Campagne de recrutement ATER 2008
Par julien dutant le mercredi 19 mars 2008, 19:26 - Politique - Lien permanent
En France, la campagne de recrutement d'ATER de l'année 2008 commence. Les postes sont répertoriés sur le site la guilde des doctorants. C'est l'occasion de revenir sur les conditions absurdes dans lesquelles ces recrutements se déroulent.
ATER, "Attachés temporaires d'enseignements et de recherche", est le terme français pour assistants et/ou doctorants boursiers et/ou post-docs. (En philosophie il s'agit typiquement, me semble-t-il, de postes d'enseignement d'une année ou deux en fin de thèse.)
Si vous avez les données pour votre université, soumettez-les à la guilde des doctorants!
Quand j'ai postulé en 2006 (résultats: placé en deuxième position dans une université où il n'y avait pas de poste de toute façon - allez comprendre!), il était question que l'année suivante les offres soient centralisées au niveau du ministère. Apparemment cela a été abandonné, donc les candidats sont repartis à la chasse au postes université par université, envoyant un dossier légèrement différent à chaque fois.
Merci à Clément Layet pour les infos!
Quelques remarques à propos du recrutement des ATERs en philosophie
Le système de recrutement des ATERs français en philosophie est absurde dans le principe. (Je ne sais pas ce qu'il en est pour les autres disciplines.) En effet, les universités annoncent des postes intitulés "philosophie", sans indication de spécialisation: officiellement, les universités recherchent des jeunes enseignants de philosophie, sans discrimination de spécialisation. Elles ne peuvent pas ouvertement demander un philosophe des sciences ou un spécialiste de l'idéalisme allemand.
Ensuite, une commission d'experts (sans indication de spécialisation non plus) est réunie et sélectionne les "meilleurs dossiers". Toutes catégories confondues. Les trois meilleurs sont classés 1, 2, et 3, et on leur propose les postes dans l'ordre.
Si on prend le système au pied de la lettre, voilà ce qui devrait se passer: tous les jeunes doctorants à la recherche d'un emploi universitaire envoient leur dossier PARTOUT. Parmi tous ces doctorants, 4 ou 5 sont en gros les "meilleurs". Donc ces mêmes 4 ou 5 se retrouvent dans les premières positions de toutes les universités.
Etonnamment, ce n'est pas ce qui se passe! La plupart des candidats envoient en effet leur dossiers plus ou moins partout. Mais ce ne sont pas les mêmes qu'on retrouve classés comme meilleurs partout.
Donc de deux choses l'une: ou bien les "experts" sont en désaccord massif sur qui sont les meilleurs. (Ce qui serait d'autant plus surprenant que les experts sont souvent les mêmes d'une commission à l'autre.) Ou bien le jugement se fait sur des critères autres que la seule qualité globale des dossiers toutes disciplines confondues. Dans ce dernier cas, ou bien il y a implicitement des choix de spécialisation, ou bien des considérations de personnes biaisent la compétition.
On dit souvent que les recrutements d'ATER ont un biais important en faveur des candidats locaux. (Idée qui est renforcée par le fait que les universités ne cherchent pas particulièrement à faire savoir qu'elles ont des postes à offrir, et que les administrations prétextent des moindres irrégularités d'un dossier pour l'écarter, sans considération aucune de son éventuelle qualité scientifique.) Si on pouvait collecter les résultats des recrutements au niveau national, cela serait facile à voir. Quelqu'un sait-il si les données sont disponibles quelque part?
Quoi qu'il en soit, le système actuel est dénué de sens sur le plan scientifique. Chaque département de philosophie a des besoins particuliers: quelqu'un pour enseigner l'éthique, ou la philosophie antique, ou la philosophie des sciences, etc. Il est absurde de ne pas en tenir compte. Plus important en principe, le recrutement devrait être le moyen d'étoffer une équipe de recherche, et on devrait donc se soucier des potentialités de collaboration de la jeune recrue avec les chercheurs présents. La triste vérité est que les départements de philosophie en France sont rarement de vrais centres de recherche - c'est notamment ce que j'ai lu dans un article de Jean-Fabien Spitz, "Les trois misères de l'universitaire ordinaire", Le débat n°108, p4-17.
Pendant ce temps-là, à Genève, sur trois postes de doctorants que nous avons ouvert sur un projet sur les normes épistémiques, nous avons recruté deux étudiants venus du Royaume-Uni et un d'Italie, après un appel à candidature distribué sur toute l'Europe!
Commentaires
Bonsoir,
C'est très honnête de votre part de l'affirmer. Peut-être devrait-on proposer une course cycliste pour "les meilleurs" ! En tous les cas, votre module a l'air vraiment passionnant. C'était le titre de mon DEA, et j'avais découvert Jon Elster.
Peu de jeunes chercheurs/philosophes seront en désaccord avec vous. Parce que ce post plaintif, à mon sens, est d'une naïveté et d'une candeur navrantes. Evidemment, les choix des "commissions de spécialistes" sont bien souvent biaisés, dépendamment notamment de l'origine "philosophique" du candidat et de l'identité de ses soutiens (s'il a la chance d'en avoir). Une bourse de thèse peut être aisément attribuée à un pékin (à ce stade, l'anonymat est encore acceptable ; la qualité scientifique (et les lettres de recommandation) font l'affaire ; les doctorants débutants sont assez malléables). Vu le nombre réduit de postes d'ATER disponibles (mais aussi de Maîtres de Conférences), chacun défend ensuite son territoire avec ses moyens (et ses convictions idéologiques, qu'elles soient analytiques, cartésiennes, heideggeriennes,...). Ce mal ne me semble pas être seulement français : sans rire, un rortyen qui postule pour enseigner un cours de philosophie de la connaissance à Genève (sans connaître personnellement les membres du département), vous croyez qu'il aura ses chances, par rapport à d'autres candidats en accointance lointaine avec le département, et ce malgré une recherche de haute qualité, entre autres sanctionnée par un grand nombre de publications? La réponse "Un rortyen est parfaitement incapable de s'y connaître en philosophie de la connaissance" serait tout aussi idéologique (et donc stupide) que la réponse "Un philosophe analytique, avec ses armes formalistes, est un ennemi de la liberté de philosopher".
Cher josh,
En résumé, mon billet est d'une naïveté navrante parce que le recrutement français est "évidemment" biaisé, et aveugle parce que c'est partout pareil. Je suis en désaccord sur les deux points.
1. Je n'affirme que ce que je suis en mesure d'affirmer: à savoir, que si on prend les principes du recrutement d'ATER au sérieux, on devrait s'attendre à voir les mêmes candidats sélectionnés partout, mais qu'on ne le voit pas. Ce n'est pas de la naïveté de me contenter cela, c'est prendre la parole de façon responsable. Je n'écris pas anonymement et ne jette pas d'accusations en l'air ou sans preuves.
2. On ne peut pas tout mettre le même plan: recrutement pour un projet de recherche d'un côté et biais de copinage (réels ou supposés). A Genève nous avons un projet de recherche défini et un appel ouvert de candidats prêts à s'intégrer dans le projet. Si le candidat est "rortyien" nous regardons les échantillons de travaux qu'il nous envoie et l'esquisse de projet de thèse qu'il formule pour voir s'il est à même de travailler dans les domaines qui nous intéresse et si l'on pourra avoir une collaboration fructueuse. Dans le cas d'un "rortyien" ce serait ouvert, certains ne considèrent pas que nos sujets de recherches sont désespérément erronés. Ainsi, l'un des trois candidats recrutés auxquels je faisais allusion a fait un mémoire de master dans un département de littérature française, en "méthodologie critique", intitulé . Nous n'avons pas jeté son dossier à la poubelle - en fait c'était plutôt à son avantage. Il a rédigé un excellent projet de thèse qui démontrait qu'il avait compris les points essentiels de nos thèmes de recherche et avait des idées intéressantes là-dessus, et il a été recruté.
Vous suggérez qu'au contraire on prenne "le meilleur candidat" en philosophie de la connaissance, indépendamment de sa "chapelle". Mais c'est précisément cela qui est d'une naïveté idéaliste, et qui est l'erreur avouée du système de recrutement ATER français: à savoir, faire comme si il n'existait pas de programmes de recherches définis avec des orientations controversés. Or la recherche, c'est précisément cela: que différents groupes explorent des voies différentes, précises, et risquées.
Le problème est bien sûr que les orientations théoriques se doublent souvent (mais avec une très grande variété de degrés) de liens amicaux et d'entraides qui nuisent à l'impartialité. Mais on peut lutter contre cela par une variété de méthodes, comme de publiciser les appels largement, d'avoir des procédures de recrutement transparentes, des dossiers anonymes, etc. On ne peut certes jamais éliminer à coup sûr les biais non-scientifiques, mais cela ne justifie pas de mettre toutes les pratiques sur le même plan sur le mode du "tous pourris".
Merci de votre réponse.
Pour le point 1, je dirais simplement que peu de gens "prennent les principes du recrutement d'ATER au sérieux", et s'attendent à à voir les mêmes candidats sélectionnés partout. Néanmoins, comme vous le remarquez, ces principes pseudo-égalitaristes existent, et ce que l'on voit en réalité démontre cruellement leur absurdité. Evidemment je préferais aussi - comme vous - des offres plus ciblées, moins opaques, plus publiques, etc etc... Je ne fais pas dans le "tous pourris", je suis juste pessimiste à propos des perspectives de changement, notamment en raison de certains atavismes philosophiques français.
Pour le point 2, sans doute me suis-je mal exprimé : je ne soutiens aucunement "qu'au contraire on prenne "le meilleur candidat" en philosophie de la connaissance, indépendamment de sa "chapelle"". Au contraire: en me basant sur mon expérience (réussie) de candidat, je pense plutôt que, sur 30 dossiers de candidature reçus pour un poste d'ATER, 10 sont d'emblée exclus, étant "hors sujet" (cela peut être évité en précisant l'orientation précise du poste offert, évidemment). 10 autres sont jugés comme étant de faible qualité (parfois pour les raisons suivantes : pas de passé de moniteur, enseignements insuffisants, peu ou pas de publications, non-agrégation...). Restent 10 candidats de bonne qualité. A mon sens c'est là que des biais interviennent, nécessairement : il y a un point où l'on ne peut plus départager "objectivement" des candidats d'orientations philosophiques différentes (par exemple un rortyen, un phénoménologue et un analytique pour un poste de philosophie de la connaissance). Là, des préférences locales, relationnelles ou idéologiques vont intervenir, au détriment notamment d'une valorisation de la différence ou de l'originalité (je ne pense pas que la recherche philosophique, dans un département de philosophie français, soit "exploration des voies différentes, précises, et risquées"). Evidemment, ce tableau est une grossière simplification idéaliste (et ne vaudrait pas, par exemple, pour les recrutements de doctorants et de post-docs) : le problème, entre autres, c'est que bien souvent les préférences locales ou autres peuvent intervenir dès le départ : un excellent candidat analytique peut se retrouver de manière injustifiée dans le paquet des 10 candidats "hors sujet", en raison des allergies analytiques de la majorité des membres du département dans lequel la candidature est posée (j'en ai d'ailleurs fait la cruelle expérience).
Votre exemple sur l'un de vos derniers recrutements à Genève est réconfortant ; reste à voir si ça pourrait arriver généralement en France, notamment lorsqu'il s'agit de postes d'enseignement (ATER, MdCf), et non pas de recherche doctorale ou post-doctorale. A ce niveau de recherche, il est évidemment absurde de parler de "meilleur candidat" en général. Simplement, des choix doivent être faits. Je voulais simplement dire que le caractère arbitraire de ces choix peut aussi toucher des départements de philosophie extra-hexagonaux. D'où mon exemple rortyen. Votre exemple montre que ces choix ne sont cependant pas nécessairement arbitraires ou idéologiques. Tant mieux (votre exemple concerne néanmoins un cas de doctorant - je ne sais pas s'il pourrait être transposé dans le contexte d'un recrutement d'enseignant, et ce même à Genève (notamment en raison de la forte personnalité scientifique du département et de ses membres)).
Cher Julien,
C"est une excellente idée d"ouvrir un débat sur les conditions du recrutement en France, en particulier sur les procédures concernant les ATER. Il est très bon qu"une telle discussion puisse avoir lieu. En revanche, il me semble préférable qu'elle ait lieu d"une façon sereine et informée. Je pense donc qu"il ne faut pas caricaturer la situation. Je voudrais revenir sur certains de tes points avec lesquels je ne suis pas d"accord.
Mais avant cela je voudrais faire une précision qui pourra être utile aux doctorants qui ne maîtrisent pas forcément le système à vrai dire opaque de recrutement des ATER. Tous les postes disponibles ne sont pas publiés, car les départements eux-mêmes peuvent ignorer jusqu"en septembre s"ils vont avoir un poste à proposer ou pas. Lorsqu"un enseignant d"un département bénéficie d"une mutation, un poste peut être créé au dernier moment. Et dans ce cas il existe, mais sans être forcément sur les listes officielles (je peux me tromper sur ce point mais je ne crois pas). Il faut donc être attentif, en essayant d"obtenir directement les informations pertinentes lorsque c"est possible.
Tu veux montrer "l"absurdité" du système en soutenant qu"il devrait sélectionner les "4 ou 5 meilleurs". Mais cela présupposerait : (i) ou bien que "les experts sont souvent les mêmes d'une commission à l'autre" ; c"est évidemment faux, on ne peut siéger que dans trois commissions de spécialistes au maximum, il est rare qu"on siège trois fois comme titulaire (sans doute très rare), et les commissions sont généralement dominées par les enseignants locaux, ce qui n"est pas anormal, surtout pour les postes d"ATER (je reviens sur ce point ci-dessous) ; deux commissions X et Y prises au hasard sont donc très différentes l"une de l"autre (ii) ou bien qu"il y a un accord sur les critères d"évaluation permettant de sélectionner les "4 ou 5 meilleurs" indépendamment de leur domaine de spécialisation. Il y a bien des critères communs (cf infra), mais ils ne sont pas complétement indépendants du domaine et ils ne permettraient pas de toute façon de sélectionner 4 ou 5 personnes chaque année (à supposer que cela soit souhaitable, ce qui est douteux). Par ailleurs les besoins ne sont évidemment pas les mêmes partout. Le but n"est pas de recruter "les meilleurs", mais de combler certains besoins locaux.
Si les experts ne sélectionnent pas les "4 ou 5 meilleurs" partout, c"est donc parce que les commissions sont différentes, que les critères choisis dépendent de facteurs variables, et que les besoins dépendent des conditions locales. Ce que tu sais très bien. Il en va de même dans toutes les matières, des mathématiques aux lettres classiques, et je pense aussi un peu partout dans le monde. Je rejoins donc ce que viens d'écrire Josh sur ce point.
Un mot sur le caractère "local" du recrutement des ATER. Il est vrai que les candidats locaux sont souvent avantagés (pas toujours : cela dépend des commissions de spécialistes et des circonstances). Ce n"est pas nécessairement un mal cependant. En premier lieu, cela permet de trouver un débouché pour des doctorants d"universités de province qui ne sont pas intégrés aux réseaux parisiens. Par ailleurs, cela introduit une certaine stabilité dans un département, et cette stabilité est bénéfique à la fois pour les doctorants qui peuvent finir leur thèse dans de bonnes conditions, et pour les départements. Dans l"esprit de beaucoup, un poste d"ATER est surtout un moyen, pour un doctorant qui a fait ses preuves, de finir sa thèse dans de bonnes conditions (certaines commissions n"examinent même pas les dossiers des candidats qui ont soutenu leur thèse, même lorsque ces dossiers sont exceptionnels). Il est clair que tout cela devrait être clarifié pour les candidats, et qu"il faudrait que les pratiques soient plus uniformes.
Un mot sur les critère d"évaluation des dossiers des candidats. C"est une question délicate dans notre discipline, car il n"y a pas de consensus parfait, loin s"en faut, sur les normes qu"il convient d"adopter dans ce domaine. Cela dit, le fait qu"il n"y ait pas de consensus parfait n"implique pas que le travail dans les commissions se réduise à une espèce de lutte idéologique entre telle ou telle chapelle. En réalité, l"accord est de plus en plus grand sur beaucoup de points : les publications (même s"il n"y a pas de consensus sur leur hiérarchie), l"expérience de l"enseignement, l"insertion dans une communauté de recherche dynamique, l"expérience internationale (le fait d"avoir fait un post-doc est de plus en plus valorisé). Il faut espérer que l'accord, en particulier sur la hiérarchie des revues, se fasse de plus en plus grand dans le futur, et surtout tout faire pour y contribuer (par exemple en rendant publics les classements qui existent, comme celui de l'ESF.
Ce qui est dommage, et sur ce point tu as raison, c"est que les besoins des départements tant dans le domaine de l"enseignement que dans celui de la recherche ne soient pas publiés de façon transparente, de sorte que les candidats n"envoient pas leur dossier dans toute la France pour rien, ce qui constitue un énorme gaspillage d"énergie et d"argent pour beaucoup de monde. Il est absolument nécessaire que cela change. Cela dit il ne faut pas confondre un poste d"ATER et un poste de titulaire. Bien souvent, un poste d"ATER ne correspond pas à une spécialisation bien précise, mais sert surtout à boucher certains trous dans l"offre d"enseignement. Cela explique qu"il soit difficile dans beaucoup de cas de définir un profil cohérent avec précision.
Un dernier point : tu ne devrais pas pousser trop loin la comparaison entre un département comme celui de Genève et un département français. Les moyens financiers consacrés à la recherche à Genève ne sont en effet pas du même ordre que ceux d"une université française. Pour pourvoir parler de "projets de recherche" ou "d"équipes" comme tu le fais, encore faut-il qu"on puisse recruter plus d"une doctorante tous les deux ou trois ans pour pouvoir justement monter un projet et constituer une équipe, et que cette doctorante ne soit pas plus ou moins imposée d"en haut via les ENS et le système des AMN. Cela dit, les choses commencent à changer, puisqu"il est possible aujourd"hui d"obtenir des financements pour des projets spécifiques, y compris pour recruter des étudiants en thèse ou des post-doc. Mais cela ne concerne pas les ATER.
Pour conclure. Il me semble qu"il y a des aspirations contradictoires dans ton papier. D"un côté tu voudrais que les départements soient complètement libres de définir de façon transparente des postes temporaires sur des profils précis, en fonction de leurs besoins d"enseignement et de recherche. Soyons clairs : les besoins sont surtout présents, à ce niveau, dans le domaine de l"enseignement. En France, ce n"est pas pour enrichir les publications d"un département ou pour monter une magnifique équipe de recherche qu"on embauche un ATER, mais pour boucher des trous. Un ATER, ce n"est pas un "assistant professor" à l"américaine. Et au cas où tu ne l"aurais pas remarqué, les universités françaises ne sont pas exactement dotées des mêmes moyens que les universités américaines ou que l"université de Genève. De l"autre côté, tu te plains du caractère trop local de la sélection des ATER. Mais si le système est aussi opaque et compliqué, c"est justement parce qu"il y a ce statut national, qui est au moins une tentative (pas parfaitement réussie, c"est clair) pour centraliser les postes disponibles. Attention donc à ne pas jeter le bébé avec l"eau du bain, car certains seraient vraiment très heureux de supprimer ce statut et de le remplacer par des postes plus précaires encore, par exemple par des vacations honteusement sous-payées. Qu"est-ce qui est le mieux lorsqu"un titulaire obtient une mutation et qu"un trou est créé au dernier moment ? Qu"on crée un poste d"ATER avec l"opacité que cela implique, puisqu"il ne sera pas possible de le publier au niveau national ? Ou qu"on engage des enseignants sous-payés pour faire des vacations, d"une façon encore incomparablement plus opaque et sans passer par une commission de spécialistes ? Compare le tarif des vacations en Suisse et en France, et tu comprendras mieux ce que je veux dire (si mes souvenirs sont bons, il y a presque une différence de 1 à 10, la rémunération des vacations n"a pas " ou guère " évoluée en France depuis une vingtaine d"année !!!).
Désolé d'avoir été aussi long.
Bonjour à tous - bonne idée de soulever la question!
Les expériences britanniques me disent qu'il devrait y avoir ou bien une législation, sinon une coutume bien établie, de ne pas employer comme ATER les doctorants de son établissement. Si la chose était adoptée par tout le monde, elle ouvrirait le marché à la concurrence des dossiers. Sauf à OxBridge sinistre, les départements britanniques font tout pour montrer que les doctorants sont capables de trouver le boulot ailleurs, et ne vont sans doute pas les employer.
Un des membres du CNU avec qui je viens de parler sur ce sujet disait justement qu'il adorerait que la même coutume soit instaurée dans le cadre du recrutement des MCF, mais surtout des PR...
dixit P.L : Je crois que tout est dit... Si c'est là la fonction de ces postes, la notion de compétition n'a que peu de place, parce qu'il est tout à fait normal qu'un directeur de thèse pousse son doctorant à finir son boulot. Je ne peux pas m'empêcher, en tant que moniteur en 1ère année, de constater que ce décalage de la thèse dans le temps est souvent lié à la charge de cours de la 1ère année.
Bonjour à tous,
Oui mais la question est de savoir si ce système de recrutement est juste - Ater, MCF,Prof -. Je comprends qu'on puisse "aider" son "poulain" à terminer sa thèse dans de bonnes conditions (ou de permettre à un doctorant d'obtenir un poste). Mais à mon sens, il faudrait que les commissions de recrutement soient indépendantes sinon on s'expose à du copinage.
Julien Dutant a été obligé de s'enfuir à Genève, là où tout est luxe, richesse, bonheur. Qu'en pensez-vous Julien ?
Amicalement,
Laurence
Bonjour,
Sur le site La Vie des idées vous trouverez un article sur le localisme. Voici le lien:
Bonne lecture.
Amicalement,
Je regrette d'avoir été trop pris ces derniers temps pour prendre part à cette discussion, qui me semble importante. Voici l'occasion de la relancer:
Un article vient d'être publié sur laviedesidees.fr: , par Olivier Godechot et Alexandra Louvet, qui quantifie le recrutement local au niveau des Maîtres de Conférences et Professeurs en France - toutes disciplines confondues. Les statistiques de recrutement suggèrent déjà un significatif biais en faveur des locaux, mais O Godechot et A Louvet pointent les limitations de ces mesures, et proposent une méthode originale (estimer le nombre de candidats potentiels à un poste directement à partir de DOCTHESE) dont les résultats sont frappants - pour ne pas dire choquants: par ex, que vous aviez, suivant les situations, entre 12 et 24 fois plus de chances d'être recruté comme Maîtres de conférences dans une université si vous avez fait votre doctorant dans cette université.
L'article a été mis en avant par Le Monde aujourd'hui (30/04/2008). Le Monde titre "la cooptation mise en cause", ce qui est une confusion malheureuse: la cooptation (recrutement des chercheurs par les chercheurs) reste à ce jour le moins mauvais système (sinon qui va décider qui est un bon physicien? Les politiques? Les entreprises? Le public?), c'est le recrutement local qui est critiqué. S'il n'y avait qu'une université, recrutement local et cooptation reviendraient aux mêmes, mais justement ce n'est pas le cas.
Une bonne nouvelle toutefois: la philosophie est bonne élève ''relative'', d'après les auteurs: .
Lorsque j'étais doctorant en France, j'ai rencontré plusieurs doctorants Québecois qui venaient faire leur thèse en France parce que leur université d'origine (l'UQAM) avait pour politique de ne JAMAIS recruter de de doctorants locaux!
Il est intéressant de voir que le sujet des aters est évoqué, cela permet de voir que l'on n'est pas seul à ramer dans cette galère. Je souhaiterais ajouter quelques remarques à vos propos, car il me semble très agaçant dans ce débat d'idées policé de voir ces accusations de naïveté et ces explications patelines et lénifiantes sur les odds and ends du système. Sans parler de cet argument universitaire et humain horripilant: imaginez, c'est pire ailleurs, prolongé de la façon suivante: Aux Etats-Unis... Unculus Sam dixit... J'ai quelques ressentiments personnels sur une candidature d'ater qui n'a pas abouti l'an passé, c'est vrai, et les opacités du "système" ont été pour moi les suivantes: La majeure partie des universités et des textes de loi mentionnent qu'il faut être déjà inscrit en thèse pour pouvoir légitimement postuler à un ater, donc en théorie: on ne peut postuler à un ater que lors de sa deuxième année de doctorat. C'est l'argument qu'ont avancé de nombreuses universités pour disqualifier, façon de parler, mon dossier de candidature. D'autres universités sont plus arrangeantes et précisent... qu'on peut faire quelques entorses. C'est ainsi que j'ai eu le bonheur de tomber sur des aters qui avaient pu faire leur année d'enseignement à l'université dès leur inscription en doctorat. Première opacité qu'il serait bon de régler une bonne fois pour toutes, en posant correctement le cadre. Deuxième chose qui me semble aberrante: c'est de constater non seulement la préséance des AMNs dans les choix des candidats (le système est ainsi, seufz), mais aussi le fait que ces mêmes AMNs puissent cumuler leur monitorat et un poste d'ater ensuite. Ce qui relève véritablement de la niche écologique et empêche le mouvement des personnels nécessaire à une dynamique universitaire et à l'emploi de jeunes enseignants. Troisième chose concernant le recrutement. Il me semble absurde d'accorder le primat au facteur "recherche" dans la sélection des aters. Certes, il est utile de voir sur quoi tel ou tel candidat travaille, de façon à pouvoir accorder les recherches du doctorant avec les besoins en enseignements de l'UFR. Cependant, pourquoi chercher absolument à intégrer un ater dans l'école doctorale de la chapelle locale? C'est un problème qui dépasse le strict cadre de l'ater: la mission d'un ater, d'un personnel enseignant de fac devrait être l'enseignement, et secondairement la recherche (au sens où la recherche n'occupe pas complètement le devant de la scène et ne porte pas atteinte à l'enseignement, à la pédagogie). Si le système de la fac est à repenser, ce serait entre autre dans ce sens. Comment ne pas se poser de questions devant ces colloques (nombreux) de spécialistes-chercheurs en littérature,sciences humaines,...etc, qui montrent l'avenir de la recherche: des universitaires pseudo-stars pissant à n'en plus finir des articles sur tout et n'importe quoi (parce que le système le veut), quelques éminences locales pour jouer le rôle de la claque et j'en passe? Où est l'enseignement ici? Or ces personnes leurrées et beurrées par la "Recherche" et la spécialisation sont aussi parmi les commissions de "Spécialistes" qui choisissent les aters. A bon entendeur...
Quelques compléments d'idées. Dites-moi ce que vous en pensez. La réforme de l'Université est passée. Désormais l'esprit de chapelle va peser nettement plus dans la balance au moment du choix de recrutement des personnels enseignants. Chaque président d'Université va pouvoir choisir de recruter telle ou telle personne (de façon relativement arbitraire, en dépit des garde-fous), de dépenser soit beaucoup d'argent pour faire venir telle soi-disant éminence (à la façon des clubs de football), soit moins d'argent en cumulant les postes d'ater moins onéreux (ou pire, les vacations, comme le disait fort justement quelqu'un). Voilà qui d'un côté constituera un préjudice pour les MCF ou les professeurs, et d'un autre côté un avantage pour les jeunes aters (et le développement de l'emploi précaire du même coup) . A méditer.
Bonjour,
Un petit message pour vous signaler que sur le site de la Vie des Idées, l'article sur le localisme a suscité une réponse.
Amicalement
Merci! Voici le lien:
Olivier Bouba-Olga, Michel Grossetti et Anne Lavigne, , viedesidees.fr, 12.05.2008
Bonjour,
Olivier Godechot et Alexandra Louvet ont répondu à l'article de Bouba-Olga, Grossetti et Lavigne. Voici le lien: .
Amicalement
Le lien ne fonctionne pas. Je recommence...
J'abandonne...
Mikolka > le lien vers l'article en question.
Chez Econoclaste, un autre article sur le localisme : http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2008/05/15/1274-localisme-universitaire .
Merci!
Il est clair que le système du recrutement des ATERS dans les universités françaises est tellement opaque. Les postes disponibles dans les différentes sections de CNU sont travaillés autrement. Je ne pense plus aux critères scientifiques dans les sélections scandaleuses. D'autres critères implicites sont mis dans le traitement des dossiers.
Les candidats étrangers ayant mené des recherches dans les universités françaises n'ont aucune chance de se voir reçus ou accéptés. Je les appelle les "groupes oubliés"du système de recrutement. Désignation de Immanuel Walerstein dans "Ouvrir les sciences sociales" Deux critères demeurent évidents dans les commissions : La cooptation et la connivence. Changer le système de recrutement c'est d'abord changer les règles de ces commissions. La moindre des chose.