Théorie évolutionniste des blogs
Par Florian Cova le mercredi 27 février 2008, 00:07 - Langage - Lien permanent
Pourquoi bloguons-nous ? D'où nous vient cette envie de poster des commentaires ? Venez trouver ici la réponse à toutes ces questions qui vous hantent (ou pas).
La psychologie évolutionniste est un courant en psychologie qui consiste à éclairer l’origine et le fonctionnement de nos diverses facultés psychologiques par le recours à la théorie de l’évolution. Aujourd’hui je propose de poser à la psychologie évolutionniste une question cruciale : pourquoi écrit-on des blogs, ou pourquoi y poste-t-on des commentaires ? D’un point de vue évolutionniste, les blogs peuvent en effet sembler un exemple typique de comportement contre adaptatif. En effet : imaginez le nombre de temps que l’on peut passer sur un blog. C’est une vraie dépense de temps. L’homme qui blogue perd des heures qu’il aurait pu consacrer à des comportements évolutivement plus rentables : se reproduire, chercher à gagner sa pitance, etc. Mais en plus il fournit des renseignements à ses adversaires qui pourront lui piquer ses idées pour écrire plus vite des articles à sa place et augmenter leurs chances de reproductions, tant biologiques qu’académiques.
Le problème de l’évolution du langage
Trêve de plaisanteries, la question des blogs dépend de la réponse à apporter à la question de l’évolution du langage et de la communication chez l’homme. La question de l’évolution du langage pose de nombreux problèmes mais l’un d’entre eux est le suivant : pourquoi les gens parlent-ils ? Imaginons en effet que l’évolution ait fourni aux individus la capacité d’apprendre un langage et de l’utiliser : reste encore à savoir quel intérêt peut avoir un individu à parler à d’autres. La réponse peut sembler simple au premier abord : un groupe d’individus sera plus performant si les individus peuvent partager de l’information plus complexe plus facilement. Ce type d’explication est appelée traditionnellement une explication par la « sélection par le groupe ». Or de telles explications ne tiennent pas la route. L’unité de sélection (dans la sélection naturelle) n’est pas le groupe, ni l’individu, mais le gène. Or, imaginons maintenant une population dans laquelle il existe deux types d’individus : les individus de type B sont bavards et transmettent tout plein d’informations tandis que les individus de type M transmettent le moins d’information possible. Que se passe-t-il ? Les individus de type M ont deux fois plus d’informations que les B (puisqu’ils ont l’information transmise par les B) et, en plus, ne dépensent aucune énergie à transmettre de l’information, contrairement aux B. De ce fait, les M vont se reproduire plus que les B et, au fil du temps, les B vont disparaître pour laisser place à une population de M, où personne ne sera motivé à parler.
Le langage : un type d’échange réciproque ?
Une solution serait alors d’imaginer que le langage s’est développé sous une forme d’échange réciproque : les gens ne communiqueraient ainsi qu’avec les individus qui sont susceptibles de leur fournir des informations en échange. Appelons C les individus qui ont une approche coopérative du langage et ne communique qu’avec ceux qui communiquent en retour. On peut penser que face à de tels individus les M seront mal lotis, car vite exclus du circuit de l'information.
Il y a une objection contre ce genre d’hypothèses. Elle provient des simulations sur ordinateurs au moyen de ce que l’on appelle les « algorithmes génétiques ». Ces simulations montrent que l’hypothèse de la coopération repose sur l’hypothèse que le gain procuré par chaque information échangée doit être élevé. Surtout, ces simulations montrent que, si l’on parvient à une forme de coopération, on obtient un comportement linguistique dans lequel les individus communiquent peu et surtout ne parlent que pour dire des choses d’une grande importance, et de plus ne parlent qu’avec des individus qu’ils connaissent bien et dont ils savent qu’ils vont réciproquer, c’est-à-dire avec un petit cercle d’élus. Or, ces contraintes correspondent peu à nos comportements linguistiques quotidiens : parler de tout et de rien avec le premier venu, jusqu’au point de sentir une gêne lorsque nous nous trouvons seul face à un inconnu et que personne n’ose prendre la parole.
Comment, dans ces conditions, expliquer que les gens parlent, et surtout qu’ils parlent de tout et de rien, de la pluie et du beau temps ? Il existe encore une hypothèse…
L’hypothèse darwino-heideggerienne : la poésie comme avantage sélectif et essence du langage
Naaaannn ! C’est pour de rire…
La théorie de Jean-Louis Dessalles
Je vais développer ici la théorie de Jean-Louis Dessalles sur l’origine de la communication (plus que sur celle du langage). Cette théorie s’inspire des observations d’Amotz Zahavi et de sa théorie du « signal honnête ». Amotz Zahavi s’est penché de manière approfondie sur les mœurs d’un petit oiseau du désert répondant au doux nom de cratérope écaillé. Cet oiseau présente des particularités étonnantes. Il vit au sein de groupes où les individus nourrissent collectivement les jeunes, montent la garde et s’approchent parfois en nombre d’un prédateur pour tenter de le faire reculer en l’impressionnant. Le côté spectaculaire de l’histoire, c’est que les individus sont en compétition pour réaliser ces belles actions : ce sera à qui se sacrifiera le plus pour le bien des autres (par exemple : à qui s’approchera le plus du prédateur). D’où énigme : comment un tel comportement, apparemment contre-productif pour l’individu, a-t-il pu être sélectionné plutôt que celui qui consiste à laisser les autres se sacrifier ?
La réponse se trouve dans l’environnement : chaque groupe de cratérope habite au sein d’un buisson. Le buisson est un élément vital pour le cratérope : Zahavi estime que la durée de vie d’un cratérope au sein d’un buisson est de 60 ans, et de deux ans au-dehors. Or, les groupes chassent du buisson les individus qui n’appartiennent pas au groupe. Il est donc vital d’appartenir à un groupe. Si maintenant l’on imagine que les individus ont évolué au fur et à mesure pour n’accepter dans leur « club » que les individus les plus coopératifs, on comprend comme « l’altruisme » peut évoluer. En réponse à l’évolution de la sélection, il faut évoluer dans une direction qui pousse l’individu à être le plus altruiste possible, ce qui augmente sa chance d’être pris dans un groupe, ce qui multiplie par 30 ses chances de survie.
C’est là la base de la théorie du « signal honnête ». Il s’agit en fait de distinguer les « groupes » et les « coalitions » : un « groupe » est une entité écologique dont les membres sont réunis soit par le hasard des rencontres, soit parce qu’ils sont nés dans la communauté. On en trouve dans la plupart des espèces sociales. Les « coalitions », en revanche, sont des réunions d’individus qui se sont choisis et qui se choisissent en permanence. Or, une coalition peut être caractérisée par ses critères de sélection, et par les avantages qu’il y a à appartenir à cette coalition. À partir du moment où ces avantages ne sont pas négligeables, l’évolution poussera l’individu à correspondre à ces critères de sélection (pourvu que le coût soit moindre que les avantages).
C’est cette théorie que Jean-Louis Dessalles applique à l’évolution du langage. Selon lui, nous avons tout intérêt à appartenir à des coalitions où les individus se parlent entre eux afin de récupérer de l’information. Mais ces mêmes coalitions ne recrutent que des individus qui transmettent de l’information. Il faut donc afficher cette tendance à transmettre l’information : d’où notre tendance à parler, à toujours vouloir dire quelque chose. Cette théorie est de loin ma préférée parce qu’elle part en premier lieu de ce que Dessalles appelle une « éthologie du langage » : il s’agit de voir ce que les gens font du langage. À partir de nombreuses heures de conversations enregistrées, Dessalles à montrer que les deux activités principales, au niveau du langage, étaient 1) le fait de raconter des histoires, 2) le fait d’argumenter pour ou contre ce quelqu’un raconte. Le premier fait est expliqué par la théorie du signal honnête : il s’agit de transmettre de l’information pour être sélectionné, même si l’information n’est pas si pertinente que cela. Quid du second ? C’est simple : des individus peuvent être tentés de tricher en racontant n’importe quoi pour être intégré dans un groupe. Il faut donc mettre au point un système permettant de vérifier la cohérence et la solidité des propos de quelqu’un : c’est là qu’intervient l’argumentation.
Avec tout cela, on peut donc donner une justification du fait que les gens aiment parler et montrer qu’ils savent des choses, et ne sont pas contents quand quelqu’un répond : « je le savais déjà ».
Les blogs
Imaginez maintenant une espèce où les individus tentent par tous les moyens de communiquer de l’information. Imaginez que par un changement d’environnement, les individus de cette espèce se voient donner la possibilité de communiquer de l’information à un grand nombre d’individus à travers le monde. Que va-t-il se passer ? Et bien, à partir du moment où cette technologie sera simple d’accès, tout le monde va se mettre à transmettre de l’information. D’où les blogs. D’où les commentaires. Et surtout : d’où cette envie irrépressible que nous avons de transmettre aux autres notre savoir. Comme l’écrivait Cicéron, en De Finibus, III (c’est un stoïcien qui parle) :
« La nature nous pousse à vouloir être utile au plus grand nombre possible, surtout en instruisant les autres et en leur transmettant les règles de la prudence. »
J’espère donc vous avoir éclairé sur l’origine de cette tendance à bloguer qui repose au fond de vous. Laissez libre cours à vos commentaires.
Bibliographie
DESSALLES, Jean-Louis, Aux origines du langage : une histoire naturelle de la parole, Hermès, 2000.
DESSALLES, Jean-Louis, PICQ, Pascal, VICTORRI, Bernard, Les origines du langage, Editions Le Pommier, 2006.
Commentaires
Aïe, votre billet doit être un canular, sinon il fera sursauter quiconque a la moindre formation sociologique. C'est une idée sociologiquement fausse d'identifier le comportement du blogger à un comportement d'espèce (même avec cette restriction: l'espèce humaine quand elle a accès à la technologie adéquate). Quand le téléphone est apparu, tout le monde ne s'est pas mis à raconter des histoires et à argumenter au téléphone (pareil pour l'écriture, l'imprimerie etc) C'est vrai que les données empiriques manquent et que l'identité des bloggers restent largement fantasmatiques. Bourdieu disait que les gens qui ont des professions intellectuelles s'imaginent être au-dessus des déterminations sociales; je ne sais pas si on va vers plus de lucidité quand les mêmes pensent que leurs comportements culturels sont compréhensibles sur le modèle du cratérope !Bien sûr je ne suis pas hostile à une approche naturaliste (ça va de soi que la culture a des causes naturelles), mais, si elle n'est pas canularesque, votre approche est vraiment unilatérale et simpliste. Avec ce naturalisme, vous procédez de manière analogue aux réductions marxistes, psychanalytiques (je précise pour ne pas me contredire que je ne pense pas que la sociologie apporte le fin mot de l'affaire); quand on vous lit, on est porté à dire "ce n'est rien que cela au fond !" et la satisfaction psychologique est intense, mais à part ça ?
Attention ! Le comportement du blogger n'est pas un comportement d'espèce : il est une des diverses manières que prend un comportement d'espèce pour s'exprimer. C'est comme le désir sexuel : c'est un comportement d'espèce qui peut prendre plusieurs formes, selon vos préférences. Vous pouvez satisfaire votre besoin de communiquer par d'autres moyens : par exemple en échangeant des ragots avec votre concierge. Selon cette hypothèse, ce blog est le résultat d'une interaction entre des besoins naturels de communication et des circonstances culturelles. Mais un individu peut trouver diverses façons de s'exprimer : le blog n'est pas un passage obligé et vous pouvez préférer le café-philo, le bistrot du coin, le repas de famille, la cantine de l'entreprise, etc. Sinon, au niveau des données, on sait que l'apparition du système blog (simple d'utilisation) a été suivi par une augmentation très forte et très rapide de la blogosphère. Je pense que cette croissance s'explique en partie parce que le blog répond à un besoin naturel. Bien sûr, on peut aussi bloguer pour d'autres raisons que le simple plaisir de communiquer et d'argumenter : pour défendre une cause, se faire remarquer, etc. Mais je pense que le "besoin communicatif" est une composante importante.
Je ne pense donc pas que mon approche soit unilatérale et simpliste. Une approche naturaliste de la culture doit avoir deux composantes principales : 1) des entités culturelles (croyances, technologies) et 2) des facteurs de reproduction/transmission de ces entités. Parmi les facteurs favorables à la transmission d'une entité culturelle se trouve (entre autres) le fait que cette entité réponde à un besoin de l'espèce. Mon approche du Blog est donc au moins bi-latérale : il y a d'un côté des déterminants naturels et de l'autre des entités culturelles dont la reproduction peut être facilitée par ces déterminants. La thèse est donc que la transmission culturelle de la "Blogomania" est en grande partie facilitée et donc expliquée par un besoin de communication. Mais certains préfèreront toujours le téléphone (parce que le blog c'est trop compliqué, parce qu'ils préfèrent entendre la voix de ceux à qui ils parlent, parce qu'ils pensent n'avoir rien à dire ou que personne ne les lira, etc.)
En tout cas, l'approche n'est pas "réductionniste" au sens où vous l'entendez ici : je ne pense pas que tous les comportements humains soit déductible des tendances biologiques de l'espèce. La culture est un facteur contingent, dans le sens où ses formes et ses composants ne sont pas déterminées par les gènes. Mais cela n'empêche pas que la culture soit dans une certaine mesure "contrainte" par divers invariants humains, auxquels elle peut répondre de manière diverses. Pour une approche naturaliste et matérialiste de la culture qui n'est pourtant pas réductionniste (et dont je m'inspire ici), l'ouvrage que je vous conseille est la "Contagion des Idées" de Dan Sperber. Je suis de toute façon en train de préparer un post à ce sujet qui tente de montrer comment une approche naturaliste de la culture peut contribuer à répondre à la question d'actualité : "l'Islam est-il soluble dans la démocratie ?".
Vos précisions viennent heureusement tempérer votre billet ! Dois-je désormais en conclure que l'explication naturaliste nne permet pas de rendre compte des différences individuelles et que pour cela vous faites confiance aux sciences humaines ? Dans ce cas le pouvoir explicatif des hypothèses naturalistes n'est-il pas très pauvre ? Le blog répondrait à un besoin naturel, ce besoin naturel n'expliquerait pas moins le blog que la correspondance épistolaire etc. Si vous acceptez cela, vous révisez largement à la baisse la portée de votre billet. Descendant d'un étage, je pourrais dire aussi: "les blogs sont causés par les propriétés fondamentales de la matière", c'est vrai mais ce n'est pas intéressant, ce qu'on cherche, c'est pouvoir rendre compte de la singularité du phénomène (le blog et pas le livre etc). Merci en tout cas pour le conseil de lecture. Même Bourdieu en un certain sens a défendu une approche matérialiste et naturaliste de la culture quand il se réfère dans les Méditations pascaliennes (très bon livre aussi !) aux "potentialités anthropologiques universelles". Seulement n'est-il pas sur ce sujet très rigoureux de rester vague et finalement plat, par peur de transformer un besoin très socialement déterminé en besoin naturel ? Pour en revenir à votre besoin communicatif, si vous l'analysez en besoin d'argumenter, ne transformez-vous pas un habitus dont on peut faire une genèse historico-sociale en tendance naturelle ? Si vous restez prudent, n'est-ce pas alors un truisme de dire que toute activité sociale a des causes naturelles ? La question est de savoir si ces causes naturelles expliquent finement l'activité en question.
I. Sur la question des différences individuelles, je n'ai pas de position stricte. Les sciences biologiques peuvent rendre compte de différences individuelles : elles peuvent expliquer par exemple pourquoi vous avez les yeux bleus et pas vert, pourquoi vous avez telle ou telle maladie génétique. Imaginons maintenant une société où c'est un code de porter des vêtements rouges et où un individu en porte des verts parce qu'il est daltonien : dans ce cas, l'explication sociologique sera plus "individuelle" que l'explication biologique. Enfin, je pense que la question des différences individuelles échappe en grande partie à l'explication biologique et à l'explication sociologique parce qu'elle appartient à l'histoire individuelle et que même la sociologie s'occupe de caractéristiques propres à des groupes.
II. Je comprends votre inquiétude selon laquelle les explications naturalistes peuvent vite tourner à l'explication tautologique par les vertus dormitives. Mais ce danger est facilement esquivable si l'on pense que l'explication naturaliste pose nécessairement des hypothèses qui touchent à d'autres domaines scientifiques (psychologie, éthologie, etc.) Si par exemple vous postulez que les gens ont une tendance naturelle à faire X, votre explication n'est pas une simple tautologie. Vous devez ensuite mettre votre hypothèse à l'épreuve d'expériences en psychologie, mais vous devez aussi trouver des hypothèses probables sur l'évolution de cette tendance. Si vous n'en trouvez pas, ou que les expériences sont contre vous, c'est un peu emmerdant. Dans le cas précis de mon post, je pense échapper à ce travers parce que je n'invente pas le "besoin de communiquer" pour le besoin de la cause, mais qu'il fait déjà partie d'une théorie sur l'évolution du langage indépendante de la question des blogs. J'applique donc une théorie déjà existante à un problème qu'elle n'avait pas considérée : il n'y a pas circularité.
III. Au sujet de l'argumentation, on peut y voir "un habitus dont on peut faire une genèse historico-sociale" si l'on s'en fait une idée trop haute. Mais ce que l'on appelle ici argumentation ici c'est des trucs comme : - J'ai vu Machin hier ! - Je croyais qu'il était en Amérique ! (Sous-entendu : pas possible !) - Il a annulé son voyage pour cause de etc. etc.
ou encore :
- Pour aller à la Sorbonne, il faut prendre la ligne 5. - Mais non, c'est mieux par le RER B, il y a moins de stations, etc.
IV. Enfin, sachez que les explications naturalistes d'un fait culturel X ne font pas nécessairement appel à une "tendance à faire X". Elles peuvent postuler par exemple, dans le cas de croyances ou d'items culturels, que X s'adapte mieux aux contraintes de notre système cognitif. Par exemple : tel système de notation mathématique survivra mieux parce qu'il est plus simple, du point de vue de nos fonctions cognitives (par exemple la notation logique actuelle VS l'idéographie de Frege). J'ai vu des gens partir des contraintes cognitives déjà découvertes par la psychologie cognitive pour expliquer des processus de transformation culturelle. Deux exemples que j'ai en tête : - Un mec qui expliquait par des raisons cognitives ET socio-politiques pourquoi les mathématiques de Newton avaient été choisies VS celles de Leibniz, alors même que l'on conservait l'écriture Leibnizienne VS l'écriture Newtonienne du calcul différentiel, - Un autre qui s'intéressait à l'évolution des comptines sur un siècle dans les écoles primaires en Grande-Bretagne.
Un troisième exemple sur le net : http://dingo.sbs.arizona.edu/~snichols/Papers/genealogyofnorms(final).pdf
Tout ça pour dire que l'on peut avoir des analyses assez fines à partir d'une vision naturaliste. Et que les explications naturalistes ne sont pas des tautologies. Mais, comme dans toutes les sciences humaines, elle porte sur des cas particuliers et leur valeur dépend en partie de l'acuité du chercheur. (Sauf dans le cas de mon post : je trouve qu'une fois l'hypothèse de Dessalles acceptée, on trouve l'application assez facilement.)
1)excusez-moi, j'entendais par différences individuelles: café-philo, bistrot du coin etc c'est-à-dire une conduite sociale et à ce sujet vous avez bien sûr raison, la sociologie parle de groupes, c'est le propre de toute connaissance scientifique de l'individuel. Votre exemple du daltonien est malin mais me gêne un peu car la biologie donne plus ici la cause de sa conduite que sa raison; c'est la sociologie qui expliquera sans doute le mieux son goût pour les vêtements rouges; et sa singularité est-elle sociale ? Elle est liée à un défaut de perception, pas à un souci de distinction. Vous expliquez qu'une conduite qui a sa cause dans la biologie s'explique par la biologie, je suis d'accord; si quelqu'un au cinéma est le seul à pleurer parce que ses glandes lacrymales sont malades, j'aurais recours à son idiosyncrasie biologique (et encore !)mais je rendrais compte d'une singularité biologique. Ce qui est en jeu dans notre échange, c'est la capacité à rendre compte de particularités (ou singularités) sociales avec des causes biologiques, non ?
2)qu'est-ce que la manifestation naturelle du besoin de communiquer ? C'est des manifestations cérébrales, des conduites innées ? Tous les phénomènes qu'on identifie à ce besoin n'ont-ils pas aussi des causes culturelles ? Les manifestations naturelles du désir sexuel n'ont pas que des causes naturelles, non ?
3) je ne suis pas sûr qu'on ne puisse pas faire aussi un genèse historico-sociale des jeux de langage (acceptez-vous le concept ?) que vous évoquez (ce qui ne veut pas dire que vu l'espèce humaine et les contraintes biologiques et naturelles, tous les jeux de langage possibles sont réalisables)
4) quand la linguistique diachronique a formulé la loi du moindre effort pour rendre compte de l'évolution des langues, je pense que c'était déjà dans la direction que vous indiquez.
Je retiens l'idée d'un besoin de communication, mais il reste virtuel. A mon sens, il permet de se demander pourquoi nous éprouvons le désir de communiquer des contenus privés. A mon sens, comme il est adressé à un public, il ne peut viser essentiellement à exprimer des pensées privées. Comme le langage, il est destiné à être lu, entendu. C'est une sorte de journal de bord. Je trouve pour ma part très intéressant d'étudier la manière dont les étudiants en philosophie communiquent et se distinguent les uns des autres - de Paris VIII aux grandes écoles. Le danger consisterait à penser que le Blog peut remplacer une communication authentique avec des êtres de chair et de sang; comme toute drogue, on doit pouvoir s'en passer ! Pourquoi faut-il compliquer les choses
1) Effectivement, dans ce cas précis, la biologie concerne plus les causes de son comportement que les raisons. Mais j'ajouterais que dans une conception naturaliste, les raisons ne sont qu'un sous-type de cause (je suis sur ce point presque Davidsonien avec une nuance personnelle).
Je pense que les cas où la biologie et les sciences cognitives peuvent expliquer entièrement un comportement humain sont rares. Mais je pense qu'elles sont la plupart du temps indispensables. Tout acte humain est quelque part entre le purement naturel et le culturel. Même la défécation. On peut expliquer la défécation par des causes naturelles ainsi que le fait que les gens s'essuient par le dégoût qui est universel. Mais cela ne suffit pas à expliquer entièrement la façon dont les gens se torchent le postérieur. Il faut faire appel à des facteurs écologiques (certains peuples s'essuient avec des cailloux parce qu'ils n'ont rien d'autre) ou culturels (en Europe on s'essuie avec du papier, en Thaïlande on utilise une douchette). Les explications "biologiques" ne sont souvent qu'une partie de l'explication, mais une partie indispensable.
Dans le cas des blogs et des cas individuels, il pourrait y avoir un rôle de la biologie. Il y a de bonnes raisons de penser que nous avons une tendance à interagir avec d'autres êtres humains. Mais l'importance de cette tendance peut varier d'un individu à l'autre (comme la taille de nos membres, la couleur de nos yeux, etc.). Imaginons un être peu sociable mais largement tenté de communiquer des informations : il préfèrera le blog aux cafés-philo. Prenons le cas des "Traders" (c'est à la mode). On sait que nos comportements économiques dépendent d'une aversion au risque dont certains cherchent actuellement les bases neurales. Imaginons qu'il y ait une variété biologique dans l'aversion au risque : il y aura alors une variété de comportements économiques, etc. La biologie/les neurosciences ont leur mot à dire.
2) Non, il n'y a pas que des causes biologiques aux manifestations du désir sexuel, comme je l'ai déjà précisé. Toujours est-il qu'un défaut d'hormones ou une castration chimique en empêchera toute manifestation. La tendance à communiquer peut être considéré comme un "instinct". Il a surement des bases neurales, comme tout comportement humain.
3) A priori, j'accepte le concept de jeu de langage. J'accepte aussi l'idée qu'on apprend à parler (étonnant, non ?). Mais dans le cas de la communication pure et simple d'information et dans les cas "d'argumentation" que j'ai décrits, je ne pense pas que l'environnement social ait une grande influence sur la forme qu'ils peuvent prendre. Dans le cas d'argumentations plus développées (logique, scientifique, philosophique), surement. Mais d'après ce que j'ai lu, les régimes de discours que j'ai décrit sont universels (ce qui n'est pas le cas de l'argumentation par syllogisme, etc.)
4) Waaaahhh ! Excellent exemple ! C'est exactement ça !
Merci pour le billet! J'ai dû mal à dire exactement pourquoi, mais la théorie du signal-honnête me semble avoir une structure commune avec celle de la sélection sexuelle. Qqch comme: 1)des comportements complètement irrationnels à l'aune d'un utilitarisme de survie-reproduction simple (càd, peu ou prou, ce qu'il est utile de faire au vu des seuls aspects physiques du milieu + espèces chassées et prédatrices), 2)qui s'expliquent par des contraintes dues à cette partie spécifique du milieu que sont les congénères.
Mais j'ai une objection:
Et les trolls? Un pb pour les théories coopératives de la passion des blogs
Je trouve que justement les blogs fournissent une donnée empirique difficile à expliquer par la théorie du signal honnête, ou toute théorie qui l'expliquerait par un besoin de communiquer coopératif - par ex, la théorie de l'échange réciproque. A savoir: les commentaires gratuitement méchants anonymes. Une proportion substantielle des commentaires postés sur les blogs et forums - et Philotropes n'échappe pas à la règle - consistent en une remarque dénigrante à l'endroit du billet et/ou des commentateurs. Et ils sont anonymes. Je discute un peu en détail:
Il me semble donc difficile d'expliquer les commentaires méchants anonymes par une théorie de la communication-pour-être-accepté.
Si je peux me permettre, les multiples tentatives de réfutation de Yacedjaz auxquelles Florian a répondu rentrent bien dans la catégorie 1: Yacedjaz commente pour me réfuter, mais il ne le fait pas de façon complètement anonyme, et il cherche clairement à montrer qu'il a raison, ce que la théorie du signal honnête peut raisonnablement interpréter comme une façon de montrer qu'on est un informateur honnête. Mais d'autres commentaires (ceux de "super" par ex) semblent viser simplement l'insulte.
Une théorie simple du commentaire méchant anonyme serait colère + facilité à parler. Les êtres humains ont une tendance naturelle à parler, et ils ont par ailleurs une tendance à réagir violemment aux situations perçues d'agression: aucune tendance n'a évolué pour insulter (ou, autrement dit, l'insulte n'a pas été sélectionnée), mais la combinaison de deux tendances qui ont évolués à d'autres fins donne l'insulte. La théorie ne règle pas tout les cas, toutefois, parce qu'il est implausible que tous ces types de commentaires soient écrits sous l'effet de la colère. Beaucoup semblent plutôt être ludiques.
J'imagine que si on avait une explication du plaisir à se moquer d'autrui, elle pourrait expliquer du même coup les commentaires méchants anonymes ludiques.
Je suis d'accord avec Julien. Mais je ne prétendais évidemment pas rendre compte de la totalité des comportements sur les blogs, qui sont très complexes. Même la création de blogs peut avoir d'autres raisons que le besoin de communiquer : par exemple se faire plein de pognon en mettant des liens vers Amazon.
J'avoue que les commentaires anonymes insultants m'ont toujours posé problème. Je n'ai jamais vraiment compris la motivation de ceux qui les écrivait. Pour ceux de Super, je pense juste qu'il trouve ça drôle : la bonne blague est un instrument d'intégration.
Mais je pense que les trolls (insultes + liens + pub) surviennent sur le fonctionnement "normal" du blog et ne sauraient le constituer à eux seuls. Il me semble donc qu'ils sont des comportements secondaires, dont la théorisation doit venir "après" celle qui explique le développement des blogs, puisqu'ils supposent ce développement.
Well well well, on ne peut pas juste dire: le comportement humain qui consiste à parler pour ne rien dire vise à faire confirmer le parleur comme membre d'un groupe, sauf quand il ne vise pas à confirmer le parleur comme membre d'un groupe. Si le succès empirique de la théorie requiert juste qu'on trouve des exemples de la tendance postulée, on va pouvoir confirmer tout et n'importe quoi. I.e., supposons qu'on ait une théorie qui postule que les humains ont une tendance naturelle à faire X. Le fait que les humains font X, quand ils ne font pas autre chose, est-il une confirmation substantielle de la théorie? (Je ne dis pas une confirmation suffisante.) On pourrait confirmer exactement de la même façon qu'ils ont une tendance naturelle à ne pas faire X.
Bref, on peut facilement proposer des théories moins ad hoc que celle selon laquelle les humains parlent pour appartenir à des groupes sauf quand ils ne le font pas. De fait tu en proposes une:
Cette théorie serait ok, s'il n'y avait les trolls. Une suggestion que tu fais est d'amender comme suit:
Même objection que plus haut: difficile d'expliquer pourquoi qqn parle anonymement s'il s'agit de s'intégrer - mais on pourrait tenter d'expliquer cela avec l'hypothèse de l'anonymat non perçu par les agents envisagée dans mon commentaire précédent.
Sinon le fait que l'existence des trolls soit "secondaire" au sens où elle dépend de l'existence préalable de blogueurs et autres informateurs honnêtes ne touche pas vraiment au problème. 1)Cela ne montre pas (comme les théories de la parole coopérative semblent l'impliquer) que leur comportement relève de mécanismes psychologiques distincts de ceux du commentateur "honnête". 1b)Illustration: de la même façon on pourrait écarter les commentaires honnêtes des données à expliquer. Resterait les seuls billets, ce qui pourrait nous orienter vers une théorie selon laquelle les bloggueurs cherchent à établir une position d'autorité au sein des groupes, par ex. Ce à quoi les partisans de la théorie du SH objecteraient: "Et les commentateurs?". A quoi on aurait mauvais jeu de répondre "leur existence est secondaire par rapport à celle des bloggueurs, donc on les théorisera plus tard". 2)Des applications analogues qui suggèrent que ce genre d'argument est trop fort, par ex: "l'existence de comportement asociaux présuppose l'existence de la société, donc la théorie des comportements asociaux doit être faite après celle de comportements sociables."
Il faudrait faire une analogie avec la tendance naturelle à avoir des relations sexuelles : elle n'explique pas tous les cas de relations sexuelles. On peut en avoir juste pour avoir un bébé, contre de l'argent, etc.
De même, je pense que s'il y a une tendance à communiquer, elle ne peut rendre compte de tous les cas de communication. On peut communiquer à des fins utilitaires (souvent), pour donner un ordre, pour négocier, etc.
La question est celle que Julien soulève : pour rationaliser dans le cadre de la théorie le cas des trolls, il faut leur trouver d'autres motivations que le simple besoin de communiquer en montrant qui communique, postulé par la théorie.
Là, à mon avis, c'est au cas par cas. Je précise déjà qu'il est difficile de faire la différence, dans certains cas, entre ce qui relève de l'anonyme ou de l'avatar. Si le surnom est un avatar, il me semble que la théorie peut fonctionner. Dans le cas de Super, on remarque qu'il rigole et qu'il raconte sa vie et que son message n'est pas à proprement parler anonyme. Je dirais qu'il entre dans le cadre de la théorie.
Pour les pubs/liens vers des sites, c'est facile aussi.
Pour les messages anonymes pleins de haine (ou autre version : les délires paranoïaques sur la philosophie analytique), je pense que l'on peut compléter la théorie de Dessalles de la façon suivante. La théorie de Dessalles postule que celui qui parle veut apparaître comme : - communiquant de l'information un minimum intéressante, - communiquant de l'information vraie (sauf conte / blague / etc.) - communiquant de l'information inédite (d'où déception quand qq dit qu'il sait déjà ET tentative adverse de signaler qu'on le savait déjà) - capable de montrer que lui dit vrai et pas les autres (par l'argumentation)
Imaginons maintenant que devant la puissance des arguments développés sur ce blog, un être à la thèse opposé se sente contrarié dans sa tentative de communication (parce qu'il a une thèse opposée et qu'elle se rélève être fausse ou du moins incertaine). Cette contrariété se développe en colère et Boum ! insulte. Mais anonymat la plupart du temps car : aveu en même temps que l'on est un mauvais communicateur / argumentateur. Voir par exemple le brillant exemple suivant.
Il y a aussi une hostilité envers ceux qui sont perçus par leurs thèses comme dangereux. C'est des méchants et donc on agresse, c'est naturel. Voir ici.
En fait, pour continuer, il faudrait faire une typologie des Trolls. Qui veut s'y coller ?
NB, je dirais que faire une typologie des trolls c'est trompeur, si cela suggère qu'on a affaire à un type de caractère (le colérique, le mélancolique, etc.) La même personne peut être un "troll" différent dans différent contextes, ou pas un troll du tout. Parlons plutôt de typologie des commentaires nocifs. (C'est moins sexy comme nom, malheureusement!)
A ma grande honte, je confesse que je croyais que "Troll" désignait les commentaires...
je n'insulte personne: je rigole... Ben vous, philosophes, vous vous prenez trop au sérieux. Alors je mets de la gaité dans ce blog pour Florian mais il préfère Julien parce qu'il communique comme lui; pauvre de moi mais je suis riche
Tiens, Super, puisque tu es là, peux-tu nous dire ce qui te motive lorsque tu mets un commentaire dans le genre suivant (sur le dernier billet, quel qu'il soit):
Est-ce que tu postes ce style de commentaire en te disant "ah ces philosophes ils sont vraiment bêtes je vais les énerver un peu pour voir comment ils réagissent"? Ou "ah ces philosophes toujours les mêmes, je vais les charrier un peu quand même"? Ou "tiens je vais poster un petit truc marrant pour les faire rire"? Dans ce dernier cas, pour faire rire tout le monde (auteurs et lecteurs) ou juste certains lecteurs? Lesquels? Ou "je vais poster un petit mot, ça me fait marrer"?
Plus que sur le cas de Super, peut-être faudrait-il se pencher sur le cas de Bernat-Winter, dont certains articles constituent de véritables trolls. Voir ici sa dernière trouvaille. D'ailleurs, le cas de Bernat-Winter n'est pas isolé. On peut le rapprocher de certains posts sur ce blog, comme celui qui prédisait l'apocalypse de la philosophie analytique et des ordinateurs. Ce genre d'interventions semble refléter une hostilité qui doit avoir des racines profondes, doublée d'une tendance vacillante à se croire supérieur. La véritable question dans tout ça, c'est : "Pourquoi tant de haine ?". Ritoyenne doit connaître la même chose au sujet de Heidegger, que certains semblent positivement haïr.
Conseil pour ne pas avoir de trolls ! Consacrer votre blog à Diogène Laërce ou à Sénèque ! Les méchants diront que bien sûr s'il n' y a pas de lecteurs, il n'y a pas de trolls. Mais je persiste: les trolls viennent peut-être avec les sujets chauds (Heidegger, la philo analytique etc), c'est-à-dire des sujets sur lesquels il y a beaucoup de connaissances par ouï-dire avec des valorisations contrastées et extrêmes. Il faudrait alors travailler sur des sujets refroidis ou qui n'ont jamais été chauds (Gabriel Marcel au lieu de Heidegger par exemple !), car même si on travaille à tête froide sur les sujets chauds, on court le risque d'être parasité par les têtes chaudes. J'en viens à me poser cette question: qu'est-ce qui fait qu'un objet philosophique déclenche des passions autres que philosophiques ? Ses relations avec la politique ? Avec la religion ?
Juste pour détendre l'atmosphère sur ce blog très intéressant et sympa mais pas vraiment porté au marxisme: "la philosophie est la lutte des classes dans la théorie" (Althusser). Dans ce cadre qu'est-ce qu'un troll ?
Je souscris à l'analyse / aux questions de Philalethe. Voilà !
PS : Le fait que ce blog ne soit pas porté au marxisme pourrait être une raison pour laquelle il est attaqué par ceux qui pense que l'indifférence aux questions politiques est blâmable.
Ne pas être porté au marxisme n'implique pas être indifférent aux questions politiques ! Celui qui est indifférent aux questions politiques n'a plutôt pas d'avis sur le marxisme. Popper n'était pas porté au marxisme et pourtant était tout sauf indifférent aux questions politiques.
J'ai été allusif. Je voulais dire que 1) si le blog n'était pas porté au marxisme, c'est que 2) il n'était pas trop porté sur la politique et donc 3) que cela pouvait lui amener des critiques.
Cova Florian,
"besoins naturels de communication" : ah ah ah
A.C.
Au secours ! Un troll !
Non, non, Florian ! Même pas ! C'est juste un lincuistre...
Julien, je m'amuse mais je ne cherche pas à vous énerver. Non, à vous philosophes, je veux montrer ce qu'est la vraie vie. Avec vos querelles de gamins on rit bien. Dans mon métier, à Chicago, il faut des durs. Toi, t'es un type trop sensible et trop intelligent pour la moyenne. Alors oui, ça doit plaire à des femmes sensibles. Mais ton pote Florian, c'est un dur un peu grossier qui sait où il va. Si j'étais une femme, tu me plairais sûrement. Bon, je vais prendre un verre; je suis en vacance et plus rien ne va.
Alors la théorie de Florian serait confirmée, même qqn comme Super cherche à nous faire partager des informations!
Sinon merci pour le couplet sur "moi j'connais la vraie vie, les gars, et la vraie vie c'est pas pour les tapettes", ça m'a fait beaucoup rire - pour une fois!
Un mec qui touche 4000 euros par mois en sortant de l'école doit avoir moins conscience de la dureté de la vie qu'un pauv'doctorant en philosophie (fut-il normalien)...
Sénèque : Mais écoute un avis : n’imite point ces hommes moins curieux de faire des progrès que du bruit ; que rien dans ton extérieur ou ton genre de vie n’appelle sur toi les yeux. » Ce titre de philosophe, si modestement qu’on le porte, est bien assez impopulaire V
La philosophie n’est point un art d’éblouir le peuple, une science de parade : ce n’est pas dans les mots, c’est dans les choses qu’elle consiste. Elle n’est point faite pour servir de distraction et tuer le temps, pour ôter au désœuvrement ses dégoûts ; elle forme l’âme, elle la façonne, règle la vie, guide les actions ; montre ce qu’il faut pratiquer ou fuir, siège au gouvernail et dirige à travers les écueils notre course agitée. XVI
Pour :
Après un ennuyeux échange méta-théorique sur les façons d'étudier la langue, je vous ai proposé de parler de qqch de plus intéressant, à savoir d'un phénomène linguistique particulier, sur lequel vos lumières de linguiste m'auraient été utiles. Le phénomène est décrit au commentaire 22 de cette même page. Vous m'avez laissé sans réponse, et je pensais que vous ne lisiez plus le blog. Mais je me réjouis de voir que vous le suivez encore: pourquoi donc ne me répondez-vous pas?
Julien Dutant,
parce que communiquer n'est pas un besoin naturel.
A.C.
Et pourtant, Alain Cuny est là ! Et il nous parle ! Pour ne rien dire ! Il lui est impossible de garder ses opinions pour lui. Quid ?
La question de savoir si la communication est vraiment un besoin naturel me semble relever plus de l'anthropologie que de la linguistique, cela dit.
Cova Florian,
"ne rien dire" : qu'entendez-vous par là, contremaître de l'équipe rationaliste ?
Comme d'habitude, votre imagination de la pratique de la langue s'arrête à ce qui s'énonce clairement. Au-delà : formes indignes, parasitaires, dégradées, parodiques, de deuxième, troisième, ou quatrième degré - susceptibles, même, de méchanceté, de fausseté, de brouillage des pistes lumineuses du dialogue philosophique.
A.C.
A AC(L): c'est une blague?
Quelle embrouille !!! Si communiquer n'est pas un besoin naturel, c'est quoi ? Les bêtes communiquent... Et le dialogue philosophique, la belle affaire. MOI, dans le domaine de la Pub, je communique des contenus
"Ne rien dire". J'entends par là : ne rien dire de pertinent. Et en parlant de "pertinence", connaissez-vous la théorie de la pertinence de Sperber et Wilson ? C'est ma position de référence sur le langage - et elle fait la part belle à tout ce dont vous parlez, vous qui nous accusez sans savoir ce que nous pensons.