Dans cet article incongrument intitulé Badiou pense à tout (Libé du 22/3/07), Slavoj Zizek, qui a récemment publié un bouquin de dialogue avec Badiou, explique que la philosophie française se divise en sionistes et anti-sionistes, et que ce dernier est anti-sioniste pour des raisons métaphysiques: contre la fidélité à une identité singulière et substantielle, à l'être qu'est chacun, elle-même supposée être une résistance à la tendance mondiale contemporaine dont le but est de venir à bout de toutes les limites y compris celle de la finitude de la condition humaine qui atteint son apothéose dans le rêve digitalo-gnostique d'une autotransformation de l'homme, assimilé à un logiciel virtuel ayant la possibilité de se recharger, de lui-même, à partir de n'importe quel ordinateur, Badiou prône la fidélité à l'Un en tant qu'il s'autoconstitue dans le processus même de nomination qu'est la lutte politique, qui représente les «sans-abri», l'errance, et le cosmopolitisme universel, indifférent à toute forme ethnique particulière, ou encore la fidélité à l'impulsion messianique en faveur de l'émancipation universelle, fidélité qui s'oppose à la tendance (post) politique du politiquement correct qui s'appuie sur la peur de l'immigration, des races, des religions, peur du crime, peur de la dépravation sexuelle sans dieu, peur de l'Etat (en raison d'impôts ou de prélèvements trop élevés), peur des catastrophes écologiques, peur du harcèlement et mène au vote Sarkozy. L'auteur conclut: c'est ainsi que je voudrais saluer non seulement le génie philosophique de Badiou, mais également l'audace politique qui lui est indissociable.

Le lecteur lambda ne comprend rien, sauf que Badiou est génial, et probablement la meilleure arme contre le néo-libéralisme. Le lecteur plus avisé comprend que Badiou c'est les Lumières contre les réactionnaires, et trouve léger de s'appuyer sur cette idée pour affirmer que la métaphysique de Badiou surpasse de loin tout ce qui s'est publié en France ces dernières décennies - et note au passage que l'auteur n'a à coup sûr pas lu tout ce qui s'est publié en France ces dernières décennies.