Sur le passé de la scission analytique / continental
Par julien dutant le mercredi 7 février 2007, 19:22 - Lien permanent
Voir ce billet de Varia sur le "Grand Schisme", où j'ai fait un commentaire assez long sur la question de savoir jusqu'où on peut faire remonter la scission des traditions philosophiques "analytique" et "continentale". (Discussion là-bas!)
Commentaires
Ma suggestion : la philosophie continentale commence à partir du moment où la philosophie devient méta-philosophie, et où ce n'est plus le projet de produire des théories ou des thèses philosophiques qui est essentiel. Pour la philosophie continentale - et en cela Kant est le vrai initiateur - la philosophie est plus ou moins déjà finie, avant même qu'on ait commencé à en faire. D'où 1) le caractère essentiellement historique de la philocon, 2) sa réticence à proposer des théories notamment en métaphysique. La philocon est un produit de l'idéalisme allemand kantien et post-kantien avant tout. C'est pourquoi Bolzano et les Autrichiens sont en dehors de la philocon. Maintenant vous me direz qu'il y a aussi des kantiens en philanale : Strawson, Sellars. Mais justement ils se distinguent des post-kantiens allemands et de leurs disciples français par le fait qu'ils ne concluent pas pour autant que l'on ne peut pas proposer des théories. Par exemple Strawson a toute une théorie de la prédication et de l'identité. Et cela ne veut pas dire la philanale ne pratique pas l'histoire de la phile : mais quand elle le fait c'est avec un objet qui n'est pas digestif ( le "burp" que l'on entend chaque fois qu'on avale du Hegel ou du Kant à la manière allemandeo ou, de ce point de vue, français).
Désolée de le dire un peu brutalement mais toutes ces discussions PA/PC lorsqu'elles dérivent vers l'histoire des idées me semblent reposer sur un énorme ensemble de généralisations abusives et sur une ignorance totale de la vérité historique de "la" philosophie. C'est étonnant de la part de personnes qui se réclament de la précision en matière de pensée et d'argumentation. Je ne suis pas bergsonienne mais j'aurai presque envie de parler d'illusion retrospective lorsque je lis certaines opinions qui s'expriment ici et là...
En gros Edmund votre définition de la philsocon correspond (si ce n'est à la lettre au moins dans l'esprit) à la doctrine de Victor cousin que l'on nomme "eclectisme".
Le problème c'est que, même si elle a exercé une influence plus que durable sur l'enseignement de la philosophie (notamment au lycée), une majorité de philosophes "adultes" (quelles que soient leur origines intellectuelles) n'a jamais accepté cette définition - à aucune époque et en aucun lieu ni continent.
Voyez ainsi les cours de philosophie donnés par Durkheim (avant qu'il ne se tourne vers la sociologie) : il défninit le but de la philsophie ainsi : "l'étude des états de conscience et de leurs conditions" et sa méthode est en gros la méthode hypotético-déductive. Durkheim n'est pas un hérétique - c'est la doctrine quasi-officielle de la IIIe Republique qui a formé tous les esprits français de la fin du XIXe siècle : la philosophie est une science qui se divise en psychologie, logique, morale, métaphysique.
Je vous le demande : dans quelle catégorie placez vous ce durkheim philosophe ? A quelle grande généaologie le rattachez-vous ? Certainement pas Kant ni Hegel, et ce n'est certainement pas un philosophe analytique. De façon générale : comment classez-vous le positivisme ? Et à l'inverse, que faites-vous des philosophies de la vie et de l'action ? (Sorel, Blondel, Bergson...). Et, pour sortir de la france : la philosophie de l'organisme de whitehead ? (encore vivace aujourd'hui avec un Rescher par exemple) Et C.S. Peirce ? Et puis même si la phénoménologie du dernier Husserl c'est orientée vers l'histoire des idées, il y a toute une variété de phénoménologues qui ne rentrent pas dans votre définition de la philsophie continentale. La même chose est valable pour l'hermeneutique. En matière de philosophie politique même chose : Leo Strauss, Carl Schmitt, Hans Kelsen : vous les placez dans quelle case ? Et Jacques Maritain ? Raymond Ruyer ?....
La conception du mouvement analytique qui se dessine en creux dans vos paroles ne me semble pas plus solide : il y a de toute évidence un caractère profondément kantien dans certaines formes du tournant linguitique. Austin n'est parfois pas éloigné d'une forme d'eclectisme appliqué au sens commun. Il y a des philosophes analytiques qui sont historicistes, etc, etc.
Bref, il me semble que l'opposition analytique/continentale n'est pas avant tout un problème d'histoire des idées. La preuve c'est qu'à chaque fois que quelqu'un essaie de défendre l'une ou l'autre il finit par défendre tout simplement la conception qu'il se fait de la BONNE philosophie (cf. par exemple Follesdal dans son article "analytic philosophyn: what is it and why should one engage in it") Or, à moins d'être d'une mauvaise foi ou d'un sectarisme absolu ou d'appeler tout et n'importe quoi "philosophie analytique" ou "philosophie continentale" il n'y a pas de "tradition" de la "bonne" philosophie... (J'hésite sur le diagnostic à porter sur Follesdal qui essaie de nous convaincre non seulement que Husserl ou Aristote sont des philosophes analytiques mais que faire de la PA est une necessité ethique!!! - Thèse hilarante digne d'un Pascal Engel).
Ne nous y trompons pas : "Philosophie analytique" et "philosophie continentale" sont des termes polémiques, des "identités" en partie fantasmées, fièrement revendiquées ou au contraire dénigrées avec mépris, pas des catégorie de l'histoire des idées, ni des positions théoriques ou même métaphilosophiques consistantes.
(Reference pour durkheim : leçons 1,2,3
Chère Madame de Coco
Vous avez l'art de faire semblant de ne pas comprendre. Dire que la philosophie continentale trouve en grande partie ( j'ai indiqué une piste, pas proposé une condition nécessaire et suffisante) son origine dans un certaine posture qui a sa source chez Kant n'implique pas que tous les philosophes postérieurs à Kant sont des continentaux ! Donc je ne vois pas pourquoi des penseurs comme Peirce ou Durkheim seraient continentaux. Je n'ai jamais rien dit de ce genre. Je n'ai pas non plus voulu donner une condition suffisante en disant que les philosophes analytiques avaient une attitude globalement non métaphilosophique et théoricienne. Je croyais avoir indiqué qu'il y avait des analytiques kantiens: j'ai cité Strawson, Sellars. Vous me renvoyez à Austin, wittgenstein. dont acte. Quant à Husserl et la phénoménologie, mon opinion est proche de celle de M. K. Mulligan: je pense qu'avant 1913 il est dans la même veine que la philoanale, mais qu'à partir du moment où il kantise (Ideen) il s'en éloigne d'autant. toute la phénoménologie réaliste demeure dans la même tendance, de même que ce que P. Simons appelle "phénoménologie analytique".
Je n'ai pas lu cet article de Follesdal, mais je dois dire que je m'accorde avec lui. Faire de la philosophie analytique me paraît être une nécessité éthique, et elle ne fait rire que ceux qui ne comprennent pas ce que c'est que l'éthique.
Mais bien bien sûr je n'irai pas jusqu'aux excès d'un Pascal Engel .
Vous n'avez pas lu l'article de Follesdal et vous ne connaissez pas ses arguments mais vous pensez qu'ils ne font rire que ceux "ceux qui ne comprennent pas ce que c'est que l'éthique."...
A moins que vous ne fassiez référence à vos propres idées sur la question....
Dans ce cas pourriez vous m'expliquer quelle necessité éthique - que seuls ignorent ceux qui ne comprennent rien à l'éthique - me pousserait à être thomiste plutôt que philosophe analytique ?
--- je précise, afin de parer toute attaque ad hominem, que bien que relativement ouverte d'esprit, je travaille dans une branche de la philosophie de la connaissance exclusivement analytique (cas de gettier, débats internatlisme/externalisme, etc....) - et l'éthique n'intervient pas là dedans, simplement un sentiment de provocation, et de défi iuntellectuel face à certains problèmes bien précis faisant intervenir des cerveaux dans des cuves ou des fausses granges...
Correction : Dans le troisème paragraphe de mon message il faut lire "philosophe analytique plutôt que thomiste"
Et pour en revenir à la premiere partie de votre message vous ne proposiez ni condition necessaire ni condition suffisante, j'avais remarqué. VOus vous contentez de dire "certains philosophes continentaux sont ceci ou cela". Mais pour être pertinente, il faudrait au moins que votre thèse rende compte des philsophes continentaux les plus typiques ou exemplaires. Prenons Bergson si vous le voulez bien, considéré comme l'archetype par excellence du "philsoophe continental" depuis l'articl de Rusell dans son histoire de la philsophie : la principale référence de Bergsoin est Spencer, ses principaux interlocuteurs : les pragmatistes americains, et le philsophe dont il se sent le plus éloigné est Kant. Il propose des théories philsophiques précises et s'aventure rarement dans l'histoire de la philsophie en dehors de ses cours posthumes qu'il ne souhaitait pas voir publié. L'exemple de Bergson me semble infirmer votre thèse.
J'ai proposé une "piste" pour identifier une bonne partie de ce qui est continental - la réduction de la philosophie a de la métaphilosophie et le refus de proposer des théories spéculatives. Cela me paraît, tout comme à Mulligan ( voir les renvois par Julien Dutant à ses écrits sur ce blog) un bon critère pur identifier une ligne qui va de l'idéalisme post-kantien à Heidegger-Derrida-Foucault en passant par le courant herméneutique. Mais n'ai pas dit que les autres critères usuels ne s'appliquaient pas aussi : précision des analyses, souci de l'argument et des raisons, clarté, etc. Je n'ai pas dit non plus que du moment qu'on fait de la métaphysique on est analytique! Dans ce cas Bergson manque à l'appel, pour les raisons que donne Russell. On peut certes me dire que Jules Lequier, Jules Lagneau, ou Louis Lavelle seraient analytiques par mon critère. Mais ce n'est pas que mon critère est idiot, c'est simplement qu'on oublie de l'appliquer avec les autres critères usuels.
Je ne prétends pas , redisons le au risque de lasser, qu'il y a des critères nécessaires et suffisants. Personne n'a jamais parlé "d'identité " de la philosphie analytique ou continentale. Il est évident que ce sont des traditions, des attitudes globales. Mais ce n'est pas parce que les différences ne sont pas tranchées qu'il n'y a pas de distinctions du tout ( voir Bouveresse, "Une différence sans distinction?" in Philosphie, ed. J. Proust, La philosphie continentale vue par la philosophie analytique).
Il me semble que quelqu'un qui travaille sur la philosophie de la connaissance devrait être capable de reconnaître les liens qui existent entre éthique et épistémologie, même si ceux ci sont problématiques. Ils font l'objet, ces temps ci, de très nombreuses discussions. Il ne s'agit evidemment pas , comme vous le caricaturez, de soutenir que l'adoption de telle ou telle thèse ou doctrine est une nécessité éthique. Seul un Pascal Engel, j'en convient, peut croire des trucs pareils!
Enfin , pour ceux qui s'intéressent à la généalogie de la philosphie, il y a toute une littérature là dessus, voir par exemple le Philosophical Tree
Tout d'abord, je voudrais faire une remarque: l'exigence de clarté répond à une nécessité éthique; c'est ainsi qu'il faut comprendre les travaux de P. Engel (je ne démontre pas).Il est vrai, comme le souligne B. Williams (l'éthique et les limites de la philosophie),que l'opposition entre philo continentale et philo analytique relevait d'un intérêt pour les problèmes du langage. Mais ceci est le cadre général. Il conviendrait sans doute d'analyser les "ressemblances de famille" entre les différentes traditions; et cela est assez complexe. Quand j'étais étudiante en philo (2ème année), j'avais les repères suivants:a) la philo analytique (Frege, Russell, Moore, Wittgenstein), puis b) l'empirisme logique (néo-positivisme) et c) la philosophie du langage ordinaire. Et enfin le fameux "tournant linguistique". Cela dit, à l'intérieur de la tradition analytique, il y a des objectifs communs et puis des séparations (Frege, Popper, Wittgenstein, Russell, le Cercle de Vienne (Schlick, Neurath, Carnap), Dummett. Et puis une philosophie américaine (James, Quine, Searle, Davidson...). Jean Lacoste (la philosophie au XXème siècle), dit avec raison qu'il faut tenir compte du temps sur une longue période; et aussi le passage de la langue allemande à la langue anglaise. N'oublions pas non plus le contexte très trouble de Vienne; certains sont assassinés, d'autres s'exilent, d'autres se suicident... Il est très difficile pour moi de me faire une idée de l'influence des uns et des autres et je crois qu'il est nécessaire, comme cela se fait actuellement, d'étudier certaines thématiques sur une période assez courte. Mais, malgré tout, je suis tentée de rechercher des pivots: Frege me semble intéressant en ce sens là et puis Carnap, et enfin Wittgenstein. Mais comment savoir si les philosophes "analytiques" se réclament de Kant ou de Hume ? Pour moi, Hume se rattache à une tradition qui est celle des empiristes. Il est plus proche des Anciens (rôle de la vertu) que des modernes (Kant). Mais, on peut être philosophe "analytique" et se réclamer de Kant ou de Hume. Davidson, par exemple écrit, sous forme d'articles, comme les philosophes "analytiques", mais il n'est pas analytique à 100%, et il reprend aussi bien les problématiques kantiennes qu'aristotéliciennes. Pour terminer.Considères-tu Julien, Nietzsche, comme proche des philosophes allemands idéalistes (une personne sur Varia formule une critique) ? Pour moi,Nietzsche et Schopenhauer se rapprochent des philosophes empiristes, avec un intérêt pour la biologie (et aussi Bergson). Conclusion: c'est difficile de classer !
Je n'ignore pas les rapports évidents que l'on peut établir entre normes éthiques et normes cognitives et que l'on peutn même théoriser de façon sophistiquée. C'est juste l'argument de Follesdal qui me semble un brin spécieux : - Philosophie analytique = Bonne philsophie - Du point de vue éthique, il est necessaire de faire ce qui est bon - Donc il est necessaire de faire de la philosophie analytique (je caricature à peine)
Quan aà la philsophie continentale j'estime que cette catégorie (comme celle de postmodernisme) ne regroupe rien de cohérent (contrairement à des catégories plus fines comme "phénoménologie", "hermeneutique" et même le "post-structuralisme" des américains me semble avoir une relative pertinence pour parler d'une partie de ce qui s'est fait en france dans les années 70).
Si je peux parler de mon cas personnel, même si je lis et m'interesse surtout à la littérature analytique, je dois reconnaitre qu'en fin de compte c'est surtout pour des raisons subjectives : ce sont les problèmes posés dans la tradition analytique qui m'interessent et pour l'essentiel, ce sont les outils anbalytiques qui permettent de faire avancer dans le bon sens ce genre de problèmes. Mais un problème, ce n'est pas seulement une contradiction, c'est aussi un obstacle, quelque chose de ressenti comme gênant. Je me vois mal reprocher à qui que ce soit de ne pas ressentir un sentiment de défi intellectuel face au paradoxe de l'examen surprise ou de ne pas être passionné par les discussion enflammées entre Mr Nogot et Tom Grabit. Et j'estime aussi que personne ne peut me reprocher de ne pas être interpellé par "la question de l'être" et je conçois aussi tres bien que la "réponse" à cette "question" necessite autre chose qu'une argumentation ciselée faite de nombreux exemples et contre exemples.
Je crois aussi que dans certains domaines, les méthodes analytiques ne mènent à rien de bon : par exemple les expériences de pensée sur l'avortement dans la lignée du "musicien malade" de Thompson me semblent une catastrophe et un horrible ensemble de sophismes (et pas pour des raisons purement logiques) en dépit de leur "précision"....
Enfin, la précision, l'exactitude, l'honneteté intellectuelle, une argumentation rigoureuses me semblent certes importants. Ils sont essentiels dans mon travail personnel, mais je pense aussi que certains philosophes qui argumentent mal, disent de façon compliquée des choses simples et écrivent des textes bourrés de non sequitur peuvent avoir une certaine valeur pour peu qu'il y ai quelque chose de vrai dans leur propos, une idée nouvelle, une intuition interressante à dévellopper, que sais-je ?... Les plus grands ne sont aps exclus de ces tares : combien de pages de Platon sont argumentées de façon horrible ? Au pire, on peut tenter (ce n'est aps toujours possible)de reformuler de façon plus précise les thèses de ces philosphes : James Williams par exemple de l'université de Dundee s'est amusé à reformuler tout Différence et Répétition de Deleuze en termes analytiques comme d'autres l'on fait avec Husserl, Marx ou Bergson...
Je reviens une derniere fois sur cette idée d'apres laquelle l'accent mis sur la dimension "métaphilosophique" serait une caractristique essentielle de la philsophie dite continentale par rapport à la philsophie analytique. Je me permet de lui opposer cette citation de James Conant issue de sa préface au realisme a visage humain de Putnam :
"la tâche du philsophe analytique contemporain est de trouver sur quoi repose la pratique de la philosophie"
Une curiosité du Huron : où sont ces "thèses hilarantes" "dignes d'un Pascal Engel" chez ce même auteur? Quelles références pouvez vous me donner dans ses travaux? Et pourquoi est-ce hilarant?
J'ai déjà donné la référence de l'article:
D. Follesdal, "analytic philosophy : what is it and why should one engage in it" H. Glock (ed) The Rise of analytic Philosophy, Blackwell, 1997
Ha pardon, vous parliez d'Engel ? Je n'avais aps compris.
Je ne trouve généralement pas les thèses d'Engel hilarantes, non. Pour préciser mes propos, c'est l'argumentation de Follesdal que je trouvais risible (bien que Follesdal soit un philosophe que je respecte beaucoup dans ses papiers plus sérieux). Et c'est plutôt par son aspect un peu "borné" ou simplificateur que je les trouvais "digne de PE"
Je vais essayer de retrouver la référence de ces thèses/opinions qui me semblent excessives chez PE si vous le voulez. Je crois qu'il y en a certains specimens sur les archives ouvertes de J. Nicod. Ceci dit, ce ne sont pas vraiment ses thèses philosophiques et argumentées qui me semblent parfois excessives mais aussi (surtout ?) les opinions extra-philosophiques et postures institutionnelles ou politiques qui les accompagnent, en découlent peut-être mais plus vraisemblablement les inspirent. On quitte un peu le domaine de la spéculation là.
A ce sujet, je vous renvoie (faute de mieux) à la polémique-fleuve qui s'est ouverte avec Chauviré et Laugier dans le numéro de la revue Cités consacré à l'avenir de la philosophie analytique et qui porte à la fois sur la "moralisation" des normes cognitives (côté philosophique) et sur "l'attitude" de certains philosophes analytiques français (versant polémique et ad hominem de la question)
Je ne partage pas les options philosophiques de Chauviré et Laugier, leur gout pour "l'ordinaire", mais je les rejoint dans la dimension la plus terre à terre de leurs attaques contre Engel (puisque c'est bien de cela qu'il s'agit en fin de compte)
Merci des ces précisions, j'avais cru que vous attribuiez à Follesdal - et par la bande à Engel - la thèse selon laquelle les choix doctrinaux en philosophie sont des choix éthiques.
Ah, vous n'êtes pas membre de cette bande ? Je peux vous conseiller quelques lectures analytiques...
Monsieur Sucre et Monsieur Clic; j'ai absolument besoin de vous pour ma revue (je laisse tout de suite mes coordonnées sur mon Blog). C'est pour éviter les réglements de compte que je veux une revue ouverte; j'y crois.
Euh, non, je ne voulais pas dire que Engel a une bande - je n'en avais pas l'impression - mais je voulais dire :
"j'avais cru que vous attribuiez à Follesdal, et par son intermédiaire à Engel ( dans la mesure où il la soutiendrait ) - la thèse que le choix d'une doctrine est un choix éthique . "
à laurence pourquoi avez vous besoin d'un sucre dans votre revue? quelle revue ? et cessez de m'appeler monsieur sucre, dites: sucre, simplement
Bonjour à tous,
Sur Pascal Engel: Perle de coco, je sais qu'on peut me soupçonner de n'être pas objectif sur le sujet, mais d'un autre côté je connais quand même un peu Pascal Engel, et je trouve qu'il y a matière à le défendre! Je peux témoigner qu'il est tout sauf "borné", je l'ai vu changer de position sur plusieurs points en philosophie de la connaissance, par ex après la publication du livre de Williamson, Knowledge and its limits, il prend toujours au sérieux mes objections quand il m'arrive de lui en faire, et il est aussi réputé parmi les étudiants pour être extrêmement charitable avec leurs questions et objections. Ni qu'il soit simplificateur: s'il m'arrive d'être en désaccord avec lui, c'est souvent parce que je préfère une position... plus simple! (Mais peut-être suis-je archi-simplificateur?)
Aussi, je serais curieux de voir un exemple de "thèse philosophique et argumentée" que vous trouvez "excessive" chez lui. Sincèrement, ça m'étonne et je serai vraiment curieux de savoir! Ses thèses me semblent plutôt intérmédiaires: en philosophie de l'esprit, ni dualiste ni réductionniste; en philosophie de la connaissance, ni internaliste pur ni externaliste pur; sur l'a priori, ni empiriste pur ni défenseur de l'intuition rationnelle; sur la relation rationalité pratique/rationalité théorique, ni pragmatiste (réduction de la seconde à la première) ni Humien (séparation radicale). Alors à quoi pensez-vous? Qu'il ait des thèses dont on peut rationnellement discuter, sûrement, mais personne n'échappe à cela en philosophie, non?
Pour ses "postures politiques", je ne lui en connais pas de publiques, à moins de prendre le mot "politique" en un sens très large. Pour ses "postures institutionnelles", il a des opinions anti-conformistes sur ce que devrait être la philosophie et l'honnêteté de les assumer, ce qui est courageux un milieu où, ne nous voilons pas la face, la flagornerie est un meilleur moyen de réussir (à ce sujet). Et il ne se contente pas de les proclamer: par exemple, il a pris la peine de composer un manuel de terminale, que l'expert de l'éditeur concerné a balayé comme "trop anglo-saxon" (une occasion manquée!). Vous pouvez dire que ces positions sont "excessives" au sens où elles s'écartent de l'opinion de la majorité, mais je ne trouve pas en quoi c'est un problème, si elles ne sont ni erronées ni injustifiées. (Et elles sont argumentées, voyez par ex son article sur la dissertation.)
Sur (contre) la philosophie post-analytique, les critiques de P Engel s'appuient sur son rejet du volontarisme doxastique de Williams (l'idée que la volonté peut contrôler les croyances). Voir notamment sa discussion du post-analytisme de Rorty. On peut difficilement réduire cela à de la basse polémique ad hominem, à moins d'entendre "argument ad hominem" au bon sens du terme (qui est en fait le sens orginiel), à savoir un argument qui montre une incohérence dans la position de l'adversaire. L'incohérence en question serait que si vous avez un contrôle volontaire sur une "croyance" alors vous ne pouvez pas appeler cela une croyance; et parallèlement que si votre activité ne vise pas à l'établissement de la vérité alors vous ne pouvez pas l'appeler une activité théorique.
(NB: prière de ne pas me répondre par un mauvais argument ad hominem du genre: forcément vous êtes son doctorant alors vous le défendez!)
Sur la moralité ou moralisation de l'activité philosophique. Il me semble indiscutable qu'il y a des normes de l'activité intellectuelle qui sont en même temps morales: par ex, ne pas mentir. (Pensez par ex au médecin coréén qui avait menti sur ses résultats de clonage, ou à l'anthropologue japonais qui plantait des faux ossements dans ses sites de fouille. Les conséquences sont moindres en philosophie, mais la chose est tout autant possible.) Ne pas intentionnellementdébiter des conneries me semble clairement l'être aussi, même si cela ne paraît pas être évident pour tout le monde. Mais quelque soit votre opinion sur ces points, vous devez au moins accepter la chose suivante: il y a des normes pratiques conditionnelles qui s'imposent au chercheur. En clair: si tu fais de la recherche, fais-la bien! Cela me semble suffisant pour justifier tout un ensemble de normes intellectuelles, y compris sur des détails comme la soumission anonyme des manuscrits aux revues scientifiques - ce qui n'est pas la norme en France, nb.
Pour information, P Engel ne soutient pas que les normes cognitives sont morales. Et donc, il ne soutient pas qu'il faut littéralement "moraliser" l'activité intellectuelle. Il soutient qu'il faut normer, pour ainsi dire, l'activité intellectuelle selon des normes intellectuelles qui sont analogues aux normes morales, mais distinctes et propres à l'activité intellectuelle. Voir son article avec K Mulligan à ce sujet.
Sur philosophie analytique et métaphilosophie: dire que la métaphilosophie est exclusivement continentale est faux, en effet. (Williamson vient juste d'écrire un livre à ce sujet.) Mais faire de la métaphilosophie un préalable, et avoir une métaphilosophie qui dit qu'on ne peut plus faire de philosophie ou qu'on ne peut plus en faire comme avant ou naïvement me semble plus typique des approches continentales, à l'exception notable du second Wittgenstein (ce qui explique certainement une partie de sa popularité dans les terres continentales). Et à relire de près le premier commentaire de Edmund, cela semble être sa proposition.
Laurence, Sucre: heureux d'être témoin et hôte du lancement d'une revue! Laurence, tu devrais poster un billet sur ton blog à ce sujet pour appeler à contribution. Mes meilleurs voeux de réussite! (Et j'espère que la revue sera en ligne!)
Merci Julien Dutant pour cet admirable billet. Je partage entièrement ton point de vue en ce qui concerne Pascal Engel. Il est tout sauf dogmatique et a le souci de la clarté. C'est vraiment du beau travail. Sucre, je vous disais "monsieur" parce que vous n'êtes pas une "sucrette".Je fais ce que je peux. Je voudrais à nouveau créer une revue (j'ai été expulsée de mon ancienne revue Sens-Dessous "à cause de mes options en philo analytique"). Mais j'ai des entretiens. J'aimerais bien que vous participiez à cette revue parce que vous avez pas mal de détachement et d'humour. Si c'est possible, on pourrait se voir à Paris pour parler de tout cela (j'y suis du 28 février au 2 mars, puis à Langres). Mais j'aimerais bien aussi bénéficier d'articles sur la philo analytique (Julien Dutant et François Loth; ses chroniques sur son Blog sont vraiment très claires). Quant à moi, je me considère plutôt comme intéressée par les problèmes de philo morale (je viens juste de parler sur mon Blog d'un livre remarquable). Mais je réfléchis au mode de financement actuellement; et j'ai une petite idée...Je vais aussi à Langres pour voir "l'Encyclopédie" . Julien, j'attends un peu pour faire une annonce; il faudrait que j'écrive des petits articles sur Davidson. En tout cas, je peux faire une intervention à Genève sur les problèmes de philo morale(quand il y a de la gêne, il n'y a plus de plaisir !). Bien à tous. Au fait, "la chouette" (administrateur du Blog) a cité mon Blog et attend une évolution !
Bonsoir,
Petite mise au point en ce qui concerne Pascal Engel :
- je prends acte de vos "arguments" en sa faveur et je ne vous soupconne pas de mauvaise foi. Je n'ai pas grand chose à vous répondre dans la mesure où si un véritable "débat" devait avoir lieu il ne volerait sans doute pas bien haut... J'ai sans doute été prise en flagrant délit de PE-bashing !
- Sans doute, beaucoup de personnes n'aiment pas PE pour de mauvaises raisons. J'espere toutefois ne pas être de ceux là. Moi j'aurais bien voulu lire son manuel (encore un truc plein de paradoxes et d'expériences de pensée ? - J'adore). Je ne suis pas allergiques à la Philo analytique (au contraire), et j'apprécie son sens de l'humour (personnellement, j'ai adoré son article sur laffaire sokal : http://www.rationalites-contemporaines.paris4.sorbonne.fr/IMG/pdf/j_en_fais_mon_affaire.pdf )
J'essaierai donc de justifier un minimum ma réticence persistante à l'égard du personnage. (Je précise que je ne ne connais pas personnellement Mr Engel et que j'entendais en effet "politique" en un sens très large.)
A mes yeux PE semble quelqu'un d'un peu borné dans la mesure d'abord où il ne me semble pas mettre en oeuvre la même probité intellectuelle à la lecture de la "philsophie continentale" qu'à la philsophie analytique qu'il apprécie.
C'est par exemple le cas lorsqu'il propose des lectures completement fausses et indéfendables de philosophes "continentaux" comme foucault ou deleuze. Par exemple dans "La vérité" ,p. 52, où Deleuze est défini comme le défenseur d'un "pragmatisme vulgaire" substituant "dans la lignée de Nietzsche" à la vérité la "volonté de vérité qui n'est précisément que volonté". C'est une thèse que, comme vous le rappelez, PE a àcoeur de réfuter. C'est son droit, mais ce n'est en aucun cas (et c'est évident quand on l'a lu un minimum) la position de Deleuze, théoricien au contraire de "l'involontarisme" et de "l'automatisme spirituel". (c'est là-dessus qu'il faut l'attaquer si l'on veut critiquer ses idées !)
Cette absence d'honneteté intellectuelle m'agace (Même si PE n'arrive quà la cheville de son ancien collègue Alain Renaut dans ce domaine et reste loin de certains "critiques" de la philsophie analytique du style Dominique Lecourt).
Tout cela n'aurait pas grande importance si ces remarques étaient purement anecdotiques ou ne visaient qu'à introduire de façon rhétorique les problèmes philosophiques qui préoccupent PE mais ce dernier se base précisément sur la généralisation de ce genre de lectures fantaisistes pour discréditer l'ensemble de la "philsophie continentale". Des lors, "continental" devient tout simplement, sous sa plume, synonyme de "mauvaise philsophie" (ou dans les bons jours de "relativisme inconséquent" ou d'"historicisme excessif"). PE essaie parfois d'enoncer cette position de façon nuancée (l'opposition entre pa et pc serait une affaire de degré et pas une opposition radicale), ce qui peut être encore pire. Par exemple, lorsqu'il affirme que Putnam ou Cavell peuvent être copnsidérés commes des continentaux "dans leurs pires moment". (citation littérale) - moi je ne vois là que du mépris....
Sur de telles bases, on ne peut aboutir qu'à un dogmatisme un peu bête. Lorsque PE affirme que la France n'est "peut-être pas encore prete" (je crois bien que c'était ses mots exacts) pour la traduction des livres "post-analytiques" de Cavell, c'est tout simplement une façon polie de dire qu'il y a mieux à faire que de les traduire - les traducteurs l'ont mal pris, on les comprend.
Tout cela me semble relever de la mauvaise foi et les tentatives de rationaliser cette posture peuvent virer au comique : j'ai entendu un jour PE sur france culture déclarer qu'il avait été d'abord un auditeur attentif de foucault et deleuze (dans sa tendre jeunesse... j'ai quand même du mal à le croire) mais que leur absence de reflexion sur l'idée de norme l'avait progressivemnt conduit vers la PA. C'était en 2004, on doit pouvoir retrouver les bandes. Deux choses : d'une part ce fragment autobiographique me semble douteux (ce n'était pas DU TOUT dit sur un ton ironique), d'autre part la reflexion sur l'idée de normes est au contraire au coeur des travaux de Deleuze et Foucault, c'est une choses qu'ils héritent de leur maitre commun - Canguilhem - dont ils reprennent la notion de normativité. On peut tout à fait s'attaquer à cette conception vitaliste des normes chez Deleuze ou Foucault, mais on ne peut pas dire qu'ils ont fait l'impasse dessus !
Bref PE me semble quelqu'un qui viole assez souvent la "norme du vrai", l'impératif de précision dans l'argumentation et de charité dans l'interprétation lorsqu'il s'agit de "philsophie continentale". et les textes métaphilosphiques constituent quand même un gros morceau de sa bibliographie...
(Petite parenthèse : je suis à 100% d'accord avec D. Andler lorsqu'il se demande : "pôurquoi les philsophes analytiques se croient-ils donc obligés de défendre la philosophie analytique en la présentant comme la meilleure philosophie possible ?" et qu'il ajoute "c'est lassant à la longue" puis lorsqu'il dit que "la métaphilosophie, thématisée ou spontanée, des philsophes analytiques" gagnerait à être "ébranlée")
Pour en revenir à engel, Comment expliquer l'attitude que je lui prete ? Sans le connaitre, j'imagine que c'est peut-être pour des raisons de stratégies universitaires : pour imposer la légitimité de la philsophie analytique ou gagner du terrain sur ses rivales il faut les discréditer.... N'étant pas philsophe de métier (je travaille dans une bibliothèque), les enjeux institutionnels ne sont (presque) rien à mes yeux. Je suis d'autant plus severe face à ce qui m'apparait comme de basses "manoeuvres".... d'autant plus que la philosophie analytique n'a plus besoin de ça, même en francev (à la Hune, librairie chic du quartier latin, j'ai vu l'autre jour sur la table des nouveautés l'un a coté de l'autre un livre de Jaegwon Kim et d'Avita Ronell - personellement, ça me fait plaisir de voir que la philosophie française sort enfin de 20 ans de provincialisme....)
Conclusion : Je comprends certes la dimension "dialectique" de la posture d'engel : la PA a été si longtemps calomniée en france qu'il est tentant de passer d'un extreme à l'autre. Je considère moi aussi que baucoup de choses que l'on classe sous le label "philsophie continentale" sont tout simplement du bulshit - c'est clair et net - mais il me semble qu'il y a également des choses interressantes qui se sont faites dans cette (ces) "tradition(s)" et qu'elles gagneraient à être confrontées au corpus analytique. De la même façon qu'il y a des croisements qui se font entre philsophie analytique et phénoménologie autour de l'héritage autrichien ou de la "naturalisation de la phénoménologie" je crois que bcp de philsophes analytiques pourraient lire (un peu) de "pensée 68" (et pas en diagonale) : ça les interresserait sans doute (un peu). Bref, je suis quelqu'un d'oecuméniste. A l'inverse de PE. Pour être honnete, je fais même preuve d'un oecuménisme sectaire et d'une tolérance intransigeante. Peut-être du coup que je suis un peu de mauvaise foi moi-aussi parfois....
Post-scriptum :
Je conseille aux gens qui souhaitent savoir ce que ces relativistes de "philosophes continentaux" pensent des "normes de la pensée", de jeter un oeil sur la "lettre ouverte aux juges de negri" de deleuze ou celui défend l'idée que l'abandon du principe de contradiction et de la recherche de la verité (c'est-à-dire, d'un "minimum de consistance identifiable" à l'opposé de l'idée qu'"il est possible de dire n'importe quoi" )sont ruineux pour la justice, la politique et la pensée. Deleuze/Engel : même combat ?.
Au fait merci pour le lien vers le texte de williamson qui a l'air fort interressant ainsi que pour le texte de tagliatesta préfacé par engel qui - dans un autre genre - à l'air de valoir le détour.
coco chanel: on dirait que tu regrettes un viol de la philo analytique. ca ne ressemble à rien. On dirait une étudiante qui a obtenu de mauvaises notes. Passons pour l'objectivité. C'est pas constructif.
Un "viol de la philosophie analytique" ? J'apprécie la métaphore (élégant...) mais je ne la comprends pas. Qu'est-ce que tu veux dire ? En ce qui concerne l'objectivité, j'ai donné les raisons pour lesquelles je n'aimais pas trop Engel, je les ai assorties de reserves, je els ai relativisées. Et je ne prétend pas que cette discussion soit spécialement "constructive". Pour les notes, merci, elles ont toujours été excellentes.
Oserais-je suggérer à Perte de caca l'argumentaire suivant ? :
"Mon argument est simplement le suivant: la philosophie continentale est un domaine immense dans lequel il se passe beaucoup de choses, et Pascal Engel n’y connait rien. En admettant que je sois une idiote frustrée, jalouse du succes des vrais philosophes et incapable d'aligner dux phrases objectives, comme une étudiante qui a obtenu de mauvaises notes, cela ne changerait rien au fait que Pascal Engel ne connait rien à ce dont il parle. Ce qui était le but principal de mon précédent commentaire. D’après ses livres sur la question, il pense que la philosophie continentale consiste essentiellement en une forme d'irrationalisme prétentieux ou d'idéalisme illogique et creux qui réduit la philosophie à son histoire au nom d'un relativisme défendu de façon maladroite, arrogante et contradictoire. Cela correspond en gros à la philosophie de Spengler(?). Mais je vois mal comment cela s’appliquerait à Arendt, Adorno, Kojève, Levinas, Simondon, Michèle Le Doeuff, Jean Luc Nancy, P. Ricoeur, Jean Luc Marion, Zizek, Apel, Sloterdijk, Balibar, Negri, Virilio, Isabelle Stengers, René Scherer, François Ewald, Jacques Rancière, André Gorz, Paul Patton, Gayatri Spivak ou Agamben.... Je m’arrête là, c’est fastidieux. J’espére néanmoins vous avoir convaincu que Pascal Engel ne connait rien à la philosophie non analytique, et qu'il se contente de ressasser un ensemble de préjugés sur celle-ci, ce qui est un comble lorsqu’on se réclame de la précision. J’espére, à défaut, vous convaincre qu’il n'est pas acceptable de faire des affirmations sans fondement. Si quelqu'un fréquente Pascal Engel, ce serait bien de nous dire ce qu'il connait de la philosophie continentale au juste (quels auteurs il a lu, parmi ceux que j’ai cités par exemple), ou qu'il nous explique par quelle perception extra-sensorielle la lecture dans le métro du "Post-modernisme pour les nuls" ou de la "pensée 68" de Luc Ferry lui permet d’énoncer des vérités générales sur cette tradition. Et qu'il n’oublie pas que la reconnaissance de son ignorance est un premier pas vers le savoir!" bzzz
Coco chanel ou perle: viens plutôt manger mon gâteau sur mon site au lieu d'écrire des bêtises. Miam miam.
Une fable
Un jour, un gangster prit en otage quatre personnes dans une banque Il menace de les tuer l'un après l'autre si on ne lui donne pas une voiture et un million d'euros
La police refuse de négocier
Il prend le premier otage et menace de le tuer C'est un médecin; il lui dit Monsieur le gangster, je vous en supplie, si vous me laissez la vie sauve, je vous soignerai gratuitement
Le gangster: je ne suis jamais malade, et il le descend La police refuse de négocier
Il prend le deuxième otage: c'est un avocat L'avocat: bon d'accord, ce n'est pas joli joli ce que vous avez fait, mais si vous me laissez la vie sauve, je vous défendrai, vous n'écoperez que de six mois Le gngster: six mois! et il le descend. La police refuse de négocier
Troisième otage: C'est un philosophe Le philosophe a toute sa vie pensé que vivre c'est s'apprivoiser à la mort. Oui, mais, quand elle est là? Alors il oublie tout cela, d'ailleurs n'est-ce pas une idée de philosophe continental? Mais qu'est-ce qu'une idée? Et cette question, n'est-ce pas une idée de philosophe analytique?
Alors, il a une idée, et il dit au gangster Monsieur le gangster, laissez moi la vie sauve, et je vous dirai des choses passionnantes. Le gangster est intrigué. Quoi, par exemple?
Par exemple, savez vous quelle est la différence entre la philosophie continentale et la philosophie analytique?
Le gangster resta muet
Le philosophe commença: Voyez vous...
A ce moment le quatrième otage s'approcha C'était un poète.
Le poète s'approcha du gangster et lui demanda en souriant: Monsieur le gangster, ne pourriez vous pas me tuer tout de suite?
Il y a belle lurette que j'assiste à cette discussion, et JE N'EN PEUX PLUS!
Ton philosophe aurait pu répondre au gangster comme le faisait J.A. Smith, un hégélien d'oxford, au début du siècle lorsqu'on l'interrogeait sur les raisons de suivre ses léçons :
"chacun de vous messieurs aura une carrière différente - certains seront avocats, d'autres militaires, certains medecins ou ingenieurs, d'autres serviteurs du gouvernement, certains propriétaires terriens ou hommes politiques. Laissez moi vous dire tout de suite qu'aucun de mes propos énoncés lors de ces conférences n'aura la moindre utilité pour vous dans quelque domaine où vous tenterez d'exercer vos talents. Mais il y a une chose que je peux vous promettre : si vous allez jusqu'au bout de cette série de conférence, vous serez toujours en mesure de savoir quand les hommes "are talking rot" (disent des betises"
Ca donne envie d'épargner le philosophe, non ? Et c'est là un idéal où se rejoignent philsophes analytiques et continentaux me semble-t-il. Mais les uns peuvent encore accuser les autres (et inversement) de dire des betise. Mince... Dans ce cas je ne vois pas d'autre moyen de les reconcilier (si on le souhaite) que la méthode préconisée par Isaiah Berlin :
" La majorité des philosophes anglais passent aux yeux des français pour techniques et manquant d'épaisseur et aux yeux des anglais la plupart des philosophes français passent pour obscurs et enflés. Je me demande si l'on pourrait réussir à créer un contact dans le cas de figure où, disons, quatre philosophes anglais de premier rang et quatre philosophes français de premier rang seraient envpyés dans une ile deserte pendant au moins trois ans et seraient contrraints de parler entre eux de questions de philosophie (je n'ai aucun doute qu'ils commenceraient à le faire, mais il faudrait les convaincre de persister en dépit de tous les obstacles). Alors, si l'un d'entre eux ne comprenait pas l'autre, sen plaignait et ne voulait pas faire de concessions, on pourrait simplement leur edmander comme une prouesse d'essayer de parler dans le langege de l'autre. Si on encourageait cela, on pourrait arriver à quelque chose. On ne peut provoquer une communication que par une critique systématique intelligible à des gens qui parlent des langages différents"
Il est vrai que cette idée d'ile deserte elle-même est vraiment "so british" (cf. la critique des "robissonnades" par marx)... D'accord, ça n'a pas de fin.
Votre âme est un paysage choisi Que vont charmants masques et bergamasques, Jouant du luth et dansant et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Cher Perle de Coco qui êtes vous? C'est vraiment une question que je me pose, je crois avoir trouvé.
(j'ai eu une idée que je ne mentionnerai pas, car elle était absurde, j'en ai discuté avec quelqu'un qui avait trouvé l'idée amusante, mais je lui ai dit qu'au fond je n'y croyais pas)
non, j'en ai eu une autre, que je vais mentionner ici.
Comment en suis-je arrivé à cette idée incroyable?
Voila: comme dirait l'oncle Sigmund, Il faut toujours chercher des raisons inconscientes aux comportements névrosés des gens.
Visiblement vous en voulez à ce brave pascal engel parce que vous avez un conflit oedipien avec lui.
Parce que, vous êtes ... PHILOCONTE n'est-ce pas?
Au début j'avais pensé que vous n'avez jamais digéré le KO qu'il vous a infligé il y a quelques années dans votre célèbre dispute.
Non, c'est beaucoup plus profond.
Ce que vous ne lui pardonnez pas, c'est, au fond qu'il vous ait créé pour vous humilier.
Et c'est là que j'ai compris le fond du problème, le fond de chez le fond, comme on dit maintenant.
Au fond, Philoconte, vous êtes sa créature, son fils Alors, maintenant vous cherchez à tuer le père.
Paranoia quand tu nous tiens....
C'est qui philoconte au juste ? Il y a erreur sur la personne.... C'est marrant parce qu'on m'a accusée recement d'être quelqu'un d'autre sur wikipedia (page tres polémique "critiques de la psychanalyse")
Et merci pour "névrosée". C'est vraiment n'importe quoi. Sincèrement Pascal Engel je m'en fiche. Relisez le fil de la discussion, j'ai juste voulu justifier mes propos comme on me le demandait... Et puis pourquoi vous ne voulez pas croire qu'on puisse avoir de la réticence à l'égard de Pascal engel tout en étant dans la philosophie analytique ? Incroyable. Et Chauviré et Laugier, et bien d'autres, ce sont des nevrosés aussi je suppose ? Parlez d'"hystérique" tant que vous y etes puisque nous somme des femmes.
Et pourquoi, dites moi, ne pourrait-on pas , tout en oeuvrant dans le champ de la philsophie analytique, éprouver beaucoup de sympathie pour certains philosphes dits "continentaux" ? C'est incroyable cette étroitesse d'esprit...
Pour information, j'ai effectué mon travail le plus serieux à l'heure actuelle sous la direction de ned block alors que j'effectuais en parallele mon stage professionnel au sein de la new york public library (je suis conservateur). Etant donné les efforts que ça m'a couté, j'estime ne pas avoir besoin de Sucre pour recevoir mon diplome de "bon philsophe analytique".
Et merci encore pour les jeux de mot sur mon pseudo "perte de caca" : tout cela est tres élegant, tres élégant.
Philoconte tient le rôle de ce que Pascal Engel appelle un "philosophe continental" dans son livre "La dispute".
Hello mistinguette Perle de Coco, Ah oui, vous éprouvez de la "réticence": va falloir examiner le cas. Remarquez, je suis aussi une femme. Enfin, je crois. La philo analytique, ça pique...BZZ?BZZ...Oui, le dialogue, c'est un genre philosophique, et la dispute, l'arme du philosophe.
Perle de Coco: je confirme, Pascal Engel était bien dans l'ambiance Foucault-Deleuze lorsqu'il était à Ulm, à l'époque d'Althusser et Derrida. Et je ne vois pas pourquoi vous n'arrivez pas à y croire: on ne naît pas analytique ou continental! (Moi-même j'ai été heideggerien à un moment.)
"Dulien": c'est amusant, mais dire que quelqu'un qui est passé par Ulm à la fin des 70s, qui a enseigné à Caen, Grenoble et Paris IV, qui a participé au jury de l'ENS et de l'agrégation, fait partie de comités de lectures de revues comme Philosophie, assisté à des centaines de colloques ça et là en France, etc., qu'il ignore autant la philosophie continentale que quelqu'un qui a lu une poignée de pages de Strawson et suivi un cours de licence sur un article de Quine ignore la philosophie analytique, c'est tout simplement ridicule. Vous pouvez être en désaccord avec sa caractérisation, ou l'usage même du concept, mais pas utiliser l'argument d'incompétence. Aussi, votre propre description des thèses de Engel (qui au demeurant, n'a pas écrit de "livres sur la question": La Dispute n'est consacré qu'à la philosophie analytique, le premier chapitre étant une façon de faire un pied de nez au sempiternel débat) me semble plutôt correspondre à J Bouveresse.