Je sais qu'avec ce post je ne ferai qu'enfoncer des portes ouvertes, mais les réactions à la récente déclaration de Delanoë où celui-ci avouait être libéral ET socialiste démontre une nouvelle fois une certaine incompréhension de ce qu'est le libéralisme.

Dans son texte, Delanoë distingue effectivement le libéralisme politique en général du seul libéralisme économique (et selon lui "sociétal"). Bien sûr, on peut discuter le fait de savoir si le premier peut véritablement aller sans le deuxième (cela ne va pas de soi), mais cette discussion ne semble pas avoir eu lieu. Les membres du PS indignés ne veulent entendre par libéralisme que le seul "libéralisme économique". Prenons par exemple cette déclaration de Benoît Hamon :

"Au moment où le modèle économique libéral est en plein marasme, où on réalise, partout dans le monde, que la dérégulation du système nous a conduit dans l'impasse, avec les crises bancaires, financières et énergétiques, Bertrand Delanoë nous joue l'ode au libéralisme"

On est loin de ce que Delanoë veut entendre par libéralisme :

"Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est une doctrine d’affranchissement de l’homme, née dans l’Europe des Lumières. C’est, comme son nom l’indique, une idéologie de la liberté, qui a permis l’accomplissement de grandes conquêtes politiques et sociales. Le principe en est simple : il n’y a pas d’oppression juste, il n’y a pas de chaîne qui ne doive être brisée, il n’y a pas de légitimité, ni donc de fatalité, à la servitude. Et le libéralisme, c’est dans le même temps l’idée que la liberté est une responsabilité, qu’être libre ce n’est pas faire ce que l’on veut mais vouloir ce que l’on fait. Au nom de cet héritage intellectuel- là, celui de Montesquieu, de John Locke, au nom de ceux qui ont su se dresser contre le confort mortel de l’habitude pour dire non, je suis libéral."

Libéralisme qui se situe selon lui à l'opposé de la politique de Sarkozy (point sur lequel je suis en accord avec lui) :

"Sarkozy entrave les libertés individuelles, et il ignore les libertés collectives. Qu’est-ce que l’amendement sur les tests ADN, sinon une restriction imposée à la plus élémentaire des libertés : celle d’exister autrement que par sa naissance, celle de ne pas se définir par son code génétique ? Qu’est-ce que cette pratique politique, faite d’arrogance et d’égotisme ? M. Sarkozy se veut souverain omnipotent : le libéralisme, c’est le contraire. Le libéralisme, c’est la tolérance devant les démarches individuelles, c’est une certaine forme d’indifférence bienveillante de la collectivité devant la singularité des choix de chacun, c’est la mise à l’épreuve de la plus belle des vertus – la modération dans l’exercice d’un pouvoir quel qu’il soit. Mais je vais plus loin : Nicolas Sarkozy est antilibéral dans bien des domaines. Prenez par exemple la loi sur la rétention de sûreté. Elle piétine en vérité l’un des principes de notre système judiciaire, la responsabilité pénale. Comme l’a souligné Robert Badinter, on quitte la réalité des faits (le crime commis) pour la virtualité d’une hypothèse. Faut-il ignorer la dangerosité potentielle de ces personnes ? Non, évidemment. Mais il existe des systèmes de contrôle rendus de plus en plus exigeants au fil des années, qui permettent à la fois à la société de placer l’individu sous surveillance tout en lui reconnaissant le droit à la réinsertion, dès lors qu’il a accompli sa peine."

On notera cependant que Delanoë prétend pouvoir rester marxiste, tout en affirmant le principe selon lequel il n'y a aucune oppression juste (même la dictature du prolétariat ???) :

"Je reste de formation marxiste. Ca ne veut pas dire que je reste dogmatique. Je considère que dans l'analyse de la société de l'époque, tout n'est pas à rejeter. Si vous me parlez de la dictature du prolétariat, (...) je la rejette totalement"

Tout ça pour en arriver à ce qui est mon avis la critique la plus intellectuellement dramatique de la position de Delanoë, celle de Ségolène Royal :

"Faut-il aller jusqu'à réhabiliter ce mot de libéralisme? Non ! Il est tellement chargé et tellement synonyme aujourd'hui de capitalisme débridé et de dégâts, d'écrasement des bas salaires" et "de creusement des inégalités"

Il faut donc, selon elle, "laisser le mot libéralisme à nos ennemis".

En gros, la critique de Royal semble consister à dire que l'important, ce n'est pas le concept derrière le mot, pas la dénotation, mais bien la connotation. Elle a raison quand elle dit que le terme de "libéralisme" a mauvaise presse en France. Mais faut-il renoncer pour autant à lui redonner un sens autre que celui de simple épouvantail ?