Comme l'expliquent Buss et Meston dans un précédent article, "Why humans have sex ?" (article téléchargeable sur la page de Meston) plusieurs théories sont en compétition pour expliquer le désir sexuel. Par un questionnaire (exposé dans l'annexe de l'article) dans lequel se trouvaient 142 raisons différentes, ils cherchaient à tester ces théories. Résultat : In summary, human sexuality is motivated by a complex and multifaceted psychology. L'étude conduit à une révision complète des théories pré-éxistantes sur les comportements sexuels, parce que ces théories ne prenaient pas en compte une bonne partie des données sur ce sujet. Les précédentes études répertoriaient un nombre réduit de raisons pour avoir des relations sexuelles (principalement : vouloir un enfant, avoir du plaisir, soulager la tension sexuelle). Buss et Meston ont montré que les comportements sexuels sont sous-tendus par des raisons multiples, irréductibles et variables selon la quantité des relations (none, few, some, many, all), raisons qui sont soumises à des mécanismes psychologiques complexes.

Dans Why humans have sex ?, Buss et Meston ont fait une taxinomie des raisons qui peuvent pousser un homme et une femme à avoir une relation sexuelle. 237 raisons au total ont été recensées, qui ont été classées en 4 groupes :

  1. Raisons physiques : plaisir, faire baisser le stress, désir physique...
  2. Raisons utilitaires : statut social, revanche, objet, argent...
  3. Raisons émotionnelles : amour, engagement...
  4. Raisons de sécurité : confiance en soi, devoir, garder son partenaire...

Dans cette étude, ils ont observé une différence assez frappante entre la psychologie du désir sexuel féminin et du désir sexuel masculin : les participants hommes, de manière plus récurrente et significative que les femmes, avancent des raisons physiques et des raisons basées sur l'apparence physique des femmes pour justifier une relation ; alors que les femmes, de manière plus récurrente et significative que les hommes, avancent des raisons émotionnelles. Bien sûr, les résultats ont apporté d’autres surprises : les hommes, encore plus que les femmes, ont des relations sexuelles motivées par des raisons utilitaires.

Dans leur livre Why women have sex ?, Buss et Meston se concentrent sur la sexualité féminine. Pour ce faire, ils ont ajouté des données en incluant les témoignages de plus d'un millier de femmes d'origines géographiques variées. Et surtout on passe de la classification à l’explication des résultats. Buss et Meston pensent que les raisons qui motivent les comportements sexuels ne sont pas arbitraires et qu’elles sont soumises à des mécanismes psychologiques plus profonds et stabilités dans l’espèce humaine –ce qui, soit dit en passant, permet de faire une taxinomie. Pour expliquer ces mécanismes, Buss et Meston utilisent la psychologie évolutionniste (PE), une discipline hybride de la psychologie qui cherche à expliquer des traits psychologiques en utilisant les données et les méthodes fournies par la théorie de l'évolution.

Les principes de l'explication fournie par Buss et Meston sont les suivants :

  1. La théorie de l'évolution par sélection est la meilleure explication de la transformation des espèces ;
  2. les mécanismes sélectionnés sont les plus récurrents parce qu’ils procurent un avantage dans la résolution de problèmes adaptatifs récurrents posés par l’environnement (ils sont spécialisés dans la résolution de ces problèmes) ;
  3. le comportement des individus est soumis à des mécanismes psychologiques complexes, qui possèdent deux propriétés : 1) combinés ensemble, ces mécanismes sous-tendent le système de représentations des individus qui est une des causes du comportement observable ; 2) chaque mécanisme paraît particulièrement spécialisé dans la réalisation d'une fonction ;
  4. le comportement sexuel des individus est accompagné de représentations, dont elles sont l'une des causes ;
  5. en vertu 3-1, ces représentations sont sous-tendues par des mécanismes psychologiques ;
  6. très probablement, ces mécanismes psychologiques sont des mécanismes sélectionnés récurrents (dont on peut mesurer la fréquence) à des problèmes récurrents posés par l'environnement social et sexuel.

Il faut alors identifier le problème adaptatif en question. Selon les résultats de cette étude, les femmes, plus que les hommes, ont des relation sexuelles pour des raisons qui entrent dans les catégories « raisons émotionnelles » et « raisons de sécurité ». Et quand on regarde d’un peu plus près ces raisons, elles présupposent très souvent le cadre d’une relation stable. Ce qui différencie ces raisons des autres, c'est une différence de fréquence statistique : elles sont plus récurrentes que les autres. Buss et Meston affirment que the adaptive problem that women have had to solve is not simply picking a man who is fertile, but a man who perhaps will invest in her, a man who won't inflict costs on her, a man who might have good genes that could be conveyed to her children. Le problème adaptatif à résoudre n'est donc pas principalement celui de la sélection sexuelle du partenaire, mais de la conservation du partenaire et de son investissement parental. Les mécanismes psychologiques chez la femme qui produisent un système de représentations privilégiant des raisons qui visent à créer, renforcer, entretenir un couple (ex. : pour exprimer son amour, pour rassurer le partenaire de la solidité de la relation...)..., semble être, pour nos auteurs, les traits sélectionnés pour répondre à ce problème adaptatif.

On peut lire un compte-rendu de Why Women have Sex ? dans la version internet de The Guardian : ici, par Tanya Gold (je précise que le compte-rendu n'est pas de bonne qualité). Un article qui a servi de base pour le livre (Meston, C. M., & Buss, D. (2007). Why humans have sex. Archives of Sexual Behavior, 36, 477-507) peut être téléchargé sur la page personnelle de Cindy Meston. Un entretien avec David Buss est disponible sur The Time. Le BussLab met par ailleurs à disposition le produit de ses recherches sur les comportements sexuels, les émotions... sur cette page, et le MestonLab fait de même ici.