Ma grande amie et aînée à l'Institut Jean Nicod Nausicaa Pouscoulous soutiendra sa thèse, L'implicite: aspects cognitifs et développementaux. Le cas des inférences scalaires à l'Institut Jean Nicod, précisément, ce jeudi.

La soutenance aura donc lieu à l'IJN, 1bis av. de Lowendal, ce jeudi 21 déc à 15h.

Nausicaa a fait ce que beaucoup d'entre nous ont caressé l'idée de faire, mais sans franchir le pas: elle est passée de la philosophie à la psychologie expérimentale, plus précisément à la pragmatique expérimentale! Ses travaux visent à tester et arbitrer les hypothèses de sémanticiens et philosophes du langage en récoltant des données empiriques sur la compréhension des phrases - là où nous autres philosophes pensons avoir des arguments si forts qu'on pourrait s'épargner ses dépenses. Elle a enseigné en psychologie et en linguistique, et a travaillé avec Ira Noveck de l'Institut des Sciences Cognitives de Lyon et Bart Geurts de Nijmegen, et va bientôt rejoindre l'équipe de Michael Tommasello au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology à Leipzig. Bref, une chercheuse interdisciplinaire, une vraie!

Ses travaux portent sur les inférences scalaires (qu'on appelle aussi souvent implicatures scalaires): le fait que lorsqu'on dit "j'ai trois enfants", on comprend normalement qu'il en a trois et pas quatre, ou que lorsqu'on dit "Jean a une Ford ou une Renault" on comprend normalement qu'il a ou bien l'une, ou bien l'autre, mais pas les deux, ou que lorsqu'on dit "certains étudiants sont venus", on comprend que tous ne sont pas venus - inférences qui peuvent être annulées dans des contextes appropriés - et d'autres phénomènes qui ont été rapprochés de ceux-ci. Ce qui est intéressant dans ces phénomènes, c'est que les locuteurs ne s'appuient pas sur les seuls mots pour comprendre ce qui est dit, mais font une inférence qui ajoute quelque chose à ce que les mots à eux seuls signifient. Comme les inférences scalaires sont très répandues dans la langue, et comprises de façon naturelle (si naturelle qu'on ne s'en aperçoit pas) par les locuteurs, elles fournissent un cas idéal pour étudier ces mécanismes de compréhénsion linguistique qui ne s'appuient pas sur le seul décodage des mots - les mécanismes dits "pragmatiques".

Résumé

Cette thèse explore les inférences scalaires en leur qualité de processus cognitifs et examine dans quelle mesure différentes explications théoriques sont à même de rendre compte des données expérimentales les concernant. Les inférences scalaires nous amènent à interpréter l’utilisation d’une expression relativement faible comme impliquant la négation d’une expression plus forte ; ainsi par exemple, en contexte, certains signifiera souvent pas tous. Plusieurs théories pragmatiques des inférences scalaires ainsi que la littérature expérimentale sont examinées ; par ailleurs, trois séries d’expériences effectuées par l’auteur sont présentées. Les axes de recherche se développent autour de trois questions : a) comment la compréhension des inférences scalaires évolue-t-elle au cours du développement ? ; b) les inférences scalaires sont-elles le résultat de processus locaux et automatiques ? ; et c) contribuent-elles au contenu explicite ou implicite de l’énoncé ? Les résultats présentés mettent en cause les théories soutenant que les inférences scalaires surviennent par défaut ; ils sont, en revanche, compatibles avec les analyses proposées par Horn et la théorie de la pertinence.

Jury

(Tant de rapporteurs et directeurs!)

Je regrette de ne pas être là, cela risque d'être (très sportif et) passionnant! Vous me raconterez, et bonne chance à Nausicaa!