Ce message est dédié à Mikolka.

En recherchant dans les archives de Libération des renseignements sur la réforme en cours du CNRS, je suis tombé par hasard sur l'article suivant, traitant des différences hommes / femmes. Le passage suivant est tellement savoureux que je me suis senti obligé de vous en faire part :

Les femmes sont physiquement trop faibles...

Par Françoise HERITIER

«C'est une différence construite. On peut dire que cet écart dans l'espèce humaine (et les préférences qui vont avec) est dû à une "pression de sélection" au fil des millénaires. Cette pression résulte des réponses, relevant du symbolique, apportées par les humains à des questions de fond. La plus importante de ces réponses est celle qui attribue au sexe masculin la part éminente dans la conception des enfants (car comment expliquer que les femmes fassent aussi des garçons ?).

Pour diverses raisons, relevant toujours du symbolique et non de contraintes biologiques, l'alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d'avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes ­ je pense à l'Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits "bons", la viande, le gras, etc, étant réservés prioritairement aux hommes. Ce n'est pas tant éloigné que cela de nos manières hexagonales : dans les années 40, dans ma famille paysanne auvergnate, les femmes ne s'asseyaient pas à table, mais elles servaient les hommes et mangeaient ce qui restait. Cette "pression de sélection" qui dure vraisemblablement depuis l'apparition de Néandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à ces écarts de taille et de corpulence, entre hommes et femmes.»

L'article est tellement ridicule que cela se passe de commentaire. Je préciserai néanmoins ce qui me semble positif dans tout ce galimatias :

1) La prise en compte de la sélection darwinienne, même si c'est sous sa forme "artificielle".

2) Le dépassement de l'opposition "tarte à la crême" Nature / Culture. En effet, selon Françoise Héritier, la taille des femmes est à la fois naturelle (au sens où elle est inscrite dans les gènes) et culturelle (au sens où le pool génétique a été "informé" par des considérations symboliques et où, comme on le sait, "symbolique" dans les sciences sociales signifie toujours culturel).

Addendum :

Néanmoins, à lire et relire le passage, je nuancerai mon premier point. Il est difficile de déterminer si la vision qu'a FH de la sélection est darwinienne. Je sens ici des relents possibles de Lamarckisme.