Implications philosophiques Je reproduis la description que m'a envoyée l'un des fondateurs du site, Thibaud Zuppinger:

La vocation d'Implications philosophiques est avant tout de promouvoir les recherches des jeunes chercheurs en sciences humaines en mettant à leur disposition un lieu de publication et d'échange. Le site a pour ambition de favoriser la diffusion de la philosophie en proposant des articles aussi bien destiné au public universitaire qu'à tous les amateurs de philosophie. Nous cherchons à proposer des regards croisés et complémentaires sur les grands enjeux d'aujourd'hui (écologie politique, nihilisme, humanisme) sans négliger la fréquentation des textes classiques.

Créé début 2009, le site a rapidement pris de l'importance, la rédaction ayant été rejointe par près d'une quinzaine d'étudiants et de jeunes chercheurs de diverses universités, ce qui nous permet de publier environ deux articles par semaine. Se voulant un lieu de convergence entre les disciplines, le site ne rejette a priori aucun thème, dès lors qu'il est traité avec le recul philosophique.

Le site publie des travaux de recherche (mini-mémoires?), des recensions et un dossier; il y a déjà pas mal de chose. L'accent est mis sur le contemporain, et des doctorants analytiques de talents sont encouragés à proposer leurs contribution!

Par ex, ils pourraient alimenter la réflexion en philosophie de l'esprit: j'ai jeté un oeil sur l'article d'Eve Suzanne L'Homme, psychique ou neuronal, et la section sur les neurosciences charge excessivement la barque réductionniste! La première phrase fournit une bonne illustration: Considérer que nos états mentaux se réduisent à l’activité de nos neurones, nous contraint-il à endosser une position réductionniste ? - sous-entendu: tout philosophe qui se respecte n'accepte le réductionnisme que sous la contrainte! (En passant: considérer que A se réduit à B, n'est-ce pas trivialement endorser un réductionnisme?)

La suite identifie réductionnisme et éliminativisme (les états mentaux sont des activités neuronales ET ils/elles n'existent pas!) et réductionnisme avec réductionnisme théorique (la psychologie remplacée par la neurobiologie) et avec des affirmations dénuées de sens (mettre au même niveau la conscience et les neurones). En plus l'auteure commence avec un paragraphe énigmatique, qui semble concéder la réduction du mental au physique:

Remarque : le problème ne se pose pas au sujet de la dépendance du fait psychologique au fait biologique. En effet il est établit aujourd’hui par tous que dès que l’on ressent une émotion par exemple, il y a au niveau neuronal des réactions chimiques qui permettent cette émotion. Cependant la difficulté intervient lorsqu’on considère que cette émotion n’est rien d’autre que ces réactions chimiques et que celles-ci la déterminent entièrement.

Il est donc établi que les neurones permettent les émotions mais pas établi qu'ils les déterminent? Comment obtenez-vous cette conclusion à partir de l'observation (en très gros) que à chaque fois qu'un sujet ressent l'émotion A, il est dans l'état neural N, pendant exactement la durée de l'émotion? (L'idée finale que la plasticité cérébrale permet d'expliquer que chaque individu singulier de "se déterminer par rapport à son cerveau" reste aussi mystérieuse pour moi.)

Mais bref il y a tout plein de choses intéressantes, allez-y faire un tour!

Un dernier mot, sur le projet du site: l'accent est mis sur la philosophie contemporaine dans le sous-titre du site, mais dans le projet cela semble transformé en philosophie portant sur le monde contemporain:

  • Il a pour vocation de présenter l’actualité de la pensée contemporaine...
  • Partant du principe que la réalité est protéiforme, il s’agit de fédérer des regards originaux et des approches nouvelles sur le monde contemporain. et Afin d’appréhender le plus justement possible ce qui forme l’actualité de notre monde il propose des regards croisés sur des grands enjeux d’aujourd’hui,

Quand on revient à la philosophie française "mainstream" après un peu d'immersion dans le monde analytique, cela surprend toujours de redécouvrir à quel point la première a perdu le sens de l'inactualité de la philosophie! Mais je concède certes que le passage de pensée contemporaine à pensée du contemporain prête moins à caution s'agissant d'un site qui met l'accent sur l'éthique et l'éthique appliquée!