Il y a 32000 étudiants au campus de Nanterre de l'Université de Paris, mais pas de centre étudiant, pas de librairie, pas de journal étudiant, pas d'orientation des nouveaux arrivants, ni de système de recrutement pour les entreprises.

La bibliothèque principale, de 480000 volumes, n'est ouverte que 10 heures par jour, ferme les dimanches et pendant les vacances. Seuls 30 des 100 ordinateurs de la bibliothèque on un accès Internet.

Les caféterias du campus ferment après le déjeuner. Les professeurs ont rarement des heures de réception, beaucoup n'ont pas de bureau. Certaines salles de classes sont si surpeuplées qu'au moment des examens de nombreux étudiants doivent trouver des sièges ailleurs. A la fin de l'après-midi le campus est presque vide.

Pris entre une prison et un bureau de l'ANPE à la sortie de Paris, cette Université n'est ni la meilleure ni la pire pour faire ses études dans ce pays relativement riche. En fait, elle reflète la crise du système universitaire public français: surpeuplé, sous-financé, désorganisé et hostile aux changements que le monde extérieur réclame.

Plusieurs de ces faits m'ont frappé aussi, à mon retour de UCL. Par exemple, à Londres, une association d'étudiants gère plusieurs boutiques presses/papeterie/snacks. En France, les étudiants dépensent beaucoup d'argent en livres et papeterie, mais rien ne revient à l'Université. Tout l'argent va à des sociétés privées comme Gibert, la Fnac, COREP, et autres Photocopies 2000. Pourquoi une boutique de photocopie autogérée à Clignancourt ou une papeterie dans la Sorbonne?

Une conséquence (de mai 68) fut que le système universitaire du pays a offert une éducation gratuite (ou presque) à chaque lycéen qui obtient le baccalauréat. Les admissions à l'Université se sont envolées. La valeur d'une licence a chuté.

Mais l'Etat n'a pas beaucoup investi dans les bâtiments, les équipements et les salaires des professeurs pour faire fonctionner le système. Aujourd'hui, le gouvernement français dépense environ 10000 euros par an pour chaque étudiant, à peu près 40 pourcent de moins que ce qu'il investit pour un lycéen.

La plupart des étudiants sont censés s'inscrire à l'Université la plus proche de leur Lycée. Bien que certaines universités excellent dans des domaines d'études spécifiques, les cours offerts en histoire ou littérature, par exemple, sont généralement les mêmes sur tout le pays.

Pour aggraver le problème, La France est prise entre sa défense affichée de la notion républicaine d'égalité et sa volonté de former une élite de futurs dirigeants ou entrepreneurs.

Seuls 4 pourcent des étudiants Français parviennent à intégrer les universités françaises les plus compétitives: les "grandes écoles" publiques. Mais les grandes écoles, ainsi qu'un essaim d'écoles préparatoires semi-privées, absorbent 30 pourcent du budget public.

Elles sont bien organisées, bien équipées, leurs élèves sont majoritairement blancs et issus des classes moyennes supérieures, et elles sont convaincues que leurs élèves obtiendront les meilleurs emplois dans les secteurs publics et privés. Les étudiants sont même payés pour y être.

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Les manifestations (des mois derniers) sont aussi un avertissement pour le gouvernement français et les entreprises que le système université française doit être remis en marche. Les administrations, les entreprises et les étudiants sont tous d'accord sur le fait que trop d'étudiants sont bloqués dans des disciplines comme la sociologie ou la psychologie pour lesquelles il est difficile de changer de carrière dans une société stratifée comme l'est la France, étant donné les difficultés économiques du pays.

La peur du chomâge a poussé beaucoup de jeunes dans d'autres voies. Les étudiants qui en ont les moyens se tournent de plus en plus vers les universités étrangères ou des écoles privées spécialisées en France, en particulier au niveau du Master et au-delà. Et de plus en plus de jeunes cherchent à trouver un emploi garanti à vie dans un service public.

Dans un discours à la Sorbonne en avril dernier, après que la loi sur le CPE soit retiré, le Premier Ministre Dominique de Villepin a promis un nouveau pacte entre l'Université et le peuple français.

M. de Villepin, diplômé de l'ENA, la plus grande des grandes écoles, a promis plus d'argent et plus de flexibilité, en disant que comme aux Etats-Unis, un étudiant ayant un Master de Philosophie devrait pouvoir devenir analyste financier.

Lorsqu'un étudiant lui a demandé comment il pensait faire cela, M. de Villepin n'a pas donné de réponse concrète. Au lieu de ça, il a parlé de la joie du chien qui quitte sa niche.

Elaine Sciolino, Higher Learning in France Clings to its Old Ways, New York Times 12/5/2006.