Mort de Claude Lévi-Strauss
Par Florian Cova le mardi 3 novembre 2009, 17:47 - Anthropologie - Lien permanent
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Par Florian Cova le mardi 3 novembre 2009, 17:47 - Anthropologie - Lien permanent
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Commentaires
La revue Sciences Humaines a du coup mis en ligne gratuitement son dossier de nov.-déc. 2008 sur Claude Lévi-Strauss.
Apparemment les vidéos sur le billet que j'avais fait sur Philotropes ne fonctionnent plus... En attendant qu'elles soient à nouveau disponible, je me permets de mettre le lien vers Inquiries, puisqu'on peut y voir ces vidéos : http://mikolka-inquiries.blogspot.c... .
Personnellement, je n'ai aucun problème avec les vidéos.
Je ne comprends pas tout ce fuss autour de Levi Stauss.
Quand on lit les comptes rendus des journaux, on retient qu'il fut un héros de la lepensée française parce qu'il inventa le structuralisme, et un heros de l'anthropologie parce qu'il adopta un point de vue sur les peuples lointains en célébrant leurs différences. On nous dit aussi qu'il se plaignait dans ses dernières années de l'uniformisation du monde. Mais le structuralisme , s'il est peut être une méthode, est difficilement une philosophie. Personne n' en tous cas jamais réussi à l'articuler de manière non triviale ou absurde, et la tentative la plus intéressante , celle de Deleuze dans un texte de 1967, est un kidnapping conceptuel dans lequel aucun structuraliste en linguistique ou en anthropologie, même en psychanalyse, ne s'est reconnu. En ethnologie on ne voit souvent pas les différences avec le fonctionnalisme. Sauf erreur Julien Dutant a cité ici même jadis un article récent du TLS qui soulevait les mêmes interrogations sur l'effet gourou qui affecte LS.
http://entertainment.timesonline.co...
Les énoncés de Levi Strauss que l'on prise sont empreints du plus parfait relativisme d'undergraduate, et ils contredisent des énoncés qu'il fit par ailleurs sur l'unité de l'esprit humain, en même temps qu'ils s'opposent à tout ce que la psychologie contemporaine peut nous apprendre sur l'universalité des processus mentaux humains. Alors relativiste ou universaliste ? on sait pas. Levi Strauss critique l'exotisme de l'anthropologie dans tristes tropiques, mais tous les articles font appel à ce voyage au Brésil où il ne voyagea en fait guère. Donc côté théorique, rien de bien bouleversant et même plutôt des contradictions.
Je soupçonne que le culte de LS tient au fait qu'on est nostalgique des années 60, des yé yé et des vespas et des pulls marins, des Lucky Strike et de Françoise Sagan.
Il est vrai qu'à cette époque c'était les trente glorieuses, que la pensée française avait encore ses grandes gloires, et qu'un étudiant de philo de l'époque pouvait encore s'engager dans cette discipline parce qu'il avait le modèle de Levi Strauss, Sartre, Aron. Avec les post structuralistes, cela s'est étiolé d'un cran, et aujourd'hui en fait de gloires on a Onfray, Ferry, Enthoven etc. C'est sans doute ce contraste que ressentent ceux qui célèbrent LS. alors si les géants de l'île de Pâques disparaissent, on ne pleurera pas trop. la philosophie n'a pas besoin de statues.
Sur le culte de CLS
Je trouve également assez énervant le culte médiatique soudain qui entoure la disparition de tel ou tel intellectuel de renom, en l'espèce un anthropologue.
Mais il faudrait faire la part des choses. CLS n'est tout de même pas responsable des cultes imbéciles d'une époque dont les magazines célèbrent à grand bruit les prétendus "événements", càd ici la mort de CLS et non ses travaux qui n'ont visiblement pas été lus par ses thuriféraires d'un jour.
Dire que "le structuralisme , s'il est peut être une méthode, est difficilement une philosophie", c'est enfoncer une porte ouverte. Et c'est une manie bien française que de chercher chez CLS une "philosophie" lui qui n'a jamais cherché à en construire une, pour les très bonnes et très excellentes raisons qu'il rappelle dans Tristes Topiques.
Il faut relire le début chapitre VI "comment on devient ethnographe". CLS y expose clairement les défauts de ce qu'on appelle (ici) la "philosophie continentale"... et cela avant même les avatars du postmodernisme. Il dénonce ces exercices académiques (au fondement de l'agrégation de philosophie) et qui deviennent vite "verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matièrede ces coups de théâtre spéculatifs à l'ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques." J'ai passé l'agrégation de philo exactement 60 ans plus tard que CLS. Rien n'avait changé dans la manière de faire (y compris à Paris IV dans les années 80 où officiaient les champions de la crêpe philosophique ).
CLS avait au moins ce mérite : le souci de l'enquête, de la clarté et de la précision, des faits et de de l'argumentation.
C'est pourquoi il est bien vrai d'affirmer que " la philosophie n'a pas besoin de statues" tout comme CLS (qui s'est toujours tenu en marge de starisation ) n'avait pas tort d'affirmer qu'il n'avait pas besoin, lui, de la philosophie.
Je ne crois pas davantage qu'on puisse dire "Les énoncés de Levi Strauss que l'on prise sont empreints du plus parfait relativisme d'undergraduate" - quels énoncés ? Ce qui frappe chez CLS, c'est au contraire cette tentative de saisir par-delà la multiplicité et la diversité des pratiques sociales et culturelles des invariants anthropologiques (structures de la parenté, des mythes, etc.)
C'est pourquoi ajouter que ces prétendus énoncés relativistes "contredisent des énoncés qu'il fit par ailleurs sur l'unité de l'esprit humain, en même temps qu'ils s'opposent à tout ce que la psychologie contemporaine peut nous apprendre sur l'universalité des processus mentaux humains", c'est d'une part, continuer sur le contresens et d'autre part, lui reprocher d'être né en 1908, et concernant un point sur lequel il serait au contraire en parfait accord....
car ... CLS partage l'horizon naturaliste des sciences cognitives. Il écrivait déjà dans l'Anthropologie structurale (1958) : « Peut-être qu’un jour la connaissance du cerveau permettra de comprendre les produits de la culture. » (au grand scandale de nos philosophes de la conscience). Sauf qu'il faut se souvenir de ce que pouvait être la psychologie pendant les années de formation de CLS et ce qu'elle sera longtemps après... Alors lui reprocher d'ignorer les théories contemporaines de l'esprit, c'est un peu risible.
Voir sur tout ceci ce qu'en dit Descola (dans le numéro de Sciences Humaines signalé par Cédric) : "C. Lévi-Strauss a un programme que l’on peut qualifier de naturaliste, dans le sens donné par certaines branches des sciences cognitives. Selon lui, l’esprit humain n’a rien de transcendant, il fait partie du monde, il résulte de l’activité naturelle d’un organe naturel, le cerveau. Simplement, cette idée était pour lui un horizon et une conviction, car les moyens scientifiques pour démontrer ses intuitions n’existaient pas. En effet, la psychologie à laquelle il se réfère est celle de son époque, c’est-à-dire essentiellement celle de Jean Piaget : or ce sont les neurosciences qui vont s’attacher à valider expérimentalement cette hypothèse.
Bref, dire que CLS c'est du "pipo(-le)"... c'est franchement léger. Dans le contexte intellectuel (philosophique et scientifique) d'une époque qui ne voyait dans les croyances, rites et pratiques des sociétés "primitives" et/ou traditionnelles que des manifestations irrationnelles, témoignages obscures d'une humanité non encore acquise aux clartés et certitudes d'un certain positivisme scientiste (et républicain pour la France), CLS a eu, comme d'autres anthropologues, l'immense mérite d'élaborer des outils conceptuels permettant d'y voir autre chose qu'une sorte de sous-culture magique.
Bref, il faudrait mieux lire CLS plutôt que de le juger à partir de ses propres irritations (ou de sa détestation de la philosophie "française" ... ce qui s'agissant de CLS tombe vraiment mal !) ou à partir de représentations convenues sur une prétendues nostalgie des années 60 ; ce qui est un argument (pour expliquer le culte de CLS) qui est à peu près du même type (et a la même valeur) que celui qu'utilisent ceux qui entendent expliquer tous les malheurs de la société française par un "c'est la faute à mai 68".
Cordialement
Serge
Précision, il est mort dimanche 1er, c'est juste l'annonce qui est décalé pour respecter les proches.
Je ne crois pas davantage qu'on puisse dire "Les énoncés de Levi Strauss que l'on prise sont empreints du plus parfait relativisme d'undergraduate" - quels énoncés ?
- Je n''ai fait que répéter quelque chose que beaucoup ont constaté
exemples ( parmi tant d'autres)
http://mobile.lemonde.fr/carnet/art...
http://cat.inist.fr/?aModele=affich...
http://www.mapageweb.umontreal.ca/l...
« Peut-être qu’un jour la connaissance du cerveau permettra de comprendre les produits de la culture. » (au grand scandale de nos philosophes de la conscience). Sauf qu'il faut se souvenir de ce que pouvait être la psychologie pendant les années de formation de CLS et ce qu'elle sera longtemps après... Alors lui reprocher d'ignorer les théories contemporaines de l'esprit, c'est un peu risible.
- Il ne s'agit pas de le lui reprocher. Mais force est de reconnaître qu'il y a une ambiguïté entre une forme de naturalisme qui transparait dans certaines déclarations et un culturalisme bien ancré aussi.
Bref, dire que CLS c'est du "pipo(-le)"... c'est franchement léger.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, j'ai dit que le culte de LS , et de LS comme grand penseur et grand philosophe, alors que sa "philosophie " est peu travaillée ( et à dessein, il n'entendait pas être philosophe) peut s'expliquer par le constat du côté rikiki maousse pas costaud de nos penseurs. Mais en effet on se trompe d'adresse. Mieux vaudrait relire des grands anthropologues du passé , aussi "datés" soient ils, comme Levy-Bruhl, qui lui assumait ses thèses philosophiques.
"Mieux vaudrait relire des grands anthropologues du passé , aussi "datés" soient ils, comme Levy-Bruhl, qui lui assumait ses thèses philosophiques."
Lévy-Bruhl était un penseur tout à fait estimable effectivement. Il assumait de réviser ses idées préconcues :
"Un examen plus serré m'a donc conduit à une interprétation meilleure des faits recueillis dans les documents de l'Afrique Occidentale Française. Je me suis plus préoccupé de vérifier l'idée préconçue d'une différence au point de vue logique entre l'attitude mentale des indigènes, en certaines circonstances, et la nôtre. En ce qui concerne le caractère « prélogique » de la mentalité primitive j'avais déjà mis beaucoup d'eau dans mon vin depuis vingt-cinq ans; les résultats auxquels je viens de parvenir touchant ces faits rendent cette évolution définitive, en me faisant abandonner une hypothèse mal fondée, en tout cas, dans les cas de ce genre."
Lévy-Bruhl
@ Steph
Pourriez-vous nous donner la référence de cette intéressante citation de Lévy-Bruhl, merci?
Bien sûr.
http://classiques.uqac.ca/classique...
La citation est extraite du carnet III, "Abandon définitif du caractère prélogique"
Cet article pourrait aussi, je suppose, t'être utile : http://formes-symboliques.org/artic...
S. Laugier précise que Quine avait (bien) lu Lévy-Bruhl et n'oublie pas de rappeler que ce dernier avait abandonné la prélogicité.
On peut relever ce passage (on penserait presque que c'est écrit contre Ramon...) :
"Il est donc fourvoyant de voir l'usage par Quine du prélogique, à travers le prisme de la charité et des débats actuels, comme une arme dans le juste combat du rationalisme contre le relativisme (emblématisé alors par Lévy-Bruhl). D'abord parce que Quine ne parle quasiment jamais de rationalité ; ensuite, parce qu'il connaît la complexité des positions de Lévy-Bruhl, comme le montrent ses références très précises à l'auteur. Word and Object renvoie aux Carnets, p. 130 sq., en signalant l'abandon de la prélogicité par Lévy-Bruhl. Dans les Carnets, Lévy-Bruhl revient sur le caractère prélogique, qu'il nomme une "hypothèse mal fondée" avec des arguments qui annoncent ceux de Quine."
Deux réponses sur l'argument Lévy-Bruhl et sur l'argument du relativisme.
"Mieux vaudrait relire des grands anthropologues du passé , aussi "datés" soient ils, comme Levy-Bruhl, qui lui assumait ses thèses philosophiques."
1° Est-ce une maladie grave que de se refuser à faire de la philosophie lorsqu'on se veut ethnologue ?
2° Que veut-on dire par "lui assumait ses thèses philosophiques" ? Encore une fois, on peut distinguer les recherches ethnographiques et les thèses philosophiques qu'un ethnologue en chambre comme Lévy-Bruhl a échafaudé du fond de son salon, non ?
3° Si c'est pour constater : "il assumait de réviser ses idées préconçues" ... le beau texte donné en illustration montre effectivement que Lévy-Bruhl était un homme honnête qui n'hésitait pas à modifier ses "idées préconçue". Mais enfin cela prouve-t-il que ses travaux soient d'une plus grande valeur ou d'un plus grand intérêt que ceux de Lévi-Strauss qui n'avait pas lui ce genre de préjugé à l'égard des primitifs (cela aurait été mieux, il aurait pu après rectifier et en être glorifié) ?
Il est vrai que dans ses Carnets (posthumes) Lévy-Bruhl a modifié (ou songé à modifier) ses thèses. C'était un homme honnête, oui. Mais sa contribution théorique à l'anthropologie est entièrement fondée sur ses premiers travaux... qu'il n'aura pas le temps de modifier.
Alors pourquoi lire Lévy-Bruhl ? J'ai lu Lévy-Bruhl et je dois dire qu'il en ressortait une vision extrêmement étrange des peuples à la mentalité "prélogique" . Au pied de la lettre, c'était stupide (je dis bien au pied de la lettre). Et c'est pourquoi la plupart des anthropologues de son temps (et quasiment tous les anglosaxons) lui sont tombés dessus... tous sauf E.E. Evans-Pritchard qui dans son livre "Des théories sur la religion des primitifs" consacre un chapitre entier à Lévy-Bruhl en lui rendant justice (contre une lecture à la lettre justement) , même s'il critique ensuite les thèses de L.B..
Sur la question du relativisme de CLS (et d'abord de quoi parle-t-on ?)
1° Vous conviendrez que répondre " Je n''ai fait que répéter quelque chose que beaucoup ont constaté" n'est pas vraiment un bon argument.
Les sources que vous donnez en référence n'autorisent pas une telle conclusion et certaines sont un exemple parfait du manque de rigueur intellectuelle (ou si l'on veut de confusion conceptuelle... et donc de faux problèmes liés à un usage confus du langage ).
Je reprends dans l'ordre ces sources :
1° http://mobile.lemonde.fr/carnet/art...
L'auteur de cet article dit avoir été frappé par le relativisme de CLS sans jamais expliquer ce qu'il entend par là. C'est un exemple assez caractéristique de l'incompréhension de la différence entre une anthropologie philosophique de la culture et une anthropologie scientifique, entre ce qu'on appelle "relativisme" dans un cadre ethnologique et les formes philosophiques (épistémiques, morales et politiques) du relativisme. Ce qui est étonnant pour un spécialiste de "géographie humaine".
a) Au sens philosophique ou anthropologique général, la culture comme processus de formation de l’être humain (humanisation si on veut) a une dimension inévitablement universaliste et normative.
b) Le sens ethnologique (ou en anthropologie scientifique), le concept de culture est descriptif (et non pas normatif), particulariste et forcément relatif (il n'y a pas de sens à parler de LA culture : l'ethnologie par définition ne peut qu'étudier DES cultures, et des sociétés).
Lisons donc les ethnologues, effectivement. Edward Sapir dans un bel article de 1924 (Cultures authentiques et cultures inauthentiques publié pour la première fois dans Journal of Sociology et qu'on retrouve dans le tome II du recueil "Anthropologie" ) distingue trois sens du terme (le 3ème est peu intéressant puisqu'il renvoie à la notion fumeuse comme le souligne Sapir d'esprit d'un peuple et autre Volkgeist). Les deux premiers sens ont une pertinence A CONDITION DE NE PAS LES CONFONDRE : le terme culture dit Sapir est d'abord "employé dans un sens technique par les ethnologues ou par les historiens des cultures, pour rassembler tous les éléments de la vie humaine qui sont transmis par la société, qu'ils soient matériels ou spirituels. Dans cette acception, la culture est co-extensive à l'homme lui-même, car il n'est pas jusqu'à la vie des sauvages les plus primitifs qui ne s'inscrive dans un univers social, caractérise par un réseau complexe d'usages, d'habitudes et d'attitudes conservés par la tradition." D'où évidemment un universalisme (la culture est co-extensive à l'homme) et un relativisme : "Les techniques de chasse du Bushman sud-africain, la croyance de l’Indien nord-américain dans la sorcellerie, la tragédie grecque de l’Athénien sous Périclès, la dynamo électrique de l’industrie moderne, sont tous sans distinction des éléments de culture à part entière…De ce point de vue, tous les êtres humains, ou du moins tous les groupes humains, ont une culture, bien que leurs différences puissent être considérables et leurs degrés de complexité très inégaux. Pour l’ethnologue, il existe de nombreux types de cultures et une variété infinie d’éléments de culture, sans qu’il leur associe jamais aucun jugement de valeur. (…)"
Sapir distingue cela de "la seconde acception du mot" "qui est plus largement répandue". "Elle désigne un idéal assez académique de raffinement individuel, élaboré à partir d’un petit nombre de connaissances et d’expériences assimilées, mais fait surtout d’un ensemble de réactions particulières sanctionnées par une classe et une longue tradition. (…)". Évidemment ce sens autorise des jugements de valeurs mais on sort alors de l'ethnologie. C'est pourquoi, en bon ethnologue, Michel Leiris dit que « loin d’être limité par ce qu’on entend dans la conversation courante quand on dit d’une personne qu’elle est ou qu’elle n’est guère « cultivée » …, loin de s’identifier à cette culture de prestige qui n’est que l’efflorescence d’un vaste ensemble par lequel elle est conditionnée et dont elle n’est que l’expression fragmentaire, la culture doit être conçue comme comprenant en vérité tout cet ensemble plus ou moins cohérent d’idées, de mécanismes, d’institutions et d’objets qui orientent, explicitement ou implicitement, la conduite des membres d’un groupe donné » . (Cinq études d’ethnologie, Gonthier, 1969)
Bref, tout cela est très banal : au sens sens ethnologique ou sociologique (descriptif), toutes les productions humaines sont culturelles sans hiérarchie ni jugement de valeur. De même si votre coutume est de faire des sacrifices humains pour X raisons, par exemple parce que vous êtes aztèque, ce qu'on demande à l'ethnologue c'est non pas de formuler des jugements de valeur mais bien de rapporter l'ensemble des éléments cultures (croyances, représentations collectives, institutions, productions, etC...) à partir desquels , il sera possible de mieux comprendre certains rites très étrange et très choquant (c'est précisément cela que semble NE PAS COMPRENDRE l'auteur de l'article que vous citez en référence qui pour illustrer "le relativisme" donne comme exemple l'anthropophagie, càd "des pratiques que nous réprouvons totalement dans notre système de valeur" !!!
Comme si CLS se proposait de démontrer que les deux se valent. Ce n'est tout simplement pas une question d'ethnologie (ni même scientifique).
Ce qui est vrai, c'est qu'on a voulu enrôler les travaux de CLS (mais cela aurait pu arriver à d'autres ethnologues) pour les combats politiques et moraux de l'antiracisme (suite à sa conférence Race et Histoire à l'UNESCO qui a été si mal reçus et comprise). Et, il est vrai de façon plus générale que le relativisme ethnologique ou sociologique, on permis de mettre en évidence les formes souvent inaperçues et politiquement dangereuses de l'ethnocentrisme).
Mais justement on passait alors d'une thèse purement descriptive (un relativisme ethnologique : les cultures) à une position morale et politique : le relativisme culturel comme affirmation de la valeur en soi de la diversité culturelle, voire de toute différence culturelle qui mériterait le respect du seul fait d'exister comme différence).
2° La référence : http://cat.inist.fr/?aModele=affich...
Pas de quoi fouetter un chat !!! Entre l'universalisme et le relativisme... eh bien oui ! Qu'il s'agisse de l'universalisme du fait de la culture (et dont les "structures" expriment les invariants) et le relativisme des formes concrètes de la culture (l'agencement original que chaque culture, selon CLS, fait de ces divers éléments).
3°Dans la troisième référence ( http://www.mapageweb.umontreal.ca/l...) l'auteur mélange en permanence les deux niveaux. L'article assez mauvais (je passe sur le charabia, problème de traduction ?) parle de tout et de rien. Sa thèse (finale) qui se veut originale par rapport à CLS est vraiment faible : "Le racisme émerge de l'incompréhension non des attributs culturels d'une civilisation, mais plutôt de la nécessité de trouver de points de repères fixes dans un système qui semble voué à les faire disparaître." On prend pour fait acquis que la mondialisation aurait supprimé les frontières culturelles engendrant par retour une volonté de retrouver des "repères" etc... J'y vois une vision très typique de ces élites planétaires qui outre leur ethno et socio-centrisme, raisonnent comme des oracles plutôt que comme des scientifiques soucieux d'un minimum d'étayage empirique de leur thèse.
Rien à redire à votre bonne intervention Serge. Une précision cependant. Je réagissais à l'expression "assumer ses idées philosophiques" que je trouve désagréable dans le contexte où elle est employée, et je voulais, en citant les carnets de Lévy-Bruhl, souligner le peu de pertinence de l'expression en permettant de lire sous sa plume des mots comme "idées préconçues" mais aussi "hypothèse" ou "vérifier". Dans le passage cité, on saisit bien je crois, que ce que Lévy-Bruhl a eu essentiellement à assumer (si on veut absolument employer ce terme) ce n'est pas tant une idée préconçue (à justifier philosophiquement) qu'une hypothèse à vérifier empiriquement.
Tout à fait d'accord Steph... je retire mon ironie sur les idées préconçues de Lévi-Bruhl !