Why women have sex ?
Par Nicolas Pain le mercredi 14 octobre 2009, 11:06 - Psychologie - Lien permanent
David Buss, professeur à l'Université du Texas, défenseur de la psychologie évolutionniste, auteur de Evolutionary Psychology : a New Science of the Mind (2004), ayant travaillé sur les émotions et le désir, publie, avec Cindy Meston, Professeur à l'Université du Texas, spécialiste de la sexualité, une étude sur la sexualité des femmes s'appuyant sur la théorie de l'évolution : Why Women have sex ?
Comme l'expliquent Buss et Meston dans un précédent article, "Why
humans have sex ?" (article téléchargeable sur la page de
Meston) plusieurs théories sont en compétition pour expliquer le désir
sexuel. Par un questionnaire (exposé dans l'annexe de l'article) dans lequel se
trouvaient 142 raisons différentes, ils cherchaient à tester ces théories.
Résultat : In summary, human sexuality is motivated by a complex and
multifaceted psychology.
L'étude conduit à une révision complète des
théories pré-éxistantes sur les comportements sexuels, parce que ces théories
ne prenaient pas en compte une bonne partie des données sur ce sujet. Les
précédentes études répertoriaient un nombre réduit de raisons pour avoir des
relations sexuelles (principalement : vouloir un enfant, avoir du plaisir,
soulager la tension sexuelle). Buss et Meston ont montré que les comportements
sexuels sont sous-tendus par des raisons multiples, irréductibles et variables
selon la quantité des relations (none, few, some, many, all), raisons qui sont
soumises à des mécanismes psychologiques complexes.
Dans Why humans have sex ?
, Buss et Meston ont fait une taxinomie des
raisons qui peuvent pousser un homme et une femme à avoir une relation
sexuelle. 237 raisons au total ont été recensées, qui ont été classées en 4
groupes :
- Raisons physiques : plaisir, faire baisser le stress, désir physique...
- Raisons utilitaires : statut social, revanche, objet, argent...
- Raisons émotionnelles : amour, engagement...
- Raisons de sécurité : confiance en soi, devoir, garder son partenaire...
Dans cette étude, ils ont observé une différence assez frappante entre la psychologie du désir sexuel féminin et du désir sexuel masculin : les participants hommes, de manière plus récurrente et significative que les femmes, avancent des raisons physiques et des raisons basées sur l'apparence physique des femmes pour justifier une relation ; alors que les femmes, de manière plus récurrente et significative que les hommes, avancent des raisons émotionnelles. Bien sûr, les résultats ont apporté d’autres surprises : les hommes, encore plus que les femmes, ont des relations sexuelles motivées par des raisons utilitaires.
Dans leur livre Why women have sex ?, Buss et Meston se concentrent sur la sexualité féminine. Pour ce faire, ils ont ajouté des données en incluant les témoignages de plus d'un millier de femmes d'origines géographiques variées. Et surtout on passe de la classification à l’explication des résultats. Buss et Meston pensent que les raisons qui motivent les comportements sexuels ne sont pas arbitraires et qu’elles sont soumises à des mécanismes psychologiques plus profonds et stabilités dans l’espèce humaine –ce qui, soit dit en passant, permet de faire une taxinomie. Pour expliquer ces mécanismes, Buss et Meston utilisent la psychologie évolutionniste (PE), une discipline hybride de la psychologie qui cherche à expliquer des traits psychologiques en utilisant les données et les méthodes fournies par la théorie de l'évolution.
Les principes de l'explication fournie par Buss et Meston sont les suivants :
- La théorie de l'évolution par sélection est la meilleure explication de la transformation des espèces ;
- les mécanismes sélectionnés sont les plus récurrents parce qu’ils procurent un avantage dans la résolution de problèmes adaptatifs récurrents posés par l’environnement (ils sont spécialisés dans la résolution de ces problèmes) ;
- le comportement des individus est soumis à des mécanismes psychologiques complexes, qui possèdent deux propriétés : 1) combinés ensemble, ces mécanismes sous-tendent le système de représentations des individus qui est une des causes du comportement observable ; 2) chaque mécanisme paraît particulièrement spécialisé dans la réalisation d'une fonction ;
- le comportement sexuel des individus est accompagné de représentations, dont elles sont l'une des causes ;
- en vertu 3-1, ces représentations sont sous-tendues par des mécanismes psychologiques ;
- très probablement, ces mécanismes psychologiques sont des mécanismes sélectionnés récurrents (dont on peut mesurer la fréquence) à des problèmes récurrents posés par l'environnement social et sexuel.
Il faut alors identifier le problème adaptatif en question. Selon les
résultats de cette étude, les femmes, plus que les hommes, ont des relation
sexuelles pour des raisons qui entrent dans les catégories « raisons
émotionnelles » et « raisons de sécurité ». Et quand on regarde d’un peu plus
près ces raisons, elles présupposent très souvent le cadre d’une relation
stable. Ce qui différencie ces raisons des autres, c'est une différence de
fréquence statistique : elles sont plus récurrentes que les autres. Buss et
Meston affirment que the adaptive problem that women have had to solve is
not simply picking a man who is fertile, but a man who perhaps will invest in
her, a man who won't inflict costs on her, a man who might have good genes that
could be conveyed to her children.
Le problème adaptatif à résoudre n'est
donc pas principalement celui de la sélection sexuelle du partenaire, mais de
la conservation du partenaire et de son investissement parental. Les mécanismes
psychologiques chez la femme qui produisent un système de représentations
privilégiant des raisons qui visent à créer, renforcer, entretenir un couple
(ex. : pour exprimer son amour, pour rassurer le partenaire de la solidité de
la relation...)..., semble être, pour nos auteurs, les traits sélectionnés pour
répondre à ce problème adaptatif.
On peut lire un compte-rendu de Why Women have Sex ? dans la version internet de The Guardian : ici, par Tanya Gold (je précise que le compte-rendu n'est pas de bonne qualité). Un article qui a servi de base pour le livre (Meston, C. M., & Buss, D. (2007). Why humans have sex. Archives of Sexual Behavior, 36, 477-507) peut être téléchargé sur la page personnelle de Cindy Meston. Un entretien avec David Buss est disponible sur The Time. Le BussLab met par ailleurs à disposition le produit de ses recherches sur les comportements sexuels, les émotions... sur cette page, et le MestonLab fait de même ici.
Commentaires
Merci!
Quelques limites de l'étude à noter. D'abord les sujets:
C'est intéressant si le bouquin avance des données provenant d'autres catégories, en particulier de sujets plus expérimentés!
Ensuite le type de données, à savoir des réponses aux questionnaires:
Là c'est un gros point faible de ce genre d'étude à mon avis: comment démêler ce qui relève de préjugés culturels, de l'image qu'on se fait de soi? Dans les jugements moraux on observe un décalage entre les jugements et les raisons avancées (Haidt, The emotional dog and its rational tail, 2001), et cela ne m'étonnerait pas que ce soit aussi le cas avec le sexe. Par ex une étude culottée de Georges Lowenstein et Dan Ariely (The Heat of the Moment 2006) montre que le fait d'être sexuellement excité affecte significativement les réponses de jeunes hommes à des questions comme , , , . On ne peut pas forcément généraliser des décisions imaginées "dans la chaleur de l'instant" aux décisions réelles et surtout à tous les choix de partenaires, mais ce genre d'étude rend suspect l'idée que les raisons affichées sont les motivations réelles.
Aussi je me demande dans quelle mesure l'étude conduit à une , si au final Buss et Meston expliquent leurs données (côté féminin) par l'hypothèse que le problème adaptatif spécifique du sexe féminin humain est d'assurer l'investissement paternel. C'est une hypothèse classique et déjà ancienne en psychologie évolutionniste, non?
Alors on aurait pu intituler l'article : "Why Texans and pseudo-people-who-have-had-sex have sex ?" ! Un peu bizarre, non ?
1) Plus sérieusement, je ne pense pas que l'objection relativiste soit importante, puisque, pour le livre, ils ont fait de nouveaux tests, avec des femmes d'origines sociales et géographiques diverses, qui ont confirmé les tendances déjà découvertes au Texas.
2) Ce qui conduit à une révision des théories, ce n'est pas le fait que les résultats montrent que le problème adaptatif typiquement féminin est d'assurer l'investissement paternel -ça c'est trivial-, mais le fait qu'en partant de données psychologiques (en incluant le système de représentation), on peut aboutir à ce résultat.
3) La seconde objection est plus sérieuse. Il est effectivement possible qu'il y ait une dissymétrie entre les motifs de décisions réelles et les motifs de décisions imaginaires. Et les auteurs ont tendance à supposer que les sujets donnent les raisons qu'ils croient être les raisons pour lesquelles ils ont fait ou auraient eu une relation sexuelle. Ce serait toujours l'image ou les croyances que les individus ont d'eux-mêmes qui seraient l'objet des réponses.
Je n'ai pas de réponse à cette objection pour l'instant.
"Je n'ai pas de réponse à cette objection pour l'instant."
L'usage de méthodes qualitatives telles que l'entretien ou l'observation empirique, si elles confirmaient les conclusions obtenues par questionnaire, permettraient certainement d'affaiblir l'objection.
Bonjour,
C’est la première fois que je m’exprime sur votre blog, que je lis assez souvent et dont j’apprécie le style philosophique.
Voici le commentaire (si vous me permettez) que m’inspire ce texte : quelle crédibilité accorder à ce psycho-biologisme prétendument darwinien ?
Je reprends quelques éléments emblématiques du texte pour faire comprendre ma perplexité :
« L'explication fournie par Buss et Meston est la suivante : 1. des mécanismes psychologiques complexes sous-tendent le système de représentations (ou les raisons) qui est la cause du comportement sexuel ; »
Un système de représentations peut-il être « LA » « CAUSE » du comportement sexuel ? L’explication du « comportement » sexuel est-il analysable uniquement en terme la causalité ? L’objet étudié se laisse-t-il entièrement décrire en termes de « comportement » sexuel tel qu’on l’entend en éthologie animale ? Si la réduction est possible comment est-elle légitimée ?
« 2. l'évolution par sélection est la cause (ou la meilleure explication sur le marché) de ces mécanismes ; »
Telle que présentée cette proposition n’est qu’une pétition de principe : c’est précisément ce qu’il faut établir. La parenthèse qui mime la « loi » du meilleur argument est en vérité proche du sophisme ad ignorantiam. Par ailleurs, « l’évolution par sélection » ne saurait être la « cause » (stricto sensu) du « mécanisme » qui sous-tend le « système des représentations ».
Dans le meilleur des cas, il faudrait dire qu’un « système de représentations » donné représente, compte tenu de l’environnement défini par des facteurs biotiques, abiotiques et culturels en ce cas (et au demeurant excessivement variables), - , une variation avantageuse par rapport à d’autres systèmes possibles, expliquant le succès reproductif différentiel des individus porteurs du système (avec cette réserve : un système de représentations ne se transmet par l’hérédité mais par héritage culturel).
« 3. les mécanismes sélectionnés sont les plus récurrents parce qu’ils procurent un avantage dans la résolution de problèmes adaptatifs posés par l’environnement (ils sont spécialisés dans la résolution de ces problèmes) ; »
C’est la simple explication du sens de la thèse qu’il s’agirait justement d’établir (prouver l’avantage sélectif) : sinon c’est une pétition de principe.
Et le problème est bien celui de la preuve. Le simple de relevé de la fréquence d’un certain type de réponses ne permet pas comme tel d’inférer que la seule explication pertinente de cette fréquence soit justement celle du cadre théorique qui sert à la fois d’hypothèse et d’explication (et cela, en supposant qu’aucune question ne puisse être posée quant à la méthodologie utilisée pour l’enquête : étalonnage du questionnaire, constitution de l’échantillon représentatif, interprétation supposée dénuée de toute ambigüité des données puisqu’il s’agit de « réponses » et non d’observations – stricto sensu - de comportements, etc.)
« 4. les mécanismes psychologiques sélectionnés, qui sous-tendent le système de représentation et le comportement sexuel, sont répandus parce qu’ils procurent un avantage dans la résolution de problèmes adaptatifs posés par l’environnement social et sexuel. »
On ne voit pas ce que cette proposition ajoute de fondamentalement nouveau à la précédente, dès lors qu’on l’a comprise. On est dans la répétition (méthode Coué ?) de la thèse avancée en (2) et un peu plus développée en (3). L’accumulation de propositions de signification identique (1+2+3) ne rend pas plus vraisemblable ni mieux étayée leur assertion.
(…)
« Buss et Meston affirment que « the adaptive problem that women have had to solve is not simply picking a man who is fertile, but a man who perhaps will invest in her, a man who won't inflict costs on her, a man who might have good genes that could be conveyed to her children. »
On est au comble de la confusion : mélange des registres biologique et psychologique. Si on se situe sur le plan du strict mécanisme évolutionniste, on ne comprend pas trop quel peut être sens d’une phrase comme « the adaptive problem that women have had to solve ». La femme n’a aucun « problème » d’adaptation « à résoudre » parce que précisément c’est le milieu qui opère « mécaniquement » la sélection (et résout tous les problèmes en un sens !) en favorisant la reproduction des populations d’individus présentant les variations les plus avantageuses compte-tenu des facteurs abiotiques, biotiques et culturels (ou sociaux si l’on veut). Il n’y a pas de sens à parler de femmes privilégiant les « raisons » qui, etc.… Et il est tout simplement absurde de parler de femmes devant « sélectionner » « un homme qui a les bons gènes qui pourraient être transmis à ses enfants » : outre qu’il est douteux qu’un « système de représentations » puisse être codé sous la forme d’une séquence de nucléotides, on ne sait pas bien ce que veulent dire les auteurs lorsqu’ils parlent de « bons gènes » : la confusion est perpétuellement entretenu entre d’une part des mécanismes sélectifs n’impliquant aucune évaluation ni morale ni sociale des comportements qu’ils sélectionnent, et d’autre part, un registre psychologique, voire psycho-moral (« amour », « solidité de la relation », renforçant le « couple », etc.). Enfin, puisque ce qu’on appelle « évolution » ou « sélection naturelle » ne désigne rien d’autre que le « succès reproductif différentiel » (compte tenu de l’environnement), il va de soi que les mâles interviennent dans le processus. Or, la condition du succès reproductif se trouve donc aussi dans le degré d’appétence (réciproque) des mâles et femelles concernées. Il faudra donc expliquer comment « l’évolution » a pu sélectionner tendanciellement et majoritairement des mâles porteurs d’un système de représentations éloigné de ce que les femelles recherchent de manière privilégiée (puisque l’enquête entend établir ici une différence entre les « motivations » féminines et masculines).
Je ne doute pas que cela soit possible (on connaît les avatars de la sociobiologie). Soit, par une théorie du type « ruse de la nature », on formera l’hypothèse que les signes présentés par ce type de mâles induisent suffisamment en erreur les femelles pour qu’elles se portent tendanciellement vers eux plutôt que vers des mâles porteurs véritablement d’un système de représentations proches du leur. Restera à comprendre, au plan évolutif, la raison de cette ruse. Soit, on fera intervenir d’autres facteurs contraignants (des contraintes externes) expliquant ce fait mystérieux : bien que les femelles recherche de façon privilégiée tel type de mâle, c’est toujours un autre type qui - au total - est sélectionné comme le prouve leur fréquence dans la population.
Bienvenue à vous !
Quelques précisions :
1) Nous sommes d'accord pour dire que "le comportement sexuel" en tant que tels n'existe pas. Il existe des comportements sexuels singuliers qui ont chacun une explication distincte. Il y a effectivement peu de rapport dans l'explication entre le comportement de la prostituée qui a une relation sexuelle pour nourrir son enfant de 5 ans et celui d'un couple marié qui entame sa nuit de noce, etc. Disons donc que, dans l'idéal, chaque comportement sexuels a ses causes propres, parmi lesquelles les raisons des agents impliqués dans ce rapport.
L'idée est que néanmoins, certains facteurs similaires peuvent être retrouvés dans de nombreux comportements sexuels (pas dans tous, bien sûr). Parmi ces facteurs se trouve, entre autres, le fait que l'une des personnes soit sexuellement attirée par l'autre (appelons cela l'attirance). Ce qui provoque l'attirance est un certain nombre de propriétés de l'autre personne. Maintenant on peut se poser la question : pourquoi certaines propriétés rendent-elles l'autre personne attirante ?
Il y a de multiples réponses possibles et compatibles à cette question. Certaines seront sans nul doute d'ordre idiosyncrasique (genre : les filles qui louchent pour Descartes). Mais, étant donné que le choix du partenaire joue un rôle crucial dans l'évolution, on peut se douter que nous sommes génétiquement (évolutivement) déterminés à trouver certaines propriétés des personnes plus attirantes que d'autre. Dans cette perspective modeste (et à mon avis raisonnable), on peut se poser les questions suivantes :
a) quelles sont les caractéristiques que les femmes tendent "naturellement" à trouver plus attirantes chez les hommes ?
b) pourquoi celles-ci ? quelles pressions évolutives ont entraîné l'apparition de CES préférences, et pas d'autres ?
2) Quasiment tout est dit en 1, sinon qu'effectivement, "système de représentations" est un peu fort dans ce cas (quoique certaines représentations, dans d'autres domaines, semblent innées : par exemple le concept d'objet et la physique naïve, mais c'est une autre histoire). Appelons plutôt ça : "tendances à préférer".
NOTE : remarquez néanmoins que Buss et Meston ne disent pas que ce sont les systèmes de représentation qui sont transmis génétiquement mais les mécanismes permettant l'existence de ces systèmes (ce qui est TRES différent).
3) En fait, cela vous a l'air "ad hoc", parce que vous croyez que Buss et Merton partent de leurs données sur les préférences P des femmes pour dire qu'en fait les femmes ont rencontré au cours de l'évolution un problème A dont la meilleure solution a été en fait P. Mais ce n'est pas le cas. Les découvertes de Buss et Merton étaient en fait prédites par la théorie évolutionniste des jeux. L'idée est que la théorie évolutionniste prévoyait déjà que les femmes auraient ces préférences, et que donc la découverte de Buss et Merton confirme cette thèse plus qu'elle ne la fonde.
4) La phrase « the adaptive problem that women have had to solve » est trompeuse, évidemment, si on la prend au pied de la lettre (vous en fait une bonne critique). Mais le fait est que Buss et Merton SAVENT pertinemment que chaque femme individuelle ne rencontre pas un problème particulier qui l'amène à se dire "tiens ! je vais évoluer de cette façon". C'est juste un raccourci, une façon plus simple de parler qu'utilisent entre eux des biologistes en sachant pertinemment que leurs collègues biologistes comprendront qu'ils ne veulent pas impliquer de téléologie.
Pour résumer, le point est le suivant : il est tout de même probable que l'évolution ait implanté dans les femmes des préférences pour les partenaires possédant certaines propriétés (de même que naturellement nous avons tendance à aimer certains types d'aliments et pas d'autre). La théorie évolutionniste des jeux (une modélisation mathématique de l'évolution) fait certaines prévisions au sujet de quelles seront ces qualités. L'étude montre que ces prévisions semblent se vérifier.
Pour une bonne introduction, voir "Le Gène Egoïste" de Dawkins.
Et pour une distinction entre la psychologie évolutionniste et la sociobiologie (qui sont assez différentes, quand même), allez lire la première page de ceci : http://www.nonfiction.fr/article-28...
Pour la dernière question (sur les préférences opposées entre mâle et femelle), Dawkins est là aussi une bonne référence. Quelques pistes. Imaginons que :
1) Préférer les relations sexuelles de type A est favorable pour les hommes (en gros : pour maximiser son succès reproductif, un homme devrait passer de femme en femme, les fécondant allègrement et choisissant de ne pas s'engager, laissant aux femmes le soin de se dépêtrer avec la marmaille).
2) Choisir les hommes qui justement n'aiment pas A est favorable pour les femmes (en gros : la femme a plutôt intérêt à sélectionner quelqu'un qui l'aidera à prendre soin de la marmaille, un prince charmant fidèle quoi).
3) Dans la population initiale, il y a beaucoup d'hommes qui aiment A, mais de temps en temps, par mutation, il y a des hommes qui aime moins A.
4) Les femmes évoluent pour sélectionner préférentiellement les hommes qui n'aiment pas A, et donc le nombre d'hommes qui aiment A s'effondre.
5) Néanmoins, si le nombre d'hommes qui aiment A diminue, il y aura (par retour de balancier) une contrainte sélective moindre pour être vigilante, et, la vigilance baissant, le nombre de mâle aimant A pourra augmenter à nouveau.
Au final, 6) on obtient une sorte d'équilibre avec tout un spectre de male (aimant A et essayant de gruger, n'aimant pas A, plus divers stades intermédiaires). C'est une erreur de penser que l'évolution doit conduire forcément à une population homogène.
Rassurez-vous Serge, vous ne serez ni plus ni moins bien traité que les autres commentateurs ! Eh voilà, c'est tout ce que je puis dire puisque Florian a répondu à ma place... (Merci Florian !) Je dois tout de même faire un mea culpa : l'exposé de l'explication est mauvais et comporte effectivement des pétitions de principes. Il doit être amendé.
L'idée que les comportements soient causées par des représentations (pas collectives, dans chaque agent) n'est pas à mon avis une qu'il faudrait établir (a priori par analyse conceptuelle?) mais une hypothèse de travail très générale et abstraite des sciences cognitives, qui fait ses preuves par sa fécondité empirique!
L'idée que les comportements soient causées par des représentations (pas collectives, dans chaque agent) n'est pas à mon avis une pétition de principe qu'il faudrait établir (a priori par analyse conceptuelle?) mais une hypothèse de travail très générale et abstraite des sciences cognitives, qui fait ses preuves par sa fécondité empirique!
Personnellement, je dirais même que c'est quelque chose que l'introspection nous donne de bonnes raisons de croire...
D'abord merci pour certaines précisions. Je conviens volontiers qu'il s'agit d'une présentation un peu ramassée d'un travail d'où peut-être des formules imprécises.
Toutefois, je persiste à m'interroger sur l'utilisation dans ce contexte du concept même d'évolution (hautement polysémique), car de deux choses l'une où on l'entend au sens où l'on en parle en phylogénétique par exemple, mais alors les contraintes liées à son usage interdisent des énoncés du type "il est tout de même probable que l'évolution ait implanté dans les femmes des préférences pour les partenaires possédant certaines propriétés" ; ou alors c'est un emploi métaphorique mais je m'interroge alors sur sa légitimité et l'effet de sens recherché. Disons seulement, pour me faire comprendre, que je méfie de ce que Bouveresse appelle les vertiges de l'analogie.
Sur le plan de l'argumentation, je voulais juste vous signaler que votre parenthèse " (de même que naturellement nous avons tendance à aimer certains types d'aliments et pas d'autre)" loin d'étayer le propos constitue précisément le genre d'argument qui m'inviterait plutôt à m'en méfier. En effet, les études consacrées au goût (et dont un ouvrage comme l'Homnivore" de Claude Fischler constitue une bonne synthèse) montrent que s'il existe une appétence pour la saveur sucrée (bien établie expérimentalement chez l'homme comme chez de nombreuses espèces animale) et une aversion pour l'amer, ces deux tendances innées sont bien trop vagues (et pouvant être immédiatement inversées par les coutumes culinaires) ne peuvent en aucun cas rendent compte du goût et plus généralement des comportements alimentaires de l'homme. Une perspective strictement évolutionniste conduirait même à des prédictions régulièrement démenties : si on suppose que les contraintes de la survie (recherche d'une source d'énergie ou aptitude biologique à exercer les meilleurs choix nutritionnels) déterminent les comportements alimentaires, on se heurte au fait que ce qui est considéré (et recherché) comme comestible ou pas, dans un groupe donné, ne correspond pas à ce que prédit une logique strictement biologique (même de type évolutionniste).
L'exemple des conduites alimentaires est intéressant parce qu'il pose à mon sens le même type de questions que celles des conduites sexuelles.
Ce qui me permet d'arriver à l'argument le plus intéressant. Vous dites : "remarquez néanmoins que Buss et Meston ne disent pas que ce sont les systèmes de représentation qui sont transmis génétiquement mais les mécanismes permettant l'existence de ces systèmes (ce qui est TRES différent)".
Concedo.
MAIS, ce qui me frappe c'est que cette précaution est immédiatement oubliée. Je crois d'ailleurs qu'il y a une bonne raison à cela : c'est que l'intérêt de la thèse (et son côté sensationnel) tient justement à l'oubli de cette précaution.
Je vous en donne l'exemple. J'ai bien lu l'article auquel vous renvoyez.
Il a soin effectivement de distinguer la psychologie évolutionniste de la sociobiologie et précise d'abord : "elle la psycho. évolut. ne postule pas que nos actions sont un effet direct de nos gènes (il n’y pas de gène de tel ou tel comportement) : nos actions sont le produit de nos états mentaux et de nos représentations. De la même façon, elle ne postule pas que nos représentations sont le produit direct de l’évolution et que l’environnement culturel n’aurait aucun effet sur elles. En revanche, ce qu’elle postule, c’est qu’une explication du comportement humain en termes d’états mentaux et de représentations suppose nécessairement l’existence d’un certains nombres de facultés mentales qui permettent à ces états mentaux d’exister."
Je ne sais pas si la dernière phrase relève du truisme (pour que quelque chose soit, il faut que ses conditions existent) ou déjà d'une prise de position (l'emploi du concept assez flou de "facultés") mais au moins on dit clairement : de la biologie à la pensée, pas de saut... même avec une psychologie évolutionniste.
SEULEMENT on s'emploie bien vite à oublier cette précaution qui entendait la démarquer de la sociobiologie et on écrit : "La psychologie évolutionniste ne se réduit pas ainsi à l’hypothèse selon laquelle l’esprit humain est un produit de l’évolution mais est aussi une méthode qui consiste à partir d’hypothèses évolutives pour mieux comprendre comment nous pensons aujourd’hui (voir chapitre 1)."
Je LIS BIEN : "mieux comprendre COMMENT nous PENSONS" et "aujourd’hui ? ".
Bref, c'est toujours pareil, chaque nouvelle explication pose autant de problème que les précédentes.
Et au total, je trouve tout cela faiblement explicatif contrairement aux prétentions affichées.
Cordialement
Serge
Quelques réponses en vrac :
1) Ce n'est pas une expression métaphorique. Disons que "X a été sélectionné" signifie : a) que X est déterminé génétiquement et b) que X favorise la survie et la reproduction dans un milieu donné, ce qui c) a entraîné la diffusion des gènes déterminant X dans la population. X peut être un organe genre griffe, bec, etc. X peut aussi être un système produisant des représentations (ex : le système visuel). Pour l'hypothèse présente, X doit être un certain ensemble de préférences guidant le comportement. Il me semble hautement probable que des préférences puissent être transmises génétiquement. Il suffit de regarder les animaux. Traditionnellement, on observe au moins : une préférence pour les individus de même espèce et de sexe opposé. Ou, par exemple, chez certains oiseaux, vers ceux qui ont la queue la plus colorée.
2) En fait nous sommes d'accord, même si vous croyez que non parce que vous semblez penser que si des préférences sont déterminées par l'évolution, alors il ne peut pas y avoir de variabilité (cf. exemple de la bouffe). L'idée est que les actes humains sont multifactoriels : les préférences issues de l'évolution ne sont qu'un facteur parmi d'autres, susceptible d'être renforcé ou contracarrés par d'autres facteurs. De la même façon que le fait qu'un oiseau vole n'est pas une exception à loi de la gravitation (parce que la force qui attire l'oiseau vers le sol y est juste contrecarrée et non absente), les préférences évolutionnistes peuvent être contrecarrées ou modifiées par d'autres facteurs. (Même les animaux, en période de disette, sont capables d'avoir des rapports sexuels avec des membres d'autres espèces)
Les hypothèses évolutionnistes disant que les préférences X sont engendrées par l'évolution ne dit pas qu'il n'y aura aucune diversité, ni que tout homme favorisera X. En revanche, elles prédisent que les cultures et les hommes préférant X seront plus courantes (statistiquement) que celles et ceux qui ne préfèrent pas X.
(Autre analogie : les pratiques de défécation varient selon les pays, mais cela ne montre pas que la défécation est un processus entièrement culturel et pas du tout biologique)
De cette façon, la thèse me paraît presque trivialement vraie. Bien sûr qu'il y a des préférences sexuelles biologiquement implantées en nous et qui se retrouvent (à un degré plus ou moins grand) dans toutes les cultures :
Ces choses-là sont connues depuis à mon avis une éternité (c'est une partie de la sagesse populaire). Maintenant, les modélisations de l'évolution en théorie des jeux font la prévision que les hommes et les femmes auront des préférences différentes, ainsi que des hypothèses précises sur ces préférences. C'est ce que Buss et Merton testent. Nul n'est besoin que ces préférences se retrouvent chez tout individu (ou dans toute culture). Néanmoins, on doit s'attendre à ce qu'elles se retrouvent chez la plupart.
3 et 4) Pour le reste, sur la psychologie évolutionniste, je ne vois pas le problème. Voyez plutôt :
Par exemple : pourquoi pouvons-nous facilement mémoriser des centaines de détails au sujet de l'histoire d'un film que nous venons juste de voir alors que nous avons du mal à mémoriser les 10 chiffres d'un numéro de téléphone qu'on nous a répété 10 fois ? Pourquoi sommes-nous mauvais au Modus Tollens dans des conditions de raisonnement logique mais très bon lorsqu'il s'agit de juger de transgression à un règle sociale ? Ce sont des questions qui portent sur notre pensée actuelle - mais auxquelles la psychologie évolutionniste peut apporter des explications.
Allez voir l'article vers lequel j'ai mis un lien ici : http://blog.philotropes.org/post/20...