Le système solaire aurait pu ne pas avoir 9 planètes
Par julien dutant le jeudi 24 août 2006, 18:30 - Lien permanent
Un exemple familier des philosophes s'éteint aujourd'hui.
Les astronomes réunis à Prague ont décidé de supprimer Pluton de la liste des planètes. (La raison est qu'elle n'est pas assez grosse pour avoir son orbite à elle: elle croise celui de Neptune.)
La formulation originale du paradoxe de Quine sur la nécessité disparaît:
- 9 est nécessairement impair
- le nombre de planètes est 9
- donc, le nombre de planètes est nécessairement impair
(Je dis le paradoxe de Quine
, mais ce n'est pas son nom officiel, et je ne pense pas que Quine l'ait trouvé le premier; mais c'est surtout par lui que je le connais, et il a peut-être inventé cette formulation.)
Commentaires
Est-il vraiment facile de définir le concept de "planète" ? En quoi ce concept se distingue-t-il de "l'astéroïde",de "l'étoile"?
Peut-on parler de discrimination à propos des "petites" et "grosses" planètes? Notre connaissance du monde étoilé est-elle aléatoire ?
Et n'est-ce pas beaucoup de questions d'un coup? ;)
D'après l'article de la BBC, les astronomes ont décidé de re-définir "planète" de la façon suivante: un corps céleste est une planète ssi il est en orbite autour du Soleil, est suffisamment grand pour que sa forme devienne quasi-sphérique (sous l'effet de la gravité), et a supprimé (absorbé?) les autres objets de son orbite.
Une façon de considérer ce qu'il se passe, est de dire que les astronomes viennent juste d'introduire un nouveau mot dans le langage, "planète2", qui est sensé rendre inutile l'ancien mot, "planète1". L'ancien mot désignait les corps célestes en orbite autour du Soleil visibles depuis la Terre; mais avec les progrès de l'observation (télescopes), il est devenu ambigü: désignait-il les corps initalement observables, à savoir Mercure-Venus-Mars-Jupiter-Saturne, ou les corps qu'on pouvait observer par d'autres moyens, à savoir les mêmes plus Cérès-Uranus-Neptune-Pluton-Charon-Xéna. D'où l'idée d'abandonner ce mot et d'en utiliser un mieux défini, et plus utile, à la place. En voyant les choses ainsi, on abandonne l'idée que les astronomes ont cherché à définir le concept de planète. On dira plutôt qu'ils ont choisi un concept de planète.
On peut replacer cet événement, j'imagine, dans la lignée d'une série de révisions des concepts scientifiques qui visent à rendre ces derniers moins relatifs à l'homme et plus fondés dans la nature, comme définir le mètre et la seconde par rapport à des longueurs d'ondes de particules plutôt que par rapport à la taille et à la rotation de la Terre.
Le fait est que pour catégoriser une série d'objets, on emploie des mots. On observe une série d'objets, on remarque des caractères communs à une sous-série d'objets, .. on invente un mot pour désigner les objets de celle-ci. Ainsi, on différencie une étoile d'une galaxie par le comportement et la nature de l'objet qu'ils désignent.
"Est-il vraiment facile de définir le concept de "planète" ? "
Facile ? Non! La preuve en est qu'on est encore à se mettre d'accord sur l'exacte définition du mot.
"Peut-on parler de discrimination à propos des "petites" et "grosses" planètes?"
Discrimination me semble un peu (bcp) trop chargé, connoté. En effet: pouvez vous parler de discrimination entre la fougère et l'arbre ? (j'extrapole). Sachant qu'ici on est loin de tout jugement moral, je crois pas qu'on puisse parler de discrimination. D'ailleurs, je crois pas que Mercure soit vexée! :)
"Notre connaissance du monde étoilé est-elle aléatoire ?"
Il semblerait que non. Mais si on emploie un raisonnement, dont les jeux semblent chèr à monsieur Dutant: 1. Je suis une fluctuation du hasard. 2. Ma connaissance émane de moi, ou d'autrui, qui est également une fluctuation du hasard. 3. Donc ma connaissance est issue du hasard. 4. Donc ma connaissance est aléatoire.
Donc, en un sens, et seulement dans celui-ci, je répondrais que oui! (biensur c'est à prendre à la rigolade, faut pas déconner avec les sophismes ici!)
Tchuss.
Non, on ne rigole pas, en effet ! je rejette 1, l'inférence de 2 à 3 et l'inférence de 3 à 4. Je laisse au lecteur le soin de trouver des contre-exemples ;)
MISE A JOUR (25/8) : j'ai fait un autre billet à partir commentaire interminable qui suivait, rendez-vous là-bas pour la discussion sur les concepts!
Merci pour la clarté de l'explication. Effectivement, la dénomination de ce qu'est une planète ou non relève d'une décision. Pour moi, c'est toujours source de problème. Pourtant, il existe bien des critères: une planète est une planète en fonction de sa taille/masse (petite, légère), orbite (inclinée), structure (ni tellurique, ni gazeuse). Et donc Pluton n'appartient pas à cette catégorie du système solaire. Mais il n'y a pas vraiment de définitions fixes (je suis d'accord avec ce point de vue).
- 8 est nécessairement pair - le nombre de planètes est 8 - donc le nombre de planètes est nécessairement pair !
J'ai compris d'ou venait votre crainte en me rendant compte que vous portiez le doux nom de Vénus! Ne vous en faites pas, Vénus ne risque pas de se faire exclure du club des planètes du système solaire!
Vous dites: "Mais il n'y a pas vraiment de définitions fixes (je suis d'accord avec ce point de vue)."
Et nous en avons la preuve: les définitions de mot, en science comme ailleurs, changent avec le temps, et les connaissances que nous avons à propos des objets qu'ils désignent. Pour l'instant, nous en sommes arrivés à la définition suivante, que monsieur Dutant nous rappelait:
"D'après l'article de la BBC, les astronomes ont décidé de re-définir "planète" de la façon suivante: un corps céleste est une planète ssi il est en orbite autour du Soleil, est suffisamment grand pour que sa forme devienne quasi-sphérique (sous l'effet de la gravité), et a supprimé (absorbé?) les autres objets de son orbite."
Mais rien ne garantit qu'elle ne change pas à nouveau à l'avenir.
Ne vous inquiétez pas: vous pouvez me nommer "étoile du soir" ou " étoile du matin" même si je suis Vénus.
Certes, les connaissances en astronomie peuvent fournir des informations nécessaires. Mais cela n'est pas suffisant. L'essentiel est la manière dont nous appréhendons les phénomènes. Il faut donc des catégories appropriées. Un enfant, par exemple, affirmera en voyant une femme x en robe de cérémonie, que toutes les femmes en robe de mariage ou de cérémonie sont x. Mais il ne possède pas le concept de "robe de cérémonie". Il est donc nécessaire de faire une distinction entre un "objet" et un "concept". Ainsi, ce n'est pas Pluton qui change, mais nos catégories. De là, les écoles philosophiques peuvent s'affronter sur des problèmes spécifiques. La planète existe-t-elle en dehors de nos représentations ? Le sens est-il objectif ?...
Oui et oui!
La psycho expérimentale récente réfute plutôt l'idée (défendue par Piaget) que les enfants auraient des ontologies exotiques. Si j'ai bien compris l'exemple: un enfant voit une femme en robe de mariée, et on lui dit: "c'est Catherine". Il voit plus tard une autre femme en robe de mariée, et l'appelle "Catherine". Il y a plusieurs explications possibles. 1) Il peut simplement confondre les deux femmes. Il croit que la seconde est Catherine. 2) Il peut penser que "Catherine" signifie "mariée"/"femme en robe de mariée" - auquel cas son erreur montre précisément qu'il a le concept de "robe de cérémonie" (même s'il ne connaît pas le mot). Tu optes une autre explication: 3) Leibnizien sans le savoir, l'enfant adopte une principe d'identité des indiscernables selon lequel ce qui a la même propriété (de porter une robe de mariée) est la même chose (Catherine).
Est-ce que les enfants adoptent un tel principe d'identité des indiscernables? Cela m'étonnerait. Une expérience pour le tester: montrez un bonbon dans votre main, appelez-le "le bonbon". Mettez-le dans votre bouche; et ouvrez l'autre main, où se trouve un bonbon identique. Demandez à l'enfant où est le bonbon. Je parie qu'il dira: "dans la bouche", mais s'il adoptait l'identité des indiscernables, il devrait dire: "dans la main". (De vrais psychologues trouveraient une expérience beaucoup plus naturelle, et avec des noms propres, mais on voit l'idée.)
Qui plus est, il me semble que même dans l'option Leibnizienne l'enfant a le concept de "robe de mariée"; même si, parce qu'il adopte le ppe d'identité des indiscernables, il suppose que tout ce à quoi ce concept s'applique est le même objet. (En ce sens il ne distingue pas concept - plus rigoureusement, propriété - et objet.)