Agrégation 2009 : Round 1
Par Florian Cova le lundi 20 avril 2009, 14:35 - Divers - Lien permanent
Sujet de la dissertation (générale) d'aujourd'hui : la Clarté. De quoi réjouir nos amis analytiques...
(PS : Si j'étais paranoïaque, je pourrais penser qu'en fait ce sujet a pour fonction de débusquer les philosophes analytiques en les poussant à se lâcher en criant "aux chiottes Heidegger ! " ou "vive Carnap !" afin de les abattre dès le premier round. Mais je ne suis pas paranoïaque. Néanmoins, je n'ai pas parlé d'Heidegger et ai dit un peu de mal de Carnap, juste pour être sûr.)
(PPS : Il y a une certaine ironie à donner un tel sujet à des candidats d'agrégation, non ? Du genre : au fait, n'oubliez pas d'être clair, ahahahaha !)
Commentaires
Incroyable ce sujet! Je vais y réfléchir; j'espère que ce sera ok pour vous Florian.
" Est clair ce qui n'est pas obscur "! Davy Crockett
On fait un pacte: si tu cites Heidegger dans une de tes dissert' ou à l'oral, je t'invite au restau. Je pense que tu manques de motivation pour réussir l'agrég et la perspective d'un bon repas gratuit devrait t'y aider.
C'est cool comme proposition mais je pense hélas que les sujets à venir ne s'y prêteront pas (ok! peut-être plus qu'un sujet sur la clarté...). Je me vois mal citer Heidegger en plein milieu d'un commentaire sur Hume. Mais j'y penserai l'année prochaine :-) (ou alors à l'oral, si les Dieux auxquels j'ai sacrifié mon Pléiade de Descartes me sont favorables).
Je ne pense pas qu'il y ait besoin d'être paranoïaque, même si j'ai aussi pensé un peu comme toi l'espace d'un instant, je dois dire... Mais le sujet convenait bien je crois à une utilisation des classiques, Descartes, Leibniz, Spinoza, histoire de ne pas trop tomber dans la polémique analytique/continental.
J'avoue que j'ai aussi tapé très rapidement dans les classiques (Descartes et Pascal). Néanmoins, la plus grosse partie de mes références sont modernes (Bergson, Wittgenstein, Carnap, Popper) - ça fait bien trop longtemps que je n'ai pas ouvert les Regulae.
Cela devrait être interdit de donner une notion seule! ! (Ou pire encore, que certains correcteurs s'imaginent qu'il y a un problème incontournable de la Clarté: )
En plus le problème avec la Clarté c'est bien sûr que c'est une notion... obscure! Comme toutes les métaphores, elle peut être prise en mille sens, et n'en prend de précis qu'en contexte. Enfin bon, l'idée est peut-être justement de favoriser le brodage fourre-tout du candidat qui y collera trois exposés sur, par ex, la Certitude, la Rationalité et la Transcendance.
Florian, Pierrot: je suis étonné que vous ayez pensé d'abord à une référence implicite aux analytiques, supposés chantres de la clarté. (En passant, moi-même j'ai mauvaise conscience à utiliser la notion, précisément (et un peu paradoxalement) parce qu'elle est obscure; par ex la citation de Williamson en exergue du blog me semble plus... précise en parlant de "précision".) Ce qui me frappe plutôt c'est:
(En se concentrant sur la notion de clarté chez Descartes, plutôt par ex que sur celle de raisons ou certitude, on rend bcp plus facile le commentaire de style phénoménologique. Et bien sûr on a les usages ad nauseam de la notion chez Heidegger, découvrement, clairières etc.)
En fait ce pourrait être une paire d'alexandrins, si on m'accorde l'accent parisien (e muets):
Métaphore visuelle/pour une notion technique,
Boulevard d'une dissert/phénoménologique!
Bon courage pour demain!
ok Julien je vois: la vraie clarté ou la fausse clarté. Qu'est-ce qui met la clarté? La clarté, c'est un peu la chasse au dahu, voilà mon fil directeur.
Bonjour,
Cher Julien, je pense que tes arguments ne sont pas concluants.
1/ Tout d'abord, je ne vois pas en quel sens tu affirmes que ce devoir est un “ boulevard pour une dissert phénoménologique”. À mon avis, il est tout autant un boulevard pour une dissert analytique. Il y a toute une littérature analytique sur et autour de la notion de clarté. Je suis certain que tu connais cette littérature, en tant que spécialiste en épistémologie, je ne comprends donc pas pourquoi tu dis que ce sujet serait plutôt phénoménologique qu'analytique (puisque c'est ainsi que tu sembles poser le problème). Est-ce que je n'ai pas compris ton argument ?
De toute façon, une dissertation purement phénoménologique (ou purement analytique) ne serait à mon humble avis que peu pertinente à l'agrégation. Le but dans cette épreuve n'est-il pas de montrer que l'on est capable de traiter un sujet à la fois de la manière la plus vaste et la plus précise possible ?
2/ Le choix d'un sujet pour l'agrégation, ainsi que l'évaluation, doit respecter une forme de pluralisme. Donc, même si tu es anti-phénoménologie, tu te devrais en tant que correcteur d'accepter une perspective phénoménologique dans un devoir. Par conséquent, même si ce sujet va certainement conduire chez beaucoup de candidats à des développements sur Heidegger, cela ne peut te conduire à dire qu'il faudrait éviter ce type de sujet.
3/ Tu sembles affirmer que le problème avec le sujet sur la clarté, c'est que la clarté “peut être prise en mille sens, et n'en prend de précis qu'en contexte”. Je ne vois absolument pas en quoi cela constitue un argument contre ce sujet. La capacité à donner un sens précis à des notions courantes et équivoques fait partie de ce que l'on peut attendre d'un philosophe et d'un professeur de philosophie.
4/ Enfin, cela ne me semble pas pertinent de dire que «cela devrait être interdit de donner une notion seule ». Ton argument repose sur l'idée que cela va favoriser les copies formelles. Sur ce point, je suis en partie de l'avis de Durkheim (cf. texte ci-dessous): ce qui favorise l'émergence de copies formelles c'est plutôt le fait d'interroger à l'écrit et à l'oral sur à peu près n'importe quel sujet. Que ce sujet soit formulé sous la forme d'une notion seule ou d'une question ne me semble pas décisif au niveau de l'agrégation (pour le baccalauréat, en revanche, il est clair que cela n'a pas de sens de donner une notion seule).
Qu'en penses-tu ?
————
Émile Durkheim (1895), «Note sur la spécialisation de l’agrégation de philosophie. » (extrait): «Ce dont souffre l'agrégation, ce n'est pas d'un excès de réglementation et d'une absence de liberté; mais c'est d'une organisation qui non seulement n'oblige pas les candidats à acquérir des connaissances définies et à se faire sur un certain nombre de problèmes des idées également définies (quoique provisoires), mais qui ne le leur permet pas. Tant qu'ils pourront être interrogés, à l'écrit et à l'oral, de omni re scibili, ce qui fera le succès, ce ne sera ni le savoir, ni la fermeté et la solidité de la pensée (car un esprit solide et ferme ne saurait improviser des solutions à une question qu'il n'a pas eu l'occasion de méditer); ce sera un talent tout formel et de valeur très discutable. »
Cédric,
Merci! Eh bien:
1a, "boulevard pour une dissert phénoménologique". En phénoménologie la métaphore de la vision est à la fois largement utilisée et largement commentée, ce qui suffit à établir la thèse que c'est "un boulevard pour une dissert phéno". Le fait que cela soit aussi un boulevard analytique n'invaliderait pas la thèse... Pour rappel, l'idée était juste de dire que je trouvais étonnant que les analytiques se sentent particulièrement "visés"!
Mais même si l'affirmation était que le sujet était plus facile à "traiter" (cela me faire bizarre de parler de "traiter" un sujet à un mot, voir ci-dessous) pour un candidat de tendance phénoménologique, cela me semble plausible. Tu dis:
Heu... franchement, non! Tu penses à quoi? J'imagine qu'on peut trouver quelques remarques de Russell ou surtout Wittgenstein. Mais en épistémologie contemporaine sur la base d'une revue de ce qui me vient à l'esprit maintenant (disons, Moore Chisholm Goldman Sosa Nozick Dretske Lewis Lehrer Williamson), je ne vois personne qui utilise ou commente la notion! (Peut-être BonJour dans son livre sur l'intuition rationnelle et l'a priori, mais ce n'est pas une référence si classique ou centrale que ça...). Moore notamment, et sauf erreur, parle de ''certitude'', pas de clarté.
1b.
Clarifions (!): "dissert phénoménologique" peut s'entendre en deux sens. Au premier sens il s'agirait de faire de la phénoménologie; au second sens il s'agirait d'utiliser l'approche (des approches) phénoménologique(s) de l'histoire de la philosophie. C'est le second sens que j'avais en tête. Le style de commentaire de Descartes qu'on trouve chez Jean-Luc Marion est plus facile à entrer dans ce sujet (notamment pour faire une transition entre Descartes et d'autres auteurs) que celui de Bernard Williams.
Donc je suis bien d'accord: c'est avant tout un exercice d'histoire de la philosophie, ou la distinction entre "analytique" et "continental" est plus floue et moins pertinente. Mais néanmoins, il y a vraiment un boulevard qui mène de la lecture phénoménologique de Descartes, à l'évidence chez Husserl et au dévoilement chez Heidegger, alors que je ne vois rien d'équivalent côté analytique.
J'ajoutais que je voyais là un exemple d'une "loi" plus générale selon laquelle les notions techniques basées sur des métaphores sont plus faciles à traiter avec un arrière-plan phénoménologique, mais cela est peut-être faux.
1b - suite.
J'espère que non! Surtout sur un sujet comme . Si on prend l'objectif du traitement "le plus vaste possible" au sérieux, l'épreuve serait absurde. (La clarté dans la vision, les ombres, clarté du souvenir, des projets, épistémique et psychologique, clarté intrinsèque d'une théorie comme sa simplicité, et toutes les thèses pertinentes qu'on peut avoir et/ou trouver dans l'histoire sur ces aspects, et les arguments/objections d'un philosophe à un autre sur tous ces aspects.) A moins de prendre "le plus vaste possible" au sens de "le plus vaste possible, au sein du domaine restreint constitué par les "grandes" questions et les "grands" auteurs."
Pour ma part j'ai toujours compris l'objectif comme: montrer que vous êtes capables d'exposer les idées de 3 à 6 philosophes importants, de les contraster les unes avec les autres, et d'aborder au moins une question éthique et une question épistémologique/métaphysique.
2/ une note: je ne suis pas "anti-phénoménologique", mais "non-phénoménologique": je pense que la façon analytique de faire de la philosophie est meilleure, mais qu'on peut raisonnablement être en désaccord sur ce point (et même qu'il doit y avoir des désaccords pour la santé de la discipline). Au plus je pense qu'il y a certains styles caricaturalement "continentaux" qui n'apportent rien, mais cela ne recoupe pas la phénoménologie.
2/ Ton argument est: "l'agrégation doit respecter une forme de pluralisme. Donc un correcteur doit accepter une disseration phénoménologique. Donc on ne peut rejeter un sujet sous prétexte qu'il conduit à des dissertations phénoménologiques."
Hmm. C'est à la limite d'une auto-contradiction, si on l'interprète comme cela:
Je pense que tu es d'accord avec (1): le pluralisme de l'agrégation ne consiste pas à dire qu'on peut y donner des sujets restreints à une école ou tradition particulière (parce qu'il y en a trop, ce serait injuste vis-à-vis des candidats qui ne peuvent tout préparer). Mais du coup (1) pose un problème pour (3): si un sujet ne peut être traité qu'avec un bagage phénoménologique (ex: "Le Dévoilement"), il n'est pas acceptable. Bien sûr tu vas dire que ce sujet n'était pas si restreint. Mais n'y a-t-il pas un problème néanmoins si un sujet est beaucoup plus facile à traiter avec un bagage plutôt qu'un autre? (Bien sûr la parfaite égalité est impossible, mais bon ça c'est un peu le problème de fond avec le principe même de l'agrégation de philo au vu de l'état de la discipline en France.)
3/ Tu dis que je ne peux pas reprocher au sujet d'utiliser un mot obscur, parce que
Non sequitur aussi! Compare: "La capacité à présenter un philosophie fait partie de etc., donc est un sujet acceptable." Mais clairement n'est pas un sujet acceptable de disseration. Pourquoi? Pour la même raison que n'est pas, selon moi, un sujet acceptable. A savoir: ce n'est pas un sujet qui fixe un exercice du tout. Si on l'exprimait littéralement et honnêtement, on devrait l'énoncer ainsi:
Mais si on accepte cela, alors pourquoi pas:
C'est la raison pour laquelle l'expression de "traiter le sujet" me semble absurde pour un tel sujet. On devrait plutôt dire: "inventez un sujet sur ce thème et traitez-le". (C'est d'ailleurs comme cela que je voyais mes disserts à l'agrégation, et cela a marché correctement à l'écrit!)
(A la limite on peut envisager des sujets en un mot là où il y a un problème tellement proéminent concernant la chose en question que ce n'est pas la peine de le mentionner: par ex "La causalité" (pb proéminent: si elle existe). Mais ce n'est clairement (!) pas le cas de la clarté.)
4/ Mon argument n'est pas vraiment que cela favorise des copies "formelles". Je suis entièrement d'accord avec toi+la citation de Durkheim (très bonne), le pb de fond c'est que vu l'état de la discipline (étendue de celle-ci, plus l'histoire, plus son atomisation en courants), il est absurde de penser qu'il existe des exercices généraux appropriés à évaluer tout le monde.
Mon idée est que (1)pour néanmoins assigner tt le monde au "même" exercice, on a ce système qui permet en réalité à chacun de se choisir son exercice, (2)cela introduit au moins autant du hasard (candidats qui choisissent mal) que de la flexibilité dans l'évaluation, (3)et que ce travers est encore plus grand si a un sujet qui ne donne même pas l'illusion qu'on traite d'une question.
Mais bon, peut-être (sûrement) que du point de vue de la doctrine éclectique qui domine la philosophie française depuis Cousin, tout cela est parfaitement cohérent. Ce qu'on évalue c'est la capacité des candidats à "pondre qqch" sur un thème donné, pour qu'après ils "pondent qqch" sur les notions au programme en guise de cours, avec l'idée que le but de l'enseignement de la philosophie au lycée est d'apprendre aux élèves à "pondre qqch" sur des thèmes?
(pardon c'est plus long que je pensais!)
Laurence: Eh bien si je disais cela, cela impliquerait que j'adhère à l'idée qu'il y a un sens défini de clarté (la , et que c'est cela dont le sujet parle. Mais il ne semble pas que j'ai dit cela, au contraire! Je crois qu'il y a des vrais lions et des faux lions; des vrais entités et des fausses entités; des vraies théories et des fausses théories; mais pas qu'il y a des vraies clartés et des fausses clartés! A moins qu'on dise en quel sens particulier on entend "clarté" en posant la question.
Je voulais dire une chose très simple: on pourrait s'imaginer disposer de critères de la clarté. Mais seul le raisonnement est satisfaisant (Leibniz contre Descartes !).Penses-tu être certain de déterminer la nature de ce sujet? Prétentieux! Cela fait longtemps que l'on ne s'est pas disputé !! Mais il faudrait répondre à Cédric; après je reviens...
Laurence: (à savoir, la clarté). Si tu entends: est-ce que je suis certain de savoir ce qu'est la "vraie" clarté, la réponse est non, parce que je ne pense pas qu'une telle chose existe. Si tu entends par là: est-ce que je suis certain qu'il n'existe pas de chose telle que la clarté, la réponse est oui, mais ce n'est pas du tout prétentieux. C'est évident pour tout le monde qu'une image peut être "claire" au sens de lumineuse sans être "claire" au sens de nette, et qu'un discours peut être "clair" au sens d'avoir une bonne élocution sans être "clair" au sens d'intelligible, ou qu'une décision peut être "claire" au sens d'être sans hésitation sans l'être au sens de fournir un cours d'action bien déterminé.
J'adore: c'est évident pour tout le monde! Bon, cher Julien, cela ne suffit pas pour faire une dissert de 16 pages. Le défi: rédiger une dissertation demain et accepter nos critiques!
Laurence, j'ai l'impression que tu penses que je dis la chose suivante:
Et tu me mets en conséquence au défi de rédiger cette réponse (qui prendra, tu supposes, 16 pages - puisque le jury l'a donné à l'agrèg, il est garanti que la réponse juste aura 16 pages?), et d'accepter les critiques.
Or je n'ai rien dit de cela. Ce que je dis est - et tu peux prendre cela comme ma réponse au défi:
Certes cela ne fait pas 16 pages et ne vaut pas l'admission à l'agrèg! Mais je maintiens que c'est vrai, et j' toute critique sur ce point.
(Est-ce que tu m'as déjà vu une critique? Ou est-ce que par une critique tu veux dire que je dois accepter par avance que les critiques qu'on fera sont vraies?)
Sur l'évidence. Je ne dis pas que cela, le fait que le sujet n'est pas une question, et n'a donc pas de réponse, est évident pour tout le monde. Apparemment cela ne l'est pas. J'ai seulement dit que les choses suivantes étaient évidentes pour tout le monde:
Ces choses ne sont-elles pas évidentes pour n'importe quel locuteur assez compétent pour utiliser le mot "clair"? Est-ce que tu penses que ce sont des affirmations discutables ou que beaucoup de gens les trouveraient difficiles à comprendre?
De là je déduis l'affirmation (qui, elle, n'est pas évidente pour tout le monde, mais néanmoins une conséquence de ce qui précède):
(Quasi-)Preuve: prends une image qui est "claire" au sens de lumineuse mais n'est pas "claire" au sens de nette. S'il existe une "vraie" clarté, alors ou bien l'image est claire, ou bien elle n'est pas claire. (Ppe de non-contradiction). Mais il est à la fois vrai, en un sens, que l'image est claire, et faux, en un sens, que l'image est claire. Donc s'il y a une vraie clarté, l'image est claire et non claire. Mais c'est contradictoire, donc il n'y a pas de vraie clarté.
Le fait que je peux déduire cela d'une façon relativement directe de quelque chose qui est évident pour tout le monde est la raison pour laquelle je disais que j'étais certain qu'il n'y avait pas de vraie clarté, mais que cette certitude n'était pas prétentieuse du tout. Mais si certains pensent que c'est une découverte géniale, ou au contraire une grosse erreur, je suis curieux de les entendre!
Ta déduction (sic) "il n'y a pas de vraie clarté" n'est pas claire. Veux-tu dire: "il n'y a pas de vraie clarté" (intelligible) ou "il n'y a pas de vraie clarté" (intelligible)?
Steph: il manque qqch ou c'est une blague que je ne saisis pas.
Je dis: il faut construire la problématique. Il ne suffit pas, comme tu le crois, d'avancer trois intuitions pour faire une dissertation! C'est contre ta manière de raisonner que je me bats! J'avoue toutefois avoir été écoeurée des débats philosophiques dans les années 2001- 2003.
J'ai besoin d'apprendre et non de me livrer à ce genre de jeux stériles !
A bientôt
Ps: je pars en vacances demain
Il y a une blague effectivement sur les deux sens d'intelligibilité (ouïe et intelligence) qui devrait t'amener à conclure qu'il n'y a pas de vraie intelligibilité...
Disons que je suis d'accord pour dire qu'il n'y a pas de «vraie» variable. D'où ma difficulté à trouver que la réponse "il n'y a pas de vraie clarté" soit plus claire que la question "qu'elle est la vraie clarté".
Bonjour,
Un des enjeux fondamentaux du sujet: la théorie de la connaissance est-elle scopique (1: connaître, c'est voir d'un regard de l'esprit l'évidence) ou non scopique (2: connaître, c'est démontrer par analyse la cohérence)?
Si 1 est vrai, alors la clarté a un sens conceptuel (elle est philosophiquement "éclairante" si j'ose dire), mais si 2 est vrai, la clarté n'est qu'une métaphore(elle n'a pas de consistance conceptuelle).
Il n'y a ici ni boulevard analytique, ni boulevard phénoménologique, mais une croisée de "chemins qui ne mènent nulle part" car qui peut dire avec certitude que la connaissance se ramène à des idées parfaitement claires - Descartes et sa théorie des "idées claires et distinctes" -? Et qui peut dire au contraire qu'on peut en faire l'économie pour définir la connaissance - les leibniziens sans doute en développant leur théorie des "pensées aveugles" -? Enfin, la clarté dépend elle de nous, ou est-elle un mode de dévoilement mystérieux qui échappe à notre intelligence? Elle serait alors une indicible intuition dont on ne pourrait même pas parler...(difficile 3ème partie !)
J'avais écrit jadis un petit topo sur la conception cartésienne de la clarté et serais content d'en discuter à l'occasion ici ou là-bas.
Cher "frustré d'agrèg",
En fait - et si tu me permets - ton commmentaire illustre assez bien ce que je trouve déroutant avec l'agrégation (et les concours et le bac philo), voire pervers.
1) : pour moi, ce sujet ne pose aucune question philosophique, ni n'a aucun enjeu. La seule question incontournable que je vois si on me dit "La Clarté", c'est la question: qu'entend-on par "clarté".
Il y a bcp de profs qui, quand ils font des "corrections" de sujets, vous disent des choses du genre . Et dans bcp de cas cela me semble être mensonger: il est faux qu'il y avait une problématique évidente, d'autres philosophes compétents y aurait vu d'autres problèmes.
Par exemple pour toi la question centrale est: est-ce que la connaissance est intuition ou déduction? Ce qui suppose: (1)elle est l'un ou l'autre, pas les deux (pourquoi pas?); et (2)Clarté=intuition. Je ne discute pas le fait de faire des suppositions ou d'avoir des présupposés (c'est inévitable et parfaitement normal selon moi - je n'adhère pas à l'idée selon laquelle la philosophie consiste à faire une "critique des présupposés" ou que la critique des présupposés est une chose intéressante). Ce que je discute, c'est de penser que le sujet lui-même requiert qu'on fasse ces suppositions.
2) Tu esquisses une articulation de troisième partie de dissertation avec les précédentes et une façon de structurer la 3e partie dans cette phrase: Cela me semble en effet être exactement la façon dont il est attendu des candidats qu'ils construisent leur dissertations.
Le problème que cela me pause est qu'on voit ici comment l'exercice requiert typiquement qu'on créée une fausse unité en utilisant un terme ambigü au singulier avec un article défini. On vous demande de parler de "la" clarté, "la" passion, "la" liberté, "la" pensée, etc. Or dans la dissertation que tu esquisses (et ce n'est pas une critique, les "bonnes" dissertations sont typiquement comme cela), ce genre d'unité est mensonger. En gros: l'hypothèse de Descartes est qu'il y a des intuitions, i.e. des perceptions intellectuelles de la vérité; "la clarté" est alors un nom pour ces intuitions. Au contraire, l'hypothèse discutée au final est qu'il n'y a que des ; "la clarté" est alors un nom pour ces intuition. Mais manifestement, cette hypothèse implique qu'à proprement parler il n'y a pas d'intuition au sens de Descartes. Donc que si on continuait d'utiliser "clarté" au même sens, on devrait formuler l'hypothèse comme celle qu'il n'y a pas de clarté. Au lieu de cela, on fait semblant de créer une unité de thème en disant que la clarté s'avère être autre que ce qu'elle est ou semblait être. (C'est très hégélien, bien sûr, et c'est au fond d'Hegel que vient l'idée de la dissertation.)
Bref, ce que je trouve troublant voire pervers dans la dissertation c'est que (1)on doive faire semblant qu'il y a un problème posé alors qu'en réalité on est plus ou moins libre de se fixer son propre problème, (2)on doive faire semblant de parler d'une même chose alors qu'on parle de diverses choses qui portent ou on porté le même nom.
Steph: en fait je n'aime pas trop moi-même la formulation "il n'y a pas de vraie clarté". En toute précision je devrais dire:
C'est mieux?
(Et j'ajoute: ''la philosophie en général'' ne compte pas comme contexte de discussion assez particulier ici. Je veux dire par là que même si on dit clairement qu'on est en train de parler de philosophie, il n'est toujours pas le cas qu'il y a qqch qu'on peut appeler la "vraie clarté".)
Salut Clément,
Désolé je préfère ne pas laisser de commentaire sur le blog parce qu'il fait apparaître les adresses email (même avec le texte ANTISPAM_ dans l'adresse, cela ne protège pas de robots spammeurs intelligents). Le texte est très long, il gagnerait à être précédé d'un résumé des thèses principales que tu penses établir ou desquelles tu aimerais discuter. L'idée que la distinction d'une idée I consiste en la capacité du sujet à faire la différence entre I et toute autre idée (qu'il a, ou qu'il pourrait avoir?), et la thèse selon laquelle la distinction implique la clarté sont à mon avis les points importants. La notion de clarté elle-même reste mystérieuse, et d'après tes citations elle est toujours caractérisée de façon métaphorique. Du coup il faudrait s'intéresser à ce que Descartes pense être la fonction/les conséquences de la clarté d'une idée. Par ex, est-ce que: si une idée I de O (e.g. une idée de chien) est claire, cela implique-t-il que O existe?
Tu as raison d'insister sur la différence entre idée/concept et proposition; un des pbs de la philosophie pré-20e siècle, Descartes inclus, c'est de ne pas souvent la prendre en compte. Par ex, Descartes admet d'un côté que les idées claires sont vraies (idée = proposition), mais je doute qu'il admette que si on a une idée claire d'un objet alors il existe (idée = concept). (Sa distinction entre la réalité matérielle vs formelle d'une idée suggère qu'il admettrait qu'une idée peut être claire et donc avoir une réalité matérielle sans avoir de réalité formelle, i.e. sans que son objet existe.)
Une rque rapide sur la conclusion:
Les fondationnalistes rejettent justement la seconde prémisse, selon laquelle . (Ou, dans une version plus subtile, il rejetteront l'idée qu'on doive indépendamment savoir que les états P sont vrais. Le problème de la régression ne se pose pas si les états P nous permettent aussi de savoir que les états P sont vrais.)
Le problème soulevé ici est celui qu'on appelle ; à l'origine c'est une objection des sceptiques au stoïciens. Dans la littérature contemporaine c'est un argument des cohérentistes contre les fondationnalistes. Et on peut voir le problème du cercle cartésien comme une instance du problème du critère.
Le point important à voir c'est que le débat porte au moins en partie sur l'affirmation que est précisément en débat. Un fondationnaliste cohérent affirme que si un état mental a la propriété P, alors cet état mental est une connaissance. Et cela indépendamment du fait qu'on sache ou non que: si un état mental a la ppté P, alors cet état mental est une connaissance.
Il y a trois textes particulièrement utiles sur la question, dont deux sont dans le recueil que j'ai co-édité avec P. Engel (Philosophie de la connaissance).
Merci d'avoir à la fois tenté de préciser ma "question centrale" et surtout d'avoir mis à jour les présupposés de cette analyse sommaire (c'est ce que j'ai le plus de mal à faire en général, d'où un manque de recul qui rend beaucoup moins fondamentaux que prévu les enjeux présentés).
Et si je parlais de perspective, à la place d'enjeu fondamental, ça te conviendrait mieux? Cela permettrait de comprendre qu'en définitive, le jury sélectionne - théoriquement - les copies en fonction de leur capacité à poser un problème d'une certaine façon, puis à le déplacer - sans nécessairement le résoudre -; ce que j'essayais de faire à la fin en suggérant qu'il ne faut pas attendre d'une théorie de la connaissance le fin mot d'une définition de la clarté - peut-être une théorie de l'esthétique le pourrait-elle mieux? -.
Mais c'est vrai que tout cela est très artificiel - mon surnom à lui seul explique que je ne cherche pas à défendre ici le principe de l'agrégation! -.
Cordialement,
Oui, comme je crois l'avoir dit plus haut, je pense que l'exercice consiste au fond à s'auto-poser un problème (ou trois problèmes) et à envisager les réponses de qques auteurs importants (et à lier les problèmes plus ou moins artificiellement).
Julien:
"Il y a bcp de profs qui, quand ils font des "corrections" de sujets, vous disent des choses du genre "bien sûr la problématique soulevée par le sujet c'était...". Et dans bcp de cas cela me semble être mensonger: il est faux qu'il y avait une problématique évidente, d'autres philosophes compétents y aurait vu d'autres problèmes."
C'est ce qu'on pourrait appeler un contrôle des candidats par l'induction "naïve". Et l'on pourrait distinguer au moins deux types de correction. Un correcteur "sophistiqué" qui choisit les moins "naïfs", soit ceux qui ont déduit la "bonne" problématique. L'attendu est l'entendu, et c'est finalement une forme de corruption de la raison qui en résulte. Un correcteur "naïf" qui...
à Julien: merci tu es bien sympa de consacrer déjà de longues remarques à mon papier sur Descartes. Je vais relire ce que tu me dis et le reste des commentaires de ce billet dès que j'aurai plus de temps, d'ici quelques jours.
A l'origine, il s'agissait d'une des trois parties d'un "mémoire professionnel" d'I.U.F.M. J'avais choisi le sujet "être clair" pour essayer de comprendre ce qu'on attendait d'un prof de philo (et a fortiori d'un philosophe) en énonçant une telle norme, et puis je m'étais laissé un peu embarquer par Descartes. Les autres parties étaient beaucoup moins longues, mais j'essayais de montrer: 1/ que le programme Fichant actuellement en vigueur (liste de notions) présupposait implicitement une conception néo-cartésienne de la clarté, selon laquelle il serait possible de percevoir intellectuellement l'essence des choses; 2/ que le programme Renaut, rejeté par la majorité des profs de Terminale il y a quelques années, était sous beaucoup d'aspects beaucoup plus satisfaisant: approche plus "culture générale" et "éthique communicationnelle" (et criticisme!! suis-je bête); 3/ mais qu'enfin la version la plus satisfaisante à mes yeux était celle proposée par ce que je soupçonnais à l'époque être une application possible de la philosophie analytique au lycée (notamment à travers l'article de Pascal Engel consacré à la dissertation, très bon à mes yeux). Bon je vais lire les commentaires et écrire plus tard. A bientôt.
La clarté est de fait un concept cartésien permettant de définir de l'évidence et un concept heideggerien (Lichtung).
C'est aussi un concept métaphorique qui permet de retrouver le sens de l'évidence sans Descartes et de le mettre en balance avec la clarté analytique du discursif (voire, le but ultime des raisonnements = la clarté totale = la mathesis universalis, ou encore le formalisme logique).
Mais il est clair qu'avoir le concept phénoménologique de Lichtung, c'est-à-dire de clarté, d'éclaircissement, de la vérité comme dévoilement et non adéquation discours/réalité, permet de dépasser l'alternative et de retrouver le sujet.
Voilà prquoi à mon sens, le sujet est polémique, en tant que sujet d'agrégation. Certes, on peut se débrouiller sans Heidegger ou la phénoménologie, mais on part avec un handicap, celui d'une conception de la vérité comme clarté qui permet de dépasser l'alternative intuitif/discursif et (soyons pragmatique) d'avoir une troisième partie ou tout au moins (restons pragmatique, mais plus proche des attentes de l'agreg) d'avoir de la matière, des références sur lesquelles réfléchir et ce de manière à propos, topique, puisque c'est le sujet même.
En bref, oui c'est une beau sujet métaphorique, mais il favorise le traitement phénoménologique, puisque la clarté est de fait un concept phénoménologique. Ce qui bien sûr n'empêche pas quelqu'un qui ne connaît pas la phéno de bien traiter le sujet, de se débrouiller en rapprochant la clarté d'autres concepts.
Inquiet:
Le sujet comme subjectif ou comme sujet de dissert? ;)
Le sujet de la dissert ou de l'utilité de la phéno pr l'agreg!
Cela dit, fort probable que les phénoménologues retrouvent du même coup le sujet comme subjectivité ;-)
"La clarté est un concept phénoménologique".
Ben mon colon!
: ben oui, si on prend "phénoménologique" non pas comme "issu de la phénoménologie [husserlienne]" mais comme "ayant trait à l'expérience" (notamment visuelle).
Et même moi je m'en suis rendu compte, c'est dire que c'est "clair"...
Cher Julien, merci pour ta longue et précise réponse.
1a) Philosophie analytique et clarté
Tu me demandais en premier lieu de justifier mon affirmation selon laquelle il y a une littérature analytique abondante sur et autour de la notion de clarté.
Je pensais d'abord à des références explicites à la notion de clarté :
— la clarté comme but de la philosophie analytique, la critique de l'obscurité
— l'analyse logique comme idéal de clarté, l'idée de clarification conceptuelle
— la clarté comme norme de la communication (cf. Grice, Sperber)
— toute la littérature sur le vague, qui est intimement liée à la notion de clarté (cf. par exemple Williamson et sa “logic of clarity” dans Vagueness)
Il me semble d'autre part que l'on peut mobiliser certains points de philosophie analytique (où il n'est pas question explicitement de clarté) pour comprendre la notion de clarté.
La clarté peut en effet à première vue se caractériser en termes
— de connaissance commune (common knowledge) :
il est clair que p ssi tout le monde sait que p et tout le monde sait que chacun sait que p.
— d'évidence :
il est clair que p ssi nous disposons d'une évidence qui justifie que p.
— de degrés de connaissance :
il est clair que p ssi nous savons très bien que p.
Nous sommes ici sans aucun doute en terrain analytique !
1b) Commenter Descartes
«Le style de commentaire de Descartes qu'on trouve chez Jean-Luc Marion est plus facile à entrer dans ce sujet (notamment pour faire une transition entre Descartes et d'autres auteurs) que celui de Bernard Williams. »
Mais néanmoins, il y a vraiment un boulevard qui mène de la lecture phénoménologique de Descartes, à l'évidence chez Husserl et au dévoilement chez Heidegger, alors que je ne vois rien d'équivalent côté analytique. »
Là encore, Julien, je ne suis pas du tout d'accord. Descartes est encore massivement lu par les philosophes analytiques, et il y a également un boulevard qui mène de la lecture analytique de Descartes aux questions contemporaines sur le fondationnalisme, l'internalisme et la responsabilité épistémique. Là encore, je réitère! Je suis sûr que tu connais ces développements analytiques sur et autour de Descartes, donc pourquoi affirmes-tu que tu “ne vois rien d'équivalent côté analytique”?
1b suite)
Je pense répondre plus bas (cf. 3) à ta question sur mon affirmation selon laquelle le but de la dissertation est de “traiter un sujet à la fois de la manière la plus vaste et la plus précise possible”.
2) Pluralisme de l'agrégation
Dans ta reformulation de mon argument, je suis d'accord avec 1 et 2, mais je ne suis pas d'accord avec la proposition 3.
J'ai simplement affirmé que dans les faits, le sujet “la clarté” va certainement conduire à beaucoup de dissertations phénoménologiques. Cela ne signifie pas du tout que (a) le sujet nécessite un traitement phénoménologique, et cela ne signifie pas non plus que (b) ce sujet favorise un traitement phénoménologique. Mon affirmation porte simplement sur la quantité de copies qui adopteront une perspective phénoménologique sur ce sujet, étant donné la diffusion de la phénoménologie en France. Cela ne préjuge ni de la possibilité de traiter autrement le sujet (contre a), ni de la qualité de ces copies (contre b).
3) Inventez un sujet !
Il me semble que ton argument est le suivant :
(1) Un sujet qui porte sur une notion x est :
— soit un sujet qui ne fixe pas un exercice,
— soit un sujet qui fixe seulement un exercice du type «Dites quelque chose de philosophique et bien construit à propos de x, en exposant quelques doctrines de philosophes connus au passage »,
— soit un sujet qui porte sur un problème clairement indiqué par la notion en question,
— soit un sujet qui porte sur plusieurs problèmes suscités par la notion en question.
(2) Un sujet qui ne fixe pas un exercice n'est pas un sujet acceptable.
(3) Un sujet qui fixe seulement un exercice du type «Dites quelque chose de philosophique et bien construit à propos de x, en exposant quelques doctrines de philosophes connus au passage » n'est pas un sujet acceptable.
(4) Un sujet qui porte sur une notion seule, mais tel que ce sujet porte sur un problème clairement indiqué par la notion en question, est un sujet acceptable.
(5) Un sujet qui porte sur une notion seule, mais tel que ce sujet porte sur plusieurs problèmes suscités par la notion en question, n'est pas un sujet acceptable.
Donc : un sujet qui porte sur une notion seule n'est pas un sujet acceptable, à moins qu'il porte sur un problème clairement indiqué par la notion en question.
(6) Le sujet «La clarté » porte sur une notion seule, et il n'y a pas un problème sur quoi ce sujet porterait de manière claire.
Donc : le sujet «La clarté » n'est pas un sujet acceptable.
Je suis d'accord avec (1), (2), (3), (4), (6), mais je ne suis pas d'accord avec ta conclusion. Ce qui ne fonctionne pas me semble-t-il dans ton argument, c'est (5).
Pourquoi t'opposes-tu à ce type de sujet ?
Tout d'abord, il me semble qu'il y a bien un exercice fixé par le sujet, qui est: «Déterminez quels sont les problèmes qui se posent lorsque l'on réfléchit à la notion en question, vous n'avez pas à traiter tous ces problèmes, mais choisissez une perspective à la fois la plus vaste, la plus précise et la plus cohérente possible. » (ce qui me semble correspondre à ce que tu disais en parlant du fait que cela revient à inventer un sujet, ou à s'autoposer des problèmes). On ne pourrait donc pas dire qu'avec ce type de sujet, on retombe dans le cas (2).
De même, il me semble qu'on ne retombe pas dans le cas (3). Il ne s'agit pas simplement de “dire quelque chose de philosophique et bien construit à propos d'une notion”, il s'agit de poser et tenter de résoudre certains problèmes qui se posent lorsqu'on réfléchit à la notion. Le candidat sera jugé sur les problèmes qu'il a choisis (la fameuse “problématisation” du sujet), et sur la manière dont il a traité ces problèmes.
J'ai l'impression que tu préférerais des sujets qui posent directement et clairement un problème, de sorte que les candidats soient jugés seulement sur la manière dont ils traitent ce problème.
Je trouve au contraire qu'il est pertinent de juger un candidat à l'agrégation sur sa capacité à poser par lui-même des problèmes suscités par une notion. Et ce, d'autant plus lorsque cette notion est une notion commune (“c'est clair” fait partie du langage ordinaire !), lorsque cette notion est au cœur même de la philosophie (et surtout de la philosophie analytique !) et lorsque cette notion est intimement liée à l'enseignement (en tant que professeurs, nous cherchons à être clairs, nous annotons des copies d'élèves (“pas clair”, “manque de clarté”)). Je pense ainsi que c'est un très bon exercice que de demander ce qu'est la clarté et quels sont les problèmes posés par cette notion, à des philosophes qui prétendent faire un travail de clarification conceptuelle et à des futurs professeurs qui demanderont à leurs élèves d'être clairs.
4) Où il s'agit de ne pas simplement pondre quelque chose
Je suis d'accord avec ton diagnostic sur deux points :
(1) Les sujets d'agrégation sont fonction du pluralisme des manières de faire de la philosophie en France.
(2) Les sujets d'agrégation visent à évaluer des capacités que l'on attend chez un professeur de philosophie, capacités que ce professeur doit lui-même être capable d'apprendre à ses élèves.
En revanche, je ne suis pas d'accord avec ce que tu en tires. Selon toi, les sujets d'agrégation vont simplement évaluer la capacité du candidat à “pondre quelque chose sur un thème”.
Ton argument me semble être le suivant :
(1) Les sujets d'agrégation sont conçus pour évaluer des capacités que tout professeur de philosophie doit avoir.
(2a) Étant donné le pluralisme des manières de faire de la philosophie en France, seule la capacité de “pondre quelque chose sur un thème” peut être évaluée.
(2b) Ce que l'on attend d'un professeur de philosophie en terminale, c'est de “pondre quelque chose sur un thème” dans ses cours, et d'apprendre à ses élèves cette même capacité.
Donc : les sujets d'agrégation sont conçus pour évaluer la capacité des candidats à “pondre quelque chose sur un thème”.
Je crois que 2a et 2b sont faux. Il y a des capacités que tout professeur de philosophie doit avoir, et qui peuvent être évaluées, et sont, il me semble, évaluées, à l'agrégation.
Hormis la manifestation des vertus intellectuelles les plus courantes, un sujet d'agrégation vise à évaluer la capacité du candidat à problématiser, à analyser, et à argumenter. Ce sont ces mêmes vertus intellectuelles, et ces mêmes capacités que les professeurs cherchent à enseigner à leurs élèves en Terminale.
Je ne pense donc pas qu'un sujet d'agrégation qui consiste en une simple notion, comme celui de cette année sur “la clarté”évalue seulement la capacité de “pondre quelque chose” sur ce thème.
Merci encore pour ta réponse,
Désolé moi aussi pour la longueur de ce message !
Cédric Eyssette
"En bref, oui c'est une beau sujet métaphorique, mais il favorise le traitement phénoménologique, puisque la clarté est de fait un concept phénoménologique"
dans cette citation faut il entendre "phénoménologique" au sens de "ayant trait à l'expérience" contrairement à ce que je croyais à première lecture? La Lichtung est elle un concept "ayant trait à l'expérience"? J'avoue pour ma part que je ne sais pas trop ce qu'est mon expérience de la clarté. J'ai certes une expérience de choses qui me semblent évidentes, ou aller de soi, mais je n'ai pas d'expérience, au sens phénoménal du terme, de la clarté en elle même. Puis je avoir des expériences "claires"? Une évidence est-elle toujours claire? Pas sûr (mais peut être suis je plus leibnizien que cartésien). La clarté me paraît une propriété des contenus, pas des propriétés phénoménales: on dit que les idées sont claire ( Descartes), les concepts ( non vagues) les significations ( déterminées) ou les propositions, et bien sûr les discours. Je ne sais pas trop ce que veut dire avoir une expérience, au sens phénoménologique-descriptif, claire, encore moins avoir des qualia clairs. A vrai dire, on parle souvent de l'opacité même des qualia, dans la mesure où leur contenu "sensationnel" est tout sauf clair au sens où des concepts peuvent l'être.
Archibald: tu passes un peu trop vite au sens philosophique et technique du terme! Je pensais à:
Je ne nie pas l'idée que la clarté est ici une propriété des "contenus" d'expérience: les chambres, le soleil, les photographies, l'eau. Mais c'est une propriété qu'on leur attribuer sur la base de l'expérience seule (contrairement, par ex, au fait que la chambre ait été refaite en 2003).
Le terme "clarté" s'applique aussi aux sons, discours, idées, propositions, théories, etc. Mais à mon avis c'est déjà de façon métaphorique, même si la métaphore est devenue si conventionnelle que, placés dans un contexte philosophique, certains ne voient plus que ce sens-là!
* une chambre claire * la clarté du soleil * une photographie claire / trop claire * une eau claire
çà c'est phénoménologique? mais ce sont des choses hétérogènes:
un eau claire est une eau pure
la clarté du soleil est une propriété de la luminescence
la photo claire est une propriété d'une représentation ( même si issue de la chambre obscure)
et je ne sais pas ce qu'est une chambre claire ( la mienne est pleine de chaussettes salles et de slips dégueulasses, je n'ose pas inviter qui que ce soit)
la ligne claire de Hergé et Jacobs est une propriété des représentations
là je passe le relais aux spécialistes! venez à moi phénoménologues! montez au créneau!
et si la clarté n'est pas une propriété de quelque chose qui a un contenu propositionnel , alors c'est de l'abus de langage.
Je prefere employer, pour les contenus non propositionnels ( y en a, j'y crois) l'expression de "transparence"
bref la voilà votre disssert d'agreg
En disant que "la clarté" est un concept phénoménologique, j'entendais de tradition phénoménologique.
Si la clarté est le but de l'analyse formelle en philo analytique ou même le but de la philo du langage ordinaire (dénouer les noeuds conceptuels, éclairer les concepts par leur contexte, montrer les obscurités d'hypostasier les usages du langage), bref si la clarté est un but de la philo dite analytique, le concept de clarté est ici à construire, à retrouver. Pr un heideggerien (ou la phéno qui suivra Heidegger), le concept de clarté fait "tilt" sur l'enjeu de la vérité comme dévoilement et là toute une direction de pensée se met en route. Avouons que pr un travail de réflexion à faire en 7h, ça aide. Bien sûr, ce n'est pas le seul traitement et le jury va manger de la phéno mal digérée, des copies semblables et attendues, voire poétisant sur le dévoilement. Ms l'agrégatif "phénoménologue" a une longueur d'avance, l'agrégatif de base devant tirer ses connaissances vers le sujet, réajuster sans cesse.
je propose alors, pour distinguer les deux , qu'on parle de phénoménologie pour parler des propriétés de ce qui apparaît phénoménalement dans l'expérience , et de *phénauménaulaugie* pour parler de l' école philosophique qui met en avant la description de l'expérience phénoménologique
Ah, un lexique précis! La fin du babil philosophique est proche!
Cela fait un moment que je suis perplexe sur cette idée, extrêmement répandue, selon laquelle avec un ou en définissant clairement ses termes, on éviterait beaucoup de confusions.
Le problème c'est que la méthode (du moins à la façon dont elle est conçue et pratiquée) est évidemment circulaire: on définit des mots par des mots. Comment s'assurer que les seconds ne sont pas aussi confus que les premiers? En les définissants eux-mêmes par d'autres mots?