Barbara Cassin analyse les fautes d'orthographe de la présidence de la République Française
Par julien dutant le samedi 28 février 2009, 17:01 - Divers - Lien permanent
... dans Le Monde d'aujourd'hui. On y apprend peu de choses, à cette révélation étonnante près que si les philosophes français ne publient pas plus en anglais, c'est parce que c'est trop facile.
J'avoue d'emblée avoir juste survolé l'article: c'est tellement décousu et sans objet défini que je n'ai pas eu la patience de le lire en entier; j'ai sauté des paragraphes ici et là (la lecture n'en est pas rendue plus difficile) pour voir s'il y avait un point au final, mais cela ne semble pas être le cas. C'est plutôt l'expression générale du désarroi de B. Cassin face à divers aspects du gouvernement français actuel, qui vont du style et de la politique du président aux fautes d'orthographe sur son site internet.
Je sais qu'il y a des raisons pour les chercheurs français d'être choqués par les déclarations de Sarkozy, mais on parle déjà largement trop de lui à mon goût, ce pourquoi je ne compte pas en rajouter sur le sujet ici. Je compte juste parler de deux choses qui m'ont frappé à la lecture au survol de l'article.
La sémiotique du discours politique
Cette idée de discuter la signification implicite des fautes d'orthographes sur le site internet de la présidence me semble être un exemple extrême d'un travers de la culture française (surtout littéraire) de discuter la politique sous l'angle de l'analyse ou du décryptage de significations implicite du vocabulaire ou d'attitudes d'un homme politique. En voici quelques exemples. L'idée est que le simple fait d'utiliser certains mots communique un message implicite. Prise à la lettre, cette idée est ridicule. Comparez par ex les deux phrases suivantes:
-
Les étrangers ne sont pas les bienvenus dans ce pays.
-
Les étrangers sont les bienvenus dans ce pays.
Si on se contente de regarder le choix des mots, on pourrait conclure que le message communiqué par ces deux phrases est le même. Ne manquerait-on pas quelque chose d'important?
Je soupçonne que cette habitude qui me semble très française est au fond un reliquat de la sémiotique (style Mythologies de Barthes). L'idée de fond est que le langage (et les attitudes, et les apparences physiques) exercent une énorme influence par association inconsciente sur la base de codes implicites. Il a de bonnes raisons de douter que ce soit le cas.
En pratique ce genre d'analyse "marche" tout simplement parce que les gens qui les font connaissent par ailleurs les intentions/idées du politicien en question (ou ont des hypothèses raisonnables sur celles-ci). C'est d'ailleurs facile à tester. Donnez à des gens férus de ce genre d'analyse (a)des statistiques d'occurrences de mots ou (b)des extraits de discours, sans leur dire d'où ils viennent, et demandez-leur d'en tirer une description du programme politique de leur auteur. Je pense qu'on aurait des résultats amusants!
(On doit aussi concéder que ce genre d'analyse "marche" aussi en partie parce que... les hommes politiques y croient! Comme il est d'entente commune que les choix des mots seront analysés comme porteurs de messages politiques, les hommes politiques en viennent à les utiliser de cette façon.)
Notez que s'en passer complètement sans pour autant prendre les discours pour argent comptant. Les syndicats, partis politiques et autres mouvements (type Sauvons La Recherche) n'ont aucun mal à attribuer au gouvernement (et à s'attribuer les uns aux autres) des intentions cachées ou à lui reprocher des discours trompeurs ou déformant la vérité, sans consulter de sémioticiens sur les significations subliminales des discours en question.
Une des raisons de cette habitude doit aussi être qu'elle permet aux chercheurs/universitaires concernés (lorsqu'il s'agit de chercheurs/universitaires) de parler en tant qu'experts: après tout, le commentaire de texte, c'est notre boulot.
Pourquoi les philosophes français ne publient pas en anglais
Mon désarroi face à cette sous-culture de sémiotique de la politique étant dûment exprimé, j'en viens au passage de l'article de B. Cassin qui m'a frappé:
Le CNRS est, chiffres à l'appui, au premier rang européen et au quatrième rang mondial. Dans les "mauvais" secteurs, en philosophie par exemple, le biais linguistique est évident : publions en anglais short and dirty des articles saucissonnés, et notre score va grimper aussitôt.
L'idée est, si j'ai compris: les philosophes français sont sous-évaluées par les mesures (notamment quantitatives) de la recherche parce qu'ils publient peu en anglais. Mais il leur suffirait de le faire pour qu'on voit leur vraie valeur. Et ce serait facile.
Moi qui naïvement pensais que les philosophes français publient rarement en anglais parce que 1)c'est souvent difficile pour eux d'écrire dans cette langue et 2)publier dans une bonne revue en anglais exige de peaufiner ses articles bien plus que les français ont l'habitude de le faire! Mais non, pas du tout! C'est juste qu'ils ne prennent pas la peine de le faire, parce que la qualité des publications anglaise est inférieure (short and dirty--- pourquoi pas le plus commun quick and dirty, d'ailleurs?). Demander à un philosophe français de publier dans une revue anglophone, c'est un peu comme demander à un grand chef de diriger une cantine d'usine!
Commentaires
C'est clair que quand les Espagnols disent comme c'est l'usage mis papas (mes papas) ou mis padres (mes pères) pour dire mes parents, ils ne témoignent pas discrètement de leur phallocentrisme et qu'un extra-terrestre risquerait à chercher les Weltanschauungen qui se cachent sous les mots de croire que les Terriens sont ptoléméens quand ils disent que le soleil se lève et se couche.
Vous avez raison de dénoncer l'interprétation quand elle est déplacée et j'ajouterai que l'hyperdiffusion de la psychanalyse joue un rôle dans cette surinterprétation bête et automatique que l'on trouve ça et là.
Reste que si quelqu'un aujourd'hui parle des nègres ou des pédés, j'ai de bonnes raisons de penser que ces mots véhiculent du racisme et de l'homophobie (même si je ne le connais pas d'avance - certes je dois quand même me rendre compte qu'il sait parler correctement le français etc)
Il me semble aussi qu'on n'attaque pas de manière décisive cette systématique herméneutique du soupçon en niant l'idée que "le langage exerce une énorme influence par associations inconscientes". En mettant en question cette influence, on nie juste l'efficacité de ceux qui feraient un usage intentionnel de mots disons révélateurs mais on n'argumente pas contre l'idée que certains mots (expressions etc) sont des marqueurs de certaines conceptions du monde (mais c'est clair que de tels marqueurs ne peuvent pas être déterminés à partir du dictionnaire mais en prenant en compte le contexte, l'identité du locuteur etc).
Concernant l'analyse des programmes politiques, ce que vous dites est probable mais à mes yeux ça tient moins à l'échec essentiel de la méthode qu'au fait que les discours de droite ont intégré des marqueurs de gauche et réciproquement, cela dans le but de chasser sur le terrain de l'adversaire.
A vrai dire j'ai l'impression que ce sont les sémioticiens qui vous énervent, plus que l'interprétation qui est finalement une pratique courante de la vie ordinaire. Moi, je suis plus sensible à l'apport fâcheux sur ce plan de la psychanalyse!
Je suis moi aussi choquée par le langage de charretier du président français, et par son mépris affiché pour la culture, la recherche universitaire, et les enseignants en général ( n'a t il pas déclaré récemment que quand il visitait une école ou un lycée, il aimait aller voir les femmes de service et les concierges, qui eux au moins sont des gens normaux, plutôt que de rencontrer des enseignants).
Il semble assez évident que ses provocations sont à la fois spontanées ( il donne réellement l'impression de n'avoir jamais lu la Princesse de Clèves) et parfaitement calculées ( voir le livre de Yasmina Reza sur sa campagne, dont on parla tant à sa sortie, mais qui a heureusement rejoint les oubliettes médiatiques où il aurait dû rester) . Le principe consiste à encourager la représentation usuelle via l'antienne: " Enseignants, tous feignants, absentéistes, profiteurs". Raymond Barre jadis avait lui aussi parlé des "privilèges" des fonctionnaires, visant l'enseignant en premier lieu. Sarkozy ressemble à cet égard à un autre tribun populiste français, le "socialiste" Georges Frèche, ou même à Allègre, qui, souvenons nous, dut quitter le gouvernement Jospin essentiellement parce qu'il avait multiplié les provocations à l'égard des fonctionnaires de l'éducation nationale.
Le CNRS est autre chose. Même s'il semble clair que l'argumentaire de Sarkozy est du même ordre que celui qui lui fait haïr les professions de recherche et d'enseignement, on peut se poser, comme il l'a fait, la question de savoir si le statut de chercheur à vie qui est celui des chercheurs du CNRS est le plus optimal pour une recherche publique. Notons seulement que la France est le seul pays qui, depuis la fin de l'URSS et de la DDR, à avoir autant de chercheurs à vie dans des instituts comme le CNRS. La plupart des autres pays ont rejeté ce système (même s'il ont gardé, ce qui est très différent, des instituts de recherche où les universitaires font desséjours temporaires, et quelques rares centres, comme All Souls en Angleterre, le Max Planck ou le IAS de Princeton). On peut se poser cependant la question: pourquoi, si ce système français marche si bien, et si, comme aiment à le dire les chercheurs du CNRS , ils sont l'une des meilleures institutions du monde et si l'intégration de leurs équipes aux universités est si bonne, la recherche française est si faible dans certains secteurs, si provinciale, et pourquoi les autres pays n'ont ils pas imité ce ticket gagnant, et pourquoi les universités en France sont-elles tellement en crise? Si les chercheurs du CNRS sont tentés de répondre que ce n'est pas la faute du CNRS, mais celle des universités, ils seront aussi invités à réfléchir également à leur réponse.
Barbara Cassin, chercheur au CNRS, fonde son argumentaire contre la publication en anglais des chercheurs français sur une conception que j'appelerais volontiers herderienne de la langue, mais qu'on pourrait bien plus aisément appeler du relativisme linguistique: chaque langue a son génie propre, et la recherche ne peut se publier que dans sa propre langue. Elle défend ce point de vue dans son livre collectif "Vocabulaire européen de la philosophie", dans lequel on trouve par exemple un article pour nous dire que "mind" ne laisse traduire ni par "esprit", ni par Geist" , ni par "mente" d'une langue européenne à l'autre, et donc que toute tentative pour parler, en un sens commun , de "philosophy of mind" , par exemple, est vouée au malentendu. Les gens qui ont enseigné sans problèmes spécifiques de traduction, la philosophie de l'esprit en France, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, aux USA ou en Croatie, apprécieront. Cette thèse relativiste est, comme on le sait très discutable, mais comme le note J.D., ce qui surprend surtout c'est qu'elle devrait impliquer un relativisme dans l'évaluation: la conclusion devrait être que chaque langue est aussi bonne qu'une autre pour faire de la recherche, mais qu'aucune n'a de privilège. Au contraire Barbara Cassin semble considèrer qu'écrire en anglais conduit nécessairement à écrire ( et sans doute à penser, puisque pour elle la pensée est habitée nécessairement par la langue et vice versa) "short and dirty". Donc il faut comprendre qu'il y a certaines langues qui sont, pour parler comme dans Animal Farm, plus égales que d'autres, et on peut supposer que le français en est une. Heidegger, quant à lui, soutenait que c'est l'allemand qui porte la culotte de langue philosophique privilégiée.
With best wishes G de B
Gaëtane,
La critique du relativisme ne justifie pas d'interpréter n'importe quel propos clairement exprimé et compréhensible: «la qualité [des articles] n'est pas une propriété émergente de la quantité» à partir d'une thèse concernant la langue soutenue ailleurs par l'auteur. Mais peut-être considérez-vous que seule une histoire structurale de la pensée de B. Cassin permet de comprendre ce qu'elle dit concernant l'évaluation purement quantitative de la la production philosophique? Une véritable objection aux propos de B. Cassin établirait que la pression à la publication dans des revues a un effet positif sur la qualité de la production philosophique, ce qui est tout à fait défendable pour peu que l'on crédite ces revues de sélectionner des articles de qualité.
Je n'ai pas fait de "lecture symptomale" de l'article. Si un auteur vous dit que A, que l'on voit clairement que A implique B et si par ailleurs dans ses écrits il va proclamant partout que B, ce n'est pas de l'obsession interprétative à la manière des années 60 que de lui attribuer aussi B quand on lit son propos que A .
Quelqu'un qui me dit que publier en anglais implique nécessairement de publier mal en qualité et beaucoup en quantité ne peut que, si on connaît un tant soit peu les conditions de publication dans les revues anglophones ( de philosophie; c'est de cela que nous parlons n'est-ce pas , et non pas d'autre chose) monter dans les reviewings, est quelqu'un qui a - euphémisme - peu d'estime pour la production philosophioque en langue anglaise et les classements internationaux sur la qualité des revues. Le jour où l'on me montrera que ces classements de revues, comme celui de l'ERIH de l'ESF , conduisent à mettre en premier des revues de faible qualité, je serai prêt à admettre ces raisonnements, mais pas avant.
Full disclosure: je suis depuis peu dans le comité éditorial d'une des revues anglophones soi-disant short and dirty, je ne peux pas prétendre à un avis neutre sur la question! Mais le comité reçoit les articles sous forme anonyme, B. Cassin peut sans crainte nous envoyer ses travaux (courts et sales ou long et propres), ils seront traités à l'égal des autres!
Bonjour Je ne suis pas philosophe, juste intéressée par les débats d'idées. Venant de lire le texte de Barbara Cassin, je m'interroge sur l'avant-dernière phrase, "ture à l'égard de la culture". S'agit-il à votre avis d'une coquille? Sinon, quel sens peut-on lui donner?
Aucune idée, j'ai supposé une coquille, mais c'est peut-être un jeu avec la partie manquante de "culture" dans "ture". Espérons que B. Cassin publie une autre pièce d'opinion pour s'en expliquer!
«On doit aussi concéder que ce genre d'analyse "marche" aussi en partie parce que... les hommes politiques y croient! Comme il est d'entente commune que les choix des mots seront analysés comme porteurs de messages politiques, les hommes politiques en viennent à les utiliser de cette façon.»
Si je comprends bien, rien n'est politique, pas mêmes les discours politiques eux-mêmes puisqu'ils reposent sur la croyance fausse introduite en France en 1957 que le langage (et les attitudes, et les apparences physiques) exercent une énorme influence par association inconsciente sur la base de codes implicites. Mais comme il est d'entente commune (au sein de la communauté politico-sémioticienne) que les discours politiques des hommes politiques seront analysés comme porteurs de messages politiques par les membres de la communauté, les hommes politiques en viennent à les utiliser de cette façon. Le mot «étranger» par exemple n'est pas implicitement politique. Pour cette raison un homme politique étranger peut l'employer 100 fois dans un discours politique sans qu'il soit porteur d'un message politique à moins qu'il n'ait fait ses études en France dans les 50', auquel cas il se pourrait qu'il en vienne à l'utiliser comme porteur d'un message politique, croyant naïvement que 100 itérations d'un mot signifie autre chose que dire 100 X 1 même mot. Soyons clair, cet usage réitéré du mot «étranger» hors de France ne sera pas compris comme porteur d'un message politique par ceux qui l'écoutent dans la mesure ou n'étant pas des sémioticiens français, ils savent naturellement que les mots ne sont pas politiques, ils savent donc que le choix des mots ne peut communiquer aucun message politique sauf à y croire, ce qui n'est pas possible sans avoir lu Barthes & cie. Cela explique bien sûr pourquoi les textes des politiciens étrangers ayant évité la France dans les 50' sont plus courts que ceux de leurs collègues qui y ont fait des études.
Il n'y aurait pas une faute d'orthographe dans ton titre?
Si, bien vu :)
Je n'en ai pas réussi à en tirer beaucoup de conclusions d'ailleurs ;)
Bonjour,
Effectivement l'article laisse ouverte l'interprétation de Gaëtane de Blanchecombe #2: ce qui serait "short and dirty", ce serait non la revue en anglais, mais l'anglais dans lequel écrirait nécessairement un philosophe français, diminuant donc la valeur de sa propre pensée.
La revue anglophone serait donc créditée d'une grande hospitalité à la rédaction "short and dirty", foin de tout chauvinisme de la belle langue shakespearienne. "Les étrangers sont les bienvenus dans ce pays" de la philo en anglais.
Mais tout de même: si la valeur de l'article est diminuée par sa mauvaise traduction, puis par son "saucissonnage", et que les revues l'acceptent pourtant sans barguigner, on peut en conclure que (selon Barbara Cassin) les revues anglophones de philosophie ne valent pas qu'on comptabilise ce qui y paraît.
Entré ici sans être philosophe ni géomètre, mais ayant des restes d'algèbre, je suggère une évaluation mondiale, et un classement, des revues scientifiques ?”
«L'idée est, si j'ai compris: les philosophes français sont sous-évaluées par les mesures (notamment quantitatives) de la recherche parce qu'ils publient peu en anglais. Mais il leur suffirait de le faire pour qu'on voit leur vraie valeur. Et ce serait facile. »
Je comprends plutôt qu'elle fait référence à un système de publication qui encourage un certain type de publications (sujet découpé à l'infini pour faire plusieurs articles, auto-plagiat, etc.) pour faire du chiffre.
C'est en effet son raisonnement explicite. La question qu'il soulève est: pourquoi est-ce que ce serait spécialement le fait des publications en anglais que de permettre ce genre de saucissonnage? Pourquoi quelqu'un qui publie en français serait il à l'abri des autoplagiats et recyclages d'un même article? De deux choses l'une: (a) ou bien BC pense qu'en français c'est plus malaisé qu'en anglais, car la communauté linguistique est plus réduite, ou bien (b) elle pense, selon l'interprétation que j'ai donnée plus haut, que l'anglais comme langue philosophique est nécessairement une langue relâchée et que les expertises dans cette langue sont peu sérieuses. Peut être en fait pense-t-elle les deux. Mais en tous cas ni l'une ni l'autre des hypothèses ne valent: (a) il est parfaitement possible de faire du saucissonnage / débitage en français ( "des noms !" - je m'abstiendrai)et comme je le disais , et (b) est ridicule, et manifeste une complète ignorance des conditions réelles de publication en philosophie en anglais. Pour ne pas parler des revues, et seulement des livres , qui semblent importer tant aux chercheurs français en humanités et sciences sociales ( qiui repètent à l'envi que l'unité de recherche n'est pas l'article mais le livre), signalons que la plupart des presses universitaires de langue anglais font lire tout manuscrit par deux referees anonymes extérieurs. Je n'ai jamais rencontré cette pratique en France, où c'est le fait de connaître le directeur de la collection qui vous ouvre toutes les portes...
Je n'en ai pas réussi à en tirer beaucoup de conclusions d'ailleurs ;)Je n'ai pas réussi, etc. Il y a une malédiction qui frappe les chasseurs de faute... Faudrait faire un article.Gaëtane (14)
Ce n'est pas sensé d'attribuer à B.C. l'idée que l'anglais comme langue philosophique est une langue relâchée car ça conduirait à discréditer la philosophie anglaise, or, dans son vocabulaire, elle ne la discrédite pas mais souligne juste les difficultés de traduction d'une langue philosophique à une autre.
Il y a peut-être derrière cette pointe, injustement sévère en effet, contre les publications des chercheurs philosophes français en anglais un petit règlement de compte des continentaux avec les analytiques (c'est peut-être une manière de dire: "si vous imitez les chercheurs scientifiques dans le domaine philosophique, vous mettez en danger la Philosophie")
Quelle gentille et aimable interprétation des propos de Barbara Cassin! prenons la! et allons y! évitons de prendre les critères de la publication scientifiques en philosophie, si inadaptés et si peu pertinents! continuons à traiter la philosophie comme une discipline de cénacles et de gens bien nés!
( j'ai beau venir d'une famille noble, je suis une démocrate)
Petit commentaire d'un enseignant-chercheur européen, non-francophone, et fonctionnaire français, qui craint dès le départ la critique concernant ses fautes de frappe, manque da faculté linguistique...(et qui dit en plus "votation", "septante" etc. après des années d'activité en Suisse...): D'ou vient le constat, écrit par Mme Cassin: "Le CNRS est, chiffres à l'appui, au premier rang européen et au quatrième rang mondial."?
Certains l'attribuent à l'OECD, mais aucune trace sur le site ou dans les publications, liens statistiques etc de l'OECD. Curieusement ce classement correspond exactement à celui du "Ranking Web" par un laboratoire du CSIC (http://research.webometrics.info/index.html). Un classement certainement original et issu d'une idée genereuse ("The original aim of the Ranking was to promote Web publication, not to rank institutions....We intend to motivate both institutions and scholars to have a web presence that reflect accurately their activities. ") mais de valeur questionable et, petite picanterie, un ranking selon GOOGLE!
Afin d'éviter des malentendus, ces "ranking" automatique (Shangahi, h etc) contribuent moyennement et ne remplacent pas les regards critiques d'un rapporteur experimenté, mais sont non plus sans valeur aucune (sauf si les critères ne correspondent plus à l'objectif, comme dans le cas du ranking cité par Mme Cassin).
Accessoirement un peu se demander si un gouvernement responsable, en temps de crise, investit de moyens supplementaires dans une organisation qui a déjà depassé la Max-Planck-Gesselschaft, le Wellcome Trust et le CERN - peut-etre pour enfin deboulonner le NIH et la NASA?
Et des moyens manquent (un projet en science dure de type "prise de risque" est doté d'office que de 15.000 Euro par le CNRS - suffisant pour payer les depenses en matériel de 8 mois, sans salaire, sans équipement - là on risque de preferer les transat... Un mauvais diagnostique ne sert pas au patient.
Gaëtane (17)
1)en quoi est-ce aimable vis-à-vis de BC d'interpréter ce qu'elle dit sur les publications en anglais comme un trait dirigé par une continentale contre les analytiques?
2)je n'ai jamais dit qu'elle avait raison, vous lisez trop vite.
1) c'est aimable parce que cela fait passer un jugement faux et injustifié ( les publications en anglais sont relâchées scientifiquement et donc faciles à faire) pour dû à une opinion doctrinale ( continentale vs analytique). Or un jugement faux est simplement un jugement faux 2) vous semblez dire que BC se contente d'affirmer les difficultés de traduction, et basta. Mais elle fait plus qu'affirmer ce relativisme de bon aloi ( bien partagé aujourd'hui), car elle dit aussi, ou implicite, que l'anglais est une langue vulgaire et "facile" ( opinion également bien partagée, mais combien de gens "parlant anglais" arrivent à lire Shakespeare dans le texte, voire même Thomas Hardy?)
1)je n'ai pas dit que c'était une thèse mais une pointe, encore une fois vous lisez trop vite...Ceci à part, ce n'est pas contradictoire de dire -ce que je n'ai pas dit - d'un jugement qu'il est à la fois doctrinal et faux.Pourquoi n'aurait-on pas le droit d'ajouter à l'adjectif faux d'autres qualificatifs? Avec la tautologie que vous proposez on n'ira pas loin dans l'analyse des erreurs...
2)sur quel texte vous appuyez-vous pour attribuer à BC l'idée que l'anglais est une langue vulgaire et facile? Si je dis qu'on écrit dans des revues françaises des articles vite faits, mal faits, vous vous en sentez en droit d'en conclure que je porte un jugement sur la langue française en elle-même? Ce n'est pas la langue anglaise qui est accusée, c'est une anglophilie française, ce n'est pas pareil tout de même!
je ne sais pas trop la différence entre faire une pointe et affirmer quelque chose quand on écrit un article; peut être voulez vous dire qu'elle a fait une implicature conversationnelle ou un sous entendu? Certes il n'est pas contradictoire de dire d'un jugement qu'il est doctrinal et faux. Mais dire qu'il est faux est une chose, que j'ai dite, et dire qu'il est doctrinal en est une autre, que vous semblez avoir dite pour , en quelque sorte excuser B C de sa "pointe". Mais pourquoi faudrait il que sa déclaration apparaisse comme plus subtile qu'elle ne l'est? A mon avis elle a dit ( excusez la paraphrase laborieuse): " Si on veut nous faire publier et que notre recherche en philosophie soit classée dans les classements internationaux, nous pouvons toujours publier en anglais vite et mal ( sous entendu: les publications en anglais s'y prêtent et les bons classements des recherches en anglais dans les classements internationaux sont dus exclusivement à l'usage de cette langue, et non pas à la qualité de la recherche". Peut être a-t-elle dit ( en tous cas je vois bien des raisons de le lui prêter): " et d'ailleurs en anglais la plupart du temps les publications en philosophie ne sont bien classées que parce qu'elles sont short and dirty" et juste parce qu'elles sont dans cette langue". Et peut être a-telle aussi sous entendu: " la plupart du temps la recherche philosophique en français est bonne et rigoureuse, celle en anglais "short and dirty" ". Je fais ces inférences, car j'ai lu d'autres textes de BC, comme
http://www.rue89.com/2009/02/09/on-classe-les-chercheurs-comme-google-classe-les-sites
où elle dit notamment
"Publiez 'dirty', publiez sale, c'est-à-dire publiez vite, publiez en petits bouts, de manière à faire beaucoup d'articles dans les revues anglosaxonnes, même s'ils se ressemblent tous."
ou je me trompe, ou cela veut dire que les revues anglosaxonnes se prêtent à faire beaucoup d'articles "vite et sales" .
peut être s'agit-il des revues anglosaxonnes qui publient en français?
A propos du commentaire 5: A votre avis, votre présence dans le comité éditorial de ladite revue tient-elle à l'éminence de votre thèse, au nombre de vos publications dans des revues anglo-saxonnes de référence (Philosophical Studies, Mind, Analysis, peut-être Journal of Philosophy), ou tout simplement au fait ... que c'est la revue de votre directeur de thèse?
Geritte: au fait que le comité éditorial est maintenant géré collectivement par les enseignants-chercheurs et doctorants volontaires du département de Genève (comparer la liste et celle des collaborateurs du dpt!).
Deux rques: (1)ce n'est pas nous qui faisons le "refereeing" des papiers, juste un pré-filtrage avant l'envoi aux referees, et toujours à 2 au moins, (2)ce n'est certes pas idéal, mais le nombre de soumissions a explosé les dernières années, on ne peut pas tout envoyer aux referees. J'espère que la qualité de la revue montrera que c'est une bonne solution.
mais à part le propos malveillant, dialectica n'est pas la revue de Pascal Engel . C'est justement une vision parfaitement française des revues que de supposer qu'une revue détenue par ou à la botte de son directeur, qui nommerait qui il veut dans le comité. Cela ne veut pas dire que je ne prenne pas mes responsabilités.
Nombre de revues francophones ( je ne dis pas: toutes) , parmi celles qui sont si prisées par les chercheurs français qui font l'éloge de la qualité de la philosophie en français, n'ont un Editorial board que de facade , confient nombre de leurs numéros à des guest editors qui publient tel ou tel colloque, et ne recourent à aucune expertise aveugle et le directeur prend quasiment toutes les décisions seul. Peut être y aura-t-il des chercheurs français qui me diront que ce sont ces pratiques discrétionnaires, où les happy few jugent les happy few, qui forment le gage de la qualité!
sur ces problèmes j'invite à lire mon éditorial dans le dernier numéro de Dialectica ( à paraître sous peu
(n° 63, 1)
http://www3.interscience.wiley.com/journal/118509249/home
Oui,le propos n'est pas gentil; mais Julien Dutant s'est bien défendu. Et en plus, c'est une charge que de lire des articles. Le défi de Laurence H: écrire en langue anglaise sans faire de fautes! Dialectica, c'est le top!
Bien défendu, pas sûr.. "juste un pré-filtrage", ça donne plutôt une expertise borgne.
Bonsoir,
Je comprends la lecture philosophique que certains font de l'article de Barbara Cassin, mais ce n'est pas l'essentiel.
Pour un politiste ou constitutionnaliste comme moi il s'agit d'une excellente démonstration de l'absence de respect du Président de la République pour la langue française, donc pour un élément essentiel de cette "identité française" dont, par ailleurs, il se fait le chantre (voir le projet de Musée de l'histoire de France).
L'article est remarquable par sa précision, ses exemples et sa capacité à utiliser tous les registres de la langue.
Quand un expert en communication (je parle de N. S.) maltraite la langue, cela a un sens avant tout politique.
Bonne soirée.
La question des publications en français ou en anglais, question, cruciale -nous le savons tous- n'en est pas le thème central.
steph (le faux): je m'attendais à qqch comme cela. Pour ceux qui n'ont aucune idée de ce qu'est dialectica, de ce que le journal publie, des autres journaux du domaine, et qui lise les quelques commentaires laissés ici, je me dis que c'est facile et naturel de se dire: .
Et que puis-je dire dans un commentaire de blog qui prouve le contraire? Vous pouvez toujours me soupçonner d'être biaisé. Au final la seule chose qui prouve la valeur du journal c'est le respect dont il jouit dans la profession, la qualité des soumissions qu'il reçoit, et la confiance que lui accorde son comité directeur. Et sur ses plans-là dialectica se porte bien, je pense.
Enfin si ça peut aider:
Bref, on se donne un mal de chien (i.e. une bonne partie de notre notre temps et de notre énergie) pour sortir une revue de grande qualité, tout en ayant conscience de nos limites. Mais bien sûr rien n'empêche d'alléguer le contraire gratuitement.
Didier Maus:
Il semble clair que le président a peu de respect pour les chercheurs et universitaires, et nul n'est besoin d'examiner les fautes d'orthographe du site de l'Elysée pour cela. Par contre s'il manque ou non de respect pour langue française (celle de France bien sûr, pas le Suisse romand par ex!), les fautes en question, dont B. Cassin reconnaît qu'elles peuvent n'être que le fait de petites mains de l'administration, ne me semblent pas à même de le prouver (mais certes, je n'ai pas suivi de formation de sémiotique), et cela ne me semble pas, au fond, si crucial sur le plan politique. Bcp moins que le mépris des chercheurs!
Il est en effet pénible de lire des accusations malveillantes à propos d'une revue.
Dès qu'il y a un comité directeur dans une revue, on peut toujours le soupçonner de népotisme.
Comme le souligne Julien, ce type d'allégation gratuite est d'autant plus difficile à récuser qu'elle est _sans preuve_ et que l'auteur estime a priori insuffisante toute réponse. Popper, puisqu'il en est question dans un autre billet, a clairement montré les ressorts de ce mécanisme.
Merci à Pascal Engel et à Julien Dutant pour la précision de leurs réponses et la qualité de leur travail.
@geritte: c'est une allusion fausse, la majorité des membres du comité éditorial ne sont pas des doctorants de l'éditeur de la revue, mais (i) des doctorants d'autres professeurs (ii) des post-doc ou des professeurs. Par ailleurs, je ne trouve même pas évident qu'une revue qui aurait pour comité éditorial tous les doctorants d'un même professeur (je ne connais pas de telle revue) serait nécessairement mauvaise.
@steph le faux:
J'en profite pour encourager les lecteurs de ce blog à soumettre leurs articles, short and clean, à Dialectica!
Sur N. Sarkozy et la langue française, son annonce du plan pour les hôpitaux psychiatriques vaut le détour. Ce n'est pas exactement un manque de respect.
Bonjour,
Un manque de respect pour les chercheurs, non pas exactement, Julien. Le corps de la Magistrature est visé également; et puis il y a les médecins dans les hôpitaux publics, les infirmières débordées...
Mais j'ai déjà quant à moi formulé une critique du système universitaire. A mon sens, tout concourt à sa dégénérescence:
-les élèves vont parfois à l'Université parce qu'ils ne savent pas quoi faire
-les profs de fac se plaignent du niveau des étudiants
-les profs de fac n'ont pas de bonnes conditions pour travailler et ne cessent de se plaindre
-le système de recrutement des MCF est à revoir..
S'il méprise les universitaires, Sarkozy méprise aussi ses propres ministres, et même les réformes qu'il est censé mener, puisqu'il a qualifié la réforme de l'université de, je cite, «projet de merde » (voir Canard enchainé du 4 mars). Je ne crois pas que Sarkozy soit quelqu'un de particulièrement doué pour la communication, il est juste incohérent et pusillanime, et donc dangereux pour tous le monde.
Oh oh! Vous m’imaginez plus méchant que je ne le suis. C’est ce point qu’il m’intéressait de connaître: «les membres du comité ne connaissent pas les noms des auteurs, ils lisent les papiers sous forme anonyme. » parce que j’avais en tête quelque chose comme ça:
http://www.springer.com/philosophy/journal/11098?detailsPage=contentItemPage&CIPageCounter=556814
Cela dit à partir du moment ou le directeur de la revue se montre lui réellement malveillant en jetant, avec cette vague précision qui le caractérise dés qu’il évoque le continent français, le discrédit sur «nombre de revues francophones (je ne dis pas toutes) ». Il n’est pas surprenant que vous vous attendiez vous aussi en retour à des propos malveillants. Mais non pas moi, je ne sous-entends pas que votre revue est de mauvaise qualité, ou que le copinage s’y pratiquerait plus ou moins qu’ailleurs. Il me semblait seulement que vous n’en aviez pas assez dit. Ce qui est fait!
Steph le faux,
C'est normal; les philosophes analytiques sont peu nombreux en France et doivent donc lutter pour la reconnaissance. Mais au fond, ce sont de grands enfants; ils ne conaissent pas la vraie vie!
pardon -"connaissent"...
Le problème n'est pas du tout que vous publiiez ou écriviez en anglais; moi-même j'adore le faire, je veux dire écrire; d'ailleurs, j'adore écrire dans toutes les langues que je sais. Le problème est le suivant: si vous écrivez en anglais (parce que ça permet d'être lu d'un plus grand nombre de lecteurs, ou par choix esthétique d'appartenance à une chapelle, peu importe), sans avoir acquis, au préalable, une connaissance suffisamment littéraire de cette très belle langue pour avoir l'intelligence d'une pièce de Shakespeare ou d'une ode de Coleridge, par exemple, vous risquez de vous cantonner dans une sorte de langue standard dépourvue de dimension expressive, une langue de communication sans dimension esthétique. Et là, vous niez la double articulation du langage, vous ne retenez que l'articulation culturelle, sans l'articulation naturelle qui lui demeure sous-jacente et, donc, vous versez dans la fantasme d'un langage à une seule articulation, d'une culture sans nature, et vous oubliez que la signification n'est possible que grâce à l'articulation de la culture à la nature. C'est donc pour de bonnes raisons que la classe de rhétorique précède la classe de philosophie dans l'organisation traditionnelle des études. Car à écrire une langue standard, on finit par avoir aussi une pensée standard. Soit dit sans nostalgie aucune d'un humanisme dont l'universalisme n'est que le masque du colonialisme, mais au nom de l'exigence d'une culture qui soit spécifiquement la marque de l'humain.
Chers oyseaulx et sourys,
Non, on ne vous demande pas d'écrire un article dans la langue et le style de Shakespeare pour vous faire comprendre. Peu de profs d'anglais en sont capables d'ailleurs. Mais on vous demande d'être clair; et c'est bien d'écrire dans une langue étrangère parce que cela oblige à clarifier le contenu de sa pensée.
Mais vous avez raison sur un point: lorsqu'on ne maîtrise pas une langue (comme sa langue maternelle), on risque de rencontrer des obstacles (à analyser) qui font écran à sa propre pensée.Cela dit, la langue anglaise est celle qui est communément partagée; rien de plus.
oyseaux (39)
Je doute que la dimension esthétique soit requise dans un article de philosophie; c'est même l'absence de cette dimension qui est la condition d'une transmission univoque.
Quant à la double articulation du langage que vous invoquez, elle ne correspond pas à ce que vous écrivez mais à la distinction monèmes/phonèmes /(Cf Martinet). En plus votre identification de la dimension esthétique (que vous confondez d'ailleurs avec la dimension expressive) à la dimension naturelle de la langue est totalement confuse. Vous commettez en plus l'erreur de caractériser de langue standard une langue aussi claire et précise que possible; en outre ça saute aux yeux que l'anglais des communications en question contient des concepts spécifiques à la philo qui le distingue d'un anglais standard. Quant à parler ce que vous appelez une langue standard, c'est aussi une marque spécifique de l'humain: je ne connais aucun animal qui y parvienne.
Les oyseaulx n'ont fait que restituer, sans la moindre prétention, au sujet de la double articulation, dont ils sçavent comme tout le monde qu'elle consiste en la distinction d'un plan phonématique et d'un plan morphématique, si l'on veut employer ces jolies expressions, la réflexion de Lévy-Strauss, au début du Cru et le cuit.