Quelques données sur la réduction des catégories morales
Par Florian Cova le jeudi 19 novembre 2009, 05:56 - Ethique - Lien permanent
Ceci est la version préliminaire (et légèrement raccourcie, sans notes de bas de page, ni tableaux) d'un article que je compte soumettre sous peu à une revue étudiante française dont je tairai évidemment le nom. Le thème en est la possibilité de réduire certaines catégories morales à d'autres, le tout (bien sûr) sur la base de données empiriques. Les commentaires sont bienvenus.
Introduction : deux sortes de catégories morales
Lorsqu’il s’agit de catégoriser moralement nos actions, nous utilisons au moins deux sortes différentes de catégories. Les premières catégories peuvent être appelées déontiques : une action peut être un devoir, être permise ou être interdite. Les secondes catégories peuvent être appelées axiologiques : un acte peut être louable, blâmable ou ni l’un ni l’autre (on dira : moralement neutre). Faut-il alors considérer que la morale est fondamentalement bidimensionnelle et que les catégories déontiques sont irréductibles aux catégories axiologiques (et vice-versa) ? C’est ce qu’il semble, si l’on considère que certaines actions appartiennent à une catégorie morale qui nécessite pour être définie à la fois la dimension déontologique et la dimension axiologique : la surérogation. Les actes surérogatoires sont ceux qui sont louables mais que nous n’avions pas le devoir d’accomplir . Il semble donc impossible de définir de telles actions à partir des seules catégories déontologiques ou des seules catégories axiologiques.
Proposition de réduction
Néanmoins, Chisholm (1963) a tenté de proposer des équivalences entre les deux types de catégories morales . Il répartit les actions humaines en cinq classes :
- i. les actions qu’il est bon d’accomplir et mal de ne pas accomplir (l’obligatoire),
- ii. les actions qu’il est ni bon d’accomplir ni mal de ne pas accomplir (l’indifférent),
- iii. les actions qu’il est mal d’accomplir et bon de ne pas accomplir (l’interdit),
- iv. les actions qu’il est bon d’accomplir mais pas mal de ne pas accomplir (le surérogatoire),
- v. les actions qu’il est mal d’accomplir mais qu’il n’est pas bon de ne pas accomplir (l’offense).
On remarque que Chisholm introduit une cinquième catégorie morale : l’offense (traduction de l’anglais « offence ») qui est le symétrique négatif de la surérogation. Mais ce qu’il faut noter, c’est que Chisholm a trouvé un moyen de reproduire la « bidimensionnalité » de la morale à partir d’une seule catégorie en utilisant la méthode suivante : pour chaque action, il faut aussi considérer la valeur de l’omission correspondante. De cette façon, chaque action se voit attribuer deux valeurs : la sienne propre et celle de sa non-occurrence.
Cependant, on peut refuser les équivalences proposées par Chisholm. Une critique possible est la suivante : il n’est pas évident qu’un acte A qui remplit un devoir soit nécessairement bon à accomplir. Prenons l’exemple suivant : imaginons que j’ai emprunté un livre rare à un ami. Il est certain qu’il est mal de ne pas lui rendre. Mais est-il vraiment bon de lui rendre ? Ce n’est certainement pas louable, en tout cas. Nous aurions plutôt tendance à dire qu’il s’agit là de quelque chose de parfaitement « normal ». De la même façon, il n’est pas certain qu’il soit bon de ne pas accomplir toute action interdite : si, me promenant dans la rue, je n’agresse pas chaque personne que je croise, est-ce qu’on dira que je fais quelque chose de bien à chaque personne que je croise ? Ou ne dira-t-on pas plutôt que mon comportement est parfaitement normal ?
Ces critique ne nous empêchent pas de proposer, sur le même modèle, une autre série d’équivalence :
- i. Un acte A est interdit si son occurrence « A » est blâmable,
- ii. Un acte A est un devoir si sa non-occurrence « ¬A » est blâmable,
- iii. Un acte A est permis si son occurrence « A » n’est pas blâmable,
- iv. Un acte A est surérogatoire si son occurrence « A » est louable et si sa non-occurrence « ¬A » n’est pas blâmable.
Ces équivalences excluent l’existence d’actes d’offense, qui seraient à la fois blâmables et permis. Si elles se révélaient exactes, il semble que cela irait plus en faveur d’une réduction des catégories déontiques aux catégories axiologiques, plutôt que l’inverse. En effet, suivant ces équivalences, on a une « perte d’information » en passant des catégories axiologiques aux catégories déontologiques : à chaque description axiologique d’une action ne correspond qu’une seule description déontologique, alors qu’à une même description déontologique peuvent correspondre différentes descriptions axiologiques. Par exemple : si « A » est ni blâmable ni louable et « ¬A » blâmable, alors « A » est nécessairement un devoir ; mais si « A » est un devoir, il se peut que « A » soit louable ou bien ni louable ni blâmable.
Mise à l’épreuve
Nous avons voulu tester les équivalences présentées ci-dessus en interrogeant directement des personnes choisies au hasard. Les résultats suivants ont été collectés via un questionnaire diffusé sur Internet. En tout, 91 participants ont répondu, sur une période allant du 12/08/2008 au 27/07/2009. La moyenne d’âge était de 29,5 ans et 32% des participants se sont identifiés comme étant des femmes. Chaque participant devait lire plusieurs scénarios et, pour chaque scénario, répondre à plusieurs questions.
Nous avons proposé aux participants le scénario désormais classique proposé par Urmson (1958) :
SURÉROGATION – Etienne appartient à un bataillon de soldats. Au cours d'un entraînement au lancer de grenades, une grenade glisse des mains de l'un de ses camarades et atterrit sur le sol tout prêt des soldats. Etienne décide de se jeter sur la grenade pour protéger ses camarades de l'explosion. Il meurt sur le coup.
Trois questions étaient ensuite posées :
- i. Action : D’après vous, ce qu’a fait Etienne est : blâmable, louable ou ni blâmable ni louable ?
- ii. Omission : Imaginez maintenant qu’Etienne décide de ne pas jeter sur la grenade mais préfère s’éloigner. D’après vous, ce qu’a fait Etienne est : blâmable, louable ou ni blâmable ni louable ?
- iii. Devoir : Etienne avait-il le devoir de se jeter sur la grenade ?
Tout d’abord on peut vérifier l’hypothèse d’Urmson selon lequel il s’agit bien là d’un acte de surérogation. Pour cela, il suffit de compter le nombre de participants qui ont répondu « LOUABLE » à la première question et « NON » à la troisième question. Sur 91 participants, 68 ont répondu de cette façon, soit 75%. Il semble donc que l’exemple donné par Urmson soit réellement considéré comme un acte de surérogation par la plupart des gens.
Testons maintenant notre hypothèse. Avec ces trois questions, il existe 18 combinaisons possibles de réponses, mais seules huit combinaisons sont compatibles avec notre hypothèse. Sur les 91 participants, 87 (96%) ont donné une réponse que l’on peut ranger dans l’une de ces huit catégories. Notre hypothèse semble donc décrire adéquatement ces données. Après nous être penché sur la surérogation, penchons-nous maintenant sur une catégorie plus ordinaire, les actions que l’on a le devoir d’accomplir :
DEVOIR 1 – Emmanuel a emprunté de l'argent à l'un de ses amis alors qu'il était en difficulté. Il a maintenant assez d'argent pour rembourser sa dette, mais son ami ne le sait pas. Emmanuel peut ainsi décider de le cacher à son ami pour éviter d'avoir à lui rendre l'argent. ACTION : Imaginez qu’Emmanuel décide de rendre l’agent à son ami. OMISSION : Imaginez qu’Emmanuel décide de garder son argent.
Les questions étaient les mêmes que pour le scénario précédent. Sur 90 participants, 74 (82%) ont répondu qu’Emmanuel avait le devoir de rendre l’argent : il s’agit donc bien d’un cas clair de devoir. Sur ces 74, seulement 24 ont répondu que rendre l’argent était louable, contre 49 qui ont répondu que cela n’était ni blâmable, ni louable, ce qui semble aller dans le sens de notre critique des équivalences proposées par Chisholm. En tout, 79 (soit 88%) des participants ont répondu en utilisant l’une des huit catégories prévues. Nous avons testé un second cas de devoir (tiré de Singer, 1972) :
DEVOIR 2 – Léo se promène le long d'un petit étang. Soudain, il voit un jeune enfant en train de se noyer dans l'étang. Personne d'autre n'est là pour le sauver. L'étang n'est pas profond, et Léo y a pied partout. ACTION : Imaginez que Léo décide d'aller mouiller son pantalon et ses chaussures pour sauver l'enfant. OMISSION : Imaginez que Léo refuse d’aller mouiller son pantalon et ses chaussures pour sauver l’enfant.
Sur 73 participants , 67 (92%) ont répondu que Léo avait le devoir d’aller sauver l’enfant. 71 (98%) ont répondu en utilisant l’une des huit catégories prévues. Nous avons aussi testé un cas d’acte neutre :
ACTE NEUTRE – Pierre a faim. ACTION : Il décide de se faire du poisson avec du riz. OMISSION : Il pourrait se faire du poisson avec du riz, mais décide de manger autre chose.
Sur 90 participants, un seul a répondu que Pierre avait le devoir de se faire du poisson avec du riz. 88 (98%) ont répondu en utilisant l’une des huit catégories prévues.
Enfin, nous avons testé un cas d’interdiction (ou « devoir de ne pas ») :
INTERDICTION – Gérard envie son nouveau voisin qui a une télé plus grande que la sienne. Un jour, il se rend compte que son voisin est parti de chez lui sans fermer la porte. Gérard pourrait très facilement s'introduire chez son voisin pour lui dérober sa télé. ACTION : Imaginez que Gérard décide de voler la télé. OMISSION : Imaginez maintenant que Gérard décide de ne pas voler la télé.
La question portant sur le devoir était dans ce cas : « Gérard avait-il le devoir de ne pas voler la télé de son voisin ? ». Sur 91 participants, 61 (soit 67%) ont répondu que Gérard avait le devoir de ne pas voler la télé de son voisin . Sur ces 61 participants, seuls 14 ont répondu que s’abstenir de voler la télé était louable, ce qui va encore une fois dans le sens de notre critique de Chisholm. En tout, 67 (soit 74%) ont répondu en utilisant l’une des huit catégories prévues.
Comme nous l’avions mentionné dans la première partie, notre analyse ne peut intégrer les cas d’offense et échoue si de tels cas existent. Il est donc crucial d’examiner les cas d’offense proposés par la littérature philosophique. Nous avons soumis deux cas à nos participants. Voici le premier :
OFFENSE 1 – Yves est au restaurant avec un ami. C'est un restaurant très à la mode et Yves peut voir les personnes qui attendent à l'entrée, pour certains depuis plus d'une heure, d'avoir une table. Yves et son ami ont fini leur repas. Ils pourraient donc quitter leur table pour laisser la place à ceux qui attendent. ACTION : Yves et son ami décident de partir tout de suite après avoir terminé leur repas. OMISSION : Mais ils décident de rester assis pour discuter un peu.
Nous avons d’abord regardé combien de participants considéraient qu’il s’agit véritablement là d’une « offense » (c’est-à-dire, dans ce cas, qui ne pensaient pas que Yves et son ami avaient le devoir de laisser leur place mais estimaient tout de même qu’il était blâmable de rester assis après avoir terminé le repas). Seuls 11 participants sur 91 (soit 12%) ont répondu de cette façon : il semble donc que l’exemple ne suscite pas les intuitions attendues. Sur ces mêmes 91 participants, 79 (soit 87%) ont répondu en utilisant l’une des huit catégories prévues. Voici maintenant le second potentiel cas d’offense :
OFFENSE 2 – Pascal est directeur des ressources humaines dans une entreprise. Il a pour mission de recruter les employés. Il a un collègue, Hervé, qu'il déteste. Il sait que la perte de son emploi serait une véritable tragédie pour Hervé et sa famille. Il connait quelqu'un, René, qui pourrait faire le travail de Hervé de façon beaucoup plus satisfaisante. Il sait que si son patron venait à le savoir, il renvoierait tout de suite Hervé pour prendre René à sa place. ACTION : Imaginez maintenant que Pascal décide de parler de René à son patron. OMISSION : Imaginez maintenant que Pascal décide de ne pas parler de René à son patron.
Dans ce cas, la question au sujet du devoir portait sur l’omission : « Pascal avait-il le devoir de ne pas parler de René à son patron ? ». En effet, ceux qui voient dans ce cas à un cas d’offense pense que 1) Pascal n’a pas le devoir de ne pas parler de René à son patron et que pourtant 2) Pascal est blâmable dans le cas où il parle de René à son patron. Mais, sur les 89 participants, seulement 20 (soit 22%) ont répondu de cette façon. À l’inverse, 68 (soit 76%) ont répondu en utilisant l’une des huit catégories prévues. Pour nous compliquer la tâche, nous avons posé aux participants une question supplémentaire :
- iv. Pascal avait-il le devoir de parler de René à son patron ?
Cette question supplémentaire rajoute des contraintes supplémentaires susceptibles de diminuer le nombre d’ensemble de réponses compatibles avec notre hypothèse. Au final, 56 participants ont donné un ensemble de quatre réponses compatible avec notre hypothèse de départ (soit 63%). Cela revient à dire que, même dans ces conditions, deux tiers des participants répondent conformément à notre hypothèse.
En moyenne, sur 7 scénarios différents, 86% des réponses étaient des réponses compatibles avec notre hypothèse de départ. On peut donc dire que notre tentative de réduction des catégories morales est au moins empiriquement adéquate.
Bibliographie
Chisholm, R. (1963) “Supererogation and offence: A conceptual scheme for ethics”, Ratio, 5, 311-318.
Chisholm, R. & Sosa, E. (1966) “Intrinsic preferability and the problem of surerogation”, Synthese, 16, 321-331.
Singer, P. (1972) “Famine, affluence and morality”, Philosophy and Public Affairs, 1, 229-243.
Urmson, J. (1958) “Saints and Heroes” in Melden, A. (ed.), Essays in Moral Philosophy, Seattle, University of Washington Press.
Commentaires
Merci, c'est très intéressant !
-il me semble exister au moins deux autres catégories normatives : les vertus, et les droits.
-sur ton objection à Chisholm, pourquoi ne pourrait-on pas dire simplement "accomplir A est obligatoire <-> Il est mal de ne pas accomplir A" (laisser tomber la condition que cela soit bon)
-une objection possible à tes réductions (tu devrais mettre ssi à la place de si ds i-iv je crois)
1. soit blamable signifie "que l'on blame", et tes équivalences ne marchent pas.
2. soit blamable signifie "que l'on doit blamer" et tu n'as alors pas réduit l'obligation.
-un doute : choisir "blamable" comme base de réduction est un peu douteux car il semble toujours légitime de demander "pourquoi l'acte A est-il blamable". La réponse peut être "parce qu'il est mauvais", "parce qu'il est interdit"... Etre blamable semble être une valeur un peu impure (si c'est une valeur) : ça n'est pas une propriété intrinsèque d'un acte, mais une dérelativisation d'une relation entre un acte et un blâme possible. Bref, il semble que pour savoir si une action est blamâble, il faut d'abord savoir s'il elle est mauvaise ou interdite, plutôt que l'inverse (ce que suggère ta réduction)
Pourquoi ne pas citer J. Janiaud à propos des actes surérogatoires ?
Merci Olivier pour ces commentaires pertinents (dont certains auxquels je m'attendais... en serrant les dents !)
Avant de répondre, je vais juste en profiter pour préciser le projet "caché" derrière l'article. Cela permettra peut-être de mettre à jour les "impensés" de mon projet :-) Mais je n'avais pas la place d'en parler dans l'article lui-même (limite de caractères oblige).
0)
En fait, je travaille de temps à autre (c'est un euphémisme) sur la psychologie morale. Si vous ne le savez pas déjà, je vous apprend que la grande tendance à la mode en psychologie morale, c'est l'émotivisme. En gros le jugement morale EST (= version hard) ou EST CAUSE PAR (= version soft) nos émotions.
Le problème : le fait que les jugements moraux soient étroitement corrélés avec nos émotions amène certaines attentes. Les jugements moraux seront probablement gradués (comme l'intensité des émotions) et en termes de polarités négative / positive / neutre. Tout cela colle très bien avec les catégories axiologiques, mais moins avec les catégories déontiques. Or, comme j'ai essayé de (brièvement) le signaler, des catégories comme la surérogation semble empêcher une réduction directe de la valeur déontique d'une action à une valeur axiologique. De telles catégories sont donc un problème (quelque part) pour le sentimentalisme, qui semble avoir tendance à réduire considérablement la richesse de notre vie morale à trois catégories (le "weeee !", le "beurk !" et ni l'un ni l'autre). Mais si l'on arrive à définir les catégories déontologiques en termes de catégories axiologiques, et bien on peut conserver cette richesse avec le beurre du sentimentalisme. Voilà !
1)
VERTU et DROIT : Ces catégories me semblent (surement naïvement) poser moins de problème. Pour la Vertu, on s'arrangera en la définissant en termes de dispositions / tendances à faire ce qui est louable dans tel ou tel cas, etc. Pour les droits, c'est plus compliqué, mais on peut peut-être s'arranger en définissant "X a le droit négatif de vivre" comme "tout le monde à l'interdiction de tuer X" et "X a le droit positif au soin" comme "tout le monde a le devoir d'aider X à guérir". Mais c'est encore un autre problème. Et surtout, ces catégories ne portent pas directement sur des actions.
A suivre...
2), 3) et 4)
En fait, en postant sur Philotropes, j'ai laissé de côté une note sur les rapports entre "bon / mauvais" et "louable / blâmable". J'ai une autre expérience en cours qui est quasiment la même mais avec les prédicats "bon / mauvais". J'ai commencé par "louable" et "blâmable" plus ou moins par habitude. J'ai pas mal passé de questionnaires du genre et les termes "louables" et "blâmables" sont devenus mes préférés pour deux raisons :
a) c'est le cas où les gens viennent le moins souvent me voir pour me demander ce qu'ils doivent entendre par là (et où ils me demandent une définition),
b) il y a une différence cruciale entre la paire bien / mal et la paire louable / blâmable : la paire bien / mal amène les sujets à se focaliser sur les conséquences de l'acte au détriment d'autres propriétés (intentions / circonstances atténuantes / états mentaux de l'agent). Mais comme ils ne le font pas tous, les résultats deviennent vite un bordel monstre. La paire louable / blâmable a l'avantage (mystérieux) de focaliser les gens sur les conséquences de l'acte + les autres propriétés, en réduisant le bruit du à des compréhensions différentes des termes.
Par exemple, dans les études sur les dilemmes moraux (genre Trolley) : si vous posez la question en bien / mal, vous avez plein de gens qui vous disent que le sacrifice était la bonne décision, que c'est ce qu'ils auraient fait, voir qu'il fallait le faire, mais ont répondu que c'était mal (sans doute parce que ça l'est prima facie). Ce genre de problème tend à disparaître avec le couple louable / blâmable.
Voilà pour la méthodo. Sinon, je pense effectivement que louable / blamable ne sont pas des catégories morales "ultimes" et qu'elles doivent être réduites en termes de bien / mal.
La formule est qqch comme "faire x était louable = x est bien + x été réalisé avec la bonne intention''. Mais ça, c'est la deuxième phase. (Quoique que je pense qu'il y a des cas où un acte peut être blâmable sans être mal - mais c'est une autre expérience, et un autre sujet).
Ultimement, et dans l'idéal, on devrait pouvoir obtenir la chaîne de réduction suivante :
Mais le papier ici, ne considère qu'une de ces étapes. En si peu de signes, c'est dur de résumer la moitié de ma thèse, tout de même :-)
Sur la définition de blamable : je pense que quand un sujet répond que "X est blâmable", il affirme : 1) qu'il blâme X et 2) qu'il pense qu'il a plutôt raison de le faire (sinon, pourquoi le ferait-il ?). Le 2) implique effectivement que l'on a le devoir de blâmer X, mais c'est une implication : cela ne fait pas à mon avis partie de la définition de blâmable.
Du coup, puisque j'ai admis que blâmable / louable n'étaient pas des catégories ultimes, la dernière objection tombe (en apparence), puisque l'on peut justifier qu'un acte est louable / blâmable en termes de bien / mal.
Le problème, dira-t-on alors, est que (peut-être) les catégories devoir/permission sont elles-mêmes nécessaires pour déterminer si qqch est bien ou mal. Du point de vue philosophique, c'est un problème, mais d'un point de vue psychologique je pense que non. En effet, jusque là, je parlais des jugements conscients fait par le sujet tout entier. Mais, psychologiquement, on peut dire qu'il existe des jugements*, c'est-à-dire des processus appartenant non au sujet conscient, mais qui opèrent inconsciemment à l'intérieur de quelque chose comme un module.
Si l'on prend le cas de la grammaire selon Chomsky, on a quelque chose comme cela :
jugement* grammatical CAUSE intuition linguistique CAUSE jugement grammatical
Autrement dit, votre jugement grammatical conscient repose sur une intuition linguistique, qui à son tour est causé par un jugement* grammatical réalisé au niveau de la Grammaire Universelle, mais auquel le sujet conscient n'a accès que via l'intuition. Dans ce cas, il n'est pas circulaire de dire que nos jugements grammaticaux sont causés par nos jugements* grammaticaux.
Autre exemple : le jugement de dégoût. Votre jugement "ceci est dégoûtant" est causé par une émotion, le dégoût. Mais si le dégoût (comme émotion) a été déclenché, c'est parce que le mécanisme qui déclenche le dégoût a porté un jugement*, i.e. a procédé à de savants calculs sur les propriétés de tels objets. Dans ce cas, c'est le jugement* de dégoût qui cause le jugement de dégoût.
Et bien, cela pourrait être pareil pour le jugement de devoir / permission. Il se pourrait en effet que le "module moral" chargé de causer des jugements conscients de bien / mal repose sur des considérations prenant en compte qqch comme des devoirs* et des permissions*. Mais cela n'empêche en aucun cas qu'au niveau du sujet, c'est le jugement de bien / mal qui vient en premier et fonde toutes les autres catégories. On aurait alors un truc du genre :
jugement* de devoir (au niveau modulaire) CAUSE émotion morale CAUSE jugement (au niveau du sujet) de bien / mal CAUSE (jugement de louange / blâme CAUSE) jugement de devoir
(faire des modèles psychologiques sans pouvoir dessiner de boîtes devient vite triste...)
Sur ce, je vais de ce pas refondre mon article sur la base de ces conseils.
Salut Florian, j'ai juste une remarque à faire pour le moment.
Ne faut-il pas distinguer évaluation de l'acte et évaluation de la personne ? Dans ta critique de Chisholm, tu affirmes qu'un acte ("rendre un livre qu'on m'a prêté") peut être un devoir, sans pour autant que ce soit quelque chose de bien. Plus précisément, tu écris Ton passage de "bon" à "louable" me semble indiquer que tu es passé de l'évaluation de l'acte à l'évaluation de la personne.
Mais je crois qu'il faut conserver cette distinction : un acte peut être ce qui est bien d'accomplir, sans pour autant que la personne qui accomplisse cet acte soit louée pour avoir accompli cet acte (comme tu le dis : c'est normal d'accomplir cet acte).
Si on maintient cette distinction, il me semble que ta critique de Chisholm sur ce point ne tient pas : un devoir c'est bien un acte qu'il est bon d'accomplir et mal de ne pas accomplir, mais cela n'implique pas que la personne doive être louée, ou non, pour avoir accompli cet acte.
Un dernier point : à propos de cette question de la possibilité de la réduction des énoncés normatifs (ou déontologiques) aux énoncés évaluatifs (ou axiologiques), je conseille comme introduction le chapitre 5 (« Le normatif et l'évaluatif ») du Rasoir de Kant, de Ruwen Ogien.
Il y a dans la revue Érudit, une discussion de ce livre, ainsi qu'une présentation par Ogien du contenu de ce chapitre.
Merci Cédric !
C'est vraiment ironique de me voir infliger une telle leçon, alors que l'un des thèmes principaux de ma thèse est que l'un des graves défauts de la psychologie morale actuelle est l'absence de réflexion sur les différences entre jugements sur la personne et jugements sur l'acte. On n'échappe pas à ses propres démons :-)
Néanmoins, tu proposes :
Je pense que c'est plus compliqué que ça. Je proposerais plutôt la tripartition suivante :
Merci pour les références. Note : Ogien fait les mêmes points dans "Les Concepts de l'Ethique", je crois.
Je justifie mon dernier point de manière linguistique. "Louable", selon les dictionnaires que j'ai consulté, peut s'appliquer aussi bien aux actions qu'aux agents, mais j'ai l'impression que l'usage est plutôt de l'utiliser pour des actes. On entend plus souvent : "c'est louable", "il est louable de..." que "Pierre est louable". Pour un homme, j'ai l'impression qu'il est plus naturel d'utiliser l'expression "il est digne de louanges".
Olivier : Notre discussion vient de me donner une super (mauvaise) idée. Il faut mesurer les temps de réaction pour les jugements de devoir / permission VS pour les jugements de bien / mal. Dès que j'ai de la place dans mon planning d'expériences (disons d'ici 5 ou 6 ans), j'essaie.
"jugement* de devoir (au niveau modulaire) CAUSE émotion morale CAUSE jugement (au niveau du sujet) de bien / mal CAUSE (jugement de louange / blâme CAUSE) jugement de devoir"
Pourrais tu préciser ce qui est savamment calculé au niveau modulaire ? Comment expliquer deux émotions différentes (chez deux individus) causées par deux jugements* différents de devoir concernant un même objet ; par exemple le vouvoiement ?
Si je savais ce qui était calculé au niveau modulaire, je serai déjà une rockstar de la philosophie / psychologie morale - mais je ne suis qu'un humble doctorant.
Néanmoins on peut faire des hypothèses sur ce qui amène le (putatif) "module moral" à aboutir à deux émotions différentes chez deux individus différentes. Il y en a deux grands types :
(i) Le "module moral" ne suit pas les mêmes règles chez les deux individus (parce que, par exemple, le module est sensible aux normes culturelles et que les deux individus ont été élevés selon des normes différentes);
(ii) Le module suit les mêmes règles chez les deux individus mais leur "input" diffère selon l'individu (parce que, par exemple, les deux individus ont des croyances factuelles différentes) (dans le cas du vouvoiement par exemple, parce que A croit que le manque de vouvoiement signifie que C ne le respecte pas alors que B sait très bien que C est québécois et ne sait pas ce qu'est le vouvoiement);
(iii) Une combinaison de (i) et (ii)
Bonjour,
Je profite de votre riche et intéressante discussion pour tester un début de corrigé sur le sujet: Peut-on réduire la morale aux moeurs ? - quel vil pragmatisme ! -)
Il me semble que le couple Bien/Mal peut inviter - à condition qu'on l'envisage sous l'angle de la morale (kantienne) de la raison pratique - à considérer le jugement de l'action de façon autonome cad indépendamment de ce que les sentiments moraux nous incitent à juger comme louable/blamable - .
Le couple louable/blamable serait alors en ce sens applicable aux personnages sociaux que nous jouons cad selon les règles du conformisme social. Mon personnage sera loué de rendre ce livre mais je ne considère pas POUR CELA qu'il s'agit d'un acte moral, tout au plus d'un acte prudent eu égard aux lois sous lesquelles j'ai a vivre). Seul l'acte ou plutôt l'intention avec laquelle j'agis peut être véritablement jugée morale selon des critères rationnels (universalisation des maximes, etc...), et ferait donc de moi une personne morale
Evidemment tout cela suppose:
1/ une fort hypothétique capacité à juger:
1.1/sans réduire la morale aux moeurs (c'est bien le problème !)
1.2/en définissant le couple Bien/Mal:
1.2.1/ sans référence à une quelconque nature objective du Bien
1.2.2/ sans examen des conséquences de ses actes mais seulement des convictions (fameux interdit du droit de mentir par humanité).
2/une acceptation de la distinction personne/personnage
3/ la valeur reconnue du test d'universalisation des maximes de mon action susceptible d'apprécier sa moralité
Jeff : Le problème est que je pense justement que le test d'universalisation n'a AUCUNE valeur :-)
Pour une version brute de l'argument : http://blog.philotropes.org/post/20...
Pour une version formalisée : http://sites.google.com/site/floria...
PUB :
J'ai écrit l'année dernière une synthèse sur la surérogation. Vous pouvez la lire ici : http://sites.google.com/site/floria...
(NOTE: je n'ai pas encore lu les commentaires, désolé pour les redondances éventuelles)
1) Est-ce que "louable" et "blâmable" sont des prédicats axiologiques?
Axiologique = valeur, déontique = droit et devoir. On est d'accord là-dessus. Donc, les exemples paradigmatiques de catégories axiologiques, c'est "moralement bon" et "moralement mauvais" ou "ni bon ni mauvais". Il ne me semble pas analytiquement évident que:
Qui plus est, si on y pense, "louable" cela veut dire que qqch peut/doit être louer, et "blamable" cela veut dire que qqch peut ou doit être blâmer. Et si c'est cela ce sont des notions définies en termes déontiques!
Les choses sont plus claires avec la réduction de Chisholm: il réduit le déontique à l'axiologique. (En l'état on peut presque se demander quelle réduction est censée avoir lieu, tu ne le dis pas!)
2) Il n'est pas évident que le surérogatoire soit une catégorie axiologique ou en partie axiologique. On peut distinguer: "interdit", "obligé" et "recommandé"; cela ne saute pas au yeux que la troisième catégorie est d'un ordre différent des deux premières; moi, cela me semble êter une catégorie déontique. Pas ce qui est interdit de faire, ni ce qu'on est obligé de faire, ni ce qui est permis de faire, mais ce qu'il est recommandé de faire.
En sémantique on parle parfois des modaux soft comme "should" et "ought to" en anglais. Ils semblent enjoindre qqch (et non simplement l'autoriser) sans non plus le rendre obligatoire. (Cela vaut en-dehors des contextes déontiques: cf: "Cette planche devrait maintenir le mur en place": non pas, elle va nécessairement le maintenir, ni, elle peut le maintenir, mais: il y a de bonnes chances qu'elle le maintienne.)
3) La définition de l'indifférent pour Chisholm doit être revue. Tu veux dire:
- ni bon ni mauvais de l'accomplir, ni bon ni mauvais de ne pas l'accomplir
4) Ta critique (a) de Chisholm est que les actions qu'on doit faire ne sont pas forcément louables. Mais cf. point 1! Ma réponse à cela: elles ne sont pas louables, parce qu'il n'y a pas de devoir pour autrui (voire pas de permission) de les louer. Mais elles sont bonnes. C'est bien de rendre un livre qu'on t'a prêté!
Ta critique (b) de Chisholm est que je ne fais pas qqch de bien à quelqu'un lorsque je ne l'agresse pas dans la rue. Réponse: c'est bien de ne rien faire au passant. Comme tu ne fais rien au passant, tu ne lui fais rien de bien. Et même comme tu ne fais rien au passant, tu ne fais pas quelque chose de bien. Mais cela ne réfute pas qu' il est bien de ne rien faire au passant. (Bref, j'ai l'impression que l'argument ne devient intuitif que grace à un subtil changement de formulation "c'est bien de ne pas faire A à O" <=> "on fait quelque chose de bien à O en ne faisant pas A".)
5) dans ta proposition, il y a bien un symétrique du surérogatoire. Ce n'est pas blâmable et permis, c'est simplement:
- Un acte A est une offence si son occurrence « A » n'est pas blâmable et si sa non-occurrence « ¬A » est louable.
6) Sur le test de la réduction de surérogatoire: tu as des réponses "Non-Devoir A mais louable A". Mais l'hypothèse est que "Non blâmable non-A mais louable A". En fait pour la tester à fond il faut voir s'il n'existe pas des cas: "Non-Devoir A, louable A, mais blâmable non-A".
7) Est-ce que tu peux donner des exemples des catégories *non-observés*, dont la non-observation confirme ton hypothèse. Si elles sont toutes du type "Devoir A mais blâmable A" c'est plutôt trivial. Est-ce qu'il y a des cats prédites par Chisholm non observées? (En admettant temporairement bon = louable, mal = blâmable)
8) Quelles sont les réponses qu'on a alors sur les cas supposés d'offense? "Devoir non-A et blâmable A" et "Non devoir non-A et non blâmable A"?
9) Les réponses seraient compatibles avec la déf de l'offense proposée ci-dessus, non? Il n'a pas le devoir de parler de René, ni n'est blâmable de le faire, mais il serait louable de ne pas le faire?
Après lecture du com 4: ok, je n'avais pas pensé au problème du bruit dans les réponses en termes de "bien"/"mal". C'est dommage. Reste que tu ne devrais pas assumer une réduction axiologique de "louable", peut-être "louable/blâmable" veut dire "qu'on peut légitimement louer/blâmer".
Par ex, peut-être que ce qui guide l'idée que les actes "normaux" ne sont pas louables est que l'on ne doit se lancer dans des actes de louange/blame que lorsque qqn "sort du chemin prévu", par violation d'un contrat, effort exceptionnel, etc. Cela n'impliquerait pas que ce qui reste dans le chemin prévu est moralement neutre.
Julien :
Il se fait tard, je te répondrai demain plus en détail. Juste une réaction sur ton commentaire 15. Ta proposition est intéressante et (je pense) en partie vraie. Par exemple, je pense que les gens serait prêt à louer qqun pour ne pas taper tout le monde dans la rue si, disons, cet homme devait résister à des pulsions pathologiques le poussant à taper tout le monde.
Mais on loue tout de même des gens qui font leur devoir. En fait, je n'avais pas la place de le détailler, mais il y a une différence intéressante entre le scénario DEVOIR 1 et le scénario DEVOIR 2. Dans DEVOIR 1 (devoir négatif), peu nombreux étaient les gens à louer l'agent pour avoir rendu le livre. Mais dans DEVOIR 2, beaucoup (la grande majorité) ont loué l'agent pour avoir sauvé l'enfant tout en estimant qu'il ne faisait que son devoir (peut-être parce qu'il s'agit d'un devoir positif).
DIRECTOR'S CUT
Sinon, puisque j'ai la place ici, un autre argument contre les réductions de Chisholm (tiré de la version longue) :
Néanmoins, les équivalences proposées par Chisholm ne sont pas satisfaisantes, et cela parce qu’il choisit d’utiliser comme catégories évaluatives le couple bien / mal plutôt que le couple louable / blâmable. Or, il semble erroné de vouloir définir un acte de surérogation comme ce qu’il est bon d’accomplir et mauvais de ne pas accomplir. Soit le scénario suivant :
Un homme nommé André discute avec sa femme : « Mon père a décidé de ne léguer son immense qu’à un seul de ses enfants. Pour m’assurer de toucher l’héritage, il faudrait que je trouve un moyen de devenir son enfant préféré. Mais je ne sais pas comment faire. » Sa femme lui répond : « Ton père a toujours admiré les gens qui faisaient don de leur argent à des associations humanitaires. Tu pourrais aider une association humanitaire, même si je sais que tu t’en moques. » André suit les conseils de sa femme et fait don d’une grosse somme d’argent à une association humanitaire. Quelques jours plus tard son père en fait son seul héritier.
Imaginons maintenant que André ne fait pas don de son argent à l’association humanitaire : nous avons l’intuition que cela n’aurait pas été mal. Et, clairement, faire don d’une grosse somme d’argent à une association humanitaire est quelque chose de bien. Selon les critères de Chisholm, il faudrait alors dire que l’acte d’André était un acte de surérogation. Or, cela ne sonne pas juste : traditionnellement, les actions qui sont appelées actes de surérogation sont les actes typiques des saints et des héros – et André n’a ici rien d’un héros. Ce qui manque c’est que son acte, bien que bon, n’est pas louable, parce qu’André ne se soucie pas de faire le bien. Il semble plus approprié, dans ce cas, de définir la surérogation comme ce qu’il est louable de faire mais pas blâmable de ne pas faire.
Nous avons alors le choix entre deux solutions. La première est une solution pure : tenter de définir les catégories normatives à partir du seul couple louable / blâmable. La seconde est une solution mixte : définir certaines catégories morales à partir du couple bien / mal et d’autres à partir du couple louable / blâmable ou encore à partir d’un mélange des deux. Il est impossible de décider a priori laquelle des deux solutions est la meilleure, mais nous allons explorer ici la première solution, qui se trouve être plus parcimonieuse.
Après lecture de 5-6: d'accord avec Florian, "louable" est une évaluation des actes.
Pour clarifier: dire que "louable" est un prédicat des actes ne signifie pas qu'on ne considère pas l'intention de l'acteur, ses capacités, son caractère, etc., pour l'attribuer. Par ex, le fait de prendre part à jeu peut être plus "louable" venant de la part d'un asocial que d'un joueur. Mais cela reste un prédicat de l'acte, au sens au moins où une personne qui fait deux actes en même temps peut être à la fois louable et blâmable, alors que la personne elle-même n'est pas simplement louable ou blâmable, elle ne l'est que relativement à un acte.
Exemple test: imaginez par ex un policier dans une dictature qui prend le risque de couvrir la fuite d'un journaliste, mais est fortement motivé en cela par le fait que ce sera un moyen de récupérer l'argent de ce dernier (ou de faire cesser la relation du journaliste avec sa femme). Est-ce que la personne est louable, blâmable? Elle est louable en ce qu'elle prend des risques pour couvrir la fuite de l'autre, blâmable en ce qu'elle en veut à son argent ou entrave le bonheur de sa femme.
Sur louable / blâmable :
Contrairement à ce que pensent déjà deux personnes, je ne pense pas qu'il y ait une dimension déontologique (normative) dans les termes "louable" et "blâmable" tels que les utilisent les participants aux expériences. En fait, je pense qu'ils l'utilise pour exprimer leur réaction négative / positive face à l'acte à juger. Le problème est qu'il n'y a pas d'autres termes en français pour énoncer cette attitude. On pourrait poser comme question "blâmez-vous tel acte ?", mais ça sonne bizarre. Personnellement, je pense qu'il y a un sens primaire de "X est blâmable" qui signifie "je blâme X".
Le problème est que, dès lors que vous blamez X, vous pensez que vous avez (au moins un petit peu) raison de le faire. Du coup, vous pensez aussi qu'il est blâmable de ne pas blâmer X... et donc qu'il faut blâmer X. Si l'on veut distinguer deux sens de "X est blâmable" ("je blâme X") et ("il faut blâmer X"), il est difficile de trouver un contexte où l'on utilise un sens sans l'autre.
En tout cas, j'ai vraiment l'impression que la plupart des participants répondent à la question en exprimant leur réaction face à l'acte.
Ciao,
Sur le contre-exemple à Chisholm: il repose peut-être sur la description de l'acte.
Bien sûr cette usage de "bien" ne colle pas avec un conséquentialisme brut, mais il semble assez naturel.
Un autre trait perturbant de l'exemple (ou le même, vu d'une autre façon), est que le sujet n'en en gros pas d'autre choix, du point de vue prudentiel, que de donner les $. Cela serait clairement surérogatoire si sa femme lui disait:
(Et le personnage n'est pas absolument horrifié d'aller à la pêche, mais décide de donner de l'argent à une association, puisque c'est une occasion de le faire pour une fois.)
As-tu essayé: "Trouvez-vous que X a bien agi?"
Intéressante suggestion. J'y penserai à l'avenir. Sinon, pour un "follow-up" autodestructeur, j'ai une idée de scénario où un agent serait blâmable sans aller contre son devoir (c'est allègrement inspiré d'un scénario de van Inwagen) :
John (toujours lui, pour ceux qui ont suivi le post sur la Liberté) se promène le long d'une route. Soudain, il voir qu'un motard s'est écrasé au bord de la route. Le motard pisse le sang et mourra si l'on n'appelle pas d'ambulance tout de suite. Le motard n'a pas de téléphone. Il n'y a pas de téléphone à proximité (c'est la rase campagne). John, lui, a un téléphone. Mais il décide de ne pas appeler d'ambulance pour ne pas entamer son forfait (John est radin). Cependant, ce qu'ignore John, c'est qu'en fait il n'y a pas de réseau, et qu'il n'aurait pas pu appeler de toute façon.
Réaction 1 : John est un connard ! Il mérite d'être blâmé (selon moi) pour avoir refusé d'appeler une ambulance. Mais John a-t-il failli à son devoir ? Non, parce qu'il ne pouvait rien faire de constructif.
Qui est convaincu que cet exemple est susceptible de réfuter mes propositions d'équivalence ?
J'ai retrouvé: on appelle les modaux comme "ought" et "should". En français on utiliserait le conditionnel: tu devrais prendre ce verre, il faudrait nettoyer la table, etc. On peut soutenir l'idée qu'il expriment la catégorie du surérogatoire (je devrais sauver mes camarades, mais je ne suis pas obligé de le faire).
Or en linguistique on utilise le même domaine de possibilités pour les analyser que les possibilités déontiques; c'est juste la quantification sur celles-ci qui est non standard (ni "toutes" ni "quelque" ni "aucune" ni même "la plupart" je crois. Cela suggère peut-être une voie non-réductive pour faire la place à la catégorie du surérogatoire; ou vu autrement, cela coupe l'argument basé sur le surérogatoire pour voir de l'axiologique dans le déontique.
Bref voir peut-être ce papier: von Fintel et Iatridou "How to say Ought in Foreign", 2006.
Mon intuition: John aurait dû essayer d'appeler! Donc il n'a pas fait ce qu'il devait faire.
(En gros, ce qu'on doit faire est ce qu'on sait (ou devrait savoir!) ou est justifié à croire qu'il est bon de faire dans les circonstances...)
message 21: John est allé contre son devoir d'humanité. La circonstance - absence de réseau - est un événement contingent . Cela dit, on pourrait étudier la différence "d'assistance aux personnes en danger" dans certains états d'Amérique et en France: si je n'ai pas causé d'accident à un automobiliste, je pourrais très bien ne pas m'arrêter pour aider.. (c'est un exemple donné par Ruwen Ogien). Je retourne à mes cartons !
Merci Julien : grâce à toi, j'ai enfin compris pourquoi les participants avaient l'air de raconter n'importe quoi en répondant à des questions en terme de bien / mal.
Je reprend la distinction faite en 6 entre :
Rappel de mes observations : 1) le couple blâmable / louable amène principalement les gens à répondre en terme de NIVEAU 2 et 2) les réponses au couple bien / mal peuvent être décrites comme un bordel où NIVEAU 1 et NIVEAU 2 se mélangent.
Mais, en fait, comme tu le fais remarquer en 19, c'est normal : bien / mal peut être utilisé pour qualifier les deux niveaux selon la description de l'action que l'on choisit :
Du coup bien / mal me semble fondamentalement ambigu entre les deux niveaux. J'ai l'impression que l'ambiguïté disparaît en anglais parce qu'ils ont qqch comme :
Any thought ?
Si tu veux savoir quelle est la distinction entre good/bad et right/wrong, demande à google : http://www.platonicrelationship.com... !
Hé hé hé !
Il faudrait que je vérifie mais je crois bien que Chisholm et Sosa utilisent le couple bad / good plutôt que right / wrong.
Message 25: c'est gentil pour les participants ! Aussi prétentieux que JD !
Bon points (25-26): comment on traduit "is it right to eat animals?" en français? Certainement pas "Est-ce que c'est bon de manger des animaux?" ;)
pirate des mers (29), si je peux me permettre cette remarque prétentieuse: dire que les résultats sont un bordel dû à la confusion entre deux sens de "bon" n'implique PAS que QUELCONQUE participant fasse la confusion. Il suffit que certains participants le prennent CLAIREMENT en un sens 1, et d'autres CLAIREMENT en un sens 2. La confusion est dans la question, pas dans les réponses.
message 26: Cédric, tu ne peux pas penser par toi-même ? As-tu eu ton agreg dans une pochette-surprise ? Bien amicalement
Implicature : dire "les participants avaient l'air de dire n'importe quoi" plutôt "que les participants disent n'importent quoi" implique pragmatiquement que l'on ne veut justement pas dire que les participants disent n'importe quoi...
Avec toutes ces révélations, j'ai pas mal corrigé l'article, mais je me demande s'il vaut vraiment la peine d'être soumis... Dommage, je l'aimais bien !
Pour en revenir à tes questions, Julien :
Remarque 6 : En fait, toutes les combinaisons de réponses allant à l'encontre de mon hypothèse ont été prises en compte. Mais, étant données les contraintes de la revue, je ne pouvais pas plus détailler les réponses. Mais, ne t'inquiètes pas, l'hypothèse est testée de la façon dont tu l'indiques (je peux t'envoyer le tableau Excel complet si ça t'intéresse).
Remarque 2 : Les modaux "soft" sont effectivement une solution. Donc cela ruine mon "argument" selon lequel la surérogation montre "prima facie" que l'on a besoin et des catégories normatives et des catégories évaluatives. Mais bon ! Cela n'empêche qu'il puisse être légitime de se poser la question de la réduction. Merci pour les références "by the way".
Je répond à la suite plus tard. Là, je remplis un joli tableau Excel dont tu me diras des nouvelles :-)
Bonjour,
Indépendamment du problème passionnant (et l'article est éclairant) je trouve qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans la formulation des exemples : loin de permettre une discussion "transparente" le choix même de la formulation des exemples argumente de façon implicite (et sémantique) pour une certaine thèse.
De sorte que la question posée est parfaitement rhétorique : la réponse est inscrite linguistiquement dans la question.
Je reprends la séquence suivante : << Imaginons que j’ai emprunté un livre rare à un ami.
Il est certain qu’il est mal de ne pas lui rendre. Mais est-il vraiment bon de lui rendre ? >>
Il est certain qu'il ne suffit pas de s’abstenir de faire quelque chose de mal pour faire quelque chose de bien.
Mais la conséquence appliquée à l'exemple est étrange : car si on demande à un enfant « celui qui rend le livre rare qu’on lui avait prêté fait-il quelque chose de bien ou de mal ? » il est évident que l’enfant répondra qu’il fait quelque chose de bien.
C'est une intuition morale extrêmement banale mais qui est l'indice d'une insuffisance (et peut-être d'un certain mode d’analyse de la langage qui oublie la langue).
Analysons d'un peu plus près l'énoncé : << j’ai emprunté un livre rare à un ami. Il est certain qu’il est mal de ne pas lui rendre. Mais est-il vraiment bon de lui rendre ? >>.
1° Le « Mais » et le « vraiment » sont des connecteurs « argumentatifs » purement linguistiques ( cf. Oswald Ducrot et Jean-Claude Anscombre).
Ils ont uniquement pour fonction d’orienter vers une réponse négative et l’acceptation implicite d’une certaine théorie morale sur le bien ou plutôt sur le bon. C'est le deuxième point.
2° La formulation "il est certain qu’il est mal de ne pas lui rendre. Mais est-il vraiment bon de lui rendre ?" établit apparemment une symétrie entre deux propositions possibles "c'est mal de..." et "c'est bon de ...".
Sauf que chacun voit bien que ce n'est pas "bon" mais "bien" qui répond à "mal".
Substitution fallacieuse.
En effet, personne ne dirait quelque chose comme "Il est certain qu’il est MAUVAIS de ne pas lui rendre. Mais est-il vraiment BON de lui rendre ?"
Ergo
Si on se débarrasse l'exemple des artifices linguistiques destinés à faire admettre dès la formulation de la question le type de réponse qu'on espère avoir, alors , la reformulation de l'exemple est la suivante : « J’ai emprunté un livre rare à un ami. Est-il bien de le lui rendre ? ».
Et la question change de sens (la théorie morale implicite aussi). Et on devine tout aussi aisément la réponse spontanée : "ben oui !" ... non ?
Je trouve, de façon plus générale, qu'il y a de temps en temps dans ces discussions analytiques que je découvre (tardivement !) et apprécie un manque d'attention à la signification ordinaire des termes, expressions et phrases utilisées, défaut qui nuit à l'argumentation.
Cordialement
Serge
pirate des mers 32 qui donne le coup en-dessous de la ceinture suivant:
est la même pirate qui postait le commentaire 6:
Franchement...
Serge :
Et bien... Vous avez entièrement raison. Je me suis laissé emporté par le côté rhétorique de l'article et j'ai fait qqch que l'on n'aurait jamais admis dans un questionnaire de psychologie (d'ailleurs, les scénarios du questionnaire sont plus neutres, non ?)
Effectivement, dans ce cas je dirai qu'il est bien de lui rendre son livre. Mais cela rejoint peut-être l'ambiguïté du couple bien / mal (cf. commentaire 25) : on peut faire varier les niveaux en "bidouillant" linguistiquement la question?
Serge 35: bonne remarque. (Il est important de noter toutefois que le passage que tu discutes fait partie de la discussion philosophique, pas des questions posées aux sujets.) Mais un peu excessive, à mon avis il est des cas dans lesquels ils est parfaitement légitime d'utiliser des "artifices" légitimes pour justement bloquer ce qu'on pense être du "bruit" pragmatique. En clair: c'est ce que je me trouve obligé de faire lorsque j'argumente que la croyance vraie ne suffit pas pour la connaissance (un point vraiment basique). Si vous dites:
Le fait que la croyance de Pierre soit vraie est tellement saillant que cela "saute" à l'esprit et pousse à la réponse oui. On ne peut pas ne pas en parler, pour ainsi dire. La seule solution est de le reconnaître d'abord puis de poser la question voulue:
(Bien sûr comme cela ça fait bizarre. Mais la question vient après un scénario: Pierre est un enfant de 5 ans qui a entendu dire qu'à Londres il pleut tout le temps. Il prend l'expression au pied de la lettre et croit qu'il peut littéralement en permanence à Londres. Il croit donc que maintenant il pleut à Londres. Supposez qu'en fait cela soit le cas. Et on passe à la question.)
De même ce que je retiens de ton commentaire c'est que Florian pose une question rhétorique où la balance est déjà penchée pour le "non". Mais je pense que cela serait parfaitement ok pour Florian d'affirmer directement son intuition, plutôt que d'essayer de la faire "avaler" en douce par une question rhétorique:
En continuant peut-être:
Je ne vois pas ce qu'il y aurait de "tricherie" ou d'artifice dans cette façon de faire son point. Cela clarifierait le fait qu'il fait une affirmation, non une question. (Et c'est pour cela que pour ma part je bannis absolument les questions rhétoriques de mes textes!)
Alternativement, plutôt que l'ambiguïté sur bien/mal, on pourrait soutenir:
(Voir mon com 15 ci-dessus)
C'est qu'on appelle "faire des plaisanteries" JD; Plutôt que le commentaire 15, voir le livre de J. Janiaud "la morale au-delà du devoir, les actes surérogatoires" (prix Bruyère) !
Dutant 38
"dans Pierre croit qu'il pleut. Et de fait, il pleut. Pierre ne se trompe donc pas, mais est-ce qu'il sait vraiment qu'il pleut?"
Effectivement dans le contexte de la discussion philosophique "croit que p / sait que p" (ou la réflexion sur les catégories morales) ; le "vraiment" n'a pas le même sens (c'est d'ailleurs intéressant) , il oriente sur la question elle-même. Il faut sûrement relire l'exemple en ce sens. Je suis d'accord ; des formulations moins "rhétoriques" ou plus directes sont possibles.
Laurence :
Z'êtes pas fatiguée ? Pitié, laissez les pauvres médiocres que nous sommes en paix, ne perdez plus de temps et allez apporter au monde la lumière de votre génie bafoué, plutôt que de gaspiller votre précieuse salive à nous parler à nous, misérables vermisseaux.
C'est de vous ça ? Pas de plagiat cette fois ! Je change de vie; suis en plein déménagement !
C'est quoi cette histoire de plagiat ? Qu'avez-vous encore inventé ?
(Sûrement une (40). Mais pourquoi les commentaires de Laurence ont-ils toujours la structure [Pointe] + [Il faut que j'y aille!] ???)
Les déménageurs sont en retard; donc pour passer le temps, je vais sur "philotropes" !
Florian, pour revenir à l'article: ce serait dommage que tu le jettes parce qu'il y a ce point intéressant sur:
Est-ce que tu peux revenir là-dessus: quelle est le pattern de réponse qu'on attendrait et qui n'est PAS observé, et quel(s) pattern(s) on observe à la place?
Saluts (désolé d'avoir tardé à réagir Florian, j'ai une thèse très possessive en ce moment + on se tutoie ?)
Je reviens sur le risque de circularité de l'analyse des déontiques en termes de blamabilité (en particulier sur le commentaire 14 de Julien et ton commentaire 18). On est d'accord pour dire que le sens de blâmable qui t'intéresse n'est pas seulement "qu'il est possible de blâmer". Julien et moi avons suggéré que cela impliquait que le seul seul possible de blâmer était : "qu'il est obligatoire de blâmer", ce qui impliquerait la circularité de ton analyse. A strictement parlé nous avons tort je crois (excuse-moi Julien de t'embarquer là dedans, c'est plus facile d'avoir tort à deux), pour deux raisons.
(1) tout ce dont tu as besoin est de dire que louable signifie "qu'il est correct de louer". Mais ça n'implique pas de concevoir la correction en termes d'obligation. Si l'on comprend "correct" comme un terme générique incluant tout les prédicats normatifs positifs (obligatoire, vertueux, bon, justifié, raisonnable...) il te suffit de dire que louable = qu'il serait correct de louer à l'exclusion de l'interprétation déontique de correct. Ca te laisse beaucoup de possibilités, par exemple : "qu'il serait bon de louer", "qu'il serait vertueux de louer", "qu'on serait justifié à louer", etc. Je crois que tu adopte une version de cette seconde stratégie en suggérer que blâmable = "qu'on aurait raison de louer" (note cependant que "raison" demeure un terme normatif et qu'il reste un risque que les raisons soient analysées en termes de devoirs). Bref, il n'est pas le cas que parce que louable n'est pas un prédicat naturel il est nécessairement un prédicat déontique.
(2) Même si c'était le cas, si louable voulait dire "qui devrait être loué", tu pourrais adopter la stratégie en deux temps suivante en réponse à l'objection de circularité :
(i) souligner pour commencer que tu as tout de même déjà réduit un devoir-faire à un devoir-être d'une façon non triviale (la réduction de Meinong-Chisholm des devoirs-faire aux devoirs-être dit : x doit F-er <-> Il devrait être le cas que x F-e, mais ta réduction dit : x doit F-er <-> Il devrait être le cas que le fait que x ne F-e pas soit blâmé" : autrement dit, ton devoir-être ne porte pas sur l'action obligatoire mais sur une autre action/attitude –le blâme– qui prend cette action pour objet).
(ii) tu pourrais soutenir ensuite que les devoirs-êtres sont équivalent aux valeurs (ce qui est admis), et s'y réduisent (ce qui est un peu plus controversé peut-être, mais plausible). Autrement dit, tu pourrais réduire "Il devrait être le cas que x soit blamé" à "il est bon que x soit blamé" (je réalise maintenant que cela aboutit à ce que je te suggérais dans le point (1) ).
Bref, j'ai l'impression que tu peux te sortir du risque de circularité. Une difficulté peut-être plus importante pour tes réductions est qu'elles conduisent à inverser l'ordre naturel de l'explication. Si un automobiliste grille un feu rouge, il semble naturel de dire qu'il est blâmable parce qu'il commis un acte interdit. Mais tu dois dire qu'il a commis un acte interdit parce qu'il est blamable, non?
Merci, Olivier : ça m'arrive rarement d'avoir (presque) raison - ça fait toujours plaisir.
Sur le dernier paragraphe : je me suis fait à moi-même cette objection, et j'y ai en partie répondu au commentaire 4. Mais pour ren revenir à ton exemple de l'automobiliste, il me semble qu'il a l'air de marcher parce qu'il "conflate" (je n'ai pas d'équivalent en français) deux types différents d'interdiction.
Il y a (i) l'interdiction morale et (ii) l'interdiction légale. Il me semble que quand l'on dit : c'est blâmable de griller le feu rouge parce que c'est interdit, on utilise interdit dans le sens (ii), le raisonnement implicite étant le suivant :
Et, en effet, on peut résumer ce raisonnement en disant : "c'est blâmable PARCE QUE c'est interdit" - mais comme ma tentative de réduction porte sur l'interdiction morale, ce n'est pas un problème.
En passant, je ne suis pas d'accord pour dire que "correct" est un terme d'évaluation super-général qui couvre "bon" "vertueux" etc. (vs Olivier 48).
Bref j'ai du mal à appliquer "correct" à autre chose qu'à des actions / des choses qu'on peut concevoir commes des actions (e.g. "actes" mentaux).