Deux gamins (8 et 11 ans) seront peut-être fichés génétiquement pour avoir chapardé deux tamagochis dans un hypermarché (Le Parisien (5/5/07)). Il y a quelques mois, c'était un faucheur d'OGM (Le Monde (25/09/06)). On en a parlé parce qu'il avait refusé, mais combien ont accepté entre-temps? Les donnés restent dans le fichier pendant 25 ans, ou 40 ans pour les condamnés. 25 ans pour les mis en cause: si vous êtes accusé puis innocenté, vous êtes officiellement lavé de tout soupçon mais on garde l'empreinte génétique dans le fichier au cas où. Aussi, selon le procureur qui a requis contre le faucheur (cité dans ce même article du Monde), le refus de fichage est un délit continu, ce qui signifie qu'on peut vous poursuivre jusqu'à ce que vous acceptiez.

Va-t-on aller jusqu'à fichier systématiquement? Après tout, les gens honnêtes n'ont rien à craindre de la police, non?

Je soupçonne qu'il y a un problème légal de fond là-derrière. Nos lois ont été faites à une époque où les moyens de surveillance et de contrôle étaient limités. Sauf erreur de ma part, rien n'interdit en principe à la police de suivre arbitrairement un citoyen quelconque dans ses moindres faits et gestes, autant qu'elle voudra. Cette possibilité de principe d'une surveillance systématique n'était pas un véritable problème, puisque la police n'en avait de toute façon pas les moyens. Mais cela change (par ex, les ordinateurs font d'énormes progrès dans la reconnaissance des visages, et, comme le dit cet article (Le Monde 5/5/07), ils apprennent à analyser le flux des caméras de vidéo-surveillance). De même, les empreintes digitales sont utilisés depuis longtemps, mais elles sont maintenant stockées dans les passeports qui peuvent être lus sans contact, et (je suppose) les fichiers peuvent être fouillés informatiquement. Et nous laissons des traces génétiques partout, qui sont de plus en plus exploitables. Un problème analogue se pose avec l'usage des données privées par des sociétés. Rien n'interdit à personne de vous regarder faire vos courses. Mais si des sociétés pouvaient suivre la direction du regard des clients de supermarché pour voir quels produits attirent le plus l'oeil? (D'après ce même article du Monde (5/5/07), IBM développe des outils d'analyse de vidéosurveillance pour observer le comportements des acheteurs d'un supermarché.) Internet, notamment, donne lieu à de multiples tentatives d'observation de la navigation. Même problème, encore, sur les lieus de travail.

Avec ce développement des possibilités réélles de surveillance, il devient urgent d'établir des principes justifiables et largement partagés qui posent des limites claires à la possibilité d'acquérir des informations sur les citoyens.

Alors, même si comme Olivier l'a dit, il n'y a rien de choquant à envisager qu'il existe des bases génétiques à certaines tendances comportementales, il faut être conscient des dangers de la combinaison de la conviction qu'il en existe avec l'extension inutile et incontrôlable du fichage génétique. A savoir: justifier l'inaction (c'est génétique, donc on ne peut rien y faire - ce qui est un sophisme), biaiser la recherche pour justifier des thèses séduisantes mais sans fondement (tendance au crime, tendance à l'honnêté), et sacrifier la liberté à l'ordre.

Pour les français: ce pourrait être une bonne idée de mettre des gants en allant voter demain, sait-on jamais, si quelqu'un s'amusait à examiner les bulletins de près!

(Tom Toles, 12 mars 2006. Citoyen ordinaire - ne dit rien de méchant. Espionnage gouvernemental - n'étend rien de méchant. Négligence parlementaire - ne voit rien de méchant. En petit: Il faudrait peut-être un nouveau gouvern.. - Méchant!)

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