L'épistémologie (= la théorie de la connaissance) n'est pas mon fort. Pour remédier à cela, j'ai bien sûr l'excellente anthologie Philosophie de la Connaissance publiée chez Vrin par J. Dutant et P. Engel (PUB !) mais aussi le livre de P. Engel Va Savoir !, dont j'ai tout juste entamé la lecture.

Au détour du premier chapitre, on apprend que Williamson a défendu la thèse selon laquelle "savoir" (to know) est le verbe factif le plus général, qu'est-ce à dire ?

Savoir est le verbe factif le plus général

Rappel : qu'est-ce qu'un verbe factif ? Un verbe d'attitude propositionnelle (de la forme "S verbe que p", où p est une proposition) est factif quand la vérité de la proposition "S verbe que p" implique la vérité de la proposition "p". Ainsi "savoir" est factif, parce que dire que "S sait que p" implique que p est vrai. "Croire" n'est pas factif, parce que "S croit que p" pourrait être vrai sans que p soit pour autant vraie.

Que veut donc dire Williamson quand il dit que "savoir est le verbe factif le plus général". En fait il veut dire la chose suivante :

Quelque soit V un verbe factif désignant un état mental, alors "S V que p" implique que "S sait que p". Exemple : "S voit que p" implique "S sait que p".

En gros : on ne peut pas avoir une attitude mentale orientée vers la proposition p qui soit factive sans savoir que p.

Et en français ?

Je me demande si cette thèse est toujours vraie dans le cadre de la langue française, dans laquelle nous disposons du verbe "se douter que". Il me semble en effet que si l'on dit "Jean se doute que X", alors "X" est vraie. Par exemple, si je dis à qqun "Jean se doute que je trompe ma femme", alors j'implique (il me semble) que "je trompe ma femme". "Se douter que" semble donc être un verbe factif.

Pourtant, il semble bizarre de penser que "S se doute que p" implique "S sait que p". Si je dis "Jean se doute que je trompe ma femme", cela semble au contraire impliquer qu'il ne le sait pas encore, qu'il n'a pas les preuves suffisantes pour avoir plus que des doutes.

Il semble donc que la thèse de Williamson ne soit pas applicable au français.