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Petite présentation de John Broome

Les travaux pour lesquels John Broome est connu, qu'en toute franchise je découvre à peine, sont à l'intersection de l'économie théorique et de l'éthique. Les problèmes discutés sont fascinants, d'une portée significative, et Broome y apporte une clarté inhabituelle.

Son oeuvre principale est Weighing Goods (1991), dans laquelle il défend l'idée que la théorie de l'utilité (en économie théorique) fournit une théorie de la structure du bien: à savoir, que le bien consiste en un ordre transitif et partiel sur les actions dérivé de la relation d' être au moins aussi bon que. (Cette relation est plus fondamentale que les propriétés d'"être bien" et d'"être mal".) Il admet l'existence de biens personnels: certaines choses peuvent être bonnes pour moi sans être bonnes pour vous. Par contre il rejette ce qu'il accepte la théorie du bien comme satisfaction-des-préférences, souvent implicitement admise par les économistes (et certains philosophes), selon laquelle ce qui est bien pour une personne est ce que cette personne préfère, ou ce que cette personne préfèrerait idéalement (par ex, ce qu'elle préfèrerait si elle était bien informée et rationnelle).

La préface de sa collection d'articles Ethics out of economics (1999) résume cela en disant qu'il conseille à l'éthique de reprendre la forme de la théorie économique sans la substance: les axiomes de la théorie de l'utilité comme contraintes sur les théories du bien, mais pas la théorie du bien comme satisfaction-des-préférences.

(Pour faire clair, au cas où les préjugés anti-analytiques obscurcissent la vue de certains lecteurs: il ne fait pas une apologie du capitalisme, mais des calculs sur le bonheur.)

L'essentiel des travaux de Broome dans ce cadre consiste à examiner des problèmes d'agrégation des biens, à l'aide d'outils tirés de la théorie économique. Notamment: comment le bien s'accumule à travers un groupe de personnes (par ex, est-il vrai qu'une option ne peut être meilleure qu'une autre, pour une société, sans être meilleure pour un individu en particulier au moins?). Comment évaluer des actes quand ils mettent en balance des biens incommensurables? Et comment le bien s'accumule à travers le temps, pour donner la valeur d'une vie?

La question de la valeur d'une vie, en plus d'être une question philosophique antique largement délaissée au temps modernes, a des applications politiques et pratiques immédiates, par exemple lorsqu'il s'agit de faire des choix en matière de santé (doit-on privilégier des soins qui allongent une vie douloureuse à des soins palliatifs qui diminuent la douleur mais raccourcissent la durée de vie?). C'est l'objet du dernier ouvrage de Broome, Weighing lives (2004).

Travaux récents et journée à Genève

Les travaux récents de Broome portent sur la façon dont on doit concevoir les normes qui constituent la rationalité, et la façon dont elles guident les agents (par ex, qu'est-ce que le raisonnement instrumental). Il a publié un certains nombres d'articles à ce sujet depuis la fin des années 1990s, et prépare un livre qui fasse une synthèse de sa position là-dessus. Il en présentera un chapitre à Genève.

Les autres conférences discuteront sa théorie du raisonnement pratique:

  • 10h John Broome (Oxford) Normativity and rationality
  • 11h30 Olav Gjelsvik (Oslo) Rationality, rational, reasoner, reasoning
  • 2h30 Sven Ove Hansson (KTH Stockholm) Pratical and theoretical rationality
  • 4h Andrew Reisner (McGill) The Normativity of theoretical rationality

PS: l'éthique en philosophie analytique

Si vous rencontrez encore des gens qui vous disent que la philosophie analytique ne consiste qu'à faire de la ratiocination symboliciste du langage et ne s'intéresse pas au vrais problèmes qui concernent les hommes, n'hésitez pas à (1)les renvoyer à cette page, et (2)leur demander combien de leurs philosophes préférés ont une théorie applicable de la valeur de la vie!

Broome (2003, préface) indique le philosophe et logicien Richard Jeffrey, l'économiste Amartya Sen et le philosophe Derek Parfit comme ses influences majeures. Comme on pouvait s'y attendre, les ouvrages principaux de Jeffrey (Logic of decision) et Parfit (Reasons and persons) ne sont pas traduits en français, contrairement à ceux de Sen (surtout depuis qu'il a reçu le Nobel). Un autre philosophe (avec Broome et Parfit) qui utilise la théorie de l'utilité et la théorie de la décision assez largement pour faire de l'éthique est Philip Pettit, qui a la chance d'être connu en France - peut-être parce qu'il défend le holisme social qu'il est républicaniste et anti-libéral (au sens politique)!