Agrégation externe : Jour 1
Par Florian Cova le mardi 15 avril 2008, 21:46 - Annonces - Lien permanent
Sujet d'aujourd'hui : "pourquoi y a-t-il plusieurs philosophies ?"
N'ayant rien de mieux à faire, il se trouve que je suis allé passer l'agrégation externe de philosophie. Aujourd'hui, première épreuve : composition de philosophie hors programme. Sujet : "pourquoi y a-t-il plusieurs philosophies ?". Sur le coup je n'ai pas pu m'empêcher de penser au débat qui a eu lieu sur ce site il y a peu et au billet de Julien sur le relativisme. Du coup abandonnant des perspectives plus originales (par exemple, comprendre le "plusieurs philosophies" dans le même sens que "plusieurs sciences"), j'ai foncé sur la thématique classique : s'il y a plusieurs théories philosophiques incompatibles, faut bien qu'il y en ait quelques-unes de fausses, non ?
Je remercie donc les commentateurs de ce blog qui m'ont fourni mes trois parties :
I) La philosophie est quête de vérité et donc la pluralité des philosophies (des théories philosophiques) vient de ce que certains problèmes ne sont pas encore résolu. Inspiration : le vilain philosophe analytique scientiste de service, Julien Dutant (sous les traits de Platon / Descartes / Kant).
II) Mais est-ce que ces différentes philosophies ne constituent pas différents point de vue tous aussi valides les uns que les autres sur un même objet. Merci à Hervé (travesti en Pascal / Kant / Dennett).
III) Et si en fait, il y avait plusieurs philosophies parce qu'après tout la vérité, on s'en fout : la philosophie a pour but avant tout une intensification du sentiment de la vie. Partie protagoro-nietzschéenne dédiée à Anthony.
Pas de quoi casser trois pattes à un canard-lapin, bien sûr. Mais toujours un grand moment !
Commentaires
Bonjour,
J'ai suivi un plan qui, sur quelques points, ne semble pas très loin du vôtre.
I. La pluralité des philosophies a pour cause l'erreur (en particulier, préjugés, passions ; point de vue classique : Bacon) : il y a (ou devrait y avoir) une philosophie vraie, les autres sont fausses. Mais, dans ce cas, comme la question est tout de même aussi une affirmation ("il y a"), cette réponse semble ne pas y répondre, car une philosophie fausse, est-ce une philosophie ? Il n'y a qu'une philosophie, pas plusieurs (on peut d'ailleurs se demander si le sujet n'était pas dirigé explicitement vers un certain type de réponses...).
II. La pluralité des philosophies exprime différents points de vue, et ces points de vue peuvent être interprétés dans un mouvement dialectique de recherche de la vérité (Aristote par exemple). Mais dans ce cas aussi il n'y a qu'une philosophie : celle qui est à la fin du processus, qui en est la finalité.
III. Les précédentes thèses reposent sur les présupposés que nous pourrions atteindre une vérité absolue (le reste relève de l'erreur) et que la réalité est intelligible, une (donc il n'y a qu'une philosophie du réel). Ces présupposés conduisent à nier la pluralité des philosophies. Mais si le monde est chaos (Nietzsche) et que nous n'avons qu'un point de vue, lacunaire et changeant qui plus est, sur ce qui est (Nietzsche encore..., mais aussi un peu Leibniz), alors il est inévitable qu'il y ait plusieurs philosophies ; elles ne sont pas fausses, au sens où elles seraient jugées ainsi d'après une conception absolue de la vérité, mais correspondent chacune à une perspective.
Oui ! C'est à peu près ça ! Nos premières parties sont du même type, et ma deuxième partie correspond à peu près à vos parties II et III. Si je prend Nietzsche en III, ce n'est pas le Nietzsche relativiste au sens où le réel serait multiple en soi et donc permettrait la pluralité des points de vue (ce que je rejette en II), mais le Nietzsche qui fait de la philosophie une entreprise pratique et deS philosophieS le produit d'une activité créatrice, etc.
Je pense aussi que le sujet oriente vers un certain type de réponse.
d'accord pour ce plan, mais il a un défaut, celui de laisser inélucidé un aspect pourtant essentiel du sujet. Quand on parle de plusieurs philosophies, on ne fait pas seulement référence à la variété des différents systèmes et doctrines philosophiques qui se sont succédés dans l'histoire. On fait également référence à la pluralité des disciplines et discours philosophiques: philosophie de l'art, des sciences, de la religion, philosophie première, seconde et que sais-je. Le sujet pose donc aussi la question épineuse du caractère omni-englobant de la pensée philosophique, ou bien de sa dissolution et son éparpillement dans les différents champs du savoir.
Tout à fait : mais si vous relisez ce post, vous verrez que j'avais signalé cet aspect de la question. Néanmoins, je n'ai pas pris le temps de l'aborder dans ma composition.