Je suppose que chacun a un ou deux auteurs qu'il aime particulièrement feuilleter et au(x)quel(s) il revient régulièrement. J'avoue donc mon côté obscur : pour moi, c'est Nietzsche (tatsaaann !). Bien sûr, je n'ai pas exactement une lecture de Nietzsche comme philosophe qui nie la possibilité et l'existence même de toute vérité et à tendances légèrement (voire lourdement) anti-scientistes. Je ne pense pas non plus que Nietzsche ait une théorie non référentielle du langage. Je ne pense pas non plus que Nietzsche (en-dehors du domaine des valeurs) commette si fréquemment le sophisme génétique (pardon ! la méthode critique-généalogique). Bref... Pour moi, Nietzsche, c'est un (mauvais ?) poète dont la philosophie est principalement une enquête psychologique sur les sources de la morale, de l'art ou de la religion associée (à partir du Gai Savoir) à la volonté de réformer la culture sur les bases de cette "science psychologique". En gros, au-delà de l'aspect ludique (craquer le Zarathoustra, c'est plus fort que le Da Vinci Code) Nietzsche est principalement un philosophe naturaliste dont les intérêts se rapprochent de ceux des scientifiques qui cherchent aujourd'hui à naturaliser diverses sphères de la culture (et qui constituent pour moi les véritables "continuateurs" de Nietzsche).

Je viens même de finir un petit article à ce sujet (que je ne mettrai pas en ligne pour une question de droit mais que vous pouvez toujours me demander par mail), mais vous avez en fait mieux à lire. Car cette thèse est aussi défendue par Brian Leiter, qui tient un blog spécialement dédie à Nietzsche. Voici des liens vers trois de ses articles disponibles en ligne et défendant une position similaire (bien que je ne sois pas toujours d'accord avec lui) :

  • One health, one earth, one sun (1998) : Bref article du Times Literay Supplement, où il défend l'idée que Nietzsche a pour but d'étudier le fonctionnement de la nature humaine et a un profond respect pour la méthodologie scientifique,
  • Nietzsche's naturalism reconsidered (2009) : Chapitre du Oxford Handbook of Nietzsche, développant les idées de l'article précédent et faisant de Nietzsche un philosophe naturaliste, plus proche de Hume que de Hegel,
  • (avec Joshua Knobe) The case for Nietzschean moral psychology (2006) : Un article défendant l'idée selon laquelle les dernières découvertes en psychologie morale vont plus dans le sens de Nietzsche que dans celui de Hume ou d'Aristote.

Après ça, qui dira que les méchants "anglo-saxons" ne s'intéressent pas à Nietzsche et n'en pensent que du mal ?