Philippe Schlenker chez Raphaël Enthoven
Par Florian Cova le mercredi 21 octobre 2009, 22:15 - Philosophie - Lien permanent
Disponible sur Internet : un entretien de Philippe Schlenker avec Raphaël Enthoven. Le choc de deux cultures.
L'émission est disponible ici. Les bonus (la suite de l'émission en fait) ici.
Une bonne tentative d'introduction à la linguistique contemporaine. Tentative seulement, hélas ! car Raphie tente désespérément de reprendre le dessus afin de briller aux dépens de son interlocuteur dans une émission où il est clairement dépassé, n'hésitant pas à couper son interlocuteur par des questions souvent hors de propos. (Pour ceux qui n'apprécient pas son style, il est néanmoins jouissif de le voir ainsi perdu. Certains passages dans les bonus sont à hurler.)
Commentaires
Merci ! L'introduction faite par Schlenker est vraiment très bonne. Dommage qu'il soit constamment interrompu par Enthoven.
Pour ceux qui ne parviendrait pas à la regarder sur le site d'Arte, la vidéo (sans les bonus malheureusement) est disponible sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xa... . Attention dans la première partie, il y a un décalage entre la parole et l'image.
Pour rire encore plus. Sur la vidéo 2 (DailyMotion), à 0:50, quand Enthoven déclare que le verbe "être" n'existe pas au présent en Russe, vous pouvez admirer le verbe "être" au présent en russe s'afficher à l'écran.......
On peut voir ça comme un match entre un (médiocre) continental (E. a entre autres des tics continentaux, d'où l'adjectif médiocre) et un (bon) analytique (en tout cas je n'ai pas repéré les tics... de S); le résultat ne fait pas de doute (S comprend tout ce que dit E, qui lui ne comprend pas tout ce que dit S. et peut-être par moments cherche consciemment à le masquer par des pseudo-réfutations). Mais connaissez-vous des matchs filmés où le continental est aussi bon(voire meilleur) dans son domaine que l'analytique ?
Ce serait intéressant. Dommage que le match Derrida / Searle n'ait pas été enregistré.
Un débat entre Foucault et Chomsky :
http://www.dailymotion.com/video/x7...
J'aime beaucoup aussi le moment où le mot "squeletiser" s'affiche à l'écran lorsque Enthoven dit que l'approche du langage par les tables de vérité ne rend pas compte de la "chair du langage".
Merci Steph pour cette vidéo. Effectivement, les deux interlocuteurs 1) semblent se comprendre et 2) sont de bonne qualité. Personnellement, sans trop connaître son oeuvre, j'ai toujours eu plus d'estime pour Foucault que pour Deleuze et Derrida réunis, ne serait-ce que parce qu'on comprend de quoi il parle.
Néanmoins, je suis assez étonné. Quand Chomsky a parlé de nature humaine, je m'attendais à ce que Foucault critique l'existence même de nature humaine (critique ontologique) - mais il m'a semblé qu'il ne critiquait finalement que la possibilité de la connaissance de cette nature humaine (critique épistémologique). Du coup, sa critique m'a paru plus faible, ouvrant ainsi la possibilité à Chomsky à répondre en termes de théorie de la décision.
Foucault / Chomsky, oui bien sûr mais ça date de 1971... Il ne se passe rien aujourd'hui de ce genre ? Chacun est dans son camp ?
Mikolka :
Voyons ! c'est ce "squeleTTiser" que ça s'écrit.
Je viens de finir de tout écouter.
J'ai trouvé qu'Enthoven essayait juste de rythmer un peu comme il pouvait. Il ne peut pas être spécialiste en tout, il n'y avait là pas le moindre débat, eût-il mieux fallu que Schlenker fasse son exposé tout seul jusqu'au bout ?
Par ailleurs, certains débuts d'idées d'Enthoven ne sont pas idiots, c'est juste qu'il n'a forcément pas le bagage scientifique nécessaire. Dans tout le cas, ce qui est présenté ici reste élémentaire.
1) Au niveau mathématique et logique, Schlenker, qui il est vrai n'a à faire là qu'au paradoxe ultra-simple du crétois, généralise sa solution à l'ensemble des situations délicates par une pirouette, un peu comme Russell et Wittgenstein faisant des erreurs de compréhensions élémentaires sur le théorème de Gödel.
2) Par rapport au dualisme, même si une majorité de travaux scientifiques ont tendance à aller dans le sens de Schlenker, on n'a guère aujourd'hui dépassé le stade des corrélations.
3) les notions de métaphores, analogies, correspondances, apprentissages, intuitions, sensations, sens et intuition ont été traitées très légèrement ou pas du tout.
En ce qui concerne l'intuition, même en maths l'on sait aujourd'hui que la logique n'est qu'une partie "faible" des maths.
En ce qui concerne les sens (au sens de sensations), dans les années 60 les chercheurs en intelligence artificielle pensaient que ce serait la partie logique qui poserait des problèmes, pas celle des sens. Ils ont vite déchanté. Je suis enseignant-chercheur et j'effectue mes recherches dans le domaine de la vision artficielle (où on n'en est pas au stade sémantique ou "phénomènes conscients"). Aujourd'hui la communauté en est toujours au BABA (après des décennies de recherches) et ne sait pas grand chose sur comment le cerveau nous "dit" ce qu'on voit (il occupe pour cela 70% de ses ressources). On est totalement incapable de faire un logiciel qui pourrait décrire le contenu d'une image (sauf applications et conditions très particulières) et on n'a pas la moindre idée de ce qu'il faudrait faire pour y arriver (ou plutôt on en a des centaines non satisfaisantes), alors je ne parle même pas de certaines questions équivalentes à celles soulevées ici.
Des fois, les philosophes feraient mieux de rentrer dans la technique scientifique même (même si c'est le travail d'une vie) pour éviter de se laisser embobiner/impressionner par des approches plus ou moins scientifiques.
La philosophie analytique serait-elle devenue si technique et si spécialisée qu 'une telle confrontation deviendrait difficilement envisageable ? Un Royaumont II aujourd'hui serait-il complètement utopique ?
Le problème n'est pas tant qu'Enthoven intervienne. Ce qui est gênant (dans cette émission comme dans beaucoup d'autres), c'est qu'on a l'impression qu'il ne le fait pas pour aider le spectateur à comprendre / mettre en doute tel ou tel point, mais pour briller et accumuler du "capital social". Les dernières minutes du bonus sont de mon point de vue complètement affligeantes : Enthoven, ayant entendu dire que Chomsky est "néo-cartésien" semble affirmer que le dualisme langage vécu / langage analysé est une survivance du dualisme cartésien. Schlenker lui dit gentiment qu'il n'en est rien et qu'en ce sens la linguistique n'est pas cartésienne, parce qu'elle ne nécessite pas le dualisme. Et paf ! pour éviter d'avoir tort, Enthoven va jusqu'à faire de Descartes le père de localisation cérébrale (), glissant ainsi vers la thèse selon laquelle la linguistique est cartésienne parce qu'elle cherche des corrélations cérébrales. Tout ceci est d'une grande incohérence, ne facilite nullement la compréhension pour le novice et montre une simple volonté "d'avoir raison" de son interlocuteur (my interpretation, bien sûr). Bref, c'est somme toute un peu affligeant.
(Et je répète : je ne défend pas un analytique contre un continental, parce que je trouve qu'Enthoven procède régulièrement de cette façon)
Ce qui est frappant dans ce type d'émissions, c'est qu'on place pour des raisons d'audimat et de starification des journalistes la personne interrogée dans un contexte agité qui ne favorise pas le développement de la pensée (traverser la rue, changer tout le temps d'endroit, être sans cesse interrompu etc). On n'est pas revenu aux péripatéticiens (le mouvement du corps accompagne le mouvement de l'esprit), on est juste dans le cadre de productions journalistiques qui à force de vouloir éviter le zapping crée volontairement des cadres censés gardés l'attention du spectateur alors qu'ils sabotent les conditions de qqch d'approfondi ( pour ces raisons Bourdieu ne voulait pas passer à la télé). A l'époque du débat Chomsky / Foucault, il allait encore de soi que pour réfléchir il fallait être au calme, ce que Descartes dit nettement au début de Méditation I. Cette remarque vaut aussi au niveau de l'enseignement de la philo - au moins dans le secondaire - qui doit s'ingénier sans perdre son âme à concurrencer toutes ces émissions light captrices d'attention: le prof de philo ne doit être ni un clown, ni un animateur, ni un reporter mais, la sensibilité lycéenne étant formée par la culture du clip et du zapping, il est délicat, mais pas impossible certes, de trouver la ligne de crête entre un conservatisme des postures professorales et un suivisme honteux des stars médiatiques...Comment redonner de la valeur à un certain type de lenteur ?
Remarquez combien de fois Enthoven répète: "suivez-moi !"
@ Florian Cova
"Pour rire encore plus. Sur la vidéo 2 (DailyMotion), à 0:50, quand Enthoven déclare que le verbe "être" n'existe pas au présent en Russe, vous pouvez admirer le verbe "être" au présent en russe s'afficher à l'écran......."
Pour une fois Enthoven a raison, le présent du verbe "être" n'existe pas en russe. Le mot qui s'affiche est l'infinitif du verbe "être" (en alphabet latin : byt').
En rapport avec 13, ce texte de Nietzsche:
" Dignité perdue. La méditation a perdu toute sa dignité de forme, on a tourné en ridicule le cérémonial et l'attitude solennelle de celui qui réfléchit et l'on ne tolérerait plus un homme sage du vieux style. Nous pensons trop vite, nous pensons en chemin, tout en marchant, au milieu des affaires de toute espèce, même lorsqu'il s'agit de penser aux choses les plus sérieuses; il ne nous faut que peu de préparation et même de silence; c'est comme si nous portions dans notre tête une machine d'un mouvement incessant, qui continue à travailler même dans les conditions les plus défavorables. Autrefois on s'apercevait au visage de quelqu'un qu'il voulait se mettre à penser - c'était là chose exceptionnelle ! - qu'il voulait devenir plus sage et se préparer à une idée: on contractait le visage comme pour une prière et l'on s'arrêtait de marcher; on se tenait même immobile pendant des heures dans la rue, lorsque la pensée "venait" - sur une ou sur deux jambes. C'est ainsi que cela "en valait la peine" !" Le gai savoir I 6
@ Pravda :
Argh ! Ca fait donc deux philosophes à dire des conneries ! La profession est décidément mal lotie !
Il est vrai qu' Enthoven n'était pas terrible, c'est dommage, il lui arrive d'être pas mal du tout sur France Culture.
Sinon, je suis originaire de l'europe de l'est (pas russe, mais j'ai déjà discuté du genre de subtilité évoquée ici) et je trouve que certains concepts sont quasi-intraduisibles d'une langue à l'autre.
100% d'accord sur le fait qu'il est impossible de transmettre ne serait-ce que le début de quelque chose dans la vitesse et le bruit. Mais c'est une déviance qui est aujourd'hui profondément ancrée.
Florian
Personnellement, sans trop connaître son oeuvre, j'ai toujours eu plus d'estime pour Foucault que pour Deleuze et Derrida réunis, ne serait-ce que parce qu'on comprend de quoi il parle.
Hervé
Il _semblerait_ que Foucault ait eu des "sympathies analytiques" ou, comme le soutient Guillaume Le Blanc, qu'il ait cherché à brouiller, dissoudre la distinction analytique/continental. Le texte ci-dessous laisse cette disjonction ouverte.
La sonorité wittgensteinienne du début (cf notamment les par. 126 à 129 des RP) permet de comprendre que Christiane Chauviré l'ait cité au commencement de son ouvrage "Voir le visible" .
"Il y a longtemps qu'on sait que le rôle de la philosophie n'est pas de
découvrir ce qui est caché, mais de rendre visible ce qui précisément
est visible, c'est-à-dire de faire apparaître ce qui est si proche, ce
qui est si immédiat, ce qui est si intimement lié à nous-mêmes qu'à
cause de cela nous ne le percevons pas. Alors que le rôle de la science
est de faire connaître ce que nous ne voyons pas, le rôle de la
philosophie est de faire voir ce que nous voyons. Après tout, dans cette
mesure, la tâche de la philosophie aujourd'hui pourrait bien être :
qu'en est-il de ces relations de pouvoir dans lesquelles nous sommes
pris et dans lesquelles la philosophie elle-même s'est, depuis au moins
cent cinquante ans, empêtrée ?
Vous me direz que c'est là une tâche bien modeste, bien empirique, bien
limitée, mais on a tout près de nous un certain modèle d'un pareil usage
de la philosophie dans la philosophie analytique des Anglo-Américains.
Après tout, la philosophie analytique anglo-saxonne ne se donne pas pour
tâche de réfléchir sur l'être du langage ou sur les structures profondes
de la langue ; elle réfléchit sur l'usage quotidien qu'on fait de la
langue dans les différents types de discours. Il s'agit, pour la
philosophie analytique anglo-saxonne, de faire une analyse critique de
la pensée à partir de la manière dont on dit les choses. Je crois qu'on
pourrait imaginer de la même façon une philosophie qui aurait pour tâche
d'analyser ce qui se passe quotidiennement dans les relations de
pouvoir, une philosophie qui essaierait de montrer de quoi il s'agit,
quelles sont, de ces relations de pouvoir, les formes, les enjeux, les
objectifs. Une philosophie qui porterait par conséquent plutôt sur les
relations de pouvoir que sur les jeux de langage, une philosophie qui
porterait sur toutes ces relations qui traversent le corps social plutôt
que sur les effets de langage qui traversent et sous-tendent la pensée.
On pourrait imaginer, il faudrait imaginer quelque chose comme une
philosophie analytico-politique."
M. Foucault, La philosophie analytique de la politique
< Gendai no Kenryoku wo tou > (Conférence donnée le 27 avril 1978 à l'Asahi Kodo, centre de conférences de Tokyo, siège du journal Asahi.)
Hervé: quelle citation étonnante!
patrick sur Royaumont II: si l'idée de est que les meilleurs philosophes analytiques viennent présenter leurs vues en terres francophones, cela se passe (presque) tous les jours à Genève, à Paris et ailleurs. C'est juste que (1) les analytiques prennent rarement la peine de préparer des conférences spécifiquement destinées au public philosophique large et d'aller chercher ce dernier par la main (e.g. avec force pub et en donnant un tour "événementiel" à la conférence), et (2) les philosophes universitaires "continentaux" ne s'y intéressent pas. (Une exception notable est le colloque organisé à Paris IV par Melika Ouelbani, , en 2006.)
Maintenant si par on veut dire quelque chose qui ressemble à un entre analytique et continentaux, cela pourrait en principe être intéressant mais risque en pratique d'être déplorable.
"je m'attendais à ce que Foucault critique l'existence même de nature humaine"
"Il _semblerait_ que Foucault ait eu des "sympathies analytiques" ou, comme le soutient Guillaume Le Blanc, qu'il ait cherché à brouiller, dissoudre la distinction analytique/continental. Le texte ci-dessous laisse cette disjonction ouverte."
Je me souviens d'un entretien, je n'ai plus la référence en tête, où à la question de savoir s'il pensait que l'homosexualité était innée ou dépendaient de facteurs culturels, Foucault avait répondu : no comment! Le journaliste insistant en lui demandant s'il voulait signifier par là que l'on ne pouvait pas répondre à cette question ou qu'elle était sans intérêt, Foucault avait en gros répondu : rien de tout cela, je n'aime pas parler de ce que je ne connais pas, et sur cette question, je n'ai qu'une opinion, et en tant que telle, elle n'importe pas plus que celle des autres, et je ne veux pas profiter du fait d'être interviewé pour faire le commerce des opinions.
Ce que l'on peut inférer, à mon avis, de ces propos, c'est :
1) que Foucault ne considérait pas que ses recherches permettaient de formuler des objections à un programme de recherche naturaliste (d'autant plus s'il est dynamique, au sens qu'il permet d'introduire des variations). Ce qu'il dit, en substance, dans l'entretien avec Chomsky, ce n'est pas qu'il nie la possibilité de la connaissance d'une nature humaine, mais plutôt qu'il s'inquiète de la possibilité de naturaliser d'avance, et de réifier, sur la seule base d'un programme de recherche, des différences qui ne sont peut-être pas indépendantes de facteurs socio-historiques contingents.
2) Si Foucault séduit peut-être plus facilement les analytiques, ce n'est pas à mon avis parce qu'il aurait cherché à brouiller la frontière analytique/continental (Foucault n'est pas Rorty, qui ne me semble d'ailleurs pas avoir cherché à brouiller quoi que ce soit, mais plutôt à débrouiller les choses à grands traits de pinceaux, cf. son dernier ouvrage ), mais plutôt en raison de sa probité intellectuelle (je ne pense pas que Derrida ou Deleuze en était dépourvu) et de la qualité (scientifique suis-je tenté de dire) de ses travaux . Pour faire le lien avec la citation de Nietzsche par Patrick : dans le fragment suivant (7), Nietzsche évoque ceux à qui le travail ne fait pas peur, et énonce une longue liste d'études historiques à mener. Il me semble que lorsqu'on lit Foucault, on reconnaît rapidement qu'il a fait partie de ces hommes à qui le travail ne fait pas peur, et cela n'est peut-être pas étranger à l'estime qu'on peut lui porter.
Dans l'Archéologie du savoir (1969), Foucault se réfère explicitement à Witttgenstein mais ce n'est que pour prendre un exemple d'oeuvre:
" l'opération qui détermine l'opus, en son unité, et par conséquent l'oeuvre elle-même ne sera pas la même s'il s'agit de l'auteur du Théâtre et son double ou de l'auteur du Tractatus et donc ici et là ce n'est pas dans le même sens qu'on parlera d'une "oeuvre" (p.36 NRF Gallimard).
Dans La vérité et les formes juridiques (conférence prononcée au Brésil en mai 1973), il peut viser entre autres Wittgenstein (les jeux de langage) quand il écrit:
" Le moment serait alors venu de considérer ces faits de discours non plus simplement sous leur aspect linguistique, mais, d'une certaine façon - et ici je m'inspire des recherches réalisées par les Anglo-Américains -, comme jeux, games, jeux stratégiques d'action et de réaction, de question et de réponse, de domination et d'esquive, ainsi que de lutte." (Dits et écrits II p.539).
Je tire ces infos d'une note (chap V note 28) de James Miller dans The passion of Michel Foucault (1993) qui ajoute (excusez, je traduis de l'espagnol):
" Peut-être faut-il rappeler ici que Pierre Klossowski, ami de Foucault, a traduit en français le Tractatus de Wittgenstein. D'autre part, Hans Sluga, professeur de philosophie à Berkeley, spécialiste de Wittgenstein et ami de Foucault, dit que le philosophe, au cours de ses conversations, admettait volontiers qu'il n'avait jamais étudié à fond l'oeuvre de Wittgenstein, bien qu'il fût désireux de la connaître davantage (entretien avec Sluga du 28 Septembre 1989)"
Au chapitre 10, Miller cite à nouveau Sluga:
" Nous parlions de tout. Je travaillais sur Wittgenstein, si bien que nous avons fini par discuter de sa critique du self. Il s'intéressait beaucoup aux positions des autres collègues du département de philosophie, à leurs intérêts; c'était évident qu'il essayait de se situer dans la perspective qu'ils se faisaient de la philosophie."
La scène se passe au printemps 83.
On peut aussi faire l'hypothèse que Gérard Deledalle, qui dirigeait le département de philosophie à l'Université de Tunis, quand Foucault y a enseigné, peut aussi avoir servi de médiateur (en 1964, Deledalle avait invité à Tunis Jean Wahl à faire des conférences sur Wittgenstein. (source: Eribon 1989 p 199)
Je me permets d'indiquer le post que j'ai écrit sur le rapprochement que Veyne fait entre Foucault et Wittgenstein dans son dernier livre sur Foucault (2008)
http://www.philalethe.net/post/2008...
J´'y défends l'idée qu'un rapprochement pensé dans ces termes est abusif.
Patrick (16)
Ce passage m'intrigue, je me suis toujours demandé sur quelles sources s'appuyait Nietzsche. En as-tu une idée?
Steph 23
Désolé, je ne vois, comme c'est l'usage, que le Banquet 175b
" Esclave: Votre Socrate s'est retiré sous le porche de la maison des voisins, et il s'y tient debout; j'ai beau l'appeler, il ne veut pas venir.
Agathon: Quel comportement étrange, s'écria Agathon. Va lui dire de venir, et ne le lâche pas d'une semelle.
Aristodème: N'en faites rien, répliquai-je, laissez-le plutôt. C'est une habitude qu'il a. Parfois, il se met à l'écart, n'importe où, et il reste là debout. Il viendra tout à l'heure, je pense. Ne le dérangez pas, laissez-le en paix.
(...)
Agathon: Viens ici Socrate, t'installer près de moi, pour que à ton contact je profite moi aussi du savoir qui t'est venu alors que tu te trouvais dans le vestibule" (Oeuvres complètes éd. Brisson p.108)
Merci Patrick!