Journée Wittgenstein-Herméneutique à Paris IV
Par julien dutant le vendredi 19 janvier 2007, 00:00 - Annonces - Lien permanent
Une journée de rencontre des traditions wittgensteinienne et
phénoménologique
ce samedi (20/1/07) à Paris IV.
L'équipe d'accueil (en clair, laboratoire ou unité de recherche) Métaphysique
de Paris IV organise une journée de rencontre des des traditions
wittgensteinienne et phénoménologique
ce samedi. C'est rue Serpente à 9h30,
salle D323, mais je crois que cette journée est réservée aux thésards et
enseignants de Paris IV. Voici le programme:
- Guy Deniau (Nantes) : «Grammaire du comprendre et théorie de l’expérience herméneutique»
- Jean-Claude Gens (Université de Bourgogne) : «Langage ordinaire et simplicité de la langue»
Comme les deux conférenciers représentent la tradition phénoménologique (herméneutique, plus précisément), je pense qu'il s'agit en fait d'une série de journées. Je serais curieux de savoir quels wittgensteiniens seront accueillis.
A ce propos
Ce genre d'événement me semble significatif. Je pense qu'à l'avenir la tradition phénoménologique va de plus en plus se frotter à la philosophie analytique pour y puiser des idées et se renouveler. Bien sûr, dans le cas présent, vous avez pu noter que c'est la tradition wittgensteinienne qui est invitée à discuter, pas la tradition analytique. Mais ce n'est pas une vaine pudeur, cela a un sens: la philosophie wittgensteinienne est en effet devenue une tradition bien spécifique de la philosophie analytique, relativement à l'écart des courants dominants aujourd'hui. (A côté de cela, il y a aussi des philosophes-historiens de la philosophie qui étudient Wittgenstein, et sont en même temps dans le courant principal de la philosophie analytique, comme Kripke ou Scott Soames.)
Je crois qu'on peut d'ores et déjà deviner les auteurs qui attireront l'intérêt des philosophes d'inspiration phénoménologique, après Wittgenstein: John McDowell, Robert Brandom, et, en philosophie de la perception, le disjonctivisme et les théories du contenu non-conceptuel. (Autres tentatives, dont je suis moins sûr: Chisholm (introducteur de Brentano aux US, pour l'instant ignoré comme mauvais exégète, mais qui risque bien d'être "redécouvert"), excentriques du Cercle de Vienne, disciples de Wittgenstein, philosophes du langage ordinaire: Austin, Strawson (au moins son wittgensteinien Naturalism and skepticism), Dummett, Evans, Quine et Davidson (si, si! sur l'indétermination de la traduction et l'inscrutabilité de la référence), et probablement certaines choses dans la littérature sur la première personne, que je connais mal.)
C'est globalement une bonne chose: difficile de connaître Wittgenstein et
d'ignorer Frege, de connaître McDowell et d'ignorer le Kripke de La logique
des noms propres, de connaître Brandom et d'ignorer Grice, etc. Bref, ceux
qui comme moi sont familiers des derniers seront moins souvent pris pour des
extra-terrestres ou des suppôts du néo-libéralisme triomphant
!
Avertissement: les prédictions ci-dessus, élaborées pour le simple plaisir de s'adonner à la prospective, sont livrées telles quelles, sans garantie de réalisation. L'auteur du présent billet décline toute responsabilité pour les carrières ratées que leur usage non circonspect pourrait occasionner. Certaines de ces prédictions sont certes faciles, puisque de tels rapprochements sont déjà observables ci et là. Néanmoins, ces derniers ne préjugent en rien d'éventuels regains d'hostilité en France entre les traditions concernées, que d'éventuels conflits pour l'attribution de postes pourraient susciter.
Cela étant dit, si certains d'entre vous ont des prédictions de ce genre, je serais curieux de les lire.
Mise à jour (19/01/2006)
Le programme complet des journées. Les Wittgensteiniens participants sont Jean-Jacques Rozat, Jean-Philippe Narboux, et Denis Perrin.
Je suis en retard: il y a déjà eu un colloque avec John McDowell en mars 2006 à Bordeaux. (John McDowell himself! Dans mon bordelais natal!) Je ne le savais pas, j'ai dû rater l'annonce sur ESAP-news... Aussi, Jean-Philippe Narboux va éditer avec Antonia Soulez un numéro des Cahiers de la philosophie du langag... sur Frederich Waismann.
(merci Edmund Housearle!)
MAJ (19/06/2009)
Ca y est, le Magnum Opus de McDowell, L'esprit et le monde (1994) a été traduit en français par Ch. Alsaleh (Vrin, 2007)!
(A quand Brandom, Between saying and doing, towards an analytic
pragmatism
(OUP 2008)? Si le décalage temporel se maintient (Cavell
1980+16=1996, McDowell 1994+13=2007...), c'est pour 2023!)
Commentaires
Quelle super forme Julien. Tout le monde sait bien que les postes à la fac en France sont attribués en fonction du mérite et de l'effort de chacun...d'y parvenir.
(Quelle super forme David! Je n'ai même pas fini le billet que tu y as mis un commentaire!)
Sur Davidson, cela ne m'étonnerait pas. On n'hésite pas déjà à le rapprocher du pragmatisme (Rorty), et même de Derrida...on utilisera sans doute à profit (et à mes yeux, avec tout le désenchantement que cela implique) son tour d'Europe dans les années 1950 et les nombreuses balades à vélo qu'il aimait faire avec sa femme dans le sud de la France - où d'ailleurs Quine l'avait rejoint pour lui faire lire le manuscrit de Word and Object - pour tirer des brumes un Davidson français (III donc après le Davidson américain et le Davidson anglais suite aux conférences de Londres dans les années 1970), renouvellant le projet cartésien, éminement proche de la phénoménologie par son usage du concept d'événement...Après tout je n'en sais rien...il ne faut peut-être pas fuir le mouvement tumultueux du progrès et de l'ouverture d'esprit...
Il vaudrait mieux donner l'annonce complète. On voit mieux ce dont il s'agit. Votre naïveté me confond.
http://www.paris4.sorbonne.fr/fr/article.php3?id_article=4401
Pardon, Pôl-Vincent... Mais Davidson n'a pas besoin d'être tiré des brumes. Il faut lire ses articles tout simplement. Julien, que veux-tu dire précisément ? Pourquoi la tradition phénoménologique n'aurait pas le droit de puiser ses idées dans la tradition analytique ?
Chère Laurence, je pense que la tentation est celle de tirer un Davidson français des brumes, non pas un Davidson tout court...un Davidson plus proche de la tradition continentale, donc plus acceptable, plus familier à notre culture cartésienne...regarde le nombre de textes qui existent un français sur Davidson, sur son programme de recherche pourtant si fécond...très peu, comparativement bien sûr...j'en parle parce que je fais une thèse sur lui en économie...ce qui ravive en moi la perplexité puisqu'il est non seulement étranger à eux (croient-ils) mais aussi renié car appartenant à la philosophie américaine et Grand Dieu, comme cela est mal vu! Je ne parle bien évidemment pas des travaux de Pascal Engel ou de François Rivenc. Travaux qui bien entendu sont pour beaucoup dans la diffusion de Davidson en France. J'évoque bien plutôt la resistance que l'on peut percevoir dans divers champs de recherche; resistance à utiliser de nouveaux outils, de nouvelles méthodes, même s'ils sont pertinents. Cette resistance au partage, à l'ouverture qui ne peut m'empecher de penser au maigre succès du cercle de Vienne dans les années 1950, lors de la conférence du cercle à Paris. Très peu ont perçu le renouveau et l'intérêt de la démarche...J'ai l'impression (peut-être à tort Laurence) que Davidson est méconnu, peu utilisé...ce qui constitue pour moi un manque à gagner fondamental pour toute esquisse d'un savoir en mouvement et en perpétuelle reconstruction...
Cher Pôl-vincent, Tu as raison. Davidson est un grand philosophe d'une immense intelligence. Grâce à lui, j'ai élargi mon champ de recherche en économie et en philosophie morale. C'est très pertinentt ce qu'il écrit à propos de la décision. Bon courage pour ta thèse. Je serais très intéressée par la lecture de ton travail. Cela dit, j'ai pu parler de lui dans un colloque à Toulon à propos de la notion d'événement. Je vais essayer d'en dire un mot sur mon blog.
Je te trouve bien optimiste. Je vois assez bien des gens disserter sur Wittgenstein et penser connaître Frege parce qu'ils ont compris la différence Sens/Référence. Surtout que ça permet de parler allemand: Sinn un Bedeutung!
Peut-être la vraie chance de la philo analytique est que de plus en plus de normaliens font des thèses dans ce domaine et étant donné qu'ils sont destinés à avoir de l'influence dans le système universitaire, ils pourraient en généraliser la pratique.
NB: J'espère que ce n'est pas un effet d'optique et que ce n'est pas parce que les normaliens que je connais font de la philo analytique que je crois que beaucoup de normaliens en font!
C'est déjà pas si mal...L'année dernière, j'ai éprouvé pas mal de difficultés à expliquer cette différence à des étudiants en droit de Master. Pour moi, la véritable chance de la philo analytique n'est pas qu'elle se cantonne à un groupe d'esprits brillants (!), mais qu'elle accepte de se mélanger. Un exemple pour illustrer mon propos: l'année dernière, j'ai travaillé avec un ami spécialiste de droit comparé sur la question de l'identité. J'ai pu "convoquer" plusieurs philosophes analytiques. Mais sur des points très particuliers et très techniques chez Russell, je dois avouer mon incompréhension. INVITATION: RV sur mon site http://promphilo.blogspot.com Je vais envoyer d'autres invitations.
Chers Edmund et Hady Ba,
La raison de mon optimisme est le principe de transitivité de la légitimité philosophique. Le principe est le suivant:
Si McDowell pense que Kripke est digne d'étude approfondie, et si McDowell est un auteur qu'il est légitime d'étudier, alors Kripke est aussi un auteur qu'il est légitime d'étudier. Cela ne signifie pas que, par exemple, ceux qui liront Fodor avec un arrière-plan et des intentions wittgensteiniens ne seront pas susceptibles de faire des contresens massifs. (Ils rejoueront peut-être les critiques à l'encontre des neurosciences de P.M.S. Hacker ) Mais cela donnera une chance à ceux qui le connaissent mieux de se faire entendre. Chance qui n'existe pas si ces philosophes sont largement considérés comme non pertinents pour la philosophie.
Bonjour,
En parcourant avidement ce blog, et après beaucoup de contorsions, j'ai fini par entendre une pointe d'ironie concernant les philosophes "de tradition phénoménologique", et simultanément, une défense des philosophes "de tradition analytique". Or, encore frais, j'ignore les raisons de telles disparités et orientations, et je ne suis donc pas certain de saisir l'objet exact de mon impression. Qu'est-ce que je ne comprends pas? Est-ce comparable à des différends d'exigences de construction en mathématiques, ou aux subtilités intra théorie de l'évolution, ou qu'est-ce que les uns comprennent que les autres ne comprennent pas, ou l'inverse, etc., pour savoir si mon sentiment est fondé et continuer la lecture moins naïvement (ou alors le rester?).
En attendant votre réponse, bien à vous.
Bonjour,
Ahem, c'est une longue histoire... Si je suis ironique? Je ne crois pas; en tout cas, certainement pas moqueur. Il s'agit plutôt de clins d'oeil aux lecteurs qui connaissent le contexte philosophique actuel. Ce qui n'est pas votre cas, donc voir ce nouveau billet pour quelques indications, et des précisions sur ma position et ce blog.