Apparemment l'un des points forts du livre de Coyne est d'insister sur les données biogéographiques en faveur de la théorie de l'évolution.

Mais le passage du compte-rendu particulièrement intéressant pour les philosophes est le suivant:

Whence, then, comes the oft-parroted canard, “Evolution is only a theory”? Perhaps from a misunderstanding of philosophers who assert that science can never demonstrate truth. All it can do is fail to disprove a hypothesis. Evolution is an unfalsified hypothesis – one that was vulnerable to falsification but has so far survived. Scientists generally don’t mind this kind of philosopher and even thank him for taking care of such matters, thereby freeing them to get on with advancing knowledge. They might, however, venture that what is sauce for the goose of science is sauce for the gander of everyday experience. If evolution is an unfalsified hypothesis, then so is every fact about the real world; so is the very existence of a real world.

This kind of conversation is swiftly and rightly sidelined. Evolution is true in whatever sense you accept it as true that New Zealand is in the Southern Hemisphere. If we refused ever to use a word like “true”, how could we conduct our day-to-day conversations? Or fill in a census form: “What is your sex?” “The hypothesis that I am male has not so far been falsified, but let me just check again”. As Douglas Adams might have said, it doesn’t read well. Yet the philosophy that imposes such scruples on science has no basis for absolving everyday facts from the same circumlocution. It is in this sense that evolution is true – provided, of course, that the scientific evidence for it is strong. It is very strong, and Professor Coyne displays it for us in a way that no objective reader could fail to find compelling.

Dawkins fait bien sûr allusion ici à l'influente doctrine de K. Popper (que j'introduis dûment chaque année à mes étudiants!) selon laquelle on ne vérifie jamais une théorie; on peut au mieux vérifier qu'elle n'a pas été falsifiée jusqu'ici. On peut tirer deux arguments ou considérations de ce passage:

  • La conclusion des arguments Popper est implausible, il y a certaines choses dont on sait qu'elles sont vraies. (Une sorte de réponse mooréenne)

  • Si les arguments sont justes, ils s'appliquent tout aussi bien aux théories scientifiques qu'à n'importe quelle connaissance ordinaire.

Je suis entièrement d'accord sur le second point, et pense qu'il est très important.

  • D'une part, on ne peut pas utiliser Popper pour défendre un scepticisme (modéré) vis-à-vis des théories scientifiques spécifiquement. J'ai l'impression que cette idée est, peut-être pas implicitement adoptée, mais du moins suggérée par les manuels de philosophie des sciences ou d'"épistémologie" qui ne discutent des théories de Popper qu'en relation avec les théories scientifiques, laissant entendre que ces dernières sont les seules affectées par la non-vérifiabilité, par opposition aux connaissances ordinaires. Même si on admet (contre Popper en fait) que les observations, elles, sont vérifiées, cela ne donne qu'une infime partie de nos connaissances ordinaires supposées.

  • D'autre part, si l'on adopte une position sceptique à la Popper mais qu'on admet que les affirmations ordinaires de connaissances (du style "Il sait que la Nouvelle-Zélande est dans l'hémisphère sud") sont acceptables si on les prend non pas strictement à la lettre, mais dans un sens relâché, alors il faut faire de même avec les affirmations qu'un scientifique peut faire du genre "la théorie de l'évolution est vraie".

Sur l'autre point de Dawkins, à savoir que la conclusion de Popper (qu'on ne sait pas si les théories sont vraies) est implausible, j'aimerais bien l'adopter mais j'ai des scrupules, que j'ai exposés ailleurs.