L'obscurantisme bête et méchant de Michel Polac (lu dans Charlie Hebdo 20/9/06):

  • Le goût (des mots), voilà qui attire plus mon appétit que les pseudo-sciences, genre linguistique ou sémiologie.
  • Pierre Larousse, cet instituteur laïque et républicain, néanmoins raciste, sexiste, xénophobe et puérilement scientiste (il en existe encore aujourd'hui à "gauche").

Bien que j'aie mes propres doutes sur la scientificité de la sémiologie et que je serais prêt à concéder qu'une partie importante de la linguistique pratiquée en France tient plutôt de la critique littéraire, je suis convaincu que Michel Polac n'a pas la moindre idée du programme Chomskyen en syntaxe et de ses résultats, de la psycholinguistique ou de la pragmatique expérimentale, sans se priver pour autant d'insulter tout ces chercheurs à l'aveugle. Et par ailleurs, comme de nos jours très peu de gens qui se disent de gauche sont (consciemment) racistes, xénophobes ou sexistes, je suppose qu'il faut lire la parenthèse comme: "il existe encore aujourd'hui à "gauche" des gens puérilement scientistes". Et comme il n'y a plus personne aujourd'hui qui pense que la science va faire disparaître les guerres, la faim et les conflits sociaux, je soupçonne qu'il considère comme "puérilement scientistes" ceux qui pensent simplement que la science c'est bien, c'est important, et ça ne concerne pas seulement les galaxies et les atomes. Pur préjugé blessant pour ceux qui tout en ayant des opinions de gauche pensent que dans beaucoup de domaines, le progrès humain viendra de <em>plus</em> de science, pas moins.

Je me demande si M. Polac ne partagerait pas l'opinion de Benoît XVI sur les sciences:

Seule la forme de certitude qui se donne dans le jeu concerté des mathématiques et de l’expérience autorise à parler de scientificité. Tout ce qui prétend être science doit se soumettre à ce critère. Aussi, les sciences qui se rapportent aux réalités humaines – telles que l’histoire, la psychologie, la sociologie, la philosophie – essaient de s’adapter à ce canon de la scientificité. Il est important encore, pour nos réflexions, que la méthode en tant que telle exclut la question de Dieu et la fait apparaître comme non-scientifique ou préscientifique. Mais par là, nous nous trouvons devant un rétrécissement du rayon de la science et de la raison qui doit être mis en question. (Extrait du discours de Ratisbonne du 12.12.2006, trad. La Croix)

En clair: les sciences c'est bien pour construire des avions, mais c'est étriqué, et dès qu'on touche à des questions humaines importantes, elles n'ont rien à dire et ce serait une erreur ("scientisme puéril", "positivisme") de croire qu'elles ont qqch à dire. Il faut alors se tourner vers des autorités supérieures (le Dieu catholique ou les valeurs de gauche, au choix!).

(Pour anticiper des objections à venir: je reconnais d'emblée qu'il est tout aussi excessif de parler d' "obscurantisme" sans nuances pour le pape que d' "intellectuel" pour Polac)