Les chercheurs déclarent, dans le journal américain Proceedings of the National Academy of Sciences du 9 mars, avoir localisé la zone du cerveau qui contrôle la foi religieuse. Selon leurs travaux relatés dans The Independant (sic), la croyance en un pouvoir supérieur, céleste, est un atout de l'évolution qui aide les hommes à survivre.

La croyance en un dieu serait profondément ancrée dans le cerveau humain, qui serait programmé pour l'expérience de la religiosité.

No comment.

Les malheureux auteurs de l'étude qui suscite cet article (Cognitive and neural foundations of religious belief, PNAS 2009) doivent pleurer de voir leur travail résumé de la sorte. (Ou plutôt ils pleureraient s'ils lisaient Le Monde.) Voici leur résumé, je mets en gras les passages qui indiquent avec une quasi-certitude que les journalistes ont mal compris:

We propose an integrative cognitive neuroscience framework for understanding the cognitive and neural foundations of religious belief. Our analysis reveals 3 principle psychological dimensions of religious belief (God's perceived level of involvement, God's perceived emotion, and doctrinal/experiential religious knowledge), which functional MRI localizes within networks processing Theory of Mind regarding intent and emotion, abstract semantics, and imagery. Our results are unique in demonstrating that specific components of religious belief are mediated by well-known brain networks, and support contemporary psychological theories that ground religious belief within evolutionary adaptive cognitive functions.

Bref, ce ne sont pas les zones de la religion, mais les zones d'autres choses qui sont utilisées aussi par les croyances religieuses. (Et oh surprise, les zones qu'on utilise pour penser aux personnes (=Theory of Mind) sont celles qu'on utilise pour penser à un dieu personnel!)

L'article français avoue indirectement prendre sa source dans (en fait traduire certains passages d') un article de l'Independent (avec un "e"), Belief and the brain's "god spot", que je suspecte lui-même de déformer les idées des chercheurs.

Le point de fond intéressant est de savoir si (a)la religion est une adaptation, (b)la religion est un sous-produit (non adaptatif) d'adaptations, (c)ni l'un ni l'autre. A première vue il ne semble pas que l'article favorise (a) vs (b), contrairement à ce que les articles suggèrent, par ex dans Le Monde:

Les scientifiques qui cherchaient "l'aire de la foi", supposée contrôler la croyance religieuse, pensent qu'il n'y pas une mais plusieurs zones du cerveau qui forment les fondations biologiques de la foi. Le cerveau aurait évolué en devenant plus sensible à toute forme de croyance qui améliore les chances de survie. Ce qui pourrait expliquer pourquoi la croyance en un dieu et au surnaturel est si répandue à travers le monde.

(Euh...? Parce qu'elle augmente les chances de survie après la mort??)

Je vous recommande plutôt de lire Et l'homme créa les dieux, de Pascal Boyer, pour une défense (par un anthropologue) de l'option (b)!