Agrégation externe : Jour 2
Par Florian Cova le mercredi 16 avril 2008, 15:07 - Annonces - Lien permanent
Aujourd'hui : "peut-on dire d'une image qu'elle parle ?"
Euh... Bah non ?!
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Par Florian Cova le mercredi 16 avril 2008, 15:07 - Annonces - Lien permanent
Aujourd'hui : "peut-on dire d'une image qu'elle parle ?"
Euh... Bah non ?!
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Commentaires
2ème partie: mais si quand même.
3e partie: On peut certainement le dire.
Conclusion: n'est-on pour autant qu'une image?
Non, quelqu'un comprend le sujet ?
Peut-on dire d'une image qu'elle parle ? Ou bien : la voix que fait entendre l'image ne provient-elle jamais que de ce dont elle l'image? Et puis : comment le dire ? Comment trancher entre une source et l'autre ?
J'avoue que je trouve ce sujet assez nul...
Non seulement le contenu de la phrase me laisse perplexe, mais j'ai vraiment du mal à comprendre l'intention du jury. Pourquoi ont-ils posé cette question? Que cherchent-ils à discerner chez un agrégatif en posant cette question? Sa capacité à réagir à l'absurde? Sa capacité à construire des problèmes et des argumentations sur des propositions qui n'ont guère de sens?
J'y vois entre autres la formulation originale d'un problème classique portant sur l'idée de liberté. Je ne sais pas ce que vous autres en pensez. L'image peut-elle parler d'elle-même, ou est-ce que c'est toujours un autre qui parle à travers elle, qui la détermine, etc. ? Ce qui est encore compliqué par la présence du spectateur, qui est aussi celui qui doit juger de la provenance de la parole qu'il perçoit face à l'image. Ce sujet a le mérite de ne pas renvoyer trop vite à du déjà connu... Mais bon, on peut le trouver arbitraire. Enfin, si tu composes demain, passe à autre chose, c'est mon conseil.
La deuxième épreuve portait sur une notion : "l'image". Depuis que tu connais le programme, Cova F., j'espère que tu y avais réfléchi... apparammment non ?
Je suis plutôt d'accord avec Cova Florian ; je trouve les sujets de cette année très très moyens...
Pour le sujet sur l'image, j'ai compris la question ainsi : en quel sens l'image peut-elle être équivalente à la parole : discours, narration, signification, etc. ? Mais bon... je suis perplexe.
En fait, non... J'avoue humblement que je n'ai pas eu le temps de préparer le concours cette année alors je le passe entièrement en free style.
Sinon, je suis d'accord : le sujet ne renvoie pas à du "déjà connu". Quoique... peut-être que ça a une consonance Heideggerienne... (la parole = dévoilement de l'être, la peinture = dévoilement de l'être, donc la peinture parle ?)
Une petite référence pour essayer de donner du sens à la question.
"Wittgenstein n'a pas pu "découvrir" que la proposition était une image de la réalité sans découvrir du même coup que toute image de la réalité était ou pouvait être une sorte de proposition" J.Bouveresse : le mythe de l'intériorité p.123
Je propose ceci: Est-ce qu'une image parle, c'est-à-dire est-ce qu'une image peut véhiculer du sens, comme le discours?
Cette question est traitée de manière extensive chez Barthes, en particulier dans son livre la chambre claire si je me rappelle bien. Un exemple frappant en serait la publicité. Est-ce qu'une image qui présente des pâtes avec des tomates, des oignons, une nappe rouge et du basilic évoque forcément l'italie, et véhicule donc un sens? Ou alors est-ce que cette image reste forcément ambiguë tant que l'on y ajoute pas un texte?
Pour ceux qui s'intéressent à la photo, la question du sens d'une image est un thème récurrent chez les photo-journalistes. C'est un lieu commun que de voir une même photo en une d'un journal de gauche et d'un journal de droite accompagnés de textes opposés.
Je trouve, quant à moi, qu'il s'agit d'un sujet philosophique intéressant.
Pour ceux qui s'intéressent à la photo, la question du sens d'une image est un thème récurrent chez les photo-journalistes. C'est un lieu commun que de voir une même photo en une d'un journal de gauche et d'un journal de droite accompagnés de textes opposés.
C'est en gros ce dont j'ai parlé... Sous cet angle, le sujet peut être intéressant. Mais le libellé du sujet me paraît toujours un peu grotesque...
Bonjour,
La référence à l'affiche publicitaire ne se trouve pas chez Barthes dans La Chambre claire, mais dans un article nommé "La rhétorique de l'image", publié en 1964 dans la revue Communications.
Cela étant dit, il reprend la thèse de l'avoir-été-là, la convergence de la passéité et de la réalité dans l'ouvrage précité et plus tardif (1980, je crois).
En outre, je trouve que vous allez vite en besogne pour assimiler la parole et la langage. Si le jury avait voulu que les agrégatifs s'interrogent sur le langage, il l'aurait mis dans l'énoncé du sujet. Ce qui est perturbant, c'est précisément qu'ils ont mis "parole" là où s'attendait à lire "langage". C'est précisément ce point qui me rend perplexe. Bien à vous,
Pour ma part j'ai rattaché spontanément le sujet (quand je l'ai lu ici) à la question de savoir si les images ont une signification. Si elles ont une signification, alors elles "disent qqch", donc elles "parlent". C'est en ce sens que "Mais" et "ivan karamazov" l'ont pris, je crois.
Et cela me renvoyait du coup à Fodor, Le langage de la pensée (1975), qui contient une critique étendue de l'idée que la pensée peut être constituée d'images (= les "idées" des empiristes), précisément parce que les images n'expriment pas de propositions, contrairement à la langue. (Bien sûr le jury ne peut pas avoir eu en tête un sujet aussi "récent"!)
Les thèses de Fodor me semblent elles-mêmes être dans la lignée de remarques de Wittgenstein sur l'ambiguïté des images: par ex le canard-lapin, ou l'image de l'homme qui monte une montagne qui pourrait tout aussi bien être une image d'un homme qui descend en glissant. - Du coup la citation de Bouveresse donnée par Elias serait justement à contresens des idées marquantes de Wittgenstein sur la notion d'image! (Mais je pense qu'elle concerne le Tractatus, alors que ce à quoi je fais allusion ici est dans les Investigations, sauf erreur).
En tout cas ce serait une question intéressante à traiter - celle de savoir si les images ont un contenu ou une signification - mais pas vraiment dans un cadre de dissertation. On discuterait plusieurs thèses:
Pour répondre à Mikolka: je trouverai utile d'appliquer aux images la distinction faite en linguistique entre sémantique (ce que les mots disent) et pragmatique (ce qu'on communique et ce qu'on fait en prononçant les mots). Un ex très simple est quand je dis "Avez-vous l'heure?", la phrase signifie une interrogation sur le fait que vous avez l'heure, mais ce que je fais en la prononçant est une demande de me donner l'heure si vous l'avez.
Parfois cette distinction est faite avec les mots "langage" (sémantique) vs "parole" (pragmatique, comme dans "les actes de parole") mais je ne sais pas si le jury y a pensé.
ivan dit
Je suis d'accord pour dire que la question posée soulève indirectement des questions intéressantes - cf mes commentaires précédents. Mais ce qui me frappe en premier lieu c'est la maladresse de l'expression! Lorsqu'on fait plancher 700 personnes pendant 7 ou 8 heures sur une poignée de mots, on doit choisir ces derniers avec soin, et ce sujet me donne l'impression que ce n'est pas le cas. Ou inversement, que c'est fait avec soin mais cynisme. En effet, il est certain que le jury ne veut pas demander si on peut dire que les images parlent. (On peut trivialement le dire, par ex je le fais ici même: "les images parlent".) Il veut demander à tout le moins s'il est justifié ou légitime ou vrai ou ... de le dire. L'hypothèse la plus simple serait que la question visée est en fait: . Mais posée ainsi, la question semble ridicule parce que si on la prend littéralement la réponse est "non". D'où une seconde hypothèse: la question posée est ou . Mais là il semble évident que la réponse est oui - on trouvera toujours un sens de "parler" auquel il est vrai que les images "parlent". Par ailleurs, le jury aurait pu préciser et éviter la formulation apparemment absurde avec des formulations comme: , . Mais les termes comme "vérité" suscitent peut-être des objections de principes au sein du jury, et en tout cas cela embrouillerait encore plus le jeu parce que c'est un terme "chargé philosophiquement" et les candidats se sentiraient obligés de le relever et de le commenter, multipliant ainsi les hors-sujets.
Du coup le jury semble se rabattre sur l'évidemment-non-littéral "peut-on dire que", et laissent la charge aux candidats de choisir leur sujet. J'imagine qu'ils considèrent que cela fait partie de l'exercice. (Et cela a l'avantage de ne fâcher personne dans le paysage balkanisé de la philosophie française actuelle!) Ce qui conduit des candidats (par ex Clément ci-dessus) à gloser le mot "dire" lui-même: {{comment le dire ? Comment trancher entre une source et l'autre ?}}
Si j'avais eu à le rédiger, j'aurais opté pour une formulation sans fioritures, du genre:
PS à Clément: je suis d'accord pour dire (!) que si l'on admet que les images ont un sens, on peut se demander si elles l'ont en elles-mêmes ou en vertu de leur(s) producteur(s)/montreur(s) ou de leur(s) spectateur(s). Mais je trouve peu naturel de formuler cette question en termes de ''liberté'' de l'image à parler d'elle-même! Ou à voir là une instance du problème classique du déterminisme - à savoir, le déterminisme qui fait que l'image est déterminée par autre chose qu'elle même à dire ce qu'elle dit!
Vos propositions d'analyse, Julien Dutant, sont très intéressantes. Mais, prosaïquement, pour ma part, je ferais encore une remarque dans le cadre dissertatif.
La parole peut être rattachée au langage, et, par conséquent, l'énoncé peut être rattaché à la question de la signification. Et dans ce cadre, le problème posé est celui de la condition de possibilité de la signification des images. Je suis sur ce point entièrement d'accord avec les messages précédents.
Mais la parole est aussi banalement rattachée au discours. Par exemple, un catholique en face d'un icône du Christ, entrain de prier, reçoit ou pense recevoir une réponse du Christ. Au sens littéral, peut-on dire que l'image lui a parlé? Ou doit-on dire que le Christ lui parlé par le medium de l'image? La question n'est plus celle de la signification, mais celle de l'autonomie de l'image (veuillez m'excuser de cette expression un peu vague, mais j'ai du mal à formuler mon idée). Les autres sens du mot parole conduisent à des questionnements, des problèmes complètement différents de ceux de la signification.
Il me semble que la question posée par le jury conduisait certes à s'interroger sur la relation entre le langage, la signification et l'image. Mais il me semble aussi qu'en utilisant l'expression "parole", il voulait que l'agrégatif interroge d'autres aspects que ceux de la signification.
Post-scriptum: je préfèrerais être démenti...
Il y a eu croisement de nos messages. En réponse au message 18, je dirai que le choix du sujet est fait avec soin et cynisme!
Cher Mikolka,
Pour autant que je vous suive, je formulerai votre exemple de la façon suivante: le croyant de votre histoire a l'impression que non seulement l'image a une signification (comme une phrase) mais qu'elle a aussi fait un acte de langage (comme un locuteur). (Par contre, pour être précis, je ne vois pas de sens auquel on peut dire que l'image lui a parlé: ou bien c'est Dieu lui-même qui cause son expérience, et alors on peut tout au plus dire que Dieu lui a parlé à travers l'image, ou bien il n'y a que l'impression du croyant que Dieu lui parle ou que l'image lui parle; dans aucun des deux cas l'image elle-même ne parle, à moins qu'on suppose que l'image est Dieu lui-même, ce qui n'est pas l'idée je pense.)
Un exemple plus simple: pensez aux étiquettes aimantées sur lesquelles sont inscrits des mots qu'utilisent les enfants pour apprendre à lire. Les étiquettes ("chien", "court", "une pomme") ont des significations, mais elles ne font pas d'actes de parole: elles ne "disent" rien. Cela vaudrait aussi si l'étiquette contenait une phrase complète, par ex "le chien court" - cela ne ''dit'' en fait rien, comme on le voit d'ailleurs clairement si on demande de quel chien l'étiquette veut parler. Au contraire, si qqn met les étiquettes bout à bout et vous les montre, cela peut être un moyen pour lui de vous dire qqch (par ex et tout simplement, de vous dire précisément ce que l'étiquette signifie, e.g. que le ciel est bleu ou que le chien court), càd de faire un acte de parole.
Je ne formulerai toutefois pas la distinction en termes de "signification" versus "aspects autres que la signification", mais, comme c'est courant en linguistique après Grice, en termes de "signification des phrases" vs "signification du locuteur" (speaker's mean: ce que le locuteur veut dire).
Une autre question que vous soulevez (mais peut-être ai-je mal compris, et c'est cette seule seconde question que vous pensez être l'objet de la distinction language/parole) est: {{si il y a parole, alors qui parle?}}. Dans votre exemple, vous demandez: {{Au sens littéral, peut-on dire que l'image lui a parlé? Ou doit-on dire que le Christ lui parlé par le medium de l'image?}}. De façon générale, la question est: en admettant que des actes de paroles soient faits au moyen d'images, doit-on dire que ce sont les images elles-mêmes qui en sont les auteurs, ou que c'est toujours qqn d'autre que l'image qui parle à travers une image? C'est une question intéressante, même si en gros elle est vite réglée par les théorie de type Gricéen de la communication: pour faire un acte de parole il faut avoir une intention (vouloir dire qqch), les images sont dépourvues de volonté, donc les images ne parlent pas. Tout au plus les humains peuvent-ils avoir des expériences "comme si" les images parlaient.
Cette question me rappelle une question que (si mes souvenirs sont bons) Frank Liohreau et/ou Paul Egré et/ou Alberto Masala et/ou Fabien Schang et moi nous étions posée et qui nous avait beaucoup fait rire lors d'une soirée après un colloque à Rennes: supposez qu'il y a un bouton sur lequel est écrit "Poussez-moi" (ou sinon pensez à la bouteille et au gâteau d'Alice). Qui est le locuteur de cette énonciation? (Et son auditeur?) Est-ce que "moi" fait référence au locuteur? Est-ce que le bouton fait une nouvelle énonciation à chaque fois qu'on le regarde?
Cher Julien Dutant,
Je vous remercie de votre lecture attentive.
Je raconte cette petite histoire pour essayer de vous faire comprendre que, dans l'esprit d'un chrétien, le lien de l'icône à la personne divine ou sainte "représentée" est de type "consubstantiel". Je serais bien en peine de vous définir ce concept très complexe et que j'ai du mal à comprendre. Mais il m'intéresse dans la mesure où il a pour effet de rendre trouble l'identification de l'auteur de l'acte de langage.
Je reprends maintenant l'exemple du croyant en face de l'icône, au regard du concept de consubstantialité: est-ce le Christ qui se sert de l'image comme d'un medium? Ou est-ce l'image qui parle? En vertu du concept de consubstantialité, il me semble que l'image est l'auteur de l'acte autant que le Christ.
Qu'en pensez-vous?
Eh bien, je disais dans mon commentaire plus haut:
Je me suis trompé: c'est en fait l'idée! Si l'image est Dieu, alors il n'y a pas de problème à dire que l'image parle. Disons que ce qui me semble possible est que l'on ait une situation où l'image parle sans que Dieu parle.
Sur la relation de "consubstantiation" entre icône et divinité, pourquoi ne pas la concevoir sur le modèle de la relation d'instanciation? Prenez par exemple deux chaises rouges. Les deux chaises instancient la propriété d'être rouge. Or on dit classiquement, en métaphysique, que dans un tel cas la propriété d'être rouge est "tout entière" dans chaque chaise. Ce qu'on veut dire par là c'est que la propriété d'être rouge n'est pas un tout dont chaque chaise aurait une partie différente. (A contraster avec l'or comme matière: si les deux chaises sont en or, chaque chaise est faite d'un morceau différent d'or.)
Cela ne résoud pas tous les problèmes - par ex, on ne peut pas (à première vue du moins) dire que l'icône instancie la propriété d'être identique à Dieu, sans quoi tout ce qui serait différent de cette icône serait différent de Dieu, y compris les autres icônes, ce qui mène à des contradictions.
Cela dit rien ne dit qu'il y ait une théorie métaphysique non-contradictoire qui inclut tous les convictions théologiques d'un croyant qui a la conception des icônes auxquelles vous faites allusion.
L'agrégation de philosophie, que de souvenirs”
On peut partir d'exemples simples pour aborder le sujet, comme l'idée communément admise qu'une photographie vaut mille mots.
Une idée est de spécifier le sens de "parler" : si on prend "parler" au sens de "parler une langue" (émettre des sons signifiants avec son appareil phonatoire), alors évidemment la proposition "une image parle" est absurde. Cependant, si on prend "parler" dans le sens de "véhiculer une information", alors la proposition a un sens (on peut s'appuyer pour distinguer plusieurs sens du mot "parler" sur l'existence d'une langue des signes que parlent les muets : ils se parlent entre eux sans rien dire, si l'on veut : ils communiquent sans émettre de sons). Une affichette d'interdiction de fumer me parle quand je la vois dans la mesure où je comprends l'interdiction qu'elle prescrit quand je la vois et que je ne fume et que je sais que je m'expose à des poursuites judiciaires si je fume. Dans ce sens précis, dire qu'une image parle présuppose une théorie causale de la signification (j'agis en fonction de ce que je vois que l'image me dit).
Et puis, forcément : c'est quoi une image ? Disons : un artefact visuel. Par suite, c'est quelque chose qui est produit dans une certaine intention. En ce sens, dire qu'une image parle peut au moins vouloir dire qu'elle exprime ou qu'elle contient l'intention de son auteur comme l'une de ses propriétés constitutives.
Il y a une phrase de Wittgenstein qui peut être intéressante d'aborder dans le contexte d'un tel sujet. Dans les Recherches philosophiques, il écrit : "Das Bild sagt mir sich selbst" (§ 523), c'est-à-dire : l'image se dit elle-même à moi (cette phrase intervient dans le cadre d'une discussion de la comparaison entre image et phrase). La signification de l'image consiste dans sa propre structure, dans ses formes et couleurs, ajoute-t-il. C'est intéressant parce que, selon Wittgenstein, la signification de l'image n'est pas tant dans ce qu'elle représente, ce vers quoi, pour ainsi dire, elle fait signe, ce dont elle est le signe, mais dans la manière dont elle est faite. Une interprétation extrême consisterait à faire dire à Wittgenstein que l'image est autoréférentielle. Et que donc, en ce sens, elle ne parle jamais que d'elle-même.
Un peu décousu, mais c'est la fin de la journée”
J'espère que les candidants auront bien réussi leurs épreuves et qu'ils se préparent d'ores et déjà à l'oral !
Att'ation Julien : "parole et image" ce n'est pas "image et langage"... Moi, j'ai essayé de marquer la différence en partant d'une idée que je n'ai pas couchée dans ma copie mais qui m'a bien guidée. Dans l'Idéographie, Frege fait une différence entre la simple proposition et l'affirmation. Rappelez-vous : il y a même un petit signe que l'on est censé ajouter devant la proposition pour marquer le fait qu'on en affirme le contenu (je crois que Wittgenstein s'en moque un peu dans ses Recherches).
Du coup, je suis parti (sans le discuter) du fait que l'image avait un sens (ce qu'elle représente) et je me suis posée la question de savoir si l'image a elle toute seule peut "affirmer" ce qu'elle signifie et endosser la responsabilité de ce qu'elle dit. (Bah oui, parce que parler = être capable d'affirmer quelque chose et d'en répondre moralement, c'est la théorie qui m'a quand même valu 10 l'année dernière à la dissert' sur la parole, donc c'est la vérité !)
Première partie : certaines images (peinture, dessin) n'affirment rien par elle-même car leur nature même ne rattache pas directement leur contenu au réel. D'autres images (photos) semblent affirmer quelque chose du réel car elles y sont par leur nature reliée.
Problème : le contexte influe sur le sens de ce qui est affirmé (mon exemple préféré : la photo du roman photo qui peut être utilisée soit pour raconter l'histoire soit pour servir dans le "making of" du roman photo).
Deuxième partie : sous les auspices de François Recanati, on fait remarquer que la parole humaine est elle aussi dépendante du contexte.
Troisième partie : mais l'image ne peut influer sur son contexte tandis que l'homme peut modifier ce contexte par divers indices. Conclusion : l'image ne parle pas, on la fait toujours parler. Dernier paragraphe sur la recherche de ce qui serait un contexte où l'image parle toute seule (une photo entre les mains d'un expert qui peut voir qu'elle n'est pas truquée) et réflexion sur ce qui est affirmé dans ce cas (un équivalent du "sens minimal").
Le tout, hélas, sans autre référence que "Literal Meaning". Mais bon...
Remarques décousues sur le commentaire de Jérôme O.:
1.
Heu... L'affiche cause le fait que je pense qu'il est interdit de fumer ici, mais cela n'implique pas une théorie causale de la signification en un sens particulier. Toutes les formes de communication passent par des processus causaux (sons, lumière, contact physique) et tout le monde est d'accord là-dessus. La théorie causale de la signification est une affirmation plus controversée, à savoir que ce que signifie une chose dépend de ce qui la cause. Par ex, Kripke soutient que "Jules César" désigne l'individu qu'il désigne parce que cet individu est au bout d'une chaîne causale dont nos emplois actuels de "Jules César" sont les effets. Appliquée à la photo, la théorie causale dirait que toute photo représente ce dont elle est la photo, càd ce qui a causé l'impression sur la pellicule ou l'activation des capteurs numériques.
2. Et le reflet de la Lune à la surface de l'eau, n'est-ce pas une image aussi? Ou les reflets sur l'eau ou d'autres surfaces ne deviennent-ils des images que lorsque quelqu'un (e.g. architecte) a désiré qu'elles soient là? On arriverait au résultat bizarre que si je me vois dans l'eau par accident, ce n'est pas une image, mais si je regarde l'eau pour m'y voir, c'est une image. Et si je m'y vois par accident mais que cela me fait me regarder intentionnellement, le reflet s'est transformé en image!
3. En esquisse rapide je dirais que le concept d'image a un paradigme (le dessin figuratif) et deux dimensions (artificialité et contenu). Du coup il y a deux types de cas limites: 1) artefact visuel non figuratif (motif sur un mur; cas extrême: aplat), et 2)objet visuel figuratif non artificiel (reflet dans l'eau).
4. Merci pour la référence à Wittgenstein. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez dire par "l'image n'est pas tant dans X que dans Y", toutefois! Les images ont à première vue à la fois des pptés physiques (matériaux forme etc.) et des propriétés sémantiques (c'est une image d'un cube, de Claude François, etc.). Il me semblait que Wittgenstein suggérait qqch comme: les images n'ont pas véritablement de propriétés sémantiques, ou plus précisément leur pptés sémantiques sont aussi arbitraires que celles des mots. N'importe quelle image peut être une image de n'importe quoi pourvu qu'on aie la bonne "méthode de projection". Est-ce l'idée?
Florian: d'accord, mais justement la différence entre la proposition et l'assertion rentre dans la distinction sémantique/pragmatique telle que je l'ai faite dans mes derniers commentaires!
Désolé, Julien.
Finalement, ce sujet semble inspirer beaucoup de monde, non ?
Les réponses sont intéressantes, mais je suis maintenant trop fatigué pour répondre. Je réfléchirai mieux demain.
Un autre aspect à discuter dans l'énoncé: il porte non pas sur l'image, mais sur une image.
Amicalement,
M.
Puis-je ajouter quelques remarques en vrac?
- j'étais énervé aussi par les sujets qui exigent qu'on retraduise les "peut-on...?" en "est-il possible...?", "est-il légitime...?", "à quelles conditions est-il justifier de...?", et puis, par déformation professionnelle peut-être, en ayant commencé à chercher des sujets de dissertation à mon tour pour mes classes, je m'y suis fait, ou plutôt j'y ai vu un sens. Idéalement une dissertation ne pose pas une question de cours ni ne demande qu'on fasse une recension de tous les articles portant sur une question déjà balisée, mais plutôt qu'on fournisse l'effort de débroussaillement qu'il est constamment nécessaire de fournir à l'égard des choses qu'on entend dire et qu'on dit soi-même. Il y a donc une valeur à ce que la phase où on se dit "en quel sens dois-je l'entendre?" soit déjà la conséquence d'un effort de réflexion...
- Julien tu te corriges en disant: "...c'est en fait l'idée! Si l'image est Dieu, alors il n'y a pas de problème à dire que l'image parle". Effectivement, l'image peut être Dieu même, et a été considérée comme telle pendant plus de mille ans, indépendamment même de toute référence à des artefacts visuels, puisque le Christ (et non l'icône) est appelé lui-même image du Père, et parole, logos, verbum, au moins par l'évangéliste Jean. L'homme est aussi image de Dieu, en un autre sens. Il n'est pas Dieu, mais il parle... C'est à son propos en particulier que peut se poser la question de la liberté, ou de l'autonomie (Mikolka, 19): quand parle-t-il, notre homme? est-ce seulement lorsqu'il affirme quelque chose ou quand il est en plus capable d'en répondre moralement (Florian, 25)? Mais peut-il en répondre moralement autrement que devant Dieu? Dans ce cas, est-il l'auteur, le responsable, l'auto-nomos de ce qu'il dit?
- pardon, j'ai pas le temps de développer ce soir, maybe later.
Je maîtrise pas encore le saut de ligne, pardon.
(JD: je viens de les rajouter. Pour revenir à la ligne dans un commentaire, il faut mettre %%% en fin de ligne (retour à la ligne) ou sauter une ligne (nouveau paragraphe).)
Littré donne des pistes très intéressantes en définissant parlant; il me semble en effet qu'on gagne dans un premier temps à explorer les sens possibles de l'expression "image parlante"
http://francois.gannaz.free.fr/Littre/xmlittre.php?requete=parlant
Dans la même veine, le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey 1992) apporte des précisions suggestives:
"parlant: (...) appliqué à un nom d'objet, le mot réalise le sens de "convaincant, indubitable" (XIIIème) et qualifie ce qui a une grande valeur expressive (1654), se spécialisant en héraldique à propos d'armoiries dont les pièces constituent un rébus (1680 armes parlantes)"
"parler:(...) par extension du sujet, parler s'emploie au figuré pour les animaux (oiseaux v.1370) et, surtout des choses considérées comme douées d'expression (fin 16ème) ou expressives; ce dernier emploi correspond spécialement à "s'imposer impérieusement, commander" dans le style littéraire (1665 Racine) et à "résonner" en musique (1636)"
Vue sous ce jour, la phrase "l'image parle" ou "l'image est parlante" auraient leur place dans un texte de français classique (17ème)!
Sur philotropes, l'imprécision n'a pas sa place ! (et c'est tant mieux.)
1. La Théorie Causale de la Signification. Par "théorie causale de la signification", je n'entendais pas la théorie de Kripke ou une théorie de ce genre, mais une théorie qui lui est antérieure et que Wittgenstein soutient (encore lui ? mon Dieu !) dans les Dictées ou les Remarques philosophiques (je ne sais plus exactement). Celle-ci consiste à dire, en substance, que je sais que quelqu'un comprend ce que je lui dis quand il fait ce que je lui dis de faire. Ex : "Passe-moi le pain, Stéphane". Si Stéphane me passe le pain, c'est qu'il a compris la signification de la phrase qui lui était adressée. La signification, c'est donc les actions que mes phrases causent. c'est une théorie un peut étroite dans la mesure où elle ne permet pas de rendre compte que tous les cas où une phrase a une signification ni de tous les cas où quelqu'un comprend une phrase (toutes les phrases n'impliquent pas une action chez celui à qui elles sont adressées) et, Wittgenstein l'a abandonnée. Mais, dans le contexte de l'exemple que j'abordais, il me semblait qu'elle avait une certaine pertinence.
N.B. Je pensais que Kripke soutenait une théorie causale de la référence, et non de la signification, cependant.
2. Sur le § 523 des Recherches philosophiques. "L'image se dit elle-même à moi". Cette phrase semble impliquer une certaine autonomie de l'image qui n'a pas besoin d'être rapportée à son référent pour être comprise. Comprendre une image, ce n'est pas comprendre qu'elle est une image de y. À mon sens, cela participe de l'idée du "second Wittgenstein" selon laquelle la signification n'est pas la référence. Il faudrait donc essayer de lire cette phrase dans la perspective de sa critique de la définition par ostension et de la conception augustinienne du langage. Ensuite, je ne dirais pas que la signification est arbitraire pour Wittgenstein. Elle semble plutôt procéder chez lui d'un accord qui n'a rien d'arbitraire même s'il n'a pas de fondement. Par exemple, dans les Recherches philosophiques § 241 : "Est exact et est faux ce que les hommes disent ; et, les hommes s’accordent dans le langage. Ce n’est pas un accord dans les opinions, mais dans les formes de vie." Qu'il s'agisse d'un accord dans les formes de vie renvoie à l'idée que ce sont les pratiques, mais aussi sans doute les coutumes, la culture, etc. qui font l'accord et non pas une décision que les hommes prennent à un moment ou à un autre. Si les hommes prenaient une telle décision à un moment ou à un autre à propos de ce qui est vrai et de ce qui est faux, alors on pourrait parler d'arbitraire.
3. La question des reflets. On peut supposer qu'il existe des images naturelles (reflets dans les flaques, reflets dans des miroirs). Mais peut-on dire de cette catégorie-là d'images qu'elles parlent comme on peut dire qu'un panneau de signalisation parle ? Il y a bien le mythe de Narcisse, mais c'est un cas limite (qui vaut plus par sa dimension symbolique ou allégorique que par ce qu'il dit des propriétés des images). De plus, dans ce mythe, c'est plus ce que Narcisse projette sur l'image qui lui parle que l'image elle-même. En outre, je me demande s'il n'est pas possible de faire une distinction entre les images et les reflets dans la mesure où un reflet n'est pas autonome, il n'est pas physiquement indépendant de ce qu'il reflète alors qu'une image semble être physiquement indépendante de ce dont elle est l'image. Je vais essayer de préciser. Une image photographique a pour cause ce qu'elle photographie (enfin, c'est une de ses causes), mais l'image peut continuer d'exister quand même sa cause n'existerait plus tout en étant une image de sa cause. La photographie de Proust sur son lit de mort continue d'exister et d'être une photographie de Proust sur son lit de mort même quand Proust — ou plutôt sa dépouille — n'est plus sur son lit de mort. En revanche, un reflet n'est un reflet que pour autant et aussi longtemps que ce qu'il reflète est dans son champ de rélfexion. La distinction image / reflet passerait ainsi entre ce qui est enregistré (au sens large du terme) et ce qui est éphémère. Par exemple, une caméra de vidéo-surveillance reliée à un écran de contrôle fonctionne comme un reflet si elle n'est pas aussi reliée à un magnétoscope qui enregistre ce qu'elle filme. La différence entre reflet et image ne passe donc pas tant par la distinction entre ce qui est non-intentionnel et ce qui est intentionnel, ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas que par la distinction entre ce qui est éphémère et ce qui est enregistré et par la distinction entre la dépendance causale de la présence du y que x reflète et la non dépendance causale de la présence du y dont x est l'image.
Bonjour,
Je vais tenter de répondre au message 23 de Julien Dutant. J'insiste encore une fois sur ce point: il faut se mettre dans la perspective d'un croyant.
Je pense à un truc là: le mot mimèsis, qui dénote la relation entre l'image et son objet, vient du mot qui a donné le français "mime"... N'est-ce qu'une petite accroche pour une introduction?