Wikipédia: la connaissance
Par julien dutant le samedi 10 mars 2007, 05:01 - Divers - Lien permanent
Je viens de faire une contribution substantielle à l'article de Wikipédia sur la connaissance (l'en-tête et la première section, sur la définition de la connaissance).
Comme Chalmers, je pense que les philosophes devraient s'y atteler, pour des raisons évidentes (éduquer le grand public) mais j'espère que cela ne commencera pas trop violemment comme pour lui (j'ai déjà pas mal ramé dans la discussion sur la croyance). Cela dit, contre ce que laisse entendre le post horrifique de Crooked Timber sus-lié, les interventions de Chalmers et autres sur l'article Consciousness semblent avoir donné un beau résultat.
Commentaires
Quand je parle de connaissance, je ne pense tout simplement pas à la même chose que vous.
Je ne considère pas que le fait d’avoir la conviction même fondée que mon collègue possède une Ford relève de la connaissance. Quelques soient les subtilités qu’on peut soulever à ce propos.
En revanche, même si je ne comprends rien à leur travail, je peux dire : « les chercheurs du CNRS travaillent à l’accroissement des connaissances » Mais je ne dirais pas que les peintres de la place du Tertre produisent de la connaissance.
La question est donc de savoir qu’est-ce qui distingue la production des chercheurs du CNRS de celle des peintres de la place du Tertre.
Cher Lemoine,
Merci du commentaire, cela m'est utile. Je comprends votre opinion, elle me semble rentrer peu ou prou dans la catégorie "Définitions restrictives" que j'ai introduite dans l'article de Wikipédia. Il me semble que votre position consiste à identifier connaissance et science, tout simplement.
Le problème de cette façon de voir (comme je l'indiquais dans l'article de Wikipédia) est qu'elle implique que les affirmations suivantes sont fausses: je sais que Pompidou a présidé la République Française; je sais que l'Afrique est au sud de l'Europe; je sais que l'herbe ne pousse pas sur le plastique; je sais que l'été arrivera dans quelques mois (ce qui implique d'ailleurs que je sais que le soleil se lèvera souvent d'ici là); je sais que Baudrillard est mort; je sais où j'ai rangé les clefs de mon appartement; etc. (Ou alors, vous pouvez soutenir l'opinion selon laquelle ces phrases sont vraies, mais que "S sait que p" n'implique pas que S a la connaissance que p, ce qui me semble un peu schizophrénique.)
En passant, que ces connaissances "ordinaires" soient des connaissances, et qu'elles soient elles aussi l'objet de l'épistémologie, n'est pas simplement mon opinion, c'est le champ actuel qui veut ça...
J’ai été très lapidaire et j’ai moins exprimé une position philosophique qu’une réaction « à chaud »
Néanmoins, je n’identifie pas connaissance et science parce qu’il y a une masse de connaissances qui n’est pas scientifique au moins au sens le plus strict (comme les connaissances historiques). Je prends la connaissance comme un ensemble cohérent d’énoncés et de conceptions qui rendent rationnellement compte des phénomènes. Je ne pense pas que cette définition soit restrictive. Il me semble au contraire que c’est réduire les choses que de qualifier de connaissance une assertion isolée (même vraie).
Ce que j’ai voulu dire c’est que je vois la connaissance (ou le savoir) comme un fait social complexe que la « théorie de la connaissance » aurait à élucider alors que ce qui suit vos « je sais » est tantôt de la connaissance tantôt de l’information (comme : « je sais que Baudrillard est mort » ou « je sais que mon collègue possède une Ford »)
Si un professeur fait un contrôle des connaissances et demande à ses élèves que noter ce qu’ils ont retenu de ce qu’il leur a dit pendant son cours, il ne considérera pas comme une réponse correcte le fait d’écrire « vous nous avez dit de cesser de regarder dans la cour » parce quand bien même l’information serait exacte, elle ne correspond pas à ce qui est visé par « contrôle des connaissances ».
Que les connaissances ordinaires soient un objet d’étude pour l’épistémologie, je ne le conteste pas mais relèvent-elles vraiment de la théorie de la connaissance ?
pour rebondir sur ce qu'a dit Lemoine, j'ai eu également l'impression (quel que soit la qualité du travail réalisé sur l'article) d'être face à une encyclopédie de philosophie, non une encyclopédie tout court. Mais je t'avoues que je ne saurais précisemment argumenter et dire ce qui manque à un tel article. par rapport à ta réponse au point précédent: une définition restrictive ne rendant pas équivalent la connaissance et la vérité d'un fait, tu ne peux pas à mon avis renverser la proposition et dire que tout ce qui n'est pas connaissance est faux. Encore une fois, je vais probablement apporter des arguments qui ont déjà été réfutés mille fois, mais l'approche ici me semble tout à fait subjective: un individu a "connaissance" de quelque chose. Or pour un sociologue, la connaissance est avant tout l'objet d'un accord, les exemples tels que celui du type qui va dans un champ et se retrouve au milieu d'un décor de cinéma feront probablement lever au ciel n'importe quel sociologue ("mais qu'est-ce qu'ils iront pas inventer") qui répondrait quelque chose du type: "mais ça n'est pas de la connaissance, la connaissance est l'objet d'un accord, de processus de légétimation, d'une institutionnalisation, on s'en fout que X se promène dans un champ et de ce qui lui passe alors par la tête"... Bon, tout ça, je te le dis tout en trouvant un intérêt dans votre travail, mais il me laisse songeur... en tout cas, j'ai du mal avec l'article parce que j'ai l'impression qu'il parle: 1/ hors de toute intersubjectivité, de tout espace public ou des connaissances sont mises à l'épreuve (est-ce qu'il n'y a pas, par exemple du côté de Habermas, des philosophes qui prennent en compte ce type de question?) 2/ hors de toute pratique (un Popperien radical pourrait penser qu'il n'y a de science que du faux et douter que toute connaissance puisse être réellement fondée, il prendrait probablement l'avion tout de même ce qui suppose qu'il accorde un certain poids au fait que la plupart des avions arrivent au bout de leur trajet. De même, j'ai du mal à couper la connaissance de toute dimension pratique et de l'appui que lui apportent les multiples cas où elle a été efficace)
Voila, au bout de ma réponse, j'ai l'impression que j'ai trouvé ce qui me dérangeait: l'absence de tout mécanisme intersubjectif (social quoi) dans l'article. oups: je viens de voir que j'avais pas vu la fin de l'article. Tout ce que je dis y est déjà présenté mais de façon pour le moins... comment dire... pas toujours très claire (je ne dis pas que moi je suis clair, mais là n'est pas la question). bref... si ta partie est sans doute de meilleure qualité, il me semble qu'un article encyclopédique devrait arriver à intégrer différentes conceptions: la connaissance pour un philosophe, la connaissance pour un sociologue, la connaissance pour un psychologue, etc.
Merci beaucoup Julien d'avoir écrit cet article ; ce serait si bien si Wikipedia devenait en philo ce qu'elle est déjà dans d'autres disciplines (scientifiques), à savoir l'endroit où trouver le plus facilement de la vulgarisation de qualité sur des points techniques ! Seule interrogation pour ma part : la question du doublon wiki anglaise / wiki française (j'ai pas regardé en détail pour knowledge, mais vous avez dû le faire). Mais dans une vraie optique grand public, ça vaut peut-être le coup de faire deux articles plutôt que d'améliorer l'article anglais.
Félicitations et bon courage (pour les discussions, les revert, les améliorations, etc.) en tout cas !
Arthur Muller
Pour Arthur Muller: tout d'abord, je n'ai pas du tout traduit l'article anglais, le mien est bien meilleur ;). Ensuite, Wikipédia adopte explicitement une politique (entièrement légitime à mon avis) de "défrancocentrage", laquelle implique qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'un article soit très similaire d'une langue à l'autre. Merci pour les encouragements!
Clic: . Entièrement d'accord, avec une nuance près: la philosophie est quand même la principale discipline à traiter de la connaissance, surtout de la connaissance en général ("en tant que telle", comme on dit). Je n'ai pas mis de sociologie de la connaissance (mais je l'ai suggérée dans la discussion), et j'ai entièrement laissé la section gestion des connaissances / systèmes experts / démocratie rédigée par quelqu'un d'autre, parce que je ne connais pas bien ces domaines. Je pense aussi qu'il faudrait ajouter à terme une section / redirection vers la logique épistémique, la théorie des jeux, et toutes les disciplines qui formalisent la connaissance.
Lemoine: ta conception de la connaissance me semble être ce qu'on appelle "connaissance" dans les contexte de l'éducation, des bibliothèques, etc. En gros, la connaissance est ce qui est accumulé dans les livres. (C'est donc distinct de la position que je t'attribuais plus haut, à savoir que la connaissance est la science; par exemple, la théologie est une "connaissance" au sens "accumulé dans les livres", ou, plus joliement, , mais elle ne l'est pas au sens de science.) Il y a deux problèmes avec cette conception. Le premier, c'est qu'elle laisse de côté ce que tu appelles : par exemple, je sais que ma brosse à dent est de couleur bleue, ou que mon oncle s'appelle Michel. Le second est que c'est une distinction sans différence: il n'y a rien d'essentiel qui distingue la "connaissance" en ton sens de l'"information" en ton sens. Prenons un historien: beaucoup de sa "connaissance" repose sur des choses que des collègues lui disent, par ex, "j'ai vu un manuscrit à la BNF, du XVIe, ou l'expression Z était déjà utilisée". Quelle différence de fond y a-t-il avec "j'ai vu ton fils hier fumer une clope avec ses potes dans le parc"? Tu peux soutenir que l'"information" donnée par le collègue ne devient "connaissance" que lorsqu'elle est intégrée dans une théorie (un "ensemble d'énoncé cohérents"). Mais la même chose se passe avec les connaissances ordinaires (ex, S se dit que le voisin raconte ça à propos de son fils parce qu'il est jaloux de ses bons résultats en classe). Bref, on ne trouve pas de distinction substantielle entre les cas les plus ordinaires et les cas "scolaires". (Encore une fois, c'est là une opinion largement partagée chez les philosophes.) Je signale aussi, en faveur de la conception large de "connaissance", 1) qu'elle s'inscrit dans la tradition de Descartes et des empiristes, qui se demandent si et comment nous savons qu'il y a une feuille devant nous, du feu dans la cheminée, que nous avons des mains, 2) que la distinction entre simple croyance vraie et connaissance dans les cas les plus ordinaires est a) loin d'être triviale, b) importante, par ex pour celui qui se demande si son/sa partenaire est fidèle, ou plus visiblement encore dans les procès (est-ce que le contremaître savait que le pont était dangereux? Est-ce que le médecin savait que cette complication pouvait se produire?).
Note, sur l'exemple du professeur: l'exemple repose sur le fait que le professeur attend des réponses particulières. S'il s'agit d'un interro de math, et que les élèves répondent avec des "connaissances" (même en ton sens) de biologie, il ne serait pas satisfait.
Deux remarques supplémentaires. Sur les peintres de la place du Tertre: là je suis d'accord, il y a une différence d'espèce entre savoir-faire et connaissance propositionnelle; mais je l'ai signalée dans l'article de Wikipédia - je n'ai pas développé la notion de savoir-faire, mais il y a très peu de théories là-dessus, à ma connaissance du moins. Sur la science: je soutiens une conception large et unitaire de la connaissance, mais je pense néanmoins que science et connaissance sont deux choses de genre différent. (Pour être précis, je soutiens même que toutes les sciences ne sont pas des connaissances, puisque certaines sont fausses, et qu'il n'y a de connaissance que du vrai; inversement, toutes les connaissances ne sont pas des sciences, ). En gros, l'idée de la distinction est la suivante: la connaissance est un certain état des sujets par rapport à la vérité, état qu'on peut acquérir de diverses manières (par la perception, le témoignage, etc.), la science est un ensemble de méthodes systématiques pour acquérir cet état, dans les domaines dans lesquels les méthodes systématiques sont appropriées.
(A ce sujet, Clic: Popper ne dirait certainement pas qu'il n'y a de connaissance que du faux!)
Clic, sur les remarques à la fin de ton commentaire: c'est vrai que les connaissances servent dans la pratique, notamment la technique, qu'elle sont l'objet de discussions entre humains, qu'elles sont attribuées par les uns aux autres, ou publiquement auto-attribuées, qu'elles sont institutionnellement évaluées de diverses façons, qu'il existe des instutions pour les diffuser, et notamment pour les transmettre aux nouvelles générations, qu'elles permettent d'acquérir de multiples sortes d'avantages (mais aussi parfois des désavantages) dans les relations sociales, etc. Pourtant, je ne vois pas en quoi cela implique que la connaissance soit . Pour prendre un exemple clair: l'énergie, ou plus concrètement le pétrole, sert dans la pratique, notamment dans la technique, est l'objet de discussions entre humains, sa propriété est attribuée ou auto-attribué, il est mesuré et institutionnellement évalué de diverses façons, etc, etc. Pourtant, il ne s'ensuit pas que le pétrole lui-même est de nature sociale: c'est un objet physique qui a de multiples propriétés sociales (comme nous!). Donc toutes ses remarques sur les rôles que jouent la connaissance dans la société sont importantes, et comme je le disais il serait bon d'avoir de la sociologie de la connaissance de qualité dans cet article, mais elles ne montrent pas que la théorie de la connaissance doive mentionner cette dimension sociale.
En outre, tu sembles être tenté par la position suivante: "la connaissance, c'est ce que les sociétés humaines s'accordent à appeller ." Ce qui pose d'abord un problème de circularité: suppose qu'une société humaine dont nous ignorons la langue s'accorde à appeller un ensemble de choses "sianoc", comment sait-on s'ils entendent par là "connaissance"? Mais surtout, ce genre de position passe à côté de ce qui se passe réellement, en inversant l'ordre causal. 1) Pour les agents eux-mêmes, la "connaissance" n'est pas ce qu'ils accordent à appeller comme tels: je ne sais pour vous, mais pour ma part, quand je dis "je sais que Baudrillard est mort", je ne veux pas dire "les institutions autorisées disent que l'énoncé "Baudrillard est mort" est vrai"; je veux au moins dire que Baudrillard est en réalité mort. Si on m'apprend que Baudrillard n'est pas mort, je dirais "En fait, je ne savais pas que Baudrillard est mort; je croyais le savoir mais je me trompais". Je ne dirais pas: "Hier, je savais que Baudrillard est mort mais aujourd'hui je ne le sais pas". 2) Parce que l'intention des agents est d'utiliser "savoir"/"connaissance" pour des états factifs, c'est-à-dire qui impliquent la vérité, et non pas pour désigner des accords intersubjectifs, il se passe la chose suivante: les accords subjectifs sur ce qui compte comme "connaissance" sont influencés par la vérité. En clair, quand les gens se rendent compte que P est faux, ils tendent à cesser de dire qu'ils/autri savent/sait que P. Ainsi les accords intersubjectifs sont en partie causés par les faits eux-mêmes. Si le sociologue définit d'emblée la connaissance comme "ce que les gens s'accordent à appeller connaissance", alors il s'ôte la possibilité de comprendre d'où viennent ces accords. (Il se retrouve vite à dire que ces accords résultent des seuls rapports de forces sociaux.)
Cela étant dit, la sociologie de la connaissance (Barnes-Bloor) définit explicitement la connaissance comme "ce que les agents s'accordent à appeler connaissance". C'est une position fausse (!) mais importante, j'ai proposé d'y réserver une section dans l'article. Et c'est une position vraie et un sujet légitime d'étude si on la renommait "sociologie des attributions de connaissance".
Ensuite, il y a, comme tu le mentionnes, la position d'Habermas et quelques autres néo-kantiens qui soutiennent une théorie de la connaissance selon laquelle l'objectivité est "construite" par l'intersubjectivité; de même que Kant pensait que les objets étaient des représentations cohérentes des sujets, le kantisme intersubjectifs pense que les objets sont des représentations cohérentes de groupes de sujets. C'est une position qui existe, qui est intéressante, et que je devrais certes ajouter à l'article (même si à mon avis elle est... fausse!). Mais il faut bien se rendre compte qu'elle est minoritaire et très spécifique (elle engage toute une métaphysique).
Merci à tous pour vos commentaires et encouragements!
Clic, à propos des exemples farfelus comme les fausses granges. C'est vrai que la première réaction peut être "cette histoire est trop tirée par les cheveux". Et c'est à mon avis une réaction saine vis-à-vis de certains exemples compliqués, non pas simplement parce qu'ils sont farfelus, mais parce qu'ils ne suscitent aucune intuition claire.
Pour les bons exemples farfelus, on peut normalement trouver des équivalents ordinaires. Tu vas au supermarché, tu achètes une bouteille d'eau. Plus tard, tu la tends à un ami en disant "tiens, c'est quand même plus sain que l'eau du robinet". Dans une situation normale, on dirait que tu sais que l'eau minérale est plus saine que celle du supermarché. Maintenant, supposons qu'il s'avère qu'à ton insu toutes les autres bouteilles de cette marque au supermarché étaient infectées. Est-ce que tu savais que cette eau était saine? Intuitivement non, tu as juste eu un coup de chance. L'exemple est structurellement le même que celui des fausses granges.
Je trouve que l'initiative est très bonne. La Wikipédia francophone manque cruellement de gens en philosophie, et encore plus de gens compétents.
Pour éviter les clashs, je pense que le mieux c'est quand meme de garder à l'esprit que toutes les notions philosophiquement très déterminées ne sont pas l'apanage de la philo. C'est sûrement moins vrai dans ton domaine, mais pour d'autres choses comme la morale, ce serait une erreur de confondre morale et philosophie morale. D'ailleurs je constate que bizarrement l'article Philosophie de la connaissance n'a pas l'air d'exister.
« Les découvertes passés sur la nature du cerveau, et bien plus encore celles que nous pouvons attendre des chercheurs qui travaillent dans ce domaine, jettent une grande lumière sur la perception humaine, sur l’apprentissage et sur le comportement. Mais quand il s’agit des fonctions cognitives supérieures, l’éclairage doit être indirect. On ne peut espérer sérieusement réduire la psychologie aux sciences physiques. » (Donald, p. 344, Actions et événements)
Est-ce qu’il existe peu de théories sur les savoir-faire parce que justement ces derniers peuvent se réduire aux sciences physiques ?
Pendant, la lecture de vos échanges et de l’article wiki, la pensée irrésistible d’une expérience me revenait. Elle est compliquée à décrire : imaginez un rond de diamètre 2 cm que l’on entoure d’une petite quinzaine de ronds minuscules (diamètre = 0.3 cm). Voyez à présent, à côté de cette fleur étrange, un rond de 2 cm de diamètre que l’on encercle avec 5 énormes ronds (environ 6 cm de diamètre). La comparaison de ces « deux fleurs » donne une illusion d’optique. On a l’impression que le disque cerclé par les gros ronds est plus petit que le disque cerclé par de nombreux petits ronds. On demande à des observateurs d’évaluer la taille des disques. Tous tombent dans l’illusion d’optique et reconnaissent que l’un est plus grand que l’autre. On leur demande alors de saisir entre le pouce et l’index le disque central. On devrait s’attendre à ce que l’écartement des doigts reflète la connaissance des sujets sur la taille des disques. Or « la pince digitale » correspond toujours à la taille réelle du disque. Qu’est-ce que cela signifie ? Il y a une connaissance inconsciente de la taille réelle des disques.
Il me semble qu’il existe de multiples connections entre les connaissances que vous typez.. Où se range la connaissance d’un instrument de musique ? Où se place la connaissance d’une langue ? Probablement dans les trois connaissances (propositionnelle, objetuelle et savoir faire) à la fois ?
Juste un point pour essayer d’être plus précis :
Je ne dis pas que « Baudrillard est mort » est par nature une information. Pris comme une assertion isolée, c’est une information mais dans le cadre d’une histoire de la philosophie c’est un objet de connaissance. C’est l’articulation avec d’autres connaissances qui en fait un objet de connaissance.
De la même façon « j’ai vu des granges dans la campagne » est une information mais « il y a des granges dans la campagne » peut relever de la connaissance (par exemple dans une petite classe où des enfants sont invités à dire quelles sont les différences entre la ville et la campagne, donc dans le cadre d’un discours cohérent)
« J’ai vu des granges dans la campagne » relèverait de la connaissance dans le cadre d’un travail d’observation (une étude sur l’économie rurale d’une région par exemple) ; c’est une information si c’est une chose vue à l’occasion d’une promenade (cf la différence entre perception et information)
Tout cela peut être pris comme une inutile subtilité mais à mon avis çà l’est moins qu'avec les diffcultés soulevées dans le cadre de la conception « vérificatrice » de la connaissance qui semble être la vôtre.
Cela fournit un critère clair pour dire ce qu’est une connaissance (un énoncé qui prend place dans un ensemble cohérent et de conceptions visant à rendre compte rationnellement des phénomènes) et évite d’avoir à discuter des cas plus ou moins alambiqués dont j’estime personnellement qu’ils m’apportent rien de « substantiel » (excusez moi si cela paraît vous attaquer personnellement, ce n’est pas le but !)
en relisant (mais trop tard), j'ai voulu écrire (cf la différence entre perception et observation)
Bonjour Lemoine, une réponse rapide: 1) le critère ne me semble pas si clair que cela: a) à partir de combien d'énoncé parle-t-on d'un ensemble cohérent? Est-ce que deux suffisent? Si je sais que Pierre est plus grand que Paul, et ipso facto que Paul est plus grand que Pierre, est ce que cela compte comme "ensemble cohérent visant à rendre compte rationnellement des phénomènes". b) qu'est-ce qui compte comme "rationnel", qu'est-ce qui compte comme non-rationnel? Par exemple, l'astrologie contemporaine est-elle un "ensemble cohérent d'énoncés visant à rendre compte rationnellement des phénomènes"? Les diverses théories du complot qui disent que les hommes ne sont jamais allés sur la Lune, que Kennedy a été assassiné par la CIA, que les attentats du 11 septembre sont l'oeuvre de la CIA etc? D'un autre côté, est-ce que ma croyance que Pierre est plus grand que Paul "vise à rendre compte rationnellement des phénomènes"? A mon sens oui, puisqu'elle résume et prédit tout un ensemble d'observations ponctuelles dans des situations diverses. Mais quelque chose me dis que vous ne l'entendrez pas en ce sens. 2) Et quoi qu'il en soit, j'ai du mal à trouver que cela soit une définition de la connaissance, précisément parce que vous n'incluez pas la condition classique de vérité. Par exemple, l'astrologie contemporaine, ou au moins la Ptoléméenne, est un "ensemble d'énoncés cohérent qui vise à rendre compte rationnellement des phénomènes". Est-ce une connaissance ou un ensemble de connaissances? Il me semble que les théories du complot sus-mentionnées correspondent à la définition, mais ce ne sont certainement pas des connaissances. 3) comme plusieurs ensembles cohérents d'énoncés etc. contradictoires entre eux sont possibles, il est des situations dans lesquelles vous seriez amenés à dire: "D'après certaines connaissances actuelles ceci est vrai, mais d'après d'autres connaissances ça ne l'est pas". Ce qui sonne très étrangement à mes oreilles...
Arg, mon pc a fait disparaître tout un commentaire... je vais donc être succint parce qu'il est lassant de réécrire deux fois la même chose. En tout cas, tout ça est extrèmement intéressant, et même si mes interventions sont probablement hors sujet, je m'amuse bien...
Il existe des formules telles que "il a une bonne connaissance de la ville" ou encore "il a une bonne connaissance du réseau routier français" ou "il a une bonne connaissance du gratin de la ville", cette dernière formule étant différente de "il connaît tout le gratin de la ville". Il me semble que cette dernière nuance entre "il a une connaissance" et "il connaît" traduit ce qui me dérange dans ta position: on peut connaître des choses qui ne sont pas des connaissances. Cette distinction me semble d'ailleurs plus large que la distinction que tu fais entre science (ce que tu appelles "définition restreinte") et connaissance factuelle, car il n'y a pas de science du gratin de la ville alors qu'on sent intuitivement qu'il y a une différence entre la connaissance du gratin et celle des tailles respectives de Pierre et de Paul.
Il me semble que la question est donc celle d'une objectivité/intersubjectivité: la connaissance du gratin de la ville peut-être reconnue comme telle par une pluralité d'individus. Alors que la plupart des gens ne donnent pas la même valeur à un contenu cognitif tel que "Pierre est plus grand que Paul" probablement parce que la connaissance est efficace. Je ne suis pas capable de bien expliquer la différence entre les deux, mais il me semble que dans le premier cas ces faits renvoient à un "monde social" qui existe et fonctionne en dehors de l'observateur (le gratin est une question que n'importe qui peut se poser parce que cette connaissance est liée à des pratiques et a un intérêt "objectif") tandis que la seconde assertion n'a d'intérêt que pour celui qui se pose la question. Note d'ailleurs que si les promotions dans une société étaient décidés en fonction de la taille des individus, la taille des uns et des autres pourrait devenir l'objet d'une connaissance. De même, tu parles je crois dans l'article de la connaissance des jours de pluie: "je sais qu'il a plu trois fois cette semaine". Est-ce qu'on pourrait dire de quelqu'un qui peut donner les dates de toutes les pluies au cours de l'année passée qu'il a "une bonne connaissance de la pluie" ou "une bonne mémoire"? il me semble qu'il y a là encore cette différence entre "connaître" et "connaissance". Je ne sais pas si tu as fait des jeux de rôle, mais il me semble qu'on retrouve là une distinction présente dans un certain nombre de jeux (par exemple Shadowrun) où dans un cas tu utiliseras ta compétence "connaissance" et dans l'autre cas on te fera faire un test en intelligence (ou dans d'autres jeux, un test en mémoire). par exemple, si tu croise dans un bar un troll avec un tatouage qui te dis quelque chose, tu utiliseras "connaissance des gangs" pour identifier ce gang tandis que tu utiliseras "intelligence" pour savoir si ce tatouage est bien le même que celui que tu as vu l'an dernier quand tu avais du piteusement du t'enfuire lors d'un raid interrompu par une bande d'orcs tatoués.
Sinon, je ne me crois pas tenté par "la connaissance est ce qui est appelé connaissance". Je ne vais pas revenir sur Berger et Luckman, mais ce qui est important pour moi (et je ne sais pas ce qu'en ont fait des philosophes mal intentionnés...) et ce qui fait de cet ouvrage un travail de sociologie, c'est que la connaissance y est mobilisée dans le cadre d'une théorie de l'action. Il ne s'agit donc pas de dire "la connaissance est ce qu'une société appelle connaissance" mais "la connaissance est dans une société ce qui est considéré comme vrai, à partir d'un système cherchant à produire/trier du vrai, mais dont la conséquence est qu'un certain nombre d'énoncés faux ayant été considérés comme tels par ce système vont jouer le même rôle que les autres énoncés vrais." Autrement dit, dire que la connaissance est un construit social ne signifie pas que l'on ne tient pas compte de la spécificité de la connaissance par rapport à tout autre construit social, mais que l'on s'intéresse bien à quelque chose de tout à fait spécifique mais avant tout à ses usages. De sorte qu'il n'est pas impossible de reconnaître, chez les Arapesh ou les Munugumor, de la connaissance, même s'ils n'utilisent pas les mêmes mots. donc, il me semble qu'on peut dire autre chose que "ceci est un construit social", qui est effectivement une platitude de peu d'intérêt, mais bien chercher à savoir comment de la connaissance est produite et quel est son rôle spécifique dans tel ou tel société. Au fond, tout ça est fondé sur l'un des rares énoncés (reformulé de bien des façons: thomas, Merton, Becker, etc.) sur lequel la plupart des sociologues s'accordent "si une chose est considérée comme vrai, elle sera vrai dans ses conséquences."
Voila. Bon courage en tout cas pour la suite de l'article, quoi que je dise ici, je salue ton travail. PS: oui, mon commentaire est finalement plus long (et assez différent) de celui que j'avais précédemment rédigé.
Je n’ai pas inventé la définition que je donne de la connaissance ; c’est tout simplement celle qui s’enseignait quand j’étais au lycée il y a quarante ans.
Je suis bien d’accord que cette définition ouvre de nombreuses questions mais c’est bien normal puisque ces questions sont précisément celles de la philosophie de la connaissance.
A partir de là on a plusieurs disciplines :
- la théorie de la connaissance : qui traite de la connaissance en général - la gnoséologie : qui est l’étude de la pensée en tant qu’elle s’efforce de connaître le réel - l’épistémologie : qui est l’étude de la connaissance scientifique
>Julien Dutant:
À propos de l'objectivité comme intersubjectivité. Si l'argument est qu'un groupe de sujets isolé(s) peut s'accorder sur quelque chose sans que cela ne puisse garantir l'objectivité, on peut alors suggérer d'étendre le statut de sujet à toute entité physique. N'importe quelle entité physique est sujet. Les sujets humains sont sujets parmi sujets, la table est aussi un sujet, et la tempête, et l'électron, et toute entité physique sont sujet. Cela parce que tous ont un monde et agissent dans leur monde (l'électron a son monde, il voit des champs et des marrées, car c'est très exactement cela que dit la forme formalisée de la forme 'électron').
On peut par exemple imaginer qu'un groupe d'humains s'accorde à dire qu'il y a un trou au pôle nord et que la terre est creuse. Selon l'intersubjectivité inter-humaine, cette situation est un argument contre l'objectivité de l'intersubjectivité. Mais en considérant que toute entité physique est sujet, un caillou sera aussi un sujet, et il suffit alors de voir si le caillou s'accorde avec les humains. Est-ce qu'il y a un trou au pôle, on va interroger le caillou, par exemple on le met sur le pôle, mais le caillou ne tombe pas, et il reste à la surface. On conclue que le caillou dit qu'il n'y a pas de trou au pôle. Il ne s'accorde donc pas avec le groupe humain isolé. Donc ils ne sont pas objectifs.
Il faut noter que ce qui précède est rigoureusement la démarche de l'expérience dite scientifique, c'est à dire, s'accorder avec les entités physiques. Celles-ci peuvent être un caillou (une pesée par ex.), mais aussi un scanner, ou encore un aimant, ou bien un futur instrument complexe à la hauteur de la question, ou etc.
Il y a des travaux en ce sens en physique et en épistémologie rapprochée, où il est question de construction d'objectivité par l'activité des entités physiques, car toute entité physique est mondaine. Voir par ex. le papier collectif, H. Ollivier, D. Poulin, and W. H. Zurek, Objective properties from subjective quantum states: Environment as a witness, Phys. Rev. Lett., 93, 220401 (2004).
Bien sûr cela peut appeler à une discussion mais toutefois moins naïve, car pas de séparation arbitraire entre sujets humains et entités physiques, et absolue égalité devant la physicité. Mais précisément pour cette raison, il convient toutefois de débusquer d'éventuels jeux de langage (comme 'un jeu' dans 'un roulement'), et de méditer et d'interroger la métaphysique qui motive cette vision (qui fait sens).
Bonjour Julien,
Beau travail sur le concept de connaissance, ce qui ne m’étonne guère.
Deux petites remarques formelles après une lecture peut-être un peu trop rapide.
1) Il pourrait être nécessaire de rappeler à la fin de l’introduction de ton article la différence qu’il y a entre « épistémologie » en son sens anglo-saxon (théorie de la connaissance) et en son sens français (philosophie des sciences au moins pour la tradition du début du XXe siècle et encore aujourd’hui pour une part non négligeable des philosophes francophones). Bien que ces deux sens soient signalés dans l’article « épistémologie » de Wikipédia l’acception anglo-saxonne est quasiment révoquée dés le début de l’article au profit exclusif, dans la suite, d’un développement portant sur son sens français (voir sur cette même confusion certaines discussions autour de l’article théorie de la connaissance de wikipedia)
2) Dans la section « autres définitions de la connaissance »/ « définitions restrictives », tu utilises l’expression « états épistémique exceptionnels » (sic ! ;)) ) l’usage du terme épistémique dans un article pour non philosophes me semble perturbant ; de plus, n’introduit-il pas une certaine circularité puisque la notion d’état épistémique semble faire référence (au moins en partie) à la notion même de connaissance.
Sur le fond, il serait peut-être utile de faire une partie « origines et limites de la connaissance » avec quelques liens vers les articles « scepticisme », « empirisme » et « rationalisme ». Cela a l’avantage de « recoller » l’article au cadre de la « philosophia perennis » peut-être plus familier pour de nombreux lecteurs ce qui donnera peut-être l’occasion à certains d’entre eux de découvrir que les problèmes philosophiques soulevés par la philosophie de la connaissance aujourd’hui ne sont pas si éloignés des formes historiques qu’ils connaissent mieux. Bien entendu ces remarques auraient plus leur place sur la discussion de l'article sur Wikipédia, mais j’ai saisi l’occasion d’une visite de ton Blog pour te saluer et te les soumettre, alors”
Bonne continuation
Bonjour Cédric, heureux de te voir de passage ici, et merci pour les suggestions. Lemoine, Ache, et Cédric: je vous dois qques réponses ici, elles arrivent...
Cher Lemoine: ce n'est pas très fair-play de dire que ta définition permet de distinguer clairement les cas de connaissance, et d'éviter de perdre notre temps avec des exemples alambiqués, puis de dire, après que j'ai montré qu'elle ne fournissait pas un critère clair, qu'il est normal qu'elle rencontre ces difficultés, puisque ce sont celles de la philosophie de la connaissance!
"Ma" conception de la connaissance n'est pas "vérificatrice" au sens du vérificationnisme (Kant, Wittgenstein, Dummett). Elle dit simplement qu'une connaissance (propositionnelle) est vraie, ce qui est archi-archi-consensuel dans la philosophie de la connaissance actuelle et traditionnelle. Un exemple (alambiqué?): Sherlock Holmes et Herlock Solmes mènent chacun une enquête sur des faits qui se trouvent être parfaitement analogues: cheveux autre que celui de la victime sur le tapis, bris de glace à l'extérieur de la fenêtre, empreintes du pied droit plus profondes, etc. Les deux échafaudent exactement la même théorie, qui est un , à savoir: le maître d'hôtel l'a fait, a telle heure, en passant par tel endroit, et s'est arrangé de telle manière pour qu'on pense qu'il était ailleurs, etc. Seulement, il y a une différence entre Holmes et Solmes: dans le cas de Holmes, c'est vraiment le maître d'hôtel qui l'a fait, alors que dans celui de Solmes, à l'insu de tous, y compris du maître d'hôtel, ce dernier avait un jumeau qui s'est arrangé pour coller son meutre sur le dos de son frère innoncent. Est-ce que Solmes sait que le meutrier est le maître d'hôtel (qui est innoncent)? Non!
La conception que tu défends, et qui implique de faire une différence de nature entre les simples connaissances ("information") perceptives et les connaissances plus théoriques et systématisées, est effectivement défendue par un certain nombre de philosophes, mais on doit à mon avis la considérer comme une théorie de la connaissance plus qu'une définition. Par exemple, elle ne résoud des problèmes comme celui des croyances cohérentes mais fausses (ex ci-dessus) que si on admet d'autres théories par ailleurs (e.g. théories cohérentistes de la vérité, ou anti-réalisme, comme chez Kant.)
Ache: je pense qu'il y a une différence de nature entre les choses physiques pensantes et connaissantes (comme nous) et les choses physiques non pensantes (comme les cailloux). Lorsqu'on lâche un caillou en l'air, elle se dirige vers le centre dans la Terre. On peut dire, en ce sens, que la pierre "sait" dans quelle direction est le centre de la Terre. Cette idée peut être rendue rigoureuse (je suis ici Dretske, Knowledge and the flow of information, 1981) en utilisant la notion d'information, prise au sens de la théorie de l'information Shannon: l'état du caillou porte de l'information sur la position du centre de la Terre parce que l'état du caillou covarie avec la position du centre de la Terre (si le centre était deux degrés à gauche, le caillou subirait une accélération deux degrés à gauche). NB, C'est un sens très objectif d'information, assez distinct de nombreux usages courants.
Or, comme toute une littérature sur la réduction physique de la pensée y insiste (Dretske, Fodor, Harman, Millikan, Block, Jacob, Proust), il y a une différence entre porter de l'information et avoir des pensées, entre information (au sens objectif) et représentation. La différence centrale est que les représentation peuvent être fausses (la méreprésentation est possible), alors que dans l'information au sens objectif, l'état du caillou ne peut pas porter de l'information fausse. Une théorie intéressante de ce qu'est la représentation est notamment qu'une représentation est un état d'une chose (par ex, d'un cerveau) qui sert, dans une organisation orientée pour produire des actions, à porter de l'information, mais il arrive qu'il ne porte pas l'information qu'il devrait. L'exemple classique: certains crapauds ont des détecteurs de lignes noires qui bougent dans le sens de la ligne, ces détecteurs servent à faire en sorte que le crapaud mange des insectes, mais ils peuvent être déclenchés par des faux insectes activés par des biologistes pervers. Dans ce dernier cas, l'état des neurones du crapaud est une représentation de la présence d'un vers, mais ne porte pas l'information de l'état d'un vers.
(Note, cette différence entre information et représentation, et le fait que les caillous portent de l'information là où les humains ont des représentations, explique que dans ton exemple du caillou qui ne tombe pas, on conclut que les humains ne sont pas objectifs (et même, qu'ils se trompent), et non que le caillou se trompe.)
Le rapport avec la connaissance? Eh bien, en gros, une connaissance est une représentation juste, i.e. qui porte de l'information. Comme l'information du caillou, elle indique un état du monde. Mais comme la représentation, c'est un état qui joue le rôle de porter cette information dans une économie organique. C'est pour ça que je pense qu'il n'y a qu'une analogie entre la connaissance proprement dite et la "connaissance" du caillou: la première exige la représentation (et cela implique une certaine complexité organique (en gros, des neurones), voire la possibilité d'agir), la seconde non.
Finalement, je signale qu'il existe certes des positions qui tendent à effacer la distinction entre les systèmes complexes comme hommes, animaux et les systèmes complexes comme les tempêtes: notamment Fransisco Varela, Jean Petitot et Jean-Pierre Dupuy (au Crea). Elles sont importantes, mais il faut admettre qu'elles sont marginales dans la théorie de la connaissance actuelle.
Cédric: d'accord sur les deux remarques formelles, merci! C'est vrai que j'ai pris l'habitude de parler d'"état épistémique" pour couvrir tout ce qui est croyance justifiée, données empiriques, connaissance, etc. Je ne suis pas sûr que la pseudo-circularité "ils restreignent l'appelation de "connaissance" aux meilleurs des états excellents de connaissance" soit un problème, mais elle peut être déroutante. Aussi, "exceptionnel" ne convient pas ici. Pour les suggestions, entièrement d'accord aussi, il faut tout particulièrement intégrer une section sur le débat (épineux et complexe) sur le rationalisme et l'empirisme.
PS: Arthur Muller, merci pour tes retouches sur l'articles! (NB, l'une d'entre elles ("il croit"->"on peut dire qu'il croit") n'est pas à strictement parler anodine, mais les lecteurs ignoreront la subtilité, et l'expression originale était en effet lourde...)
Un grand pas pour Julien Dutant un petit pas pour l'humanité :)
Amitiés
http://julien.dutant.free.fr/blog/index.php?2007/02/21/150-nouvelles-de-la-blogosphere-philo-francophone#c68685
Wikipédia: connaissance (suite)J'ai ébauché deux nouvelles sections de l'article "connaissance" sur Wikipédia...
# nature humaine de la connaissance? c'est Quoi