L'objectivité sans sucre
Par julien dutant le mardi 1 août 2006, 23:12 - Lien permanent
Une idée courante (notamment chez les rationalistes kantiens) veut que l' "intersubjectivité" offre tous les avantages de la vérité, sans les supposés inconvénients métaphysiques. Après tout, il suffit que tout le monde soit d'accord, non? Un exemple qui suggère que ce n'est pas le cas.
L'intersubjectivité graphologique
Supposons qu'en bon sceptique ou zététicien, vous vouliez tester la valeur de la graphologie. Vous écrivez un petit texte à la main, et l'envoyez à quatre graphologues. Et surprise! Les quatre portaits coïncident: "réservé", "enjoué", "imprudent", "serviable", etc., reviennent dans les quatre descriptions. Est-ce que cela suffit à valider leur méthode? Sûrement pas: cet accord reflète plus probablement le fait qu'ils l'ont tous apprise dans le même livre.
La valeur épistémique dérivée de l'intersubjectivité
Cet exemple montre, me semble-t-il, que l'intersubjectivité n'a pas de valeur épistémique en soi. Si on la valorise, c'est uniquement parce qu'elle peut indiquer une vérité - si tous les témoins ont vu quatre voitures, alors il y a de bonnes chances, toutes choses égales par ailleurs, qu'il y ait eu quatre voitures. Il me semble donc sans espoir de chercher dans l' "intersubjectivité" une objectivité allegée, sur laquelle les philosophes puissent se rabattre pour avoir des objets sans grossir leur ontologie.
Rien n'interdit de supposer en même temps que certains domaines comme l'éthique, par exemple, n'aient de norme plus élevée que l'intersubjectivité. Mais ils seraient l'exception, et non la règle. Ces exceptions pourraient s'expliquer soit par l'absence de vérité dans le domaine en question (on peut penser à l'esthétique), soit par un rôle particulier de l'accord entre personnes dans le domaine en question (on peut penser à l'éthique).