Quelques livres
Par julien dutant le lundi 7 août 2006, 11:52 - Lien permanent
Je viens juste de finir un papier pour le Magazine littéraire, dont un bon côté est de recevoir plusieurs bons livres. Les voici:
- Philippe Rochat, Le Monde des Bébés, Odile Jacob 2006. (Une belle synthèse des recherches psychologiques expérimentales sur le bébé, qui organise les résultats "phénoménologiquement" - suivant l'organisation du
monde
vécu des bébés: soi, les objets, les autres - plutôt que par "fonction" - mémoire, attention, mouvement volontaire, etc.) - Michel Imbert, Traité du Cerveau, Odile Jacob 2006. (Passionnant, mais il va me falloir du temps pour le lire!)
- Jean-Pierre Changeux, L'Homme de vérité, Odile Jacob, 2002 (poche 2004).
- Vincent Descombes, L'inconscient malgré lui, Ed. Minuit, 1977 (ed. poche Folio, 2004).
- Vincent Descombes, Le complément de sujet, enquête sur le fait d'agir de soi-même, Gallimard 2004.
- Pierre Jacob, L'intentionnalité, problèmes de philosophie de l'esprit, Odile Jacob 2004.
- Jean-Pierre Dupuy, Invitation aux sciences cognitives, La Découverte 1992, poche 2005.
- Jacques Bouveresse, Essais III, Wittgenstein et les sortilèges du langage, Agone, 2003.
- Jacques Bouveresse, Essais V, Descartes, Leibniz, Kant, Agone, 2006.
- Jacques Bouveresse, Bourdieu, savant et politique, Agone, 2003.
- Jacques Bouveresse, Langage, perception et réalité, Tome 2: physique, phénoménologie, et grammaire, Jacqueline Chambon, 2004.
(Je vous laisse trouver les liens, que j'ai la flemme d'ajouter!)
J'en ai consulté quelques autres, d'ailleurs:
- Joëlle Proust et Elisabeth Pacherie, La philosophie cognitive, Ophrys 2004.
- Bernard Pachoud, Jean Petitot, Jean-Michel Roy, Francisco Varela (éds.), Naturaliser la phénoménologie, CNRS 2002.
- Vincent Descombes, La denrée mentale, Ed. Minuit 1995.
- Vincent Descombes, Les institutions du sens, Ed. Minuit 1996.
- Jacques Bouveresse, Langage, perception et réalité, Tome 1, Jacqueline Chambon 1992.
- Jean Petitot, Sciences cognitives, cours à l'école polytechnique, 2005.
- Pierre Jacob, Pourquoi les choses ont-elles un sens?, Odile Jacob 1997.
Commentaires
Quel est le sujet de votre papier? (si bien sûr vous n'êtes pas tenu au secret jusqu'à la publication!) ps: je consulte régulièrement le site, sans laisser de commentaire, aussi j'en profite pour vous dire que votre blog mêle intelligence et bonne humeur, le tout sans prétention: merci!!!
Merci, ça fait plaisir d'avoir des lecteurs encourageants en cette période désertique de l'année! En fait on ne doit pas donner les sujets des papiers à l'avance, au cas où les concurrents les piquent... Bienvenue dans le monde du savoir public et partagé! J'en reparlerai quand le numéro sortira...
Bonjour,
Qu'est-ce qu'un bon livre ? La question se pose. "bon pour qui" ? Evidemment, je suis d'accord avec votre choix de lecture. Mais la difficulté n'est-elle pas aujourd'hui de concilier "précision", "exigence scientifique" et "attente du grand public" ? Après tout,on peut écrire un livre "savant" et recevoir un piètre accueil (critère externe)? A propos de votre future publication:vous exagérez...Vous évoquez un fait sans donner de précision. Comme les enfants:"je sais mais je ne dirai rien."
***
C'est vrai, votre blog est "top", très stimulant.
Ah, je me suis mal fait comprendre: il n'y a pas de possibilité réelle (concept étrange!) que les concurrents piquent l'idée. C'est juste (semble-t-il) une maxime générale dans la presse: ne pas publier les papiers avant publication, dont la justification est (semble-t-il): pour ne pas être plagié. Ce pourquoi le Magazine Littéraire pourrait prendre mal que je parle du papier ici.
Quand à "bon", c'est comme "grand", c'est un mot "sensible au contexte", comme on dit en philosophie du langage. Si votre petit frère Antoine est grand pour un garçon de 8 ans, mais qu'il n'est pas assez grand pour transporter l'armoire, il peut être littéralement vrai, dans une conversation A, de dire "Antoine est grand", et littéralement faux de dire la même chose, dans une conversation B. (La plupart des philosophes du langage et sémanticiens acceptent cela.) L'idée est que le mot "grand" change de valeur d'un contexte conversationnel à l'autre; si vous êtes en train de discuter des élèves de la classe, "grand" signifie plus grand que la plupart des enfants de 8 ans, si vous êtes en train d'organiser un déménagement, "grand" signifie suffisamment grand pour porter l'armoire. Cela ne signifie pas qu'on peut dire tout ce qu'on veut: il est faux de dire "Antoine est grand" quand on organise un déménagement.
Un avantage de l'adjectif "bon", et peut-être même de "grand", c'est... qu'on n'a pas besoin de préciser en quel sens on l'entend, alors même qu'il est sensible au contexte et qu'on peut l'entendre de plusieurs façons. Or il peut être approprié, dans certains cas, de dire quelque chose de plus vague (comme: "il existe plusieurs sens auxquels ses livres sont bons") plutôt que qqch de précis (comme: "ces livres sont bons pour exposer telles idées au public cultivé français qui les ignore") - par exemple, quand on est à la fois sûr que ces livres sont bons sous plusieurs aspects, sans être sûr desquels; ou que les aspects sous lesquels ils sont bons sont différents d'un livre à l'autre.
Je m'en tiens à l'affirmation vague, donc!
Vous saurez bientôt tout (ou presque) sur la sensibilité au contexte dans le langage, gràce à la traduction française du livre de François Récanati, Le Sens Littéral, Ed. Eclat (déc 2006). (Contrairement à ce que suggère l'annonce, Récanati ne fait "revivre" le débat que pour le public français, c'est un débat suivi depuis les années 70 (Searle, Kaplan, Perry, Evans), qui a repris de la vivacité tout récemment.)
Bonjour,
Je ne suis pas vraiment de taille - si je puis dire- à me mesurer avec vous, par manque de connaissance. Je me contenterai donc de quelques remarques de bon sens:
a)l'exemple de la grandeur: le terme "grand" ou "petit" semble impliquer la comparaison. Il n'y a pas de sens à dire que l'on est grand "en soi" ou petit "en soi" car cela reviendrait à dire que "grand= grand", "petit=petit", "bon=bon"... Pour sauver le discours, il faut admettre l'altérité, la différence !
b) il est possible, dans cette mesure, d'être "grand" et "petit" à la fois: Antoine est plus grand que Gertrude et Antoine est plus petit que Mathias.
Comment sortir de l'impasse ?
Il semble, d'après votre analyse, que l'idée de "vague" apporte une solution. Une chose me gêne: quand on affirme "ces livres", on se situe déjà dans un contexte particulier (ce ne sont pas "tous" les livres); donc le débat est vicié. A quoi cela sert-il d'introduire la question de " la sensibilité au contexte" ?
Enfin, la connaissance dont vous parlez semble assez vague, intuitive. Est-ce vraiment crédible d'affirmer:
Je confesse mon ignorance en la matière; il faudrait que je réfléchisse à la notion de "vague".
PS: problème d'ordinateur !
(NB DUTANT: j'ai nettoyé la mise en page de ce commentaire)
Quelques remarques
Pourquoi? Prenez par exemple: "La Peugeot 405 est une voiture". Si on vous suit, il n'y a pas de sens à dire que la Peugeot 405 est une voiture en soi, parce que cela revient à dire que "voiture=voiture". Mais je ne vois pas de raison d'admettre ça!
Comparez avec l'exemple suivant, qui me semble beaucoup plus plausible:
Pour tirer une conclusion similaire dans le cas de "grand" et "petit", il faudrait adopter le principe suivant: si X est plus grand que Y, alors X est grand. Mais je ne crois pas que nous acceptions ce principe. (Mon petit doigt est plus grand qu'une fourmi, donc mon petit doigt est grand?)
Oui, pourquoi pas? On peut aimer une personne, un film, une musique, un plat - et en conclure qu'ils sont bons - sans savoir pourquoi. Ou encore: savez-vous pourquoi il est condamnable de causer des souffrances inutiles? Si non, est-ce que cela vous empêche de savoir que c'est condamnable?
Bonjour,
Il y a peut-être autant de raisons de dire que "je sais" et que "je ne sais pas" (en un certain sens).
Par exemple:
Quant à la souffrance, je ne comprends pas (votre dernier argument). Que voulez-vous dire ?
Mon dernier argument était du même ordre que les autres. Il me semble possible qu'à la fois: 1) je sais que causer des souffrances inutiles est un mal, 2) je ne sais pas pourquoi causer des souffrances inutiles est un mal.
Votre second exemple me semble aller dans le sens de ce que je disais: vous pouvez savoir qu'une personne est, pour ainsi dire, hautement aimable, sans savoir pourquoi. De même, je peux savoir que des livres sont bons, sans savoir pourquoi!
Votre premier exemple est incomplet. Si, de fait, ils n'ont pas apprécié à cause de la tomate et des oignons, alors vous ne savez pas que c'est le cas (on ne peut savoir qqch de faux). Si, de fait, c'est la vraie explication, alors peut-être que vous savez que c'est à cause des oignons et de la tomate qu'ils ont apprécié. Mais peut-être que vous ne savez pas que vous le savez. L'exemple n'est pas assez détaillé pour trancher (entre vous ne savez pas, vous savez sans savoir que vous savez, vous savez en sachant que vous savez).
Je ne suis convaincue ni par votre argumentation ni par la mienne ! Revenons à mes oignons: Pourquoi ne peut-on savoir quelque chose de faux ? Et les croyances pathologiques ?
Une petite histoire:
Barnabé est interné dans un hôpital psychiatrique: il se prend pour un grain de blé et croit en conséquence que les poules vont le manger. Au bout de dix ans, après un traitement intensif, il est autorisé à quitter les lieux. Sur son chemin, il rencontre une poule et pris de panique, retourne voir son psychiatre: " Mais Barnabé, tu sais que tu n'es plus un grain de blé !" dit le docteur Et Barnabé: "Mais est-ce que la poule le sait?"
Les croyances de Barnabé sont à la fois déraisonnables et logiques. Il sait que c'est irrationnel( en un certain sens) mais il ne peut s'empêcher d'y croire.
La solution consiste donc à faire l'hypothèse d'un savoir inconscient.
Vous diriez que Barnabé sait qu'il est un grain de blé, même si c'est faux?
Ca vous semble ok?
Non. Vous avez raison. On ne peut dire que Barnabé sait. Sinon, la distinction vrai/faux n'a plus de sens.