La Suisse vote pour la prise en compte des médecines alternatives
Par julien dutant le lundi 18 mai 2009, 11:03 - Politique - Lien permanent
Ce dimanche, les Suisses ont voté à plus de 60% en faveur d'un article
constitutionnel selon lequel les médecines alternatives
doivent être prises en compte
, ce qui dit pas explicitement, mais
sous-entend très fort, qu'elles doivent être remboursées.
Apparemment le
pragmatisme est du côté de ceux qui veulent faire confiance aux pratiques
sans bénéfices établis - comme on
dit
souvent, si la médecine alternative marchait, elle ne serait pas
"alternative".
[1] Ce sont les autres qui sont idéologues.
Commentaires
Il y a deux choses regrettables il me semble :
(i) que les gens croient des bêtises.
(ii) que des gens qui ne les croient pas puisse être contraints de payer pour eux.
Peut-être qu'il vaut mieux axer l'opposition à ce type de mesure sur des considération du second type : il est en général admis qu'on ne peut pas contraindre un individu à satisfaire les préférences d'un autre. On n'est pas obligé de payer l'impôt écclésiastique en Suisse. Pourquoi devrait-on payer l'impôt homéopathique ? (le rapprochement a au moins deux limites cela dit : d'une part une cotisation n'est pas un impôt, et d'autre part l'Etat promeut dans le cas de la santé la médecine scientifique).
'on ne peut pas contraindre un individu à satisfaire les préférences d'un autre'
Oui, et c'est justement pour cela qu'il importe autant que ce ne soit pas une question de préférences.
Après tout, les catholiques suisses convaincus et pratiquants doivent aussi payer pour un système de santé qui pratique des avortements. Et l'on considère que c'est justifiable, parce qu'on considère qu'il y a des situations où un avortement correctement pratiqué est un besoin, et non une préférence. Si l'on cesse d'admettre qu'il y a là une distinction valable, on peut se passer du critère d'efficacité, sans doute, mais on fragilise aussi la solidarité: comment mutualiser les risques si chacun ne veut payer que ce en quoi 'il croit'? On ferait effectivement de l'assurance maladie une sorte d'impôt ecclésiastique, ou chacun ne paierait que pour 'sa paroisse', qui serait la seule où il pourrait aller retirer des soins...
C'est une des raisons pour lesquelles l'État promeut la médecine scientifique, et une des raisons de la jolie petite migraine que vont attraper ceux qui devront appliquer le projet qu'on vient de voter.
Disons, une fois que la mesure est passée, l'opposition devrait en effet se concentrer sur ce genre d'argument.
Mais je partage l'avis de Samia selon lequel le problème à la base c'est qu'on ne vote pas sur la vérité.
Peut-être qu'un axe pour l'opposition serait de dire que signifie: ! La Suisse s'en tirerait avec un petit paquet supplémentaire d'études sur l'(in)efficacité des médecines alternatives. Et si les chercheurs sont malins, peut-être avec qques nouvelles études sur l'efficacité des placebos.
Je me demande d'ailleurs ce que diraient les thérapeutes alternatifs si instaurait un remboursement des placebos et les remboursait à ce titre?
Je suis d'accord avec Samia sur "on ne vote pas sur la vérité" mais je ne suis pas sûr que ce sois le problème de base :
(i) un partisan de la prise en compte des médecines alternative pourrait dire : "mais je ne soutiens pas que les médecines alternatives sont vraies, qu'elles marchent vraiment. Je concède totalement qu'il n'y a rien de plus que l'effet placebo (et d'autres du même type). Mais ce qui est important est que les gens aient ce qu'ils veulent. On peut décider de prendre en compte des traitement qui ne marchent pas, pourquoi cela est-il un problème si la majorité est d'accord ? La question ne porte pas sur la vérité mais sur ce que les gens veulent." Il semble vrai en tous cas que les gens peuvent librement décider d'abandonner la médecine scientifique, et de soigner leur cancer à l'homéopathie, dans le même sens où ils peuvent librement décider de mourir.
(ii) ce dont il est question ici n'est pas directement la vérité, mais les raisons qu'on a de penser que telle théorie ou pratique est plus ou moins vraie ou efficace qu'une autre. Dans le cas présent il est clair qu'il y a plus d'évidences en faveur de la médecine scientifique. Mais il n'est pas impossible en principe qu'il y ait une véritable indétermination épistémique entre deux théories rivales qui ont une importance politique urgente. Dans ce cas recourir au vote pour les départager ne serait peut-être pas forcément absurde ?
Sur la distinction besoin/préférence que propose Samia, le libéral y verra sans doute une dérive paternaliste : au nom de quoi décide-t-on de ce dont j'ai besoin ? Plutôt que de distinguer les besoins des préférences, il me semble qu'un libéral modéré pourrait distinguer les besoins (ou préférences) finaux des besoins (ou préférences) instrumentaux. Si un individu veut vivre, veut souffrir...pour lui-même, et non dans le but d'obtenir qqch chose d'autre libre à lui, cela n'a pas à être discuté sur le plan politique (tant que ça ne nuit pas aux autres). Par contre, les moyens d'arriver à ces fins sont soumis à une évaluation objective au sujet de laquelle l'individu peut se tromper. On serait alors justifier à dissuader le cancéreux qui veut vivre d'aller chez un homéopathe. Liberalisme pour les fins, paternalisme pour les moyens ?
Si "prendre en compte" veut dire considérer les remèdes de grand mère lors des tests d'efficacité clinique, on va bien se marrer et c'est une excellente nouvelle !
“Alternatives” c'est quoi au juste dans ce cas ? Aux USA on dit CAM (complementary and alternative). Complementary consiste, en gros, en des anti-inflammatoires soft, alors qu'alternative c'est très différent : si ça devient une alternative, mettons, à la chimio, les médecins sont désemparés, alors que les complementary ne leur fait pas froncer le sourcil.