Les femmes, c'est comme les chihuahuas
Par Florian Cova le mardi 30 septembre 2008, 11:10 - Biologie - Lien permanent
Ou comment les femmes ont été victimes de la sélection artificielle suite à un terrible complot machiste...
Ce message est dédié à Mikolka.
En recherchant dans les archives de Libération des renseignements sur la réforme en cours du CNRS, je suis tombé par hasard sur l'article suivant, traitant des différences hommes / femmes. Le passage suivant est tellement savoureux que je me suis senti obligé de vous en faire part :
Les femmes sont physiquement trop faibles...
Par Françoise HERITIER
«C'est une différence construite. On peut dire que cet écart dans l'espèce humaine (et les préférences qui vont avec) est dû à une "pression de sélection" au fil des millénaires. Cette pression résulte des réponses, relevant du symbolique, apportées par les humains à des questions de fond. La plus importante de ces réponses est celle qui attribue au sexe masculin la part éminente dans la conception des enfants (car comment expliquer que les femmes fassent aussi des garçons ?).
Pour diverses raisons, relevant toujours du symbolique et non de contraintes biologiques, l'alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d'avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes je pense à l'Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits "bons", la viande, le gras, etc, étant réservés prioritairement aux hommes. Ce n'est pas tant éloigné que cela de nos manières hexagonales : dans les années 40, dans ma famille paysanne auvergnate, les femmes ne s'asseyaient pas à table, mais elles servaient les hommes et mangeaient ce qui restait. Cette "pression de sélection" qui dure vraisemblablement depuis l'apparition de Néandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques. A découlé de cela le fait de privilégier les hommes grands et les femmes petites pour arriver à ces écarts de taille et de corpulence, entre hommes et femmes.»
L'article est tellement ridicule que cela se passe de commentaire. Je préciserai néanmoins ce qui me semble positif dans tout ce galimatias :
1) La prise en compte de la sélection darwinienne, même si c'est sous sa forme "artificielle".
2) Le dépassement de l'opposition "tarte à la crême" Nature / Culture. En effet, selon Françoise Héritier, la taille des femmes est à la fois naturelle (au sens où elle est inscrite dans les gènes) et culturelle (au sens où le pool génétique a été "informé" par des considérations symboliques et où, comme on le sait, "symbolique" dans les sciences sociales signifie toujours culturel).
Addendum :
Néanmoins, à lire et relire le passage, je nuancerai mon premier point. Il est difficile de déterminer si la vision qu'a FH de la sélection est darwinienne. Je sens ici des relents possibles de Lamarckisme.
Commentaires
Merci!
Eh bien vous voyez, en France, Darwin, mâtiné ou non de Lamarck, ça passe!
N'importe quoi. ça fait 750 000 ans qu'elles nous cassent les couilles et on en a toujours.
Là c'est du darwinisme freudien! (théorie inconsciente de la féminité comme castration).
Là où en effet ça coince c'est: les femmes ancestrales ont été affamées, donc elles sont plus petites; donc leurs descendantes sont plus petites. C'est lamarckien dans l'idée, en effet. Mais cela suppose qu'on traite homme et femmes comme des espèces différentes! (Ou est-ce que Lamarck admettait un héritage différencié male/femelle des caractères acquis?)
C'est assez embarrassant pour l'anthropologie française! Ce n'est pas comme si Françoise Héritier s'aventurait là hors de ce qui est censé être son domaine d'expertise!
La question que je me pose est la suivante: sachant que dans la plupart des sociétés traditionnelles, ce sont les femmes qui font la cuisine, comment se fait-ils qu'elles n'aient jamais pensé à se servir en douce avant de servir leurs seigneurs et maitres qui les affameraient?
J'ai l'impression que Mme Héritier m'incite à penser que les femmes et les hommes ont une différence physique culturellement déterminée alors que la différence intellectuelle serait naturelle?
Que les femmes qui lisent ce blog m'excusent de pointer cette conclusion qui semble découler de la thèse de Mme Héritier.
Je soumets ces affirmations à la sagacité de votre jugement :
"La sottise à la cuisine ; la femme cuisinière, l'épouvantable absence de jugement avec laquelle est administrée la nourriture de la famille et de son chef ! La femme ne comprend pas ce que signifie la nutrition : et veut être cuisinière ! Si la femme était une créature pensante, elle aurait déjà dû trouver, en cuisinant depuis des millénaires, les faits physiologiques les plus importants, et elle aurait dû pareillement mettre en son pouvoir la médecine ! C'est le fait des mauvaises cuisinières — le fait du manque complet de raison dans la cuisine — si le développement humain a été retardé le plus longtemps, entravé de façon la plus pernicieuse : il n'en va aujourd'hui guère mieux. Un discours pour nos filles aînées."
Et vous laisse deviner l'auteur”
Nietzsche
Par-delà le bien et le mal, aph. 234
Les traditionnelles mammas italiennes sont d'ailleurs une preuve évidente du fait que les femmes sont affamées dans les sociétés machistes...
Ah ! Un naturaliste qui lit une culturaliste, ce n'est pas tendre ! J'espère que quand les culturalistes vous lisent, ils vous rendent une petit peu plus justice...car sinon, le dépassement nature / culture, que vous appelez à juste titre de vos voeux, va être difficile à réaliser...
Blague à part, Héritier fait son travail d'anthropologue culturaliste qui tend à historiciser le plus possible de nature humaine (qu'il puisse y avoir des limites - car en effet le symbolique doit avoir des origines non symboliques ou alors il se crée lui-même de manière passablement énigmatique- n'empêche pas que cette anthropologie - qu'il est difficile d'ailleurs de séparer de l'histoire - est souvent justifiée).
J'ai un peu l'idée suivante: si aujourd'hui c'est si intéressant de lire les naturalistes, c'est parce que certains délires naturalistes sont pour toujours rendus "ringards" par les avancées culturalistes.
Un petit point supplémentaire: le fait de la domination masculine n'appelle en rien pour être expliqué une théorie du complot. L'oeuvre de Bourdieu explique bien cela (un des outils conceptuels est le concept d'habitus mais aussi celui de champ etc) Mais qu'est-ce que les naturalistes qui écrivent sur ce blog pensent en fait de l'oeuvre de Bourdieu ? Il ne mérite à leurs yeux pas mieux que Françoise Héritier ? Je crois par exemple que Les Règles de l'art (genèse et structure du champ littéraire) est un livre à prendre en compte du point de vue des questions traitées récemment par Mikolka.
Personnellement, je ne me retrouve pas dans cette opposition culturaliste / naturaliste. Je suis certes "naturaliste" au sens où la culture n'est pas selon moi une entité à part et où certains traits culturels fortement répandus le sont en vertu de certaines prédispositions mises en nous par l'évolution. Mais je suis aussi culturaliste au sens où selon moi (et ça me semble évident) les comportements humains ne sont pas directement déductible de sa constitution biologique, pas plus que certains rapports de pouvoir. Par exemple, la création de l'Eglise crée des relations de pouvoir qui ne sont pas "naturelles" au sens où elles ne peuvent exister que dans un environnement culturel particulier. Je ne suis donc pas un "naturaliste" VS un "culturaliste", mais juste un "culturaliste naturaliste".
Effectivement, le "naturalisme" d'aujourd'hui a profité de la remise en cause de certaines hiérarchies et justifications de l'ordre établi par la second vague d'anthropologues (comme Boas) qui prônaient le "tout culturel". Mais je pense que le pendule est passé d'un extrême à un autre, tout aussi pernicieux (et c'est pourquoi certains "culturalistes" sont tellement inintéressants à lire). L'anthropologie a tendance à nier un peu trop la "nature humaine". Ce texte de Héritier (quelle que soit la valeur du reste de son oeuvre que je n'ai nulle part mis en doute) est à ce titre très révélateur... Les différences morphologiques restaient les seuls traces de "nature humaine" dans les différences hommes / femmes.
Je n'ai jamais mis en doute que la domination masculine puisse très bien s'expliquer sans avoir recours à un complot. Par contre, une sélection génétique artificielle allant pendant 750.000 ans dans le même sens sans que les acteurs se concertent me semble plus difficile...
Enfin, comme je vous l'ai déjà dit, j'aime beaucoup Bourdieu. Je ne vois pas en quoi une bonne partie de son oeuvre serait incompatible avec le naturalisme. Il me semble qu'au contraire il s'y prête assez bien en internalisant le social avec le concept d'habitus.