandonner cette locution.
Sur 5): en effet, il n'est pas clair que la notion d'évaluation synchronique resiste à l'examen.
Pour le reste: cela aide, mais j'ai toujours l'impression qu'il y a une tension entre le rejet de l'inférence statistique collective au début et l'acceptation d'une inférence statistique individuelle à la fin. Et je vois mal pourquoi une inférence statistique de l'individu à l'individu serait épistémologiquement meilleure que celle du groupe à l'individu. (E.g. mon propore comportement à l'âge de 5 ans fournit-il de meilleures indices quant aux mécanismes de mes décisions que celui d'autres personnes que moi mais similiaires en âge et autre aspects?)
heu plagia ca te dit quelque chose?
? Que veux-tu dire?