Lu dans 50 ans de philosophie française, de Bernard Sichère. C'est une commande de l'Association pour la Diffusion de la Pensée Française, organe du Ministère des Affaires Etrangères. Apparemment, il y a certains pans de la "pensée française" qu'on ne tient pas trop à diffuser:

Issues d’une rencontre entre les neurosciences, la linguistique et la théorie informatique, les sciences cognitives et les recherches en intelligence artificielle sont en plein essor en France comme dans la plupart des pays occidentaux. Les universités, les grandes écoles (Polytechnique, Normale Sup), le CNRS, ont inventé des structures pour les abriter. Y travaillent des philosophes et des scientifiques comme Daniel Andler (Introduction aux sciences cognitives, 1992), Jean-Gabriel Ganascia (L’âme-machine, 1990), Pierre Jacob (Pourquoi les choses ont-elles un sens? 1997), Daniel Kayser, Pierre Livet, Jean-Noël Missa, Joëlle Proust, François Recanati et bien d’autres. On citera plus particulièrement Pascal Engel, auteur de La norme du vrai (1989), ouvrage dans lequel il examine l’état actuel des recherches en philosophie de la logique. Dans Introduction à la philosophie de l’esprit (1994), cet auteur présente les thèses essentielles du courant mentaliste ou cognitiviste anglo-saxon (Davidson, Fodor, Denette, Dretscke)[1] portant sur les relations de l’esprit et du corps et la nature des phénomènes mentaux. À considérer la remarque conclusive de l’ouvrage, selon laquelle le matérialisme non réductionniste a ceci de satisfaisant qu’il semble apporter à la fois une forme de solution ontologique du problème esprit-corps et respecter ce qui fait qu’il y a problème, on demeure perplexe. En quoi en effet le fait de constater qu’il y a dépendance des propriétés mentales par rapport aux propriétés physiques apporte-t-il plus que l’indication empirique qu’il existe un lien, sans qu’on puisse trancher sur la nature de ce lien?

Face à l’ensemble de ce courant scientiste, polémiquement dirigé contre un certain nombre d’acquis philosophiques antérieurs, on doit citer tous ceux qui, sous formes diverses, ont entendu maintenir le lien de la question du langage à celle de la vérité et à celle du sujet par-delà toutes les réductions formalistes, objectivistes ou technicistes. (...)

Dans ce petit livret hagiographique, l'auteur se contente normalement de mettre en avant les bons côtés de chaque courant philosophique français. (C'est de la propagande d'Etat.) Il a malgré tout la liberté (justifiée) de choisir de mettre certains philosophes plus en avant que d'autres, parce qu'il les juge plus importants. Mais c'est très rare qu'il se sente obligé d'émettre une critique. Encore moins de faire des allusions malveillantes comme ce polémiquement dirigé contre un certain nombre d’acquis philosophiques antérieurs. (Je ne vois vraiment pas de quoi l'auteur parle d'ailleurs. Les auteurs en question prennent rarement la peine de discuter des philosophes historiques. J'aimerais surtout qu'il dise sur quelles bases il considère que certaines thèses philosophiques sont des acquis qu'on ne peut discuter sans se livrer à de la polémique! Par exemple, est-ce un acquis (kantien?) que la question de la vérité (quelle question?) soit liée à la question du sujet?)

Il convient surtout de signaler que dans les sciences, la réduction est une bonne chose. C'est toujours comme ça qu'elles ont progressé. (Après il y a des subtilités, réduction théoriques vs. ontologique; certaines réductions, comme celle de la gravité à l'inertie par Descartes ou celle du mental au comportemental par les béhaviouristes ont été ratées; mais en gros, quand c'est réussi, c'est une bonne chose.) Suggérer qu contraire que toutes les réductions sont mauvaises, c'est tout bonnement du complisme!

(PS: la description que B Sichère fait du matérialisme non réductionniste défendu par P Engel est bien entendu elle-même réductrice!)

Notes

[1] Sic! Il veut dire Dennett et Dretske.