Quel chemin prendre pour aller nulle part ?
Par Florian Cova le mardi 12 mai 2009, 15:35 - Philosophie - Lien permanent
Ou : quels sont vos conseils de lecture pour s'initier à Heidegger ?
Comme je viens de vous avouer que je passais plus de temps à feuilleter Nietzsche que Kripke et Lewis réunis (voire même que Hume), je peux maintenant oser vous demander quelques conseils. Étant (surement congénitalement) incapable de comprendre l'engouement de maint camarade pour Heidegger, je me suis dit qu'il serait peut-être intéressant de m'y mettre un peu (pas trop). Le problème, c'est que Heidegger, ça n'est pas Nietzsche - entendez : ça ne se lit pas comme ça (aaarrghhh !!! ça ne devrait pas être permis d'écrire comme ça !) Du coup, j'ai un peu du mal à saisir toute la profondeur de la chose. Du coup, je voulais demander ici aux Heideggeriens / ex-Heideggeriens repentis / personnes qui pensent avoir compris quelque chose à Heidegger quels étaient les ouvrages à lire en premier (tant d'Heidegger lui-même qu de commentateurs) ? Y a un bon manuel ?
Commentaires
Je suis moi-même peu heideggerien et partage entièrement votre appréhension quant à cet auteur. La seule fois que j'ai lu un texte sur Heidegger dont il me soit resté quelque chose d'à peu près intelligible en tête, c'était "Heidegger ou la déconstruction de l'éthique" par Geoffroy Lauvau, dans "Questions d'esthétique contemporaine". Le bonhomme, pour expliquer le point de vue sur l'éthique d'Heidegger, en passe par un résumé de l'ensemble de sa démarche et une présentation des principaux concepts que j'ai trouvée étonnamment claire.
Je ne sais pas si cela peut aider, et je pense qu'il y a sans doute plus complet, mais c'est un début intéressant.
http://www.amazon.fr/Heidegger-lexi...
Il faut quand même lire Heidegger dans le texte pour se faire une véritable idée, d'autant qu'il est
tellement obscursujet à tant d'interprétations que l'on peut difficilement prendre un texte de littérature secondaire pour une présentation neutre.J'ai été heideggerien environ 6 mois (eh oui), et je conseille pour ma part, comme lectures relativement agréables, rapides et qui donnent une bonne idée, de piocher quelques essais dans les Questions I et II, Essais et conférences et autres Chemins qui ne mènent nulle part. Notamment, de mémoire:
Bien sûr les gens recommanderont aussi Le dépassement de la métaphysique, mais c'est tellement pré-Kehre (plein de vocabulaire husserlien)!
Sinon j'avais lu un exposé de Sein und Zeit simple et utile par l'un des premiers disciples français (Jean Beaufret?) mais je ne le retrouve plus. Quelqu'un le connaît? (Mais il y a peut-être mieux maintenant, peut-ê en anglais.) Cela dit, je doute que la connaissance de Sein und Zeit t'explique ce qui passionne tes amis chez Heidegger; pour autant que je sache les Heideggeriens parisiens d'aujourd'hui sont majoritairement sur les thèmes post-Khere de méta-métaphysique (histoire de l'être, effets néfastes de la métaphysique de la subjectivité, et toute cette sorte de choses!)
Merci, c'est gentil de dévoiler ainsi ses sombres secrets (même si j'étais déjà au courant). En échange, une confession personnelle : j'ai été néo-platonicien (plotinien ?) pendant environ 6 mois (eh oui).
(NB: le bouquin signalé ci-dessus est par Bertrand Vergely, qui a écrit des présentations d'à peu près toute la philosophie, ce n'est peut-être pas le meilleur choix pour avoir le real stuff!)
Néo-platonicien! Wow, respect :)
Tu devrais aimer Heidegger dernière période alors, c'est très plotinien au fond.
Je me permets de renvoyer à deux articles écrits ailleurs sur la question. Il est possible que le premier comporte des erreurs (de jeunesse...). Le deuxième est de toute façon plus intéressant:
http://www.lentrelacs.org/article.p...
http://www.lentrelacs.org/article.p...
Je peux aussi faire circuler un cours que je viens de faire sur Acheminement vers la parole...
Oui, si vous voulez lire Etre et temps dans la traduction Martineau, je l'ai en PDF...
Chemin long :
http://www.editionsducerf.fr/html/f...
Le chemin court est ici :
http://www.amazon.fr/Ma%C3%AEtres-a...
Voici un lien vers la version PDF d'être et temps... l'ayant déjà en version papier, je n'ai pas trop de remords à le poster, mais il se peut que ce ne soit pas très moral, auquel cas ce commentaire peut tout à fait se voir supprimé...
http://www.scribd.com/doc/8236370/E...
Il me semble que cette intro http://www.livredepoche.com/livre-d... de Jean Wahl était pas mal (pour autant que ces choses là puissent être pas mal!)
PS: Julien, congrats pour le nouveau blog!
Hady : Merci ! mais le résumé vers lequel tu fais un lien semble indiquer que le livre porte sur le Heidegger pre-Kehre uniquement. Or, j'avoue que ce n'est pas la partie qui m'intrigue le plus.
A tous : cool ! merci ! je vais regarder ça !
Une remarque stupide : les deux seuls auteurs dans les tags de ce philotropes sont Nietzsche et Heidegger. Ca reflète vachement l'état d'esprit du blog...
Bonsoir,
Le Blackwell Companion to Heidegger (Dreyfus et Wrathall, ed.) me semble tout à fait indiqué. À consulter seulement, car il coûte TRES cher.
Puisque nous sommes dans les confessions : j'ai été aussi pendant quelques mois heideggeriens (puis frégéen). À l'époque, je suivais le cours de Didier Franck à Ulm. Le cours, que j'avais trouvé très bon, a été publié : Didier Franck, Heidegger et le christianisme, PUF, 2004. C'est en grande partie un commentaire des Chemins qui ne mènent nulle part. Voilà.
Amicalement,
Presque tout le monde suggère de la littérature secondaire! Ce serait dommage de commencer par là, c'est un peu comme lire une analyse d'un film qu'on n'a pas vu. Je recommande quand même de lire au moins deux ou trois essais essais de la dernière période pour avoir un feeling der Sache avant de lire de la littérature secondaire pour une éventuelle synthèse!
PS: apparaît en bien plus gros :)
(louismor: avoir la version papier d'un bouquin ne te donne pas le droit légal, ni même moral, de le publier! Par contre s'agissant de bouquins de philo publiés il y a 80 ans par un auteur décédé il y a 40 ans, il ne serait pas absurde qu'ils arrivent enfin dans le domaine public!)
Hady: merci!
Si j'ai bien compris, il n'est pas illégal de faire circuler un fichier électronique de particulier à particulier. En revanche, cela doit l'être de mettre en ligne le contenu comme indiqué ci-dessus. L'ami qui s'est chargé de numériser Etre et temps et d'autres textes les envoie régulièrement à qui les lui demande. http://nicolas.rialland.free.fr/hei...
J D:
Bien sûr qu'il faut lire les textes de Heidegger ! Mais le problème de Florian est précisément qu'il n'arrive pas à lire ses textes. Il a le besoin d'avoir quelqu'un qui lui tienne la main (un manuel). Nous répondons à ce besoin. Ces auxiliaires, ouverts à côté des oeuvres de Heidegger, elles-mêmes ouvertes, l'aideront peut-être à résoudre ce problème passager et à pouvoir lire sainement et directement Heidegger ensuite.
Je suggérerais d'ailleurs la première partie de Qu'appelle-t-on penser ? Elle est tout à fait lisible. Le reste est plus corsé.
moi j'aimerais bien savoir si on peut trouver sur le net la traduction Martineau de Z u Z
On trouve la traduction Martineau ici :
http://metataphysica.free.fr/Heideg...
Pour une introduction générale à la pensée de Heidegger, je conseille le petit ouvrage méconnu de Christian Dubois :
Heidegger, introduction à une lecture.
C'est en point Seuil, donc pas cher.
Sinon, parmi les textes de Heidegger, la porte d'entrée (blindée) est évidemment Etre et temps. La traduction la moins pire est celle de Martineau, mais si on maitrise un peu d'allemand, il vaut mieux aller consulter le texte original.
Parmi les livres qui aident à comprendre Etre et temps, il y a celui de Dubois, mais aussi ceux-ci :
Walter Biemel, Le concept de monde chez Heidegger, pour la première section.
Françoise Dastur, Heidegger et la question du temps, pour la seconde section.
Tout ce qu'écrit Dastur sur Heidegger est précieux, clair, précis (Son Heidegger et la question anthropologique est bien aussi).
Sinon, il y a un cours de Heidegger paru en 2006 qui s'intitule Prolégomènes à l'histoire du concept de temps. C'est en fait la première rédaction d'Être et temps et c'est franchement plus clair.
Ah justement Biemel c'est ce que j'avais lu comme exposé clair et utile de E&T (com 3)!
Pour la période qui va d'Etre et Temps à Qu'est-ce que la métaphysique, il y a aussi le petit livre d'Alexander Schnell, De l'existence ouverte au monde fini. C'est assez clair - disons kantien - et ça cherche plutôt à décrire une progression conceptuelle qu'à en donner une interprétation ou une explication.
Bonjour,
Je crois percevoir pourquoi Heidegger demeure incompris par les hommes et femmes occidentaux du du monde moderne : c'est précisément que lorsque nous pensons et méditons Heidegger, nous avons DEJA en vue la métaphysique occidentale qui est arrivée jusqu'à nous. Ce "déjà" pose problème.
Le défi est alors le suivant, et Heidegger nous invite à le relever à partir de ses textes : désapprendre, déconstruire pour penser "ce qu'il reste à penser" en ses termes.
Somme toute, ce qui est ici visé est assez simple à penser. Ce qui est difficile, c'est de libérer sa pensée de la métaphysique occidentale. Non pas que cette dernière soit mauvaise en soi mais qu'elle doive nécessairement aboutir à un dépassement HISTORIAL (et non "historique", caractérisant le travail chronologique de l'historien).
Heidegger ne sera compris que si vous voulez le comprendre.
Je m'explique : cela rappelle la science moderne qui s'arrache les cheuveux à coup d'accélérateurs de particules et de milliards d'euros pour percer, élucider mettre et jour, soumettre, et dominer l'étant (ou la physis si on préfère) en l'expliquant une bonne fois pour toute (ils cherchent Dieu en fait). A la question que pose la science, l'étant y répondra toujours (mise en demeure) et le jeu continuera sans cesse jusqu'à ce que le temps du dépassement soit venu.
Réfléchissez donc bien à la question que vous voulez poser à Heiddeger car s'il celle-ci est bien formulée, il vous répondra et vous ouvrira un espace dont vous êtes loin d'imaginer les perspectives. En revanche, si vous la formulez mal alors le cercle vicieux subsistera comme celui sur lequel gravite science et nature, face à face mais si éloignées l'une de l'autre.
Et cela fait partie du "détachement de la métaphysique occidentale" que d'abandonner son sens critique? Cette présentation de Heidegger est trop semblable à celle d'un gourou pour ne pas rebuter n'importe quel jeune philosophe qui se respecte.
Sauf erreur, ce n'est pas du tout de cette façon-là que les heideggeriens sérieux voient les choses. (Sinon en effet on se demanderait si l'heideggerianisme aurait sa place en philosophie!) Ils pensent que les difficultés supposées de la métaphysique de la subjectivité sont visibles de l'intérieur de la pensée occidentale, et s'appuie d'ailleurs massivement sur l'idée que plusieurs auteurs ont (partiellement) compris des aspects de ce que lui pense être la vérité (e.g. Kant écrivant la première critique).
Je ne pense pas qu'on puisse aborder ces textes (ceux que je vais proposer) sans auparavant connaître (un peu au moins) Heidegger. Mais en ce qui concerne le Gestell (qui constitue, à mon humble avis, la culmination de H, en même temps qu'un cadre conceptuel très puissant pour penser notre époque, et une incroyable fécondité), voici des textes assez accessibles : La question de la technique, le cycle de (4) conférences "Einblick in das was ist" (regard dans ce qui est), et parmi ces conf. surtout : Das Gestell (il existe la traduction française dans la revue "Po&sie", n115, sous le mauvais titre : le dispositif) et aussi : Das Ding, et tout ce qui concerne "das rechnende Denken und das besinnliche Nachdenken" : "Sérénité" (Gellaseinheit, la traduc est quelque part dans Q3&4), Was Heisst Denken ?
Je pense que ça constitue un bon ensemble de textes pour introduire à cette question. Et je pense aussi qu'il est essentiel d'aller au moins voir à quoi ressemble le texte allemand : Heidegger est sans cesse en train de torturer sa langue, et la traduction ne rend presque jamais tous les sauts langagiers propres à l'allemand -- certaines traductions FR proposent en allemand les mots importants et leurs traductions, ce qui suffit en général pour saisir ce dont je parle. Par ex. : le saut de l'"objet" au "fonds" est moins obscur si on le rend en allemand : gegestand -> bestand. Sans tomber dans la germanophilie, la phrase "Die Gegenständigkeit wandelt sich in die aus dem Ge-Stell bestimmte Beständigkeit des Bestandes" est largement plus compréhensible que "L’objectité se transforme et devient la permanence de fonds, déterminée par le Gestell.".
De Sein und Zeit je te conseille de lire les "grands paragraphes", accompagnés de manuels adéquats. Par ex. : le §7, accompagné de "Heidegger & La question du Logos" de Françoise Dastur, ça passe vraiment très bien.
Et sur le Gestell, l'essai de Ganty est très intéressant "Penser la modernité : Essai sur Heidegger, Habermas et Eric Weil". Sur la partie concernant Heidegger, quand on connait les textes de Heidegger dans le détail, on voit que Ganty en suit les plans à la trace, et se contente de l'expliciter (ce qui est, ma foi, très bien) tout en proposant un plan général que je trouve très correct. On regrettera qu'il ne tente aucune réactualisation. A l'inverse : "L’époque de la technique. Marx, Heidegger et l’accomplissement de la métaphysique" est très souple et très large avec la lettre de Heidegger (ce qui est, ma foi, très bien aussi), et Vioulac va parfois très loin. Dans les deux cas, les 2 essais sont bourrés de référence très variées, le premier comporte des tonnes de réf. de littérature secondaire de ces dernières années en français. Mais on est là tout de même dans ce que certains appelleront "l'école de pensée de".
(Après quelques séries de traductions google, on arrive à partir de la phrase ci-dessus, à cette phrase :
"L'objectif est de développer certains problèmes de santé des marchés boursiers pour rétablir la stabilité"
J'aime bien)
^^